Voyage en Égypte et en Syrie - Tome 1
Part 27
[143] A la liste de ces différences, alléguée par Savary, il faut ajouter la mesure récente de Niebuhr qui donne à la grande pyramide 480 pieds de hauteur perpendiculaire.
[144] Je n'entends pas les seules pyramides de Djizé, mais toutes en général. Quelques-unes, comme celle de Bayamont, n'ont de rochers ni dessous, ni aux environs. Voyez _Pocoke_.
[145] Néanmoins je ne conteste pas à la plus grande des pyramides la propriété que lui a découverte l'ingénieux et savant Dupuis.
[146] Elle a 13 pas de long sur 11 de large, et à peu près autant de hauteur.
[147] La grande pyramide elle-même en est un; mais s'il est constaté que le côté de sa base équivaut juste à 1 stade alexandrin (de 684 pieds 9 pouces 60 centièmes), et se trouve être exactement la 500 partie d'un degré du cercle terrestre, tel que nous-mêmes le connaissons; si, comme l'observe l'ingénieux et savant Dupuis, ses pans sont disposés sous un angle tel qu'à l'entrée du soleil dans les signes équinoxiaux son disque paraît placé au sommet pour le spectateur à genoux à la base, il faut convenir que dans la construction de celle-là l'on a combiné d'autres motifs. Au reste, ces questions seront bientôt éclaircies par les savants qui sont en Égypte.
[148] Voici la marche de cette étymologie. Le mot français _pyramide_, est le grec _pyramis, idos_; mais dans l'ancien grec, l'_y_ était prononcé _ou_; donc il faut dire _pouramis_. Lorsque les Grecs, après la guerre de Troie, fréquentèrent l'Égypte, ils ne devaient point avoir, dans leur langue, le nom de cet objet nouveau pour eux; ils dûrent l'emprunter des Égyptiens. _Pouramis_ n'est donc pas grec, mais égyptien. Or, il paraît constant que les dialectes de l'Égypte, qui étaient variés, ont eu de grandes analogies avec ceux des pays voisins, tels que l'Arabie et la Syrie. Il est vrai que, dans ces langues, _p_ est une prononciation inconnue; mais il est de fait aussi que les Grecs, en adoptant des mots _barbares_, les altéraient presque toujours, et confondaient souvent un son avec un autre à peu près semblable. Il est de fait encore, que, dans des mots connus, _p_ se trouve sans cesse pris pour _b_, qui n'en diffère presque pas. Dans cette donnée, _pouramis_ devient _bouramis_. Or, dans le dialecte de la Palestine, _bour_ signifie _toute excavation_ en terre, une _citerne_, une _prison_ proprement _souterraine_, un _sépulcre_. Voyez _Buxtorf_, _Lexicon hebr._ Reste _amis_, où l's finale me paraît une terminaison substituée au _t_, qui n'était point dans le génie grec, et qui faisait l'oriental, _a-mit, du mort_; _bour a-mit, caveau du mort_; cette substitution de l'_s_ au _t_ a un exemple dans _atribis_, bien connu pour être _atribit_: c'est aux connaisseurs à juger s'il est beaucoup d'étymologies qui réunissent autant de conditions que celle-ci.
[149] Ce prince, dit-il, régna cinquante ans, et il en employa vingt à bâtir la pyramide. Le tiers de l'Égypte fut employé, par corvées, à tailler, à transporter et à élever les pierres.
[150] Il est remarquable que si l'on écrivait le nom égyptien allégué par les Grecs, en caractères phéniciens, on se servirait des mêmes lettres que nous prononçons _pharao_; l'_o_ final est dans l'hébreu un _h_, qui à la fin des mots devient très-souvent _t_.
[151] Je ne connais rien de plus propre à figurer les pyramides, à Paris, que l'Hôtel des Invalides, vu du Cours-la-Reine. La longueur du bâtiment étant de six cents pieds, égale précisément la base de la grande pyramide; mais pour s'en figurer la hauteur et la solidité, il faut supposer que la face mentionnée s'élève en un triangle dont la pointe excède la hauteur du dôme des deux tiers de ce dôme même (il a 300 pieds): de plus, que la même face doit se répéter sur 4 côtés en carré, et que tout le massif qui en résulte, est plein, et n'offre à l'extérieur qu'un immense talus disposé, par gradins.
[152] Je tiens ce fait des négociants d'Acre, qui le racontent sur la foi d'un capitaine de Marseille, qui, dans le temps, chargeait du riz à Damiât.
[153] Environ 437,000 livres. En 1780, Mourad-bek retirait de Faraskour 100,000 pataques ou 525,000 livres.
[154] Voilà pourquoi tout prospérait, car l'impôt foncier variable chaque année tue l'industrie et perd les états. (_Note de Volney_).
[155] _Baï_ en turkman signifie _riche;_ c'est le _bey_ tunisien. _Daï_ ou _dey_ signifie _brave_.
[156] Ces lettres, appelées bàtaïq, contenaient l'avis pur et simple; elles s'attachaient sous l'aile: elles étaient datées du lieu, du jour, de l'heure. On expédiait par duplicata: à l'arrivée de l'oiseau, la sentinelle le portait au sultan même, qui détachait l'écrit. Les pigeons bien dressés étaient hors de prix. Ces établissements étaient fort coûteux, mais très-utiles. On appelait les pigeons les _anges des rois_.
[157] Le traducteur croit que l'on a oublié un colombier à el-Arich, fondé sur la trop grande distance incommode au transport des pigeons.
[158] On suppose ici l'omission d'un colombier sur les montagnes.
[159] C'est-à-dire vers l'an 750 avant Jésus-Christ. Voilà pourquoi Homère, qui écrivit au commencement de ce siècle-là, ne l'a point citée, quoiqu'il fasse mention des habitants du pays: il s'est servi du nom oriental _Aram_, altéré dans _Ariméén_, et _Erembos_.
[160] Les géographes le citent cependant quelquefois, en l'écrivant _Souria_, selon la traduction perpétuelle de l'_y_ en _ou_ arabe.
[161] Prononcez _châm_ et non _kâm_; et, règle générale dans les mots arabes que je cite, prononcez _ch_ comme dans _charme_, fût-il à la fin du mot. D'Anville écrit _shâm_, parce qu'il suit l'orthographe anglaise, dans laquelle _sh_ est notre _ch_: _El-Châm_ tout seul est le nom de la ville de _Damas_, réputée capitale de la Syrie. J'ignore pourquoi Savary en a fait _El-Chams_, ville du soleil.
[162] Dans l'antiquité, les peuples qui adoraient le soleil, lui rendant leur hommage au moment de son lever, se supposèrent toujours la face tournée à l'orient. Le nord fut _la gauche_, le midi _la droite_, et le couchant _le derrière_, appelé, en oriental, _acheron_ et _akaron_.
[163] L'ancienne _Béryte_.
[164] Tous les vaisseaux qui vont à Alexandrette touchent en Cypre, dont la partie méridionale est une plaine nue et ravagée.
[165] Il faut en excepter le mont _Casius,_ qui s'élève sur Antioche comme un énorme pic. Mais Pline passe l'hyperbole, quand il dit que de sa pointe on découvre en même temps l'aurore et le crépuscule.
[166] Il n'y a plus que 4 ou 5 de ces arbres qui aient quelque apparence.
[167] C'est le terrain appelé grottes d'Engaddi, où se retirèrent de tout temps les vagabonds. Il y en a qui tiendraient 1,500 hommes.
[168] On estime que le mont Blanc, le plus élevé des Alpes, a 2,400 toises au-dessus du niveau de la mer; et le pic d'Ossian dans les Pyrénées, 1,900.
[169] La rivière du Lait, qui se verse dans _Nahr-el-Salib_, appelée aussi rivière du _Bairout_; cette arcade a plus de 160 pieds de long sur 85 de large, et près de 200 pieds d'élévation au-dessus du torrent.
[170] Ces ruisseaux souterrains sont communs dans toute la Syrie; il y en a près de Damas, aux sources de l'Oronte, et à celles du Jourdain. Celui de _Mar-Hanna_, couvent de Grecs, près du village de _Chouaîr_, s'ouvre par un gouffre appelé _el-Bâlouè_, c'est-à-dire _l'engloutisseur_; c'est une bouche d'environ 10 pieds de large, située au fond d'un entonnoir. A 15 pieds de profondeur est une espèce de premier fond; mais il ne fait que masquer une ouverture latérale très-profonde. Il y a quelques années qu'on le ferma, parce qu'il avait servi à receler un meurtre. Les pluies d'hiver étant venues, les eaux s'accumulèrent et firent un lac assez profond; mais quelques filets d'eau s'étant fait jour parmi les pierres, elles furent bientôt dégarnies de la terre qui les liait: alors la masse des eaux faisant effort, l'obstacle creva tout-à-coup avec une explosion semblable à un coup de tonnerre; la réaction de l'air comprimé fut telle, qu'il jaillit une trombe d'eau à plus de 200 pas sur une maison voisine. Le courant établi par cette issue forma un tournoiement qui engloutit les arbres et les vignes plantés dans l'entonnoir, et alla les rejeter par la seconde issue.
[171] Lib. XVI, p. 264.
[172] Il est vrai que le Jourdain est profond; mais si l'Oronte n'était arrêté par des barres multipliées, il resterait à sec pendant l'été.
[173] Le lac d'Antioche abonde surtout en anguilles et en une espèce de poisson rouge de médiocre qualité. Les Grecs, qui sont des jeûneurs perpétuels, en font une grande consommation. Le lac de Tabarié est encore plus riche; il est surtout rempli de crabes; mais comme ses environs ne sont peuplés que de musulmans, il est peu pêché.
[174] Sur toute la côte de Syrie, et notamment à Tripoli, les plus bas degrés du thermomètre en hiver sont 9 et 8 degrés au-dessus de la glace; en été, dans les appartements bien clos, il va jusqu'à 25 et demi et 26. Quant au baromètre, il est remarquable que, dans les derniers jours de mai, il se fixe à 28 pouces, et ne varie plus jusqu'en octobre.
[175] C'est ce que pratiquent plusieurs des habitants de ce canton, qui passent l'hiver près de Tripoli, pendant que leurs maisons sont ensevelies sous la neige.
[176] Mar-_Hanna_ el-_Chouair_; c'est-à-dire _Saint-Jean_ près du village de _Chouair_. Ce monastère est dans une vallée de rocailles, qui verse dans celle de _Nahr-el-Kelb_, ou _torrent du Chien_. Les religieux sont grecs-catholiques, de l'ordre de Saint-Basile: j'aurai occasion d'en parler plus amplement.
[177] Maison ci-devant des jésuites, occupée aujourd'hui par les lazaristes.
[178] Je n'ai jamais vu en Syrie de sarrasin, et l'avoine y est rare. On n'y donne aux chevaux que de l'orge et de la paille.
[179] J'en ai vu qui pesaient 18 livres.
[180] _Broulos_, sur la côte d'Égypte, a des pastèques meilleures que dans le reste du Delta, où les fruits sont en général trop aqueux.
[181] On a long-temps cru que l'insecte de la cochenille appartenait exclusivement au Mexique; et les Espagnols, pour s'en assurer la propriété, ont défendu l'exportation de la cochenille vivante, sous peine de mort; mais Thierri, qui réussit à l'enlever en 1771, et qui la transporta à Saint-Domingue, a trouvé que les nopals de cette île en avaient dès avant son arrivée. Il paraît que la nature ne sépare presque jamais les insectes des plantes qui leur sont appropriées.
[182] La disposition du terrain de l'Yemen et du Téhama a beaucoup d'analogie avec celle de la Syrie. Voyez Niebuhr, _Voyage en Arabie_.
[183] Pour compléter l'histoire naturelle de la Syrie, il convient de dire qu'elle produit tous nos animaux domestiques; mais elle y ajoute le buffle et le chameau, dont l'utilité est si connue. En fauves, on y trouve dans les plaines des gazelles qui remplacent notre chevreuil; dans les montagnes et les marais, quantité de sangliers moins grands et moins féroces que les nôtres. Le cerf et le daim n'y sont point connus; le loup et le vrai renard le sont très-peu; mais il y a une prodigieuse quantité de l'espèce mitoyenne appelée _chacal_ (en Syrie ou le nomme _ouâoui_, par imitation de son cri; et en Égypte _dîb_ ou _loup_). Les chacals habitent par troupes aux environs des villes, dont ils mangent les charognes; ils n'attaquent jamais personne, et ne savent défendre leur vie que par la fuite. Chaque soir ils semblent se donner le mot pour hurler, et leurs cris, qui sont très-lugubres, durent quelquefois un quart d'heure. Il y a aussi dans les lieux écartés des hyènes (en arabe _daba_) et des onces, faussement appelés tigres _(Némr)_. Le Liban, le pays des Druzes et de Nâblous, le mont Carmel et les environs d'Alexandrette, sont leurs principaux séjours. En récompense, on est exempt des lions et des ours; le gibier d'eau est très-abondant; celui de terre n'est que par cantons. Le lièvre et la grosse perdrix rouge sont les plus communs; le lapin, s'il y en a, est infiniment rare; le francolin ne l'est point à Tripoli, et près de Yâfa. Enfin, il ne faut pas oublier d'observer que l'espèce du colibri existe dans le territoire de Saïd. M. J.-B. Adanson, ci-devant interprète en cette ville, qui cultive l'histoire naturelle avec autant de goût que de succès, en a trouvé un dont il a fait présent à son frère l'académicien. C'est, avec le pélican, le seul oiseau bien remarquable de la Syrie.
[184] Les semailles de _la récolte d'hiver_, qu'on appelle _chetâouîé_, n'ont lieu dans toute la Syrie qu'à l'arrivée des pluies d'automne, c'est-à-dire vers la Toussaint. L'époque de cette récolte varie ensuite selon les lieux. En _Palestine_, et dans le _Haurân_, on coupe le froment et l'orge dès la fin d'avril et dans le courant de mai. Mais à mesure que l'on va dans le nord, ou que l'on s'élève dans les montagnes, la moisson se retarde jusqu'en juin et juillet.
Les semailles de _la récolte d'été_ ou _saîfié_ se font aux pluies de printemps, c'est-à-dire en mars et avril, et leur moisson a lieu dans les mois de septembre et d'octobre.
Les vendanges, dans les montagnes, se font sur la fin de septembre; les vers à soie y éclosent en avril et mai, et font leurs cocons en juillet.
[185] Voyez _les questions_ de Michaélis, proposées aux voyageurs du roi de Danemarck.
[186] C'est le mécanisme des cheminées et des bains d'étuves.
[187] Il y a d'ailleurs un effort de l'air dilaté contre les barrières qui l'emprisonnent; mais cet effet est indifférent à notre objet.
[188] Voilà pourquoi, comme l'a très-bien observé Montesquieu, la Tartarie, sous le parallèle de l'Angleterre et de la France, est infiniment plus froide que ces contrées.
[189] Ceci explique pourquoi la Gaule était plus froide jadis que de nos jours.
[190] Franklin a pensé que la cause du vent _alizé d'est_ tenait à la rotation de la terre; mais si cela est, pourquoi le vent d'est n'est-il pas perpétuel? Comment d'ailleurs expliquer dans cette hypothèse les deux moussons de l'Inde, tellement disposées que leurs alternatives sont marquées précisément par le passage du soleil dans la ligne équinoxiale; c'est-à-dire que les vents d'ouest et de sud règnent pendant les 6 mois que le soleil est dans la zone boréale, et les vents d'est et de nord pendant les 6 mois qu'il est dans la zone australe. Ce rapport ne prouve-t-il pas que tous les accidents des vents dépendent uniquement de l'action du soleil sur l'atmosphère du globe? La lune, qui a un effet si marqué sur l'océan, peut en avoir aussi sur les vents; mais l'influence des autres planètes paraît une chimère qui ne convient qu'à l'astrologie des anciens.
[191] Franklin en donne la même explication.
[192] Il est souvent sensible à la vue; mais on le rend encore plus évident en approchant des tuyaux une soie effilée ou la flamme d'une petite bougie.
[193] Ces rafales sont si brusques, qu'elles font quelquefois _chavirer_ les bateaux. Peu s'en est fallu que je n'en aie fait l'expérience.
[194] Voyez article de l'Égypte.
[195] J'en ai fait l'observation en Palestine dans les mois de novembre, décembre et janvier 1784 et 85. La plaine de Palestine, surtout vers Gaze, est à peu près dans les mêmes circonstances de climat que l'Égypte.
[196] Il n'est pas inutile d'observer que le Nil établit alors un courant sur toute la côte de Syrie, qui porte de Gaze en Cypre.
[197] Il me paraît que c'est la même colonne dont parle le baron de Tott. J'ai pareillement constaté l'état vaporeux de l'horizon d'Égypte, dont il fait mention.
[198] Ceci résout un problème qu'on m'a proposé à _Yâfa_: savoir, pourquoi l'on sue plus à _Yâfa_ sur les bords de la mer qu'à _Ramlé_ qui est à trois lieues dans les terres. La raison en est que l'air de Yâfa étant saturé d'humidité, ne pompe qu'avec lenteur l'émanation du corps, pendant qu'à Ramlé l'air plus avide la pompe plus vite. C'est aussi par cette raison que dans nos climats l'haleine est visible en hiver, et non en été.
[199] J'ignore ce qui se passe à cet égard dans la haute Égypte: quant au Delta, il paraît que quelquefois il reçoit des nuages et du tonnerre de la mer Rouge. Le jour que je quittai le Kaire (26 septembre 1783), à la nuit tombante, il parut un orage dans le sud-est qui bientôt donna plusieurs coups de tonnerre, et finit par une grêle violente de la grosseur des pois ronds de la plus forte espèce. Elle dura 10 à 12 minutes, et nous eûmes le temps, mes compagnons de voyage et moi, d'en ramasser dans le bateau assez pour en remplir deux grands verres, et dire que nous avons bu à la glace en Égypte. Il est d'ailleurs bon d'observer que c'était l'époque où la mousson de sud commence sur la mer Rouge.
[200] Niebuhr a également observé à Moka et à Bombai que les orages venaient toujours de la mer.
[201] Il semble aussi que les étoiles volantes sont une combinaison particulière de la matière du feu. Les Maronites de _Mar-Elias_ m'ont assuré qu'une de ces étoiles tombée il y a 3 ans sur deux mulets du couvent, les tua en faisant un bruit semblable à un coup de pistolet, sans laisser plus de traces que le tonnerre.
[202] Alexandrette et _Beilan_ qui en est voisin, parlent turk; mais on peut les regarder comme _frontières_ de la Caramanie, où le turk est la langue vulgaire.
[203] _Adjam_ est le nom des Perses en arabe. Les Grecs l'ont connu et exprimé par _achemen-ides_.
[204] Strabon, liv. II, dit que le Niphate et sa chaîne sont dits _Gordonæi_.
[205] Prononcez _Najd_.
[206] Cette qualité saline est si inhérente au sol, qu'elle passe jusque dans les plantes. Toutes celles du désert abondent en soude et en sel de Glauber. Il est remarquable que la dose de ces sels diminue en se rapprochant des montagnes, où elle finit par être presque nulle; et, tout considéré, cette qualité saline doit être la vraie cause de la stérilité du désert.
[207] Je connais 4 espèces distinctes de chameaux: la 1^{re}, le chameau tel que je viens de le décrire, et qui est proprement le chameau arabe, porteur de fardeaux, n'ayant qu'une bosse et très-peu de poil sur le corps.
La 2^{e} est le chameau _coureur_, appelé _hedjin_ au Kaire, plus svelte dans toutes ses formes, n'ayant qu'une bosse; c'est le véritable _dromadaire_ des Grecs. Nous en avons maintenant deux à Paris, que l'on a vus aux fêtes du Champ-de-Mars. Ces deux espèces sont répandues depuis Maroc jusqu'en Perse.
La 3^{e} espèce est le chameau _turkman_, répandu d'Alep à Constantinople et au nord de la Perse. Il n'a qu'une bosse; il est moins haut que le chameau arabe; il a les jambes plus courtes, plus grosses, le corps plus trapu et infiniment mieux couvert de poil. Celui du cou pend jusqu'à terre et est généralement brun.
La 4^{e} est le chameau _tartare_ ou _bactrien_, répandu dans toute la Chine et la Tartarie. Celui-là a deux bosses. L'on ne voit que de ceux-là à Pékin, tandis qu'ils sont si rares dans la basse Asie, que je citerais une foule de voyageurs, même Arabes, qui, comme moi, n'y en ont jamais vu aucun.--Buffon a totalement confondu ces espèces.
[208] Cette cause est également sensible dans la comparaison des chameaux arabes aux chameaux turkmans, car ces derniers, vivant dans des pays riches en fourrages, sont devenus une espèce plus forte en membres, et plus charnue que les premiers.
[209] Exclamation d'éloge, comme si l'on disait, _admirablement bien_.
[210] Les Arabes font une distinction de leurs hôtes, en hôte _mostadjir_, ou _implorant protection_; et en hôte _matnoub_, ou _qui plante sa tente au rang des autres_, c'est-à-dire qui se naturalise.
[211] Niebuhr rapporte dans sa _Description de l'Arabie_, tome II, page 208, édition de Paris, que depuis 30 ans il s'est élevé dans le _Najd_ une nouvelle religion, dont les principes sont analogues aux dispositions d'esprit dont je parle. «Ces principes sont, dit ce voyageur, que Dieu seul doit être invoqué et adoré comme auteur de tout; qu'on ne doit faire mention d'aucun prophète en priant, parce que cela touche à l'idolâtrie; que Moïse, Jésus-Christ, Mahomet, etc., sont à la vérité de grands hommes, dont les actions sont édifiantes; mais que nul livre n'a été inspiré par l'ange Gabriel, ou par tout autre esprit céleste. Enfin, que les voeux faits dans un péril menaçant ne sont d'aucun mérite ni d'aucune obligation.
«Je ne sais, ajoute Niebuhr, jusqu'où l'on peut compter sur le rapport du Bedouin qui m'a raconté ces choses. Peut-être était-ce sa façon même de penser; car les Bedouins se disent bien mahométans, mais ils ne s'embarrassent ordinairement ni de Mohammed ni du Qôran.»
Cette insurrection a eu pour auteurs deux Arabes, qui, après avoir voyagé, pour affaires de commerce, dans la Perse et le Malabar, ont formé des raisonnements sur la diversité des religions qu'ils ont vues, et en ont déduit cette tolérance générale. L'un d'eux, nommé _Abel-el-Ouaheb_, s'était formé dans le _Najd_ un état indépendant dès 1760: le second, appelé _Mekrâmi_, chaik de _Nadjerân_, avait adopté les mêmes opinions, et par sa valeur il s'était élevé à une assez grande puissance dans ces contrées. Ces deux exemples me rendent encore plus probable une conjecture que j'avais déja formée, que rien n'est plus facile que d'opérer une grande révolution politique et religieuse dans l'Asie.
[212] Assemani, _Bibliothèque orientale_.
[213] Liv. XX, chap. 30.
[214] La racine _Hass_, par une _H_ majeure, signifie tuer, _assassiner_, écouter pour _surprendre_; mais le composé _hassâs_ manque dans Golius.
[215] On assure qu'ils ont des assemblées nocturnes, où après quelques lectures ils éteignent la lumière, et se mêlent comme les anciens Gnostiques.
[216] _Oriens Christ._, tom. II, pag. 680.
[217] Cedrenus.
[218] Village du Kesraouân.
[219] Dans les montagnes, le mot _chaik_ signifie proprement un notable, un seigneur campagnard.
[220] Nom des ministres des petits princes.
[221] _Kabal_ et _Kabat_. Le _K_ est ici le jota espagnol.
[222] Là cause radicale de toute cette grande querelle fut l'aversion qu'_Aïcha_, femme de Mahomet, avait conçue contre _Ali_, à l'occasion, dit-on, d'une infidélité qu'il avait révélée au prophète: elle ne put lui pardonner cette indiscrétion; et après lui avoir donné trois fois l'exclusion au kalifat par ses intrigues, voyant qu'il l'emportait à la quatrième, elle résolut de le perdre à force ouverte. Dans ce dessein, elle souleva contre lui divers chefs des Arabes, et entre autres _Amron_, gouverneur d'Égypte, et _Moâouia_, gouverneur de Syrie. Ce dernier se fit proclamer _kalife_ ou _successeur_ dans la ville de Damas. _Ali_, pour le déposséder, lui déclara la guerre; mais la nonchalance de sa conduite perdit ses affaires. Après quelques hostilités, où les avantages furent balancés, il périt, à Koufa, par la main d'un _assassin_ ou _bâtenien_. Ses partisans élurent à sa place son fils _Hosain_; mais ce jeune homme, peu propre à des circonstances aussi épineuses que celles où il se trouvait, fut tué dans une rencontre par les partisans de Moâouia. Cette mort acheva de rendre les deux factions irréconciliables. Leur haine devint une raison de ne plus s'accorder sur les commentaires du _Qôran_. Les docteurs des deux partis prirent plaisir à se contrarier, et dès-lors se forma le partage des musulmans en deux sectes, qui se traitent mutuellement d'hérétiques. Les Turks suivent celle qui regarde _Omar_ et _Moâouia_, comme successeurs légitimes du prophète. Les Persans au contraire suivent le parti d'Ali.
[223] El-Makin, lib. I, _Hist. Arab._
[224] Ces factions se distinguent par la couleur qu'elles affectent à leurs drapeaux; celui des _Qaîsis_ est rouge, et celui des _Yamânis_ blanc.
[225] Cette découverte appartient à un Michel Drogman, barataire de France à Saïde sa patrie; il a fait un _Mémoire sur les Druzes_, dont il a donné les deux seules copies qu'il eût, l'une au chevalier de _Taulès_, consul à Saïde, et l'autre au baron de _Tott_, lorsqu'il passa en 1777 pour inspecter cette échelle.
[226] Le parti _Qaîsi_ et le _Yamâni_, qui portent aujourd'hui le nom des deux familles qui sont à la tête, les _Djambelâts_ et les _Lesbeks_.