Voyage aux montagnes Rocheuses Chez les tribus indiennes du vaste territoire de l'Orégon dépendant des Etats-Unis d'Amérique

Part 19

Chapter 193,222 wordsPublic domain

Après six jours de marche, nous nous trouvâmes sur le lieu même d’un massacre tout récent. Les membres sanglants de dix _Assiniboins_, tués trois jours auparavant, étaient éparpillés ça et là, et presque toutes les chairs avaient été dévorées par les oiseaux carnassiers. A la vue de ces ossements et des vautours qui planaient au-dessus de nos têtes, j’avoue que le peu de courage dont je me croyais animé sembla entièrement me quitter et faire place à une frayeur secrète que j’essayais toutefois de combattre et de cacher à mes compagnons de voyage. Les circonstances ne semblaient guère propres à nous tranquilliser. Bientôt nous remarquâmes des traces fraîches d’hommes et de chevaux qui ne nous laissèrent aucun doute sur la proximité de l’ennemi; notre guide nous dit même qu’il nous croyait déjà découverts, mais qu’en continuant nos précautions nous parviendrions peut-être à éluder les desseins qu’on pouvait avoir contre nous, car il est rare que les sauvages attaquent en plein jour. Voici donc la marche que nous suivîmes régulièrement jusqu’au 10 septembre. Nous montions à cheval dès l’aurore; vers les dix heures, nous faisions halte pendant une heure et demie, ayant soin de choisir un lieu qui, en cas d’attaque, pût offrir quelque avantage pour la défense. Nous reprenions ensuite le trot jusqu’au coucher du soleil. Après notre repas du soir, nous allumions un grand feu, et nous dressions à la hâte une cabane de branches d’arbres pour faire croire aux ennemis qui pouvaient être aux aguets que nous étions campés là pour la nuit; car dès que leurs vedettes ont découvert une proie, ils en donnent connaissance à tous les sauvages au moyen de signaux convenus, et ceux-ci se rassemblent aussitôt pour concerter leur plan d’attaque. Afin donc de nous mettre à l’abri de toute surprise, nous poursuivions notre route jusqu’à dix ou onze heures du soir, et alors, sans feu, sans abri, chacun se disposait de son mieux au repos.

Il me semble que je vous entends me demander: Mais comment dans ce désert pouviez-vous pourvoir à votre subsistance? Voici un petit extrait de mon journal qui vous délivrera de toute inquiétude à cet égard:

Du 25 août au 10 septembre, nous tuâmes en passant et pour notre usage: 3 belles vaches en fort bon état; 2 gros bœufs, pour la langue et les os à moelle; 2 grands cerfs; 3 cabris; 1 chevreuil à queue noire; 1 grosse-corne ou mouton; 2 ours très-gras; 1 cygne, qui pesait environ 25 livres. Sans parler des faisans et des poules.

Cette petite carte du traiteur doit vous convaincre qu’on ne meurt pas de faim par ici; j’ajouterai que, dans ce pays de gibier, on ne songe guère ni au pain, ni au café, ni à tout ce que vous pouvez appeler les douceurs de la vie; les bosses, les langues et les côtes tiennent lieu de tout cela. Et le lit? Il ne nous embarrasse pas davantage; ici on ne se déchausse pas; on s’enveloppe dans son manteau de buffle, la selle sert d’oreiller, et grâce aux fatigues d’une longue course d’environ quarante milles sous un ciel brûlant, on se couche et on s’endort au même instant.

Les Américains qui habitent le fort Union, à l’embouchure de la _Roche-jaune_, pour le commerce des pelleteries parmi les _Assiniboins_, nous reçurent avec beaucoup de politesse et de bienveillance. Nous nous y reposâmes pendant trois jours. Un voyage si long, fait sans interruption à travers un désert où régnait alors la sécheresse et la stérilité, avait beaucoup épuisé nos pauvres montures; une seconde course de 1800 milles ne devait pas s’entreprendre à la légère. Tout bien considéré, je pris la résolution de vendre nos chevaux au commandant du fort, et de me confier dans un esquif, accompagné d’Ignace et de Gabriel, au courant impétueux du _Missouri_; et bien nous en prit, car le troisième jour de notre descente, à notre grande surprise et satisfaction, nous entendîmes de loin le bruit d’un bateau à vapeur, et bientôt après nous le vîmes s’avancer majestueusement. C’est le premier bateau qui ait jamais essayé de remonter le fleuve de si haut dans cette saison, chargé de marchandises pour la traite des pelleteries. Notre première pensée fut de remercier Dieu de cette nouvelle faveur. Les quatre propriétaires, qui étaient de New-York, et le capitaine, m’invitèrent généreusement à venir à bord; j’acceptai avec d’autant plus d’empressement qu’ils m’assurèrent que plusieurs partis de guerre étaient en embuscade le long du fleuve. Je fus pour ces messieurs l’objet d’une grande curiosité: ma soutane, ma croix, mes longs cheveux excitaient leur attention; il fallut répondre à mille questions et raconter tous les détails de mon long voyage.

Je n’ai plus que quelques mots à ajouter. Depuis ma dernière lettre, j’ai baptisé une cinquantaine de petits enfants, principalement dans les forts. L’eau du fleuve était basse, les bancs de sable et les chicots arrêtaient à chaque instant le bateau et le mettaient parfois en danger d’échouer. Déjà les pointes des rochers cachées sous l’eau l’avaient percé de trous; les innombrables chicots qu’il fallait sauter à tout risque avaient brisé les roues et les parties qui les couvrent; un vent violent avait renversé la cahute du pilote, et l’aurait jetée dans le fleuve si l’on n’eût eu soin de l’attacher avec de gros câbles; enfin le bateau ne présentait plus qu’un squelette, lorsqu’après quarante-six jours de travail pénible plutôt que de navigation, j’arrivai sans autre accident à Saint-Louis. Le dernier dimanche d’octobre à midi, j’étais à genoux au pied de l’autel de la sainte Vierge à la cathédrale, rendant mes actions de grâces au bon Dieu pour la protection qu’il avait accordée à son pauvre et indigne ministre.

A compter du commencement d’avril de cette année, j’ai parcouru cinq milles; j’ai descendu et remonté le fleuve Columbie, vu périr cinq de mes compagnons de voyage dans les dalles de ce fleuve, longé les rives du Wallamette et de l’Orégon, parcouru différentes chaînes des Montagnes Rocheuses, traversé une seconde fois le désert de la _Roche-jaune_ dans toute son étendue, descendu le _Missouri_ jusqu’à Saint-Louis; et dans tout ce long trajet, je n’ai pas une seule fois manqué du nécessaire, je n’ai pas reçu la moindre égratignure.... _Dominus memor fuit nostri, et benedixit nobis._

Bien des choses de ma part à la famille et aux amis.

P. J. DE SMET, S. J.

Copie d’une lettre du P. Mengarini au P. de Smet.

Sainte-Marie, 28 juin 1842.

Grâces à Dieu, nos espérances commencent à se réaliser. Un changement salutaire s’est visiblement opéré dans notre peuplade, dont les chefs et les membres nous font déjà goûter, par leur conduite vraiment édifiante, les plus douces consolations.

Le jour de la Pentecôte a été pour nous et pour nos chers néophytes un jour de bénédiction et de grâces; quatre-vingts d’entre eux ont eu le bonheur de recevoir pour la première fois le Pain des anges. Leur assiduité pendant un mois aux instructions, que nous leur donnions trois fois par jour, nous avait assurés de leur zèle et de leur ferveur. Une retraite de trois jours, qui a servi de préparation plus immédiate, nous en a convaincus davantage. Dès le matin, de nombreuses décharges de fusil annonçaient au loin l’arrivée du grand jour. Au premier son de la clochette, une foule de sauvages se pressèrent vers notre église. Un des Pères, en surplis et en étole, précédé de trois enfants de chœur dont l’un portait la bannière du Sacré-Cœur de Jésus, alla les recevoir pour les conduire, en ordre de procession et aux chants des cantiques, dans le temple du Seigneur. Quel religieux recueillement parmi cette foule! Tous gardèrent un profond silence; mais en même temps brillait sur les visages l’allégresse qui avait rempli les cœurs. L’ardent amour dont brûlait déjà ces âmes innocentes fut enflammé par les fervents colloques avec Jésus dans son sacrement d’amour, que faisait à haute voix l’un des Pères, en y entremêlant des couplets de cantiques. La tendre dévotion, la foi vive avec laquelle ces sauvages ont reçu leur Dieu, nous a réellement édifiés et touchés. A onze heures du matin, ils ont renouvelé les vœux du baptême, et dans l’après-midi, ils ont fait la consécration solennelle de leurs cœurs à la sainte Vierge, patronne titulaire de ces lieux. Puissent ces pieux sentiments, que seule la vraie religion inspire, se conserver parmi nos chers enfants! Nous l’espérons, et ce qui augmente notre espoir, c’est qu’à l’occasion de cette solennité, environ cent vingt personnes se sont approchées du tribunal de la pénitence, et que, depuis cette époque à jamais mémorable, chaque dimanche nous avons de trente à quarante communions et de cinquante à soixante confessions.

Le jour de la Fête-Dieu a vu une autre cérémonie non moins touchante, et propre à perpétuer la reconnaissance et la dévotion de nos bons sauvages envers notre aimable Reine. Ce fut l’érection solennelle d’une statue de la sainte Vierge, en mémoire de son apparition au petit Paul. Voici une courte description de la fête. Depuis l’entrée de notre chapelle jusqu’à l’endroit où le petit Paul avait reçu la faveur signalée, l’avenue n’était qu’une pelouse verte, que bordaient des deux côtés, dans toute leur longueur, des guirlandes de fleurs pendant en festons. De distance en distance s’élevaient de gracieux arcs de triompha. A l’extrémité, au milieu d’une espèce de reposoir, était le piédestal qui devait recevoir la statue. Au temps marqué, la procession sortit de notre chapelle dans l’ordre suivant: la bannière du Sacré-Cœur en tête, de près suivait le petit Paul, portant la statue, et accompagné de deux enfants de chœur qui jetaient des fleurs sur leur passage. Venaient ensuite les deux Pères, l’un en chape et l’autre en surplis. Enfin la marche était fermée par les chefs et tous les membres de la peuplade, rivalisant d’ardeur à payer leur tribut de remerciements et de louanges à la bonne Mère. Arrivés à l’endroit, l’un des Pères, dans une courte exhortation. où il rappelait le prodige et l’assistance signalée de la Reine des deux, ranima dans le cœur de nos chers néophytes la confiance dans la protection de Marie. Après cette allocution et le chant des litanies de la sainte Vierge, tout le cortége revint à l’église dans le même ordre. Oh! que nous eussions désiré que tous les amis de notre sainte religion fussent témoins de la dévotion et du recueillement des nouveaux fidèles de Sainte-Marie!... Nous aurions aussi souhaité de ne les renvoyer qu’après leur avoir donné la bénédiction du Saint-Sacrement; mais, faute d’ostensoir, nous fûmes obligés de différer cette faveur jusqu’à la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Alors le Saint-Sacrement a été porté en procession solennelle; et depuis, chaque dimanche après vêpres, les fidèles ont le bonheur de recevoir la bénédiction. Puisse-t-elle réellement descendre du ciel sur nous et sur notre peuplade! Nous l’attendons avec le secours de vos prières et de celles de tous nos amis.

GRÉGOIRE MENGARINI, S. J.

PRIÈRES

EN LANGUE TÊTE-PLATE ET PONDÉRAS

Skest Kyleeyou, Oulsgesees, Oulspagpagt. Komieetzegeel. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

PATER NOSTER

Kyleeyou, Itchitchemask, askwees kowaaskshamenshem Notre Père, du ciel, que votre nom soit respecté

ailetzemilkou yeelskyloog; ntziezie telletzia spoo oez. par toute la terre; régnez dans tous les cœurs.

Assinteels astskole, yelstoloeg etzageel Itchichemask. Que votre volonté soit faite, sur la terre ainsi que dans le ciel.

Hoogwitzilt yettilgwa lokaitssia petzim. Knwaasksmeemiltem Donnez-nous maintenant tous nos besoins. Pardonnez-nous le mal

klotoiye kloistskeyen etzageel kaitsskolgwelem klotoiye que nous avons commis comme nous pardonnons (le mal)

kloistskwen klielskyloog Koaxalock shitem takaakskwentem à ceux qui nous ont offensés. Accordez-nous assistance pour éviter

klotaiye; kowaaaksgweeltem klotaiye. Komieetzegeel. le mal; mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

AVE MARIA

Uytchenkuytes Mary; koinkoittzeltz loetgeest, Je vous salue, Marie; vous êtes riche dans tout ce qui est saint,

Kaikolinzoeten, lauoui, koortzinkwen telletzia le Grand-Esprit est avec vous, vous êtes bénie entre toutes

telpelpilgkwe, Jesus skozees telnowiss ozitzzegoey. les femmes, Jésus le fruit de vos entrailles est béni.

Geest Mary, skois Kaikolinzoeten, kailchaussils, kontkoint Sainte Marie, Mère du Grand-Esprit, priez pour nous pauvres

taieetskweest, yettilgwa nekittchit tche-iet gloll kaaks titte lill... pécheurs, maintenant et au moment de notre mort.

Komieetzegeel, Ainsi soit-il.

CREDO

Noonnegweeneemen Kaikolinzoeten, Kylueeyou etzia wetskoolz, Je crois dans le Grand-Esprit, notre Père tout-puissant,

cheiglo epstskool lotchitchemash kwentiestsloog, Noonnegweenemen qui a créé le ciel et la terre. Je crois

Jesus Christ, istchinarkszeous hezees kyeleemigoem, en Jésus-Christ, son fils unique notre Seigneur (chef,)

kolintem Pagpagt, steetschmish Mary ikolintem, qui a été conçu du St-Esprit, est né de la vierge Marie;

stoetzemistess shaltemmigg, neyaw wilsem Ponce Pilate qui a souffert sous Ponce Pilate,

millchpitpit komminall krmmintem, eltelill, laakkentem a été attaché sur une croix, est mort, a été enseveli;

welkgkoop klotchittay ye, potochalask welgwilgwilt qui est descendu aux enfers, le 3ᵉ jour est ressuscité tiltintimnay weltelschyloog; nowistchills lotchitehemask, d’entre les morts; qui est monté au ciel,

glaaktschills ilstitze eetch Kolinzoetess leeêous chiimgyst qui est assis à la droite du Grand-Esprit, son père, qui est

telletzia; nemeltshoey ogkeoust louetsgwilgwilt lonets tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les

telil. Noonnegweeneemen ouls-Pagpagt, kgloulzen morts. Je crois au St-Esprit, la Ste Eglise

schaaemen catholique, esttchaustowegwe lopagpagt skyiloog, catholique, la communion des saints,

klotayye istkwen nemeets kolygwelem, nemetzia tckaltckaitemig la rémission des péchés, la résurrection de

eltze potske telzenilzielis, Itchitchemask takeepsoy lokweng-*wilgwiltis.... tous les morts, la vie du ciel qui ne finira jamais.

Komieetzegeel. Ainsi soit-il.

FIN

TABLE

PRÉFACE DE L’ÉDITION AMÉRICAINE V

Relation adressée à M. le chanoine de la Croix, à Gand 7

PREMIÈRE LETTRE, à MM. Charles de Smet, président du tribunal de Termonde, et François de Smet, juge-de-paix à Gand 76

SECONDE LETTRE 93

TROISIÈME LETTRE 110

QUATRIÈME LETTRE 125

CINQUIÈME LETTRE, à M. Rollier, avocat à Opdorp, près de Termonde 129

SIXIÈME LETTRE, à madame Rosalie Van-Mossevelde, à Termonde 148

SEPTIÈME LETTRE, aux religieuses thérésiennes de Termonde 155

HUITIÈME LETTRE, à un Père de la Compagnie de Jésus 168

NEUVIÈME LETTRE, à un Père de la Compagnie de Jésus 173

DIXIÈME LETTRE, à un Père de la Compagnie de Jésus 189

ONZIÈME LETTRE, à un Père de la Compagnie de Jésus 199

Copie d’une lettre du révérend M. Blanchet au P. de Smet, reçue le 1ᵉʳ novembre 1841 209

DOUZIÈME ET DERNIÈRE LETTRE, à M. François de Smet 214

Copie d’une lettre du P. Mengarini au P. de Smet 224

PRIÈRES EN LANGUE TÊTE-PLATE ET PONDÉRAS. _Pater noster._ _Ave Maria._ _Credo_ 227

--Lille. Typ. J. Lefort. 1875--

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--Lille. Typ. J. Lefort--

NOTES:

[1] Cette préface nous semble très-propre à faire apprécier de nos lecteurs les travaux du R. P. de Smet. Les sentiments qu’y expriment les Américains trouveront certainement de l’écho dans les pays catholiques de l’Europe.

[2] Traduction de l’anglais.

[3] La _Columbie_ est le réservoir commun de toutes les eaux de l’Orégon. Le _Rio-Colorado_, après avoir traversé le désert le plus affreux, va ensuite fertiliser la plus belle partie de la Californie.

[4] Après la petite lettre qui suit, le P. de Smet a interrompu sa relation, pour donner successivement différents détails sur les productions des contrées qu’il a traversées, sur les dangers qu’il a courus, sur les dispositions morales des tribus sauvages, sur le plan qu’il se propose de suivre pour assurer et consolider leur conversion et leur civilisation, sur le lieu qu’il a choisi pour leur résidence permanente, sur les coutumes qu’il y a introduites, sur un voyage qu’il a fait dans l’intérêt de sa peuplade, enfin sur ce qui s’est passé dans la réduction pendant qu’il faisait ce voyage. Il n’a repris la suite de sa narration que l’année suivante, dans sa relation d’une année de séjour aux Montagnes Rocheuses, adressées à M. le chanoine de la Croix.

(_Note de l’éditeur._)

[5] Lettre III. p. 118.

[6] Les parties du vaste territoire de l’Orégon qui avoisinent l’océan Pacifique, le fleuve _Columbie_ et les rivières navigables que reçoit ce fleuve, sont exploitées par la Compagnie anglaise de la baie d’Hudson, établie dans plusieurs forts sur les bords des rivières. Ses agents y achètent aux sauvages leurs pelleteries, et leur fournissent en échange des armes, de la poudre, du tabac et autres marchandises. Comme un grand nombre d’employés subalternes de cette Compagnie sont des Canadiens catholiques, elle s’est concertée au Canada avec Mgr l’évêque de Juliopolis, qui y a envoyé deux prêtres, MM. Blanchet et de Mers. Ces dignes missionnaires résident, depuis la fin de 1838, aux forts de _Cowlitz_ et de _Wallamette_, situés à peu de distance l’un de l’autre sur les rivières du même nom, à environ vingt-deux lieues du fort _Van-Couver_, et à cinquante lieues de l’océan Pacifique. Ils s’y livrent avec le plus grand zèle aux pénibles fonctions de leur ministère. Ils font aussi de fréquentes excursions dans l’intérieur du pays pour visiter les forts de la Compagnie, et profitent de toutes les occasions pour propager la foi catholique parmi les nations sauvages. M. Blanchet vient d’être élevé à la dignité épiscopale. C’est auprès de lui que se rendent les sept Sœurs de Notre-Dame qui se sont embarquées dernièrement à Anvers avec le P. de Smet, à bord du brick belge _l’Infatigable_.