Part 3
À peine avait-elle cessé que, partant du ciel (car la tempête était maintenant arrivée au-dessus d'eux), un dard de feu déchira un chêne géant et joncha tout alentour la terre sombre de débris de branches et d'éclats de bois. Merlin leva les yeux et vit l'arbre qui brillait, rayé de lueurs blanches, au milieu des ténèbres. Mais Viviane, craignant que le ciel n'eût entendu son serment, éblouie par les zigzags livides de l'éclair, et assourdie par les grondements et les craquements qui le suivirent, se rejeta rapidement en arrière, en s'écriant: «O Merlin! bien que vous ne m'aimiez pas, sauvez-moi, sauvez-moi!» Elle se colla à lui, l'embrassa étroitement, et, dans sa frayeur, l'appela son cher protecteur; mais, dans sa frayeur, elle n'oublia pas ses ruses, elle songea encore à agir sur son esprit, et l'embrassa étroitement. A ce contact, le pâle sang du magicien, comme une opale chauffée, prit des couleurs plus vives. Elle se reprocha d'avoir redit des contes, des on-dit; elle tremblait de peur, et elle pleura en s'accusant d'impertinence; elle appela Merlin son seigneur, son maître, son enchanteur, son barde, son étoile argentée du soir, son dieu, son Merlin, la seule passion de toute sa vie. Cependant, au-dessus de leurs têtes, la tempête mugissait toujours, et les branches pourries craquaient secouées par la pluie torrentielle; et, tandis que la lumière et les ténèbres alternaient, ses yeux et son cou brillaient et disparaissaient. Enfin l'orage, sa première explosion de colère une fois terminée, alla visiter d'autres pays; on entendit au loin ses gémissements et sa voix, et la forêt ravagée fut rendue une fois de plus à la paix. Et ce qui n'aurait jamais dû être avait eu lieu: Merlin vaincu et excédé par les discours de Viviane, s'était rendu, avait révélé tout le charme et s'était endormi.
Alors, en un moment, elle exécuta le charme, avec les danses entrelacées et les mouvements mystérieux. Merlin était étendu comme mort, et dans le creux du chêne perdu à la vie, à l'action, à la renommée, à la gloire.
Alors, disant: «Je me suis rendue maîtresse de sa gloire,» et s'écriant: «ô vieillard imbécile!» la courtisane s'élança dans la forêt, le fourré se referma derrière elle, et l'écho de la forêt répéta: «_Imbécile._»
FIN DE VIVIANE.