Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I
Part 1
ŒUVRES
DE
VOLTAIRE
AVEC
PRÉFACES, AVERTISSEMENTS, NOTES, ETC.
PAR M. BEUCHOT.
TOME XIX. SIÈCLE DE LOUIS XIV.--TOME I.
A PARIS,
CHEZ LEFÈVRE, LIBRAIRE, RUE DE L’ÉPERON, Nº 6.
FIRMIN DIDOT FRÈRES, RUE JACOB, Nº 24. WERDET ET LEQUIEN FILS, RUE DU BATTOIR, Nº 20.
M DCCC XXX.
PRÉFACE
DU NOUVEL ÉDITEUR.
Voltaire pensait, dès 1732, à donner l’histoire du _Siècle de Louis XIV_[1]. Ce ne fut toutefois qu’à la fin de 1739 qu’il publia un _Essai sur le Siècle de Louis XIV_. Ce morceau, composé de ce qui forme aujourd’hui à-peu-près les deux premiers chapitres de l’ouvrage, fait partie d’un _Recueil de pièces fugitives en prose et en vers, par M. de V_***, 1740, in-8º. Mais, malgré la date qu’il porte, ce volume avait paru à la fin de 1739, puisqu’un arrêt du conseil, du 4 décembre 1739, en ordonne la suppression. Parmi les variantes que présente l’_Essai_, j’ai conservé et mis en note (pages 267 et 268) deux passages qui m’ont semblé dignes de remarque. Je dirai, à cette occasion, que je n’ai pas trouvé dans l’édition de l’_Essai_ autant de fautes que le croyait l’auteur[2].
Ce ne fut que dix à douze ans après que Voltaire publia enfin tout l’ouvrage. On fixe communément à l’année 1752 la publication du _Siècle de Louis XIV_. Cependant Voltaire lui-même, dans le XIIIᵉ de ses _Fragments sur l’histoire générale_ (voyez tome XLVII), dit que son livre, composé en 1745, fut imprimé en 1750. Mais cela est contredit par une lettre à madame Denis, du 20 février 1751: Voltaire écrit qu’il s’amuse à finir le _Siècle de Louis XIV_. L’édition était commencée six mois après[3], et dut être achevée la même année. Il existe une édition en deux volumes petit in-12, sous le millésime de 1751. Elle a pour titre: _Le Siècle de Louis XIV, publié par M. de Francheville, conseiller aulique de sa majesté, et membre de l’académie royale des sciences et belles-lettres de Prusse_.
On conçoit que Voltaire, à la cour de Berlin, comblé «de bontés à tourner la tête[4],» occupé, non seulement de la composition de ses ouvrages, mais encore de la correction de ceux du roi[5], ait eu recours à quelqu’un pour les soins qu’exigeait l’impression de son livre. Le nom de Francheville, mis sur le titre de la première édition du _Siècle_, et conservé dans plusieurs des éditions suivantes, a fait dire à quelques personnes que cet ouvrage n’était pas de Voltaire, mais d’un Prussien. Voltaire déclare dans le _Supplément_ (voyez tome XX) que M. de Francheville, Français réfugié, «voulut bien présider à la première édition du _Siècle de Louis XIV_,» c’est-à-dire se charger des détails et embarras de l’impression, qui durent être d’autant plus grands, que c’est, à ma connaissance, le premier livre imprimé tout entier avec l’orthographe de l’auteur.
A peine le _Siècle_ parut-il, qu’il fut la proie des libraires. On en donna des éditions sous les noms de La Haye, deux volumes in-12; Dresde (Lyon ou Trévoux), deux volumes in-12; Leipsic (Paris), deux volumes, en quatre parties, in-12; Édimbourg, deux volumes in-12, etc. L’édition de Dresde (Lyon ou Trévoux), 1752, deux volumes in-12, est intitulée _troisième_. L’auteur n’avait pas encore donné sa _seconde_, qui parut à Leipsic, deux volumes in-12, ayant chacun deux parties. Cette _seconde_ édition contient des additions et un _Avis du libraire_, qui parle de _huit_ éditions faites en moins de dix mois. Elle avait été précédée de deux _Avertissements_ imprimés successivement dans les journaux (_Mercure_, juin et novembre 1752). Je les ai imprimés tome XXXIX, pages 465 et 468.
C’est sur l’édition de La Haye, copie de celle de Berlin, 1751, que La Beaumelle donna son édition, Francfort, 1753, trois volumes in-12, dont je parlerai plus longuement (tome XX), dans ma _Préface du Supplément au Siècle de Louis XIV_, dont cette édition de La Beaumelle fut l’origine.
L’édition de Dresde, 1753, deux volumes petit in-8º, quoique donnée pour _revue par l’auteur et considérablement augmentée_, ne contient rien qui ne fût dans la _seconde_ édition déjà mentionnée.
Voltaire ne cessa pourtant pas de revoir, corriger et augmenter son _Siècle de Louis XIV_. Lorsqu’en 1756 il donna son _Essai sur l’histoire générale_ (voyez ma _Préface_ du tome XV), il mit à la suite le _Siècle de Louis XIV_, qui y forme les chapitres CLXV à CCX. Le chapitre CCXI, intitulé: _Résumé de toute cette histoire_, est aujourd’hui le chapitre CXCVII de l’_Essai sur les mœurs_ (voyez t. XVIII, p. 473). Le chapitre CCXII de 1756 est, depuis 1763, le chapitre XXXIV du _Siècle de Louis XIV_. Les chapitres CCXIII-CCXV forment, depuis 1768, les préliminaires du _Siècle de Louis XIV_.
Peu de temps après la publication de l’édition de 1756, Voltaire reçut de Lausanne le certificat de trois pasteurs, que j’ai rapporté dans une note, page 208. Empressé de faire usage de cette pièce favorable à Saurin, et ne voulant pas attendre la réimpression, il fit réimprimer les dernières feuilles du septième et dernier volume. Il put ainsi faire des additions aux articles FONTENELLE, GÉDOIN, LA MOTTE, et ajouter en entier les articles DESTOUCHES, NIVELLE DE LA CHAUSSÉE, et Joseph SAURIN. Il lui fallut en même temps changer les frontispices de l’ouvrage, qui, datés de 1756, ne pouvaient plus convenir à un ouvrage contenant un certificat du 30 mars 1757. Il n’en coûtait pas davantage de mettre à ces frontispices, _seconde édition_; cela fut fait. Mais les brocheurs et relieurs laissèrent souvent le frontispice de 1756 à des exemplaires qui contiennent le certificat.
Un nommé Lervêche[6], mécontent des expressions de l’article SAURIN, et regardant le certificat comme surpris ou supposé, fit insérer, sans la signer, une assez longue lettre dans le _Journal helvétique_, d’octobre 1758. C’est pour répondre à Lervêche que Voltaire composa la _Réfutation d’un écrit anonyme concernant la mémoire de feu M. Joseph Saurin_[7], à laquelle Lervêche répliqua. Les pièces de cette querelle font partie de la _Guerre littéraire, ou Choix de quelques pièces de M. de V***_, 1759, in-12, de CXL et 183 pages, imprimé à Lausanne, chez Grasset. Voltaire, blessé de la publication de ce volume, composa _Mémoire_ et _Requête_[8], pour en obtenir la suppression. Grasset, malgré la protection de Haller, craignant qu’on n’accédât à la demande de Voltaire, changea le titre du volume, et, sur le nouveau frontispice, mit seulement: _Choix de quelques pièces polémiques de M. de V***_[9]. C’était une précaution inutile; la demande de Voltaire n’eut aucune suite.
La réimpression de l’_Essai sur l’histoire générale_, en Hollande, 1757, sept volumes in-8º, fut faite sur un exemplaire de 1756, mais augmentée d’une table assez ample. Elle ne contient aucune des additions faites par l’auteur en réimprimant les dernières feuilles de son volume, ni conséquemment le certificat du 30 mars 1757, que Voltaire, au reste, supprima dans l’édition de l’_Essai sur l’histoire générale_, 1761-63, en huit volumes in-8º.
Dans cette édition de 1761-63 c’est au sixième volume que commence le _Siècle de Louis XIV_, volume qui est intitulé: _Essai sur l’histoire générale, etc., tome sixième: ou suite, tome premier_. Le _Siècle de Louis XIV_ n’y a pas moins de soixante-deux chapitres. Le quarante-deuxième est consacré aux _Artistes célèbres_. Tous ceux qui le suivent sont relatifs à ce qui s’est passé après la mort de Louis XIV, et font, depuis 1768, partie du _Précis du Siècle de Louis XV_ (voyez tome XXI). Le chapitre LXI, intitulé: _D’un fait singulier concernant la littérature_, et que les éditeurs divers ont placé les uns dans une division, les autres dans une autre, sera, dans la présente édition, au tome XLI (parmi les _Mélanges_, année 1763). C’est dans le même volume que je mettrai le chap. LXII de l’édition de 1763, sous son titre de: _Conclusion et examen de ce tableau historique_. C’est ce chapitre que les éditeurs de Kehl ont intitulé: _Nouvelles remarques sur l’histoire à l’occasion de l’Essai sur les mœurs_ (et ont placé sous le nº XXIV des _Fragments sur l’histoire_); titre inexact, car ce morceau est antérieur aux _Remarques_ publiées séparément en 1763, et qu’on peut voir aussi dans le tome XLI.
En 1768 parut le _Siècle de Louis XIV, nouvelle édition, revue, corrigée, et augmentée, à laquelle on a ajouté un Précis du Siècle de Louis XV_, quatre volumes in-8º. Le _Précis du Siècle de Louis XV_ commence dans le troisième volume, et a trente-neuf chapitres (voyez ma _Préface_ du tome XXI). C’est aussi en trente-neuf chapitres qu’est le _Siècle de Louis XIV_, qui est précédé de l’_Avertissement_ que voici:
On a cru devoir commencer cette nouvelle édition du _Siècle de Louis XIV_ par la liste de la maison royale et de tous les princes du sang de son temps. Elle est suivie de celle de tous les souverains contemporains, des maréchaux de France, des amiraux et généraux des galères, des ministres et secrétaires d’état, qui ont servi sous ce monarque. Après quoi vient le catalogue alphabétique des savants et artistes en tout genre. Cette instruction préliminaire est une espèce de dictionnaire dans lequel le lecteur peut choisir les sujets à son gré, pour se mettre au fait des grands événements arrivés sous ce règne.
Jusque-là, en effet, c’était à la fin du _Siècle de Louis XIV_, et quelquefois sous la forme de trois chapitres, qu’avaient été placés: 1º la _Liste des enfants de Louis XIV, des souverains contemporains, etc._; 2º le _Catalogue des écrivains_; 3º les _Artistes célèbres_; objets qui, depuis 1768 (l’édition de madame de Genlis exceptée), ont été conservés en tête de l’ouvrage: voyez, dans le présent volume, pages 1, 47 et 223. C’était, ainsi que je l’ai dit, ce qui formait, en 1756 et 1757, les chap. CCXIII-CCXXV de l’_Essai_; et en 1763, les chap. XL-XLII du _Siècle_.
Dans l’édition in-4º des _Œuvres de Voltaire_, le _Siècle de Louis XIV_ forme, avec le _Précis du Siècle de Louis XV_, les tomes XI et XII, datés de 1769. Le _Siècle de Louis XIV_ se trouve dans les tomes XVIII et XIX de l’édition encadrée, ou de 1775: c’est la dernière édition authentique donnée du vivant de l’auteur.
Les éditions de Kehl contiennent quelques additions posthumes, parmi lesquelles il en est une qui me laisse quelques doutes de son authenticité. Dans la liste des maréchaux, à l’article BERWICK (voyez page 20), on parle des _Mémoires de Berwick_, publiés par l’abbé Hook, en 1778. Ce sont les véritables mémoires du maréchal. Dans deux notes du chapitre XXI, Voltaire cite, pour les critiquer, ceux qui avaient été fabriqués par l’abbé Margon, et publiés en 1737. A-t-il vu la publication de l’édition de l’abbé Hook? Voltaire est mort dans la nuit du 30 au 31 mai 1778, après quelque temps de maladie. Le _Catalogue hebdomadaire_ n’annonce les _Mémoires_ que dans sa fouille du 13 juin. L’_Année littéraire_, en rendant compte des _Mémoires_, année 1778 (tome V, page 181 et suiv.), parle de Voltaire comme n’existant plus. Toutes les notes du _Siècle de Louis XIV_, où il est question des _Mémoires_ publiés par Hook, sont des éditeurs de Kehl, qui, dans le chapitre XXI, à la suite d’une note de Voltaire, établissent que les _Mémoires de Berwick_, cités par Voltaire, ne sont pas ceux qu’a publiés l’abbé Hook.
De toutes les éditions qui ont paru depuis celles de Kehl, je ne parlerai que d’une qui fut publiée, il y a dix ans, sous ce titre: _Siècle de Louis XIV, par Voltaire; nouvelle édition, avec des retranchements, des notes et une préface, par madame la comtesse de Genlis_, 1820, trois volumes in-12. L’éditeur moderne annonce avoir ôté «tout ce qui souillait et déparait» cet ouvrage, qu’elle trouve «instructif et rempli de faits intéressants.» Ce qui choque surtout madame de Genlis, ce sont les «épigrammes sans nombre sur les prêtres; et la satire calomnieuse et continuelle de la religion et de la piété.» Aussi, en réduisant à trente-six les trente-neuf chapitres de Voltaire, a-t-elle supprimé le chapitre du _Calvinisme_, celui du _Jansénisme_, celui sur les _Cérémonies chinoises_; et çà et là beaucoup de morceaux. Les préliminaires ont été reportés à la fin du troisième volume.
Avant d’être mutilé par madame de Genlis, le _Siècle de Louis XIV_ avait été condamné à Rome les 22 février et 16 mai 1753.
Dans le chapitre 1ᵉʳ de son livre (voyez pages 237-38), Voltaire parle des quatre siècles des lettres et des arts. A.-J. Roustan, à qui Voltaire adressa, en 1768, des _Remontrances_ et des _Instructions_ (voyez tome XLIV), en publiant, en 1764, un volume in-8º, intitulé: _Offrande aux autels et à la patrie_, y comprit un _Examen historique des quatre beaux siècles de M. de Voltaire_. Roustan pense que Voltaire loue beaucoup trop Louis XIV. C’est aussi l’opinion de feu Lémontey, dans son _Essai sur l’établissement monarchique de Louis XIV_, 1818, in-8º.
Peu après les premières impressions du _Siècle de Louis XIV_, avait paru le _Siècle politique de Louis XIV, ou Lettres du vicomte de Bolingbroke sur ce sujet, avec les pièces qui forment l’histoire du siècle de M. F. de Voltaire, et de ses querelles avec MM. de Maupertuis et La Beaumelle_, à Sieclopolie, 1753, in-8º. Ce volume, dont je parlerai aussi dans ma _Préface_ du _Supplément au Siècle de Louis XIV_, a eu plusieurs éditions en 1754 et 1755. On en a fait le tome IV des éditions du _Siècle_ en trois volumes, et le tome V des éditions en quatre. Sur le faux titre de l’édition de 1753, on lit: _Nouveau volume du Siècle de Louis XIV, pour suppléer à ce qui manque à cet ouvrage de M. de Voltaire_. L’éditeur de ce volume fut Maubert de Gouvest; il y donne un fragment d’une lettre et deux lettres entières de Bolingbroke (voyez ma note, tome XXXIX, page 574), et un _Recueil de pièces concernant le Siècle de Louis XIV, et les querelles de son auteur avec MM. de Maupertuis et de La Beaumelle_.
Il est à remarquer que ni le _Mercure_, ni les _Lettres sur quelques écrits de ce temps_ (par Fréron), n’aient rendu compte de la première édition du _Siècle de Louis XIV_, qui fut déchirée dans le _Journal de Gottingue_. Voltaire répondit par l’_Avis à l’auteur du Journal de Gottingue_[10].
J’ai dit que Voltaire n’avait cessé de revoir son livre. Ses notes surtout ont été successivement ajoutées: de là vient que quelques unes semblent contradictoires. Il dit quelque part[11] n’avoir point eu connaissance des _Annales_ de l’abbé de Saint-Pierre, dont il rapporte cependant des passages. C’est pourquoi j’ai indiqué la date de quelques notes. J’ai fait la même chose pour quelques phrases du texte seulement. Il eût été fatigant, ce me semble, pour le lecteur, d’avoir, pour ainsi dire, l’acte de naissance de chacune.
Fontenelle était, en 1752, le seul qui fît exception à la règle que l’auteur s’était faite de ne mettre dans son Catalogue des écrivains aucun homme vivant (voyez ma note, p. 114). Voltaire fit en 1768 deux nouvelles exceptions en faveur de D’Olivet et du président Hénault (voyez pages 99-100 et 122). Mais plusieurs auteurs, sans y avoir d’article ont eu le plaisir de se voir louer dans le _Siècle de Louis XIV_: le président Hénault dès 1751 (v. ma note, p. 122); le duc de Nivernais dès 1756 (v. p. 269); B.-J. Saurin dès 1763 (v. p. 208); M. Jacques-Dominique Cassini, âgé aujourd’hui de quatre-vingts dix ans, dans les éditions posthumes (v. p. 75).
Je donne peu de variantes: il n’était nécessaire ni de les relever toutes, ni d’indiquer à quelle place se trouvaient, dans les premières éditions du _Siècle de Louis XIV_, des alinéa qui ont, depuis, été transportés dans l’_Essai sur les mœurs_.
Je possède un exemplaire de l’édition de 1751, avec un grand nombre d’additions et corrections, dont plusieurs sont de la main de Voltaire. J’ai eu en communication d’autres exemplaires corrigés aussi de la main de l’auteur, ou de celles de ses secrétaires[12]. Mais j’ai retrouvé toutes ces corrections employées dans les éditions subséquentes, à l’exception d’une seule, dont j’ai fait mon profit: c’est à la fin d’un alinéa du chapitre XXXVI (_Du calvinisme_).
Pour l’ordre alphabétique du _Catalogue des écrivains_, j’ai suivi plusieurs des éditeurs modernes; mais je dois faire remarquer que cet ordre n’est pas tout-à-fait celui de Voltaire lui-même.
Dans quelques éditions du _Siècle de Louis XIV_, on a imprimé à la suite plusieurs morceaux de Voltaire, que j’ai distribués autrement, savoir:
I. _Éclaircissements sur quelques anecdotes_; c’est le neuvième des _Fragments sur l’histoire générale_ (voyez tome XLVII).
II. _Sur la Révocation de l’édit de Nantes_; c’est le quinzième des mêmes _Fragments_.
III. _Défense de Louis XIV contre les Annales politiques de l’abbé de Saint-Pierre_; c’est le treizième des _Fragments_.
IV. _Extrait d’un mémoire sur les calomnies contre Louis XIV et contre Louis XV_, etc.; c’est le onzième des _Fragments_.
V. _Défense de Louis XIV contre l’auteur des Éphémérides du citoyen_, qu’on trouvera dans le tome XLVI.
VI. _Avis à l’auteur du journal de Gottingue._ J’en ai déjà parlé, et je l’ai imprimé tome XXXIX, page 514.
VII. _Anecdotes sur Louis XIV._ Elles avaient paru avant le _Siècle de Louis XIV_ (en 1748), et sont dans le tome XXXIX, page 3.
VIII. _Journal de la cour de Louis XIV, avec des notes._ C’est l’extrait des _Mémoires de Dangeau_, qu’on verra au tome XLVI.
IX. _Extrait des Souvenirs de madame de Caylus, avec des notes_, que je réserve aussi pour le tome XLVI.
X. _Fragment sur le Siècle de Louis XIV._ C’était, en effet, un lambeau de la _Préface_ d’un volume publié par Voltaire, en 1754, et que j’ai imprimée tome XXXIX, pages 564-577. Le morceau donné sous le titre de _Fragment_ commence à la page 573.
Les derniers passages du chapitre LXII de l’édition de 1763, dont j’ai parlé ci-dessus, sont aussi relatifs au _Siècle de Louis XIV_.
J’ai peur d’avoir fait cette _Préface_ trop longue, et je me hâte de la terminer.
Les notes sans signature, et qui sont indiquées par des lettres, sont de Voltaire.
Les deux ou trois notes signées L sont prises dans l’édition de La Beaumelle.
Les notes signées d’un K sont des éditeurs de Kehl, MM. Condorcet et Decroix. Il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun.
C’est avec l’autorisation de M. Clogenson que j’ai reproduit un grand nombre de ses notes. Elles sont signées CL.
Les additions que j’ai faites à diverses de ces notes en sont séparées par un--, et sont, comme mes notes, signées de l’initiale de mon nom.
BEUCHOT.
Ce 9 mai 1830, anniversaire de la réception de Voltaire à l’académie française.
LISTE RAISONNÉE DES ENFANTS DE LOUIS XIV,
DES PRINCES DE LA MAISON DE FRANCE DE SON TEMPS, DES SOUVERAINS CONTEMPORAINS, DES MARÉCHAUX DE FRANCE, DES MINISTRES, DE LA PLUPART DES ÉCRIVAINS, ET DES ARTISTES QUI ONT FLEURI DANS CE SIÈCLE.
Louis XIV n’eut qu’une femme[13], Marie-Thérèse d’Autriche, née comme lui en 1638, fille unique de Philippe IV, roi d’Espagne, de son premier mariage avec Élisabeth de France, et sœur de Charles II et de Marguerite-Thérèse, que Philippe IV eut de son second mariage avec Marie-Anne d’Autriche. Ce second mariage de Philippe IV est très remarquable. Marie-Anne d’Autriche était sa nièce, et elle avait été fiancée, en 1648, à Philippe-Balthazar, infant d’Espagne; de sorte que Philippe IV épousa à-la-fois sa nièce et la fiancée de son fils.
Les noces de Louis XIV furent célébrées le 9 juin 1660. Marie-Thérèse mourut en 1683. Les historiens se sont fatigués à dire quelque chose d’elle. On a prétendu qu’une religieuse lui ayant demandé si elle n’avait pas cherché à plaire aux jeunes gens de la cour du roi son père, elle répondit: «Non, il n’y avait point de rois.» On ne nomme point cette religieuse, elle aurait été plus qu’indiscrète. Les infantes ne pouvaient parler à aucun jeune homme de la cour; et lorsque Charles Iᵉʳ, roi d’Angleterre, étant prince de Galles, alla à Madrid pour épouser la fille de Philippe III, il ne put même lui parler. Ce discours de Marie-Thérèse semble d’ailleurs supposer que s’il y avait eu des rois à la cour de son père, elle aurait cherché à s’en faire aimer. Une telle réponse eût été convenable à la sœur d’Alexandre, mais non pas à la modeste simplicité de Marie-Thérèse. La plupart des historiens se plaisent à faire dire aux princes ce qu’ils n’ont ni dit ni dû dire.
Le seul enfant de ce mariage de Louis XIV qui vécut fut Louis, dauphin, nommé _Monseigneur_, né le 1ᵉʳ novembre 1661, mort le 14 avril 1711. Rien n’était plus commun, long-temps avant la mort de ce prince, que ce proverbe qui courait sur lui: «Fils de roi, père de roi, jamais roi.» L’événement semble favoriser la crédulité de ceux qui ont foi aux prédictions; mais ce mot n’était qu’une répétition de ce qu’on avait dit du père de Philippe de Valois, et était fondé d’ailleurs sur la santé de Louis XIV, plus robuste que celle de son fils.
La vérité oblige de dire qu’il ne faut avoir aucun égard aux livres scandaleux sur la vie privée de ce prince. Les _Mémoires de madame de Maintenon_, compilés par La Beaumelle, sont remplis de ces ridicules anecdotes. Une des plus extravagantes est que Monseigneur fut amoureux de sa sœur, et qu’il épousa mademoiselle Choin[14]. Ces sottises doivent être réfutées, puisqu’elles ont été imprimées.
Il épousa Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, le 8 mars 1680, morte le 20 avril 1690: il en eut
1º LOUIS, duc de Bourgogne, né le 6 auguste 1682, mort le 18 février 1712, d’une rougeole épidémique; lequel eut de Marie-Adélaïde de Savoie, fille du premier roi de Sardaigne, morte le 12 février 1712,
LOUIS, duc de Bretagne, né en 1705, mort en 1712;
Et Louis XV, né le 15 février 1710.
La mort prématurée du duc de Bourgogne causa des regrets à la France et à l’Europe. Il était très instruit, juste, pacifique, ennemi de la vaine gloire, digne élève du duc de Beauvilliers et du célèbre Fénélon. Nous avons, à la honte de l’esprit humain, cent volumes contre Louis XIV, son fils Monseigneur, le duc d’Orléans son neveu, et pas un qui fasse connaître les vertus de ce prince, qui aurait mérité d’être célèbre s’il n’eût été que particulier.
2º PHILIPPE, duc d’Anjou, roi d’Espagne, né le 19 décembre 1683, mort le 9 juillet 1746;
3º CHARLES, duc de Berri, né le 31 auguste 1686, mort le 4 mai 1714.
Louis XIV eut encore deux fils et trois filles, morts jeunes.
ENFANTS NATURELS ET LÉGITIMÉS.
Louis XIV eut de madame la duchesse de La Vallière, laquelle s’étant rendue religieuse carmélite, le 2 juin 1674, fit profession le 4 juin 1675, et mourut le 6 juin 1710, âgée de soixante-cinq ans,
LOUIS DE BOURBON, né le 27 décembre 1663, mort le 15 juillet 1666;
LOUIS DE BOURBON, comte de Vermandois, né le 2 octobre 1667, mort en 1683;
MARIE-ANNE, dite Mademoiselle _de Blois_, née en 1666, mariée à Louis-Armand, prince de Conti, morte en 1739.
AUTRES ENFANTS NATURELS ET LÉGITIMÉS.
De Françoise-Athénaïs de Rochechouart Mortemar, femme de Louis de Gondrin, marquis de Montespan. Comme ils naquirent tous pendant la vie du marquis de Montespan, le nom de la mère ne se trouve point dans les actes relatifs à leur naissance et leur légitimation:
LOUIS-AUGUSTE DE BOURBON, duc du Maine, né le 31 mars 1670, mort en 1736;
LOUIS-CÉSAR, comte de Vexin, abbé de Saint-Denys et de Saint-Germain-des-Prés, né en 1672, mort en 1683;
LOUIS-ALEXANDRE DE BOURBON, comte de Toulouse, né le 6 juin 1678, mort en 1737;
LOUISE-FRANÇOISE DE BOURBON, dite Mademoiselle _de Nantes_, née en 1673, mariée à Louis III, duc de Bourbon-Condé, morte en 1743; LOUISE-MARIE DE BOURBON, dite Mademoiselle _de Tours_, morte en 1681;
FRANÇOISE-MARIE DE BOURBON, dite Mademoiselle _de Blois_, née en 1677, mariée à Philippe II, duc d’Orléans, régent de France, morte en 1749.
Deux autres fils, morts jeunes, dont l’un de mademoiselle de Fontanges.