Victor Hugo à vingt ans: Glanes romantiques
Part 11
C'est avec un véritable regret que je me vois contraint de t'envoyer la lettre et la note ci-incluses. Ces deux pièces ont besoin d'une petite explication que voici. Ces jours passés, mon vieil et respectable maître, M. de la Rivière, se présenta chez moi: j'étais sorti. Il dit avoir quelque chose de pressant à me communiquer. Je m'empressai de me rendre chez lui, comme je le fais toujours chaque fois que je suppose qu'il peut avoir besoin de moi. Cet excellent homme m'exposa alors que sa position, que son âge et celui de sa femme rendaient plus gênée chaque jour l'obligeaient de me rappeler une dette sur laquelle il s'était tu jusqu'à présent, pensant que ta fortune ou la nôtre ne nous permettaient pas encore d'y faire honneur. Mais la nécessité l'emportant sur son excessive délicatesse, il s'est vu enfin forcé à cette démarche. Cette dette est celle de 486 fr. 80, qui se trouve expliquée dans la note ci-jointe. Je me suis parfaitement rappelé qu'à la mort de ma mère nous avions effectivement ce mémoire dans ses papiers, mais je pensais qu'Abel s'était chargé du soin de l'envoyer et depuis j'avais totalement oublié cette dette que je croyais éteinte avec le petit nombre d'autres modiques dettes que ma mère a laissées et dont la majeure partie fut dans le temps acquittée sur le produit de son argenterie et de ses robes. Je savais aussi que tu avais fait honneur aux autres créanciers, et je croyais M. de la Rivière de ce nombre. Comme le besoin était pressant, je pris l'avis de ma femme; et de son consentement je m'empressai d'envoyer à M. de la Rivière une somme de _deux cents_ francs que j'avais disponible et que je réservais pour m'acheter une montre, cette somme, mon cher papa, servira à te décharger d'autant sur le total de la dette, c'est une fort légère privation que je m'impose en renonçant à cette montre, et je puis le faire sans me gêner. D'ailleurs, je sais, excellent père, que tu es loin d'être riche, et puisque je suis pour une part dans la dépense faite par M. de la Rivière, ces 200 francs seront ma cotisation personnelle. Ne songe donc plus qu'au reliquat de 286 fr. 80. Il est absolument inutile que je te dise, cher papa, combien une créance de ce genre est sacrée. Le peu que nous savons, le peu que nous valons, nous le devons en grande partie à cet homme vénérable et je ne doute pas que tu ne t'empresses de le satisfaire, d'autant plus qu'il en a besoin. Il ne subsiste que du produit d'une petite école primaire dont le modique revenu diminue de jour en jour, l'affaiblissement progressif de ses organes et de ses facultés lui faisant perdre par degrés tous ses élèves. Il a attendu dix ans avec une délicatesse admirable, et c'est le seul reproche qu'on lui puisse faire, car je suis sûr que tu aurais fait cesser l'objet de sa réclamation si tu l'avais connu plus tôt. C'est ce que (je) lui ai dit, en l'engageant à m'envoyer en hâte son compte pour te le faire parvenir. Tu le trouveras ci-inclus avec la lettre qu'il m'a écrite. Je vais m'occuper de chercher l'ancien mémoire détaillé et si je le trouve dans le peu qui nous reste des papiers de ma mère, je te l'enverrai sans perdre de tems. En attendant tu peux considérer sa note comme authentique.
Adieu, mon bon cher père, mon Adèle te prie d'embrasser pour elle ses deux mères et de leur dire que Juju et Didine se portent à merveille. Tout va bien ici, et tout est impatient de revoir maman Foucher. Mille hommages à Mmes Br...,[147] Pinlevé, etc., amitiés à tes amis.
[Note 147: Femme du colonel Brousse, sous-directeur, puis directeur du haras à Blois, l'un des amis et des voisins du général Hugo; née Francesca Gazza, Mme Brousse est morte, centenaire, le 26 mars 1879.]
M. de la Rivière, chef d'institution primaire, demeure rue Saint-Jacques, vis-à-vis l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas.
Je t'embrasse bien tendrement.
Ton fils respectueux et dévoué, Victor.
Je m'occupe de toutes tes commissions. Le Roi m'a fait annoncer qu'il avait ordonné qu'on ajoutât à toutes les faveurs dont il m'honore un envoi de porcelaines. C'est me combler.
Suit le fameux voyage en Suisse, le _Voyage poétique et pittoresque au Mont-Blanc et dans la vallée de Chamonix_, dont Charles Nodier devait fournir le texte et dont Hugo, seul, a écrit le récit, de Sallences à Servoz, et de Servoz à Chamonix[148].
[Note 148: Publiés d'abord dans la _Revue de Paris_ (1829) et dans la _Revue des Deux Mondes_ (1831), ces deux fragments ont pris place dans _Victor Hugo raconté par un Témoin de sa Vie_, t. II, pp. 108-126.]
--Quel beau livre ce sera! avait dit Mme Nodier, à Sallences, où l'on déjeunait.
--S'il se fait[149], avait répondu la femme du poète, et Adèle Hugo avait raison.
[Note 149: _Victor Hugo raconté_, tome II, p. 106.]
Paris, 31 juillet.
Cher Papa,
Nous apprenons pour la première fois avec regret, que tu vas bientôt peut-être venir à Paris; c'est que nous en partons; et tu conviendras qu'il est dur d'en partir quand tu vas y arriver.
Notre excursion en Suisse s'exécute. Mardi, à 2 heures du matin, nous roulerons vers Fontainebleau. J'ai été horriblement souffrant toute la semaine d'un torticoli, mais je suis mieux, et le voyage achèvera de me remettre.
Les libraires paient notre voyage et au delà. Ils me donnent 2.250 francs pour quatre méchantes odes. C'est bien payé. Je ne crois pas que Lamartine puisse être de la partie, il vient d'être nommé secrétaire d'ambassade à Florence. Nodier est des nôtres.
Je te remercie pour M. de la Rivière. Je lui ai écrit tes bonnes intentions, j'aurais seulement désiré que tu puisses lui donner quelque chose avant le 1er janvier.
Nous avons vu M. Driollet. Il dit que l'affaire Lambert[150] va bien. Abel en dit autant.
[Note 150: Lors de sa mort en 1828, le général Hugo figurait parmi les administrateurs de la «Banque Lambert».]
Ta femme avait bien raison. Cette Augustine était pire qu'un mauvais sujet, c'était un _petit monstre_. Nous l'avons renvoyée. Elle est placée chez un herboriste. Je voudrais que tu en fisses prévenir sa mère.
Didine se porte à merveille. J'ai commandé des cartes séparées pour ta femme et pour toi. Il n'est plus de mode, à ce que m'a dit le graveur, d'en donner de collectives.
Adieu, mon excellent père, embrasse ta femme pour moi. Nous t'embrassons bien tendrement.
Ton fils respectueux et dévoué, Victor.
Adolphe te remettra les cartes.
Le ménage a continué à vagabonder, et, c'est le retour à Paris, où il convie quelques amis à déjeuner. Mme Victor Hugo s'enquiert auprès de sa belle-mère, d'un beau poisson acheté à bon compte à la poissonnerie de Blois, qui pût arriver frais à Paris.
Ma chère maman, il y a bien longtemps que je voulais vous écrire, mais les embarras de domestique, joints à ceux du voyage, car nous venons encore d'aller passer quelques jours à dix lieues de Paris, ne m'ont pas laissé un moment. Joignez à cela l'inquiétude que ma fille m'a donnée pour percer les deux dents qu'elle vient de percer; mais tout cela ne m'a pas empêché (_sic_) de penser à vous et à mon bon père.
Malgré la peine que ma fille m'a donnée et qu'elle a eue pour ses dents: elle n'en marche pas moins seule et j'espère que la force qu'elle a l'aidera à percer toutes ses autres dents car à peine en a-t-elle six.
Mon mari s'est occupé de vous faire tirer des cartes de visites. Nous les donnerons à M. de Féraudy.
J'espère, chers bons parents, vous voir à Paris très incessamment. Si vous pouviez être à Paris samedi 31 de ce mois vous partageriez un déjeuner où nous réunissons quelques amis et où nos bons parents complèteraient si bien notre bonheur qui ne peut être entier sans eux. Si à Blois vous trouviez chère maman un beau poisson qui pût arriver frais à Paris vous seriez bien bonne de me l'envoyer pour ce jour, toutefois si le prix ajouté à celui du voyage ne le faisait pas monter plus haut que celui qu'on achèterait à Paris.
Écrivez-moi au juste quand vous serez à Paris, c'est le but que vous devez vous proposer si vous nous aimez.
Adieu chère maman, ma fille, mon Victor vous embrassent.
Votre respectueuse fille, A. Hugo.
Victor, suivant son habitude, tient à conserver vierge pour les siens le crédit dont il peut jouir et refuse assez cavalièrement à son père sa protection pour un professeur, dont il l'avait prié de s'occuper:
Mon cher papa,
Nous voilà définitivement de retour à Paris. Nous n'avons fait que courir à droite et à gauche tout le mois de septembre, et nous avons terminé ces jours-ci nos promenades par une excursion à Montfort l'Amaury, charmante petite ville à dix lieues de Paris où il y a des ruines, des bois, un de mes amis[151] et un des tiens, le colonel Derivoire, qui a servi sous toi. J'ai beaucoup parlé de toi avec ce brave qui t'aime et te vénère et désire vivement te voir. Il compte faire le voyage de Paris la première fois que tu y viendras.
[Note 151: Adolphe de Saint-Valry.]
Nous désespérons presque, cher papa, d'avoir le bonheur de t'y voir cette année, puisque la saison s'avance sans t'amener. Cependant M. Lambert t'avait presque promis à tous tes amis de Paris.
Il est malheureusement impossible de rien faire pour le professeur dont tu m'envoies une lettre. J'ai beaucoup moins de crédit qu'on ne m'en suppose et j'ai dû dernièrement employer le peu d'influence que je puis avoir sur M. l'évêque d'Hermopolis[152] pour obtenir une bourse à l'un de nos cousins Trébuchet. Le succès n'est même pas encore décidé. Tu sens que toutes mes forces doivent être dirigées vers ce but, si important pour notre malheureux oncle Trébuchet, et que je ne pourrais occuper le ministre d'une autre affaire sans nuire à la sienne. Qui trop embrasse mal étreint.
[Note 152: Denis, comte de Frayssinous, évêque _in partibus_ d'Hermopolis, né à Curières (Aveyron) en 1765, mort en 1841. Après ses retentissantes conférences à la chapelle des Carmes et en l'église Saint-Sulpice, fut le 1er juin 1822 nommé grand maître de l'Université, puis, le 26 août 1824, ministre des affaires ecclésiastiques, portefeuille, créé pour lui, qu'il conserva, sous le ministère Martignac, jusqu'au 3 mars 1828.]
Nous avons trouvé ici à mon retour les 200 cartes commandées pour toi: elles me paraissent fort belles. C'est un petit cadeau qu'Adèle veut faire à ta femme, indique-moi un moyen de le lui faire parvenir.
Adieu, cher papa, toute la famille Foucher, Abel, Adolphe, tous nos cousins embrassent ta femme et toi de tout cœur, et ne font en cela que se joindre à nous.
Ton fils tendre et respectueux,
Victor.
C'est, enfin, un an plus tard presque, la naissance d'un second fils,--ce sera Charles Hugo[153],--«qui vient remplacer le petit ange» dont les _Odes et Ballades_ conservent le souvenir. Le jour même, Victor en fait part à son père:
[Note 153: Charles-Victor Hugo, né à Paris le 3 novembre 1829, mort à Bordeaux d'une congestion le 13 mars 1871, trois jours après la séance de l'Assemblée nationale qui avait amené la démission de Victor Hugo. Outre sa collaboration à l'_Événement_ et au _Rappel_, on doit au père de Georges et de Jeanne: _Le Cochon de saint Antoine_ (1857), _La Bohème dorée_ (1859), _La Chaise de paille_ (1859), _Une Famille tragique_ (1862). Il avait écrit une comédie: _Je vous aime_ (1868) et, enfin, avait tiré des _Misérables_ un drame souvent représenté.]
Paris, le 3 novembre.
Mon cher papa,
Tu vois que la nouvelle ne se fait pas attendre. Mon Adèle est accouchée cette nuit à cinq heures moins vingt minutes du matin d'un garçon fort bien portant. Cette pauvre amie a cruellement souffert. Je t'écris en ce moment près de son lit; elle se trouve assez bien, cependant elle croit avoir quelque fièvre et je lui recommande de ne pas parler.
Nos bons parents recevront sans doute avec bien de la joie ce nouveau venu qui vient remplacer le petit ange que nous avons si douloureusement perdu il y a trois ans. Votre bonheur ajoute au nôtre.
Je ne t'en écris pas davantage aujourd'hui, cher papa, embrasse pour nous ta femme; fais part de la naissance de ton petit-fils à tous nos amis de Blois, MM. Brousse, de Féraudy, de Béthune, Driollet, etc., Mmes Brousse, etc., ma femme prie la tienne de dire à la jeune dame les choses les plus affectueuses en son nom.
Abel et Mélanie, femme de Pierre Foucher, seront les parrains du nouveau-né dont nous ignorons encore le nom. Il a déjà fort bien tété.
Ton fils tendre et respectueux,
Victor.
Est-ce que vous n'arriverez pas bientôt à Paris? Nous vous attendrions pour le baptême. Ce serait double fête.
VIII
Le général Hugo à Paris.--Sa mort et ses obsèques.--Une succession difficile.--Un tailleur qui entend le petit jeu des intérêts.--La vente du mobilier, à Blois et à la Miltière.--Les œuvres dédicacées du fils au père.--La mort de la veuve d'Almeg.
Cette lettre est la dernière en date que possède la Bibliothèque de Blois.
D'autres existeraient, m'a-t-on assuré, jointes à quelque dossier, dans les cartons d'une étude blaisoise. Elles seraient curieuses également à consulter et éclairciraient, sans doute, les mobiles de la résolution que n'allait point tarder à prendre le général Hugo.
Six ou sept mois plus tard, en effet, vers juin 1827,--l'ennui de la province ou les liens l'unissant à la veuve d'Almeg étaient-ils devenus plus lourds à supporter?--il quitta Blois, et, tout en continuant à y conserver son domicile réel, venait se fixer à Paris, dans le voisinage de ses enfants.
Dans un quartier n'ayant guère à envier à celui du Foix comme tranquillité, au 9 de la rue Monsieur, le général loua et meubla, dans la même maison que son fils Abel, un petit appartement, composé d'une chambre à coucher, d'un cabinet de travail, d'une salle à manger, d'un salon, d'un cabinet de toilette et d'une chambre de domestique[154].
[Note 154: La note du tapissier s'élevant à 3.792 fr. 65, n'avait pas encore été réglée lors de la mort du général et figure sur les comptes de la liquidation.]
Il s'occupa, ces derniers mois, d'affaires financières, et figurait, au moment de son décès, parmi les administrateurs de la «Société d'avances mutuelles sur garanties» et de la «Banque Lambert». Peut-être, était-ce sous deux noms différents, la même société?
Une attaque d'apoplexie l'enleva soudainement dans la nuit du 29 au 30 janvier 1828. Le _Moniteur Universel_ paru à la date du 30 janvier annonçait brièvement sa mort.
On remarquera dans ce «communiqué» une formule aujourd'hui courante. Elle devait, alors, être nouvelle:
M. le lieutenant général, comte Hugo, est mort la nuit dernière frappé d'une apoplexie foudroyante. Ses obsèques auront lieu demain jeudi 31 janvier, en l'église des Missions Étrangères, sa paroisse.
Dans l'impossibilité d'inviter, en tems utile, tous les nombreux amis du général à cette triste cérémonie, la famille les prie de considérer le présent avis comme une invitation.
On se réunira dans la maison mortuaire, rue de Monsieur, nº 9, à une heure et demie.
L'enterrement eut lieu, le surlendemain, non sans éclat; toutes les troupes de la garnison y étaient représentées. Il ne semble pas que la comtesse Hugo y assistât.
Les obsèques de M. le lieutenant général Hugo ont eu lieu aujourd'hui à deux heures, après le service funéraire qui a été célébré dans l'église des Missions. Ses dépouilles mortelles ont été portées au cimetière du père La Chaise. Ses deux fils, les parens et un grand nombre d'amis du défunt accompagnaient le convoi, qui était précédé et suivi de détachemens de tous les corps de la garnison[155].
[Note 155: _Moniteur Universel_, 1er février 1828.]
Les fils du défunt firent élever à leur père un monument, dont l'_Illustration_ du 30 mai 1885 a donné la reproduction[156].
[Note 156: Vingt-septième division, chemin Monvoisin.]
Entourée d'une grille, ornée de flammes aux quatre coins et de palmettes entre les barreaux, une pyramide de marbre blanc veiné se dresse sur un socle de même matière. Une inscription rappelle, gravée en creux, les états de service du général.
Le tombeau réunissait le «héros au sourire si doux» et sa première femme. Eugène, le pauvre dément devait les y rejoindre, et, plus tard, vinrent s'ajouter à ces dépouilles celles de deux fils du poète, Charles et François-Victor Hugo[157].
[Note 157: François-Victor Hugo, né en 1828, mort le 26 décembre 1873, après une longue et cruelle maladie. Collabora comme son frère à l'_Événement_ et au _Rappel_, mais son nom reste surtout attaché à la remarquable et fidèle traduction qu'il a donnée des _Œuvres complètes de Shakspeare_ (1860-1864).]
La situation pécuniaire du père n'était pas seulement modeste. Elle était embarrassée et donna lieu à une liquidation qui fut pénible et dura fort longtemps.
Les arrérages de sa pension militaire, 4.000 fr., ou plus exactement, 3.800 francs nets, déduction faite du prélèvement de 5 % pour les Invalides[158], formaient le principal revenu du général.
[Note 158: Louis Belton: _Victor Hugo et son père, le général Hugo à Blois_, p. 16.]
Les créanciers étaient nombreux. Certains se montrèrent pressants ou excessifs.
Au bout de douze ans ils n'étaient pas, il est vrai, encore réglés, et, du dossier qu'a bien voulu me communiquer M. Louis Belton, je détache ce mémoire du tailleur Moreau «fournisseur de Leurs Altesses Sérénissimes les Princes de Holstein-Augustenbourg, rue Neuve-des-Petits-Champs, à Paris».
Vendu à M. le Comte Hugo.
+==========+======================================+====+===+ | _1827_ | |FR. |C. | +----------+---------------------------------+----+---+----| |Juill. 12 |Un habit en poil de chèvre |100 | » | | |Un pantalon poil de chèvre rayé | 36 | » | | |Un gilet poil de chèvre | 23 | » | | |Un do poil de chèvre de mode | 23 | » | | |Un do poil de chèvre rayé | 23 | » | |Déc. 3 |Une redingotte (_sic_) drap bleu |140 | » | | |Un pantalon casimir noir | 56 | » | | |Un gilet velours rayé | 30 | » | | » 11 |Un do velours soie et argent | 36 | » | | |Un do piqué blanc anglais | 25 | » | | |Payé à Lemaignen, avoué, pour | | | | | frais de port de lettres dans | | | | | cette affaire | 3 | » | | | |----|---| | | |495 | » | | |Intérêts de ces fournitures après | | | | | un an de crédit, à raison de | | | | | 6 % par an; un crédit de | | | | | douze ans |356 | » | | | |----|---| | | Total |851 | » | +==========+======================================+====+===+
Cet homme entendait trop le petit jeu et le taux des intérêts. La liquidation en abaissa le montant à de plus justes proportions.
Comme ils pouvaient s'y attendre, les fils trouvèrent Marie-Catherine Thomas y Saëtoni, veuve pour la seconde fois, intéressée et âpre au gain.
Ils n'acceptèrent la succession que sous bénéfice d'inventaire[159] et à cette femme qui avait l'habitude du «maquis» opposèrent la compétence et la grande honnêteté de leur ami le jurisconsulte Duvergier[160].
[Note 159: Acte au greffe du Tribunal civil de Blois, du 29 août 1829.]
[Note 160: Jean-Baptiste-Marie Duvergier, né à Bordeaux en 1792, mort en 1877, président de section au Conseil d'État, garde des Sceaux du 17 juillet 1866 au ministère Ollivier (2 janvier 1870). Duvergier a publié entre autres ouvrages comme jurisconsulte: _Collection des lois, décrets, ordonnances, règlements, et avis du Conseil d'État de 1788 à 1824_ (1824-1828) et, reprenant et continuant le manuscrit de Toullier: _Le Droit civil français suivant l'ordre du Code_, dont les sept premiers volumes ont seuls paru.]
Le mobilier de Blois fut vendu aux enchères et produisit 3.255 fr. 65[161]. Celui de la Miltière, des meubles de rebut, il est à croire, atteignit péniblement 681 fr. 04.
[Note 161: D'après l'inventaire dressé les 3, 4, 5 et 6 juin 1828, par les soins de Me Pardessus, notaire à Blois, à la suite du décès de M. le comte Hugo, la maison de la rue de Foix comprenait intérieurement:
«Au rez-de-chaussée, une cuisine, garnie des ustensiles nécessaires, notamment d'un rôtissoir à l'ancienne mode, avec ses cordes et poids.
«Un cabinet servant de chambre de domestique.
«Un salon orné de diverses gravures encadrées de bois doré, représentant des faits militaires, des vues des bords de la Néva, les portraits des généraux Kléber et Desaix, des portraits de famille, etc.
«Et le cabinet du général, garni de ses livres et papiers. «Au premier étage était un autre salon, la chambre à coucher du général éclairée au midi, et ornée, comme le salon du rez-de-chaussée, de deux vues de la Néva; une autre chambre et un cabinet de bains.
«Au second étage, une chambre à coucher et deux cabinets.
«L'écurie à la mort du général ne contenait que des débarras; un cénacle à côté renfermait un tombereau démonté et un équipage de limon. Sous la remise étaient une carriole et une charrette. Une calèche, que le général avait achetée 1900 francs, avait été cédée par lui à son fils Abel.
«Dans la cave il y avait 114 bouteilles de vin rouge.
«Le cabinet de travail du général Hugo, placé au rez-de-chaussée de sa maison, renfermait ses livres et ses papiers. Les murs étaient ornés d'un télescope, d'une lunette en cuivre et de six tableaux.»
Louis Belton: _Victor Hugo et son père le général Hugo à Blois_, pp. 8-9.
L'inventaire des 600 volumes composant la bibliothèque du général Hugo, ne relève les titres d'aucune des œuvres du fils. Cinq d'entre elles avaient, cependant, déjà été publiées avant le départ du général pour Paris (_Cromwell_ ne parut que le 7 décembre 1827): _Odes et Poésies diverses_, 1822; _Han d'Islande_, 1823; _Nouvelles Odes_, 1824; _Bug-Jargal_, 1826; _Odes_, 1827.
N'était-ce pas, me suis-je demandé, l'édition originale des _Odes et Poésies diverses_ ce petit livre mal imprimé, en caractères dits à tête de clous, sur un papier à chandelles, qu'un admirateur du poète avait déniché sur les quais et lui adressait à Hauteville-House, au lendemain de l'apparition des _Misérables_?
Cette description ressemble fort au tirage de Pélicier.
Le beau-frère de Victor Hugo donne au «vieux bouquin» la date de 1818, ce serait 1822 qu'il faudrait lire. Et combien deviendrait alors claire et lumineuse la dédicace qu'il portait:
«A mon très cher Père, le général Hugo, mes premiers vers imprimés.
«Son fils très respectueux,
«Victor Hugo.»
(_Victor Hugo à Guernesey_, p. 86.)
Sans vouloir mettre en doute la fidélité des souvenirs de M. Paul Chenay, je sais cependant qu'il se faut méfier des autographes!... Puis, l'auteur des _Odes_, s'il écrivait bien mon père, se contentait de signer «Victor» ou V. H...
D'ailleurs, si ces dons du fils au père ne figuraient pas à l'inventaire de 1828, dont ils avaient été distraits sans doute, par la veuve Hugo, ils ne sont pas cependant perdus.
La parfaite obligeance d'un de mes amis, M. Pierre Tardieu, à qui je suis heureux de pouvoir exprimer ici ma sincère gratitude, m'a permis de retrouver et d'identifier ces volumes, dans la bibliothèque familiale où ils sont, depuis plus de quarante ans, soigneusement conservés.
Ce sont:
_Han d'Islande_, seconde édition; Paris, Lecointe et Durey, libraires, quai des Augustins, nº 49; 1823, 4 in-12, de 244, 285, 268 et 248 pp.
Dédicace:
«A mon Père
Hommage de tendre et respectueux attachement. Victor.»