Œuvres de P. Corneille, Tome 06

Part 35

Chapter 353,568 wordsPublic domain

J'avois assez prévu qu'il vous seroit facile De garder dans ma perte un esprit si tranquille: Le peu d'ardeur pour moi que vos desirs ont eu Doit s'accorder sans peine avec cette vertu. 820 Vous avez feint d'aimer, et permis l'espérance; Mais cet amour traînant n'avoit que l'apparence; Et quand par votre hymen vous pouviez m'acquérir, Vous m'avez renvoyé pour vaincre ou pour périr. J'ai vaincu par votre ordre, et vois avec surprise 825 Que je n'en ai pour fruit qu'une froide remise, Et quelque espoir douteux d'obtenir votre choix Quand nous serons chez vous l'un et l'autre en vrais rois. Dites-moi donc, Madame, aimiez-vous[675] ma personne Ou le pompeux éclat d'une double couronne? 830 Et lorsque vous prêtiez des forces à mon bras, Étoit-ce pour unir nos mains ou nos États? Je vous l'ai déjà dit, que toute ma vaillance Tient d'un si grand secours sa gloire et sa puissance. Je saurai m'acquitter de ce qui vous est dû, 835 Et je vous rendrai plus que vous n'avez perdu; Mais comme en mon malheur ce favorable office En vouloit à mon sceptre, et non à Massinisse, Vous pouvez sans chagrin, dans mes destins meilleurs, Voir mon sceptre en vos mains, et Massinisse ailleurs. Prenez ce sceptre aimé pour l'attacher au vôtre; Ma main tant refusée est bonne pour une autre; Et son ambition a de quoi s'arrêter En celui de Syphax[676] qu'elle vient d'emporter. Si vous m'aviez aimé, vous n'auriez pas eu honte 845 D'en montrer une estime et plus haute et plus prompte, Ni craint de ravaler l'honneur de votre rang Pour trop considérer le mérite et le sang. La naissance suffit quand la personne est chère: Un prince détrôné garde son caractère; 850 Mais à vos yeux charmés par de plus forts appas, Ce n'est point être roi que de ne régner pas. Vous en vouliez en moi l'effet comme le titre; Et quand de votre amour la fortune est l'arbitre, Le mien, au-dessus d'elle et de tous ses revers, 855 Reconnoît son objet dans les pleurs, dans les fers. Après m'être fait roi pour plaire à votre envie, Aux dépens de mon sang, aux périls de ma vie, Mon sceptre reconquis me met en liberté De vous laisser un bien que j'ai trop acheté; 860 Et ce seroit trahir les droits du diadème, Que sur le haut d'un trône être esclave moi-même. Un roi doit pouvoir tout; et je ne suis pas roi, S'il ne m'est pas permis[677] de disposer de moi.

ÉRYXE.

Il est beau de trancher du roi comme vous faites; 865 Mais n'a-t-on aucun lieu de douter si vous l'êtes? Et n'est-ce point, Seigneur, vous y prendre un peu mal, Que d'en faire l'épreuve en gendre d'Asdrubal[678]? Je sais que les Romains vous rendront la couronne, Vous en avez parole, et leur parole est bonne: 870 Ils vous nommeront roi; mais vous devez savoir Qu'ils sont plus libéraux du nom que du pouvoir; Et que sous leur appui ce plein droit de tout faire N'est que pour qui ne veut que ce qui doit leur plaire. Vous verrez qu'ils auront pour vous trop d'amitié 875 Pour vous laisser méprendre au choix d'une moitié. Ils ont pris trop de part en votre destinée Pour ne pas l'affranchir d'un pareil hyménée; Et ne se croiroient pas assez de vos amis, S'ils n'en désavouoient les Dieux qui l'ont permis. 880

MASSINISSE.

Je m'en dédis, Madame; et s'il vous est facile De garder dans ma perte un cœur vraiment tranquille, Du moins votre grande âme avec tous ses efforts N'en conserve pas bien les fastueux dehors. Lorsque vous étouffez l'injure et la menace, 885 Vos illustres froideurs laissent rompre leur glace; Et cette fermeté de sentiments contraints S'échappe adroitement du côté des Romains. Si tant de retenue a pour vous quelque gêne, Allez jusqu'en leur camp solliciter leur haine; 890 Traitez-y mon hymen de lâche et noir forfait; N'épargnez point les pleurs pour en rompre l'effet; Nommez-y moi cent fois ingrat, parjure, traître: J'ai mes raisons pour eux, et je les dois connoître.

ÉRYXE.

Je les connois, Seigneur, sans doute moins que vous, 895 Et les connois assez pour craindre leur courroux. Ce grand titre de roi, que seul je considère, Étend sur moi l'affront qu'en vous ils vont lui faire; Et rien ici n'échappe à ma tranquillité Que par les intérêts de notre dignité: 900 Dans votre peu de foi c'est tout ce qui me blesse. Vous allez hautement montrer notre foiblesse, Dévoiler notre honte, et faire voir à tous Quels fantômes d'État on fait régner en nous. Oui, vous allez forcer nos peuples de connoître 905 Qu'ils n'ont que le sénat pour véritable maître, Et que ceux qu'avec pompe ils ont vu couronner En reçoivent les lois qu'ils semblent leur donner. C'est là mon déplaisir. Si je n'étois pas reine, Ce que je perds en vous me feroit peu de peine; 910 Mais je ne puis souffrir qu'un si dangereux choix Détruise en un moment ce peu qui reste aux rois, Et qu'en un si grand cœur l'impuissance de l'être Ait ménagé si mal l'honneur de le paroître. Mais voici cet objet si charmant à vos yeux, 915 Dont le cher entretien vous divertira mieux.

SCÈNE III.

MASSINISSE, SOPHONISBE, ÉRYXE, MÉZÉTULLE, HERMINIE, BARCÉE.

ÉRYXE.

Une seconde fois tout a changé de face, Madame, et c'est à moi de vous quitter la place. Vous n'aviez pas dessein de me le dérober[679]?

SOPHONISBE.

L'occasion qui plaît souvent fait succomber. 920 Vous puis-je en cet état rendre quelque service?

ÉRYXE.

L'occasion qui plaît semble toujours propice; Mais ce qui vous et moi nous doit mettre en souci, C'est que ni vous ni moi ne commandons ici.

SOPHONISBE.

Si vous y commandiez, je pourrois être à plaindre. 925

ÉRYXE.

Peut-être en auriez-vous quelque peu moins à craindre. Ceux dont avant deux jours nous y prendrons des lois Regardent d'un autre œil la majesté des rois. Étant ce que je suis, je redoute un exemple; Et reine, c'est mon sort en vous que je contemple. 930

SOPHONISBE.

Vous avez du crédit, le Roi n'en manque point; Et si chez les Romains l'un à l'autre se joint....

ÉRYXE.

Votre félicité sera longtemps parfaite, S'ils la laissent durer autant que je souhaite. Seigneur, en cet adieu recevez-en ma foi, 935 Ou me donnez quelqu'un qui réponde de moi. La gloire de mon rang, qu'en vous deux je respecte, Ne sauroit consentir que je vous sois suspecte. Faites-moi donc justice, et ne m'imputez rien Si le ciel à mes vœux ne s'accorde pas bien. 940

SCÈNE IV.

MASSINISSE, SOPHONISBE, MÉZÉTULLE, HERMINIE.

MASSINISSE.

Comme elle voit ma perte aisément réparable, Sa jalousie est foible, et son dépit traitable. Aucun ressentiment n'éclate en ses discours.

SOPHONISBE.

Non; mais le fond du cœur n'éclate pas toujours. Qui n'est point irritée, ayant trop de quoi l'être, 945 L'est souvent d'autant plus qu'on le voit moins paroître, Et cachant son dessein pour le mieux assurer, Cherche à prendre ce temps qu'on perd à murmurer. Ce grand calme prépare un dangereux orage. Prévenez les effets de sa secrète rage; 950 Prévenez de Syphax l'emportement jaloux, Avant qu'il ait aigri vos Romains contre vous; Et portez dans leur camp la première nouvelle De ce que vient de faire un amour si fidèle. Vous n'y hasardez rien, s'ils respectent en vous, 955 Comme nous l'espérons, le nom de mon époux; Mais je m'attirerois la dernière infamie, S'ils brisoient malgré vous le saint nœud qui nous lie, Et qu'ils pussent noircir de quelque indignité Mon trop de confiance en votre autorité. 960 Si dès qu'ils paroîtront, vous n'êtes plus le maître, C'est d'eux qu'il faut savoir ce que je vous puis être; Et puisque Lélius doit entrer dès demain....

MASSINISSE.

Ah! je n'ai pas reçu le cœur avec la main. Si votre amour....

SOPHONISBE.

Seigneur, je parle avec franchise. 965 Vous m'avez épousée, et je vous suis acquise: Voyons si vous pourrez me garder plus d'un jour. Je me rends au pouvoir, et non pas à l'amour; Et de quelque façon qu'à présent je vous nomme, Je ne suis point à vous, s'il faut aller à Rome. 970

MASSINISSE.

A qui donc? à Syphax, Madame?

SOPHONISBE.

D'aujourd'hui, Puisqu'il porte des fers, je ne suis plus à lui. En dépit des Romains on voit que je vous aime; Mais jusqu'à leur aveu je suis toute à moi-même[680]; Et pour obtenir plus que mon cœur et ma foi, 975 Il faut m'obtenir d'eux aussi bien que de moi. Le nom d'époux suffit pour me tenir parole, Pour me faire éviter l'aspect du Capitole. N'exigez rien de plus; perdez quelques moments Pour mettre en sûreté l'effet de vos serments; 980 Afin que vos lauriers me sauvent du tonnerre, Allez aux dieux du ciel joindre ceux de la terre. Mais que nous veut Syphax que ce Romain conduit?

SCÈNE V.

SYPHAX, MASSINISSE, SOPHONISBE, LÉPIDE, HERMINIE, MÉZÉTULLE, GARDES.

LÉPIDE.

Touché de cet excès du malheur qui le suit, Madame, par pitié Lélius vous l'envoie, 985 Et donne à ses douleurs ce mélange de joie Avant qu'on le conduise au camp de Scipion[681].

MASSINISSE.

J'aurai pour ses malheurs même compassion. Adieu: cet entretien ne veut point ma présence; J'en attendrai l'issue avec impatience; 990 Et j'ose en espérer quelques plus douces lois Quand vous aurez[682] mieux vu le destin des deux rois.

SOPHONISBE.

Je sais ce que je suis et ce que je dois faire, Et prends pour seul objet ma gloire à satisfaire.

SCÈNE VI.

SYPHAX, SOPHONISBE, LÉPIDE, HERMINIE, GARDES.

SYPHAX.

Madame, à cet excès de générosité, 995 Je n'ai presque plus d'yeux pour ma captivité; Et malgré de mon sort la disgrâce éclatante, Je suis encore heureux quand je vous vois constante. Un rival triomphant veut place en votre cœur, Et vous osez pour moi dédaigner ce vainqueur! 1000 Vous préférez mes fers à toute sa victoire, Et savez hautement soutenir votre gloire! Je ne vous dirai point aussi que vos conseils M'ont fait choir de ce rang si cher à nos pareils, Ni que pour les Romains votre haine implacable 1005 A rendu ma déroute à jamais déplorable: Puisqu'en vain Massinisse attaque votre foi, Je règne dans votre âme, et c'est assez pour moi.

SOPHONISBE.

Qui vous dit qu'à ses yeux vous y régniez encore? Que pour vous je dédaigne un vainqueur qui m'adore? Et quelle indigne loi m'y pourroit obliger, Lorsque vous m'apportez des fers à partager?

SYPHAX.

Ce soin de votre gloire, et de lui satisfaire....

SOPHONISBE.

Quand vous l'entendrez bien, vous dira le contraire[683]. Ma gloire est d'éviter les fers que vous portez, 1015 D'éviter le triomphe où vous vous soumettez: Ma naissance ne voit que cette honte à craindre. Enfin détrompez-vous, il siéroit mal de feindre: Je suis à Massinisse, et le peuple en ces lieux Vient de voir notre hymen à la face des Dieux; 1020 Nous sortons de leur temple.

SYPHAX.

Ah! que m'osez-vous dire?

SOPHONISBE.

Que Rome sur mes jours n'aura jamais d'empire. J'ai su m'en affranchir par une autre union; Et vous suivrez sans moi le char de Scipion.

SYPHAX.

Le croirai-je, grands Dieux! et le voudra-t-on croire, Alors que l'avenir en apprendra l'histoire? Sophonisbe servie avec tant de respect, Elle que j'adorai dès le premier aspect, Qui s'est vue à toute heure et partout obéie, Insulte lâchement à ma gloire trahie, 1030 Met le comble à mes maux par sa déloyauté, Et d'un crime si noir fait encor vanité!

SOPHONISBE.

Le crime n'est pas grand d'avoir l'âme assez haute Pour conserver un rang que le destin vous ôte: Ce n'est point un honneur qui rebute en deux jours; Et qui règne un moment aime à régner toujours: Mais si l'essai du trône en fait durer l'envie Dans l'âme la plus haute à l'égal de la vie, Un roi né pour la gloire, et digne de son sort, A la honte des fers sait préférer la mort; 1040 Et vous m'aviez promis en partant....

SYPHAX.

Ah! Madame, Qu'une telle promesse étoit douce à votre âme! Ma mort faisoit dès lors vos plus ardents souhaits[684].

SOPHONISBE.

Non; mais je vous tiens mieux ce que je vous promets: Je vis encore en reine, et je mourrai de même. 1045

SYPHAX.

Dites que votre foi tient toute au diadème, Que les plus saintes lois ne peuvent rien sur vous.

SOPHONISBE.

Ne m'attachez point tant au destin d'un époux, Seigneur; les lois de Rome et celles de Carthage Vous diront que l'hymen se rompt par l'esclavage[685], 1050 Que vos chaînes du nôtre ont brisé le lien, Et qu'étant dans les fers, vous ne m'êtes plus rien. Ainsi par les lois même en mon pouvoir remise, Je me donne au monarque à qui je fus promise, Et m'acquitte envers lui d'une première foi 1055 Qu'il reçut avant vous de mon père et de moi. Ainsi mon changement n'a point de perfidie: J'étois et suis encore au roi de Numidie, Et laisse à votre sort son flux et son reflux[686], Pour régner malgré lui quand vous ne régnez plus. 1060

SYPHAX.

Ah! s'il est quelques lois qui souffrent qu'on étale Cet illustre mépris de la foi conjugale, Cette hauteur, Madame, a d'étranges effets, Après m'avoir forcé de refuser la paix. Me les[687] promettiez-vous, alors qu'à ma défaite 1065 Vous montriez dans Cyrthe une sûre retraite, Et qu'outre le secours de votre général Vous me vantiez celui d'Hannon et d'Annibal[688]? Pour vous avoir trop crue, hélas! et trop aimée, Je me vois sans États, je me vois sans armée; 1070 Et par l'indignité d'un soudain changement, La cause de ma chute en fait l'accablement.

SOPHONISBE.

Puisque je vous montrois dans Cyrthe une retraite, Vous deviez vous y rendre après votre défaite: S'il eût fallu périr sous un fameux débris, 1075 Je l'eusse appris de vous, ou je vous l'eusse appris, Moi qui, sans m'ébranler du sort de deux batailles[689], Venois de m'enfermer exprès dans ces murailles, Prête à souffrir un siége, et soutenir pour vous Quoi que du ciel injuste eût osé le courroux. 1080 Pour mettre en sûreté quelques restes de vie, Vous avez du triomphe accepté l'infamie; Et ce peuple déçu qui vous tendoit les mains N'a revu dans son roi qu'un captif des Romains. Vos fers, en leur faveur plus forts que leurs cohortes, Ont abattu les cœurs[690], ont fait ouvrir les portes, Et réduit votre femme à la nécessité De chercher tous moyens d'en fuir l'indignité, Quand vos sujets ont cru que sans devenir traîtres Ils pouvoient après vous se livrer à vos maîtres. 1090 Votre exemple est ma loi, vous vivez et je vi; Et si vous fussiez mort, je vous aurois suivi. Mais si je vis encor, ce n'est pas pour vous suivre: Je vis pour vous punir de trop aimer à vivre; Je vis peut-être encor pour quelque autre raison 1095 Qui se justifiera dans une autre saison. Un Romain nous écoute; et quoi qu'on veuille en croire, Quand il en sera temps je mourrai pour ma gloire. Cependant, bien qu'un autre ait le titre d'époux, Sauvez-moi des Romains, je suis encore à vous; 1100 Et je croirai régner malgré votre esclavage, Si vous pouvez m'ouvrir les chemins de Carthage. Obtenez de vos dieux ce miracle pour moi, Et je romps avec lui pour vous rendre ma foi. Je l'aimai; mais ce feu, dont je fus la maîtresse, 1105 Ne met point dans mon cœur de honteuse tendresse: Toute ma passion est pour ma liberté[691] Et toute mon horreur pour la captivité. Seigneur, après cela je n'ai rien à vous dire: Par ce nouvel hymen vous voyez où j'aspire; 1110 Vous savez les moyens d'en rompre le lien: Réglez-vous là-dessus, sans vous plaindre de rien.

SCÈNE VII.

SYPHAX, LÉPIDE, GARDES.

SYPHAX.

A-t-on vu sous le ciel plus infâme injustice? Ma déroute la jette au lit de Massinisse; Et pour justifier ses lâches trahisons, 1115 Les maux qu'elle a causés lui servent de raisons!

LÉPIDE.

Si c'est avec chagrin que vous souffrez sa perte, Seigneur, quelque espérance encor vous est offerte: Si je l'ai bien compris, cet hymen imparfait N'est encor qu'en parole, et n'a point eu d'effet; 1120 Et comme nos Romains le verront avec peine, Ils pourront mal répondre aux souhaits de la Reine. Je vais m'assurer d'elle, et vous dirai de plus Que j'en viens d'envoyer avis à Lélius: J'en attends nouvel ordre, et dans peu je l'espère. 1125

SYPHAX.

Quoi? prendre tant de soin d'adoucir ma misère! Lépide, il n'appartient qu'à de vrais généreux D'avoir cette pitié des princes malheureux; Autres que les Romains n'en chercheroient la gloire.

LÉPIDE.

Lélius fera voir ce qu'il vous en faut croire. 1130 Vous autres, attendant quel est son sentiment, Allez garder le Roi dans cet appartement.

FIN DU TROISIÈME ACTE.

[672] L'édition de 1692 et Voltaire d'après elle ont changé _ne_ en _ni_.

[673] Voltaire (1764) a substitué «me plaindre» à «m'en plaindre,» qui est le texte de toutes les éditions anciennes, y compris celle de 1692.

[674] _Var._ De me voler un cœur qui n'étoit point à moi. (1663-68)

[675] L'édition de 1666 porte _aimez-vous_, au présent.

[676] L'édition de 1682 porte _du Syphax_, pour _de Syphax_.

[677] L'édition de 1666 donne _promis_, pour _permis_.

[678] Voyez ci-dessus, p. 465, et la note 621.

[679] Voyez plus haut, acte II, scène III, vers 575 et suivants.

[680] Les éditions de 1682 et de 1692 donnent: «tout à moi-même.»

[681] Voyez ci-après, dans l'_Appendice_ I, p. 551, le commencement du chapitre XIII.

[682] Les éditions de 1668 et de 1682 portent, par erreur: «Quand vous _auriez_.»

[683] Tel est le texte de la première édition et de celle de 1692. Les impressions de 1666, 1668, 1682, et Voltaire (1764) donnent: «vous direz le contraire.»

[684] Il y a ici dans l'édition de 1682 une faute étrange qui a été reproduite par celle de 1692: «vos pleurs ardents souhaits.»

[685] Voyez plus haut, p. 465, note 620.

[686] L'orthographe de ces mots dans l'édition originale (1663) est _flux_ et _reflus_; dans les suivantes, y compris celle de 1692: _flus_ et _reflus_.

[687] L'édition de 1682 porte _le_, pour _les_.

[688] Voyez ci-dessus, acte I, scène IV, vers 358 et suivants.

[689] On lit: «_des_ deux batailles,» dans les éditions de 1666 et de 1668.

[690] «Le récit de ce qui s'étoit passé, les menaces, la persuasion, tout fut sans effet (sur les habitants de Cirte), jusqu'au moment où on amena devant eux le roi chargé de chaînes. A ce honteux spectacle, des lamentations s'élevèrent; les uns, dans leur frayeur, désertoient les murs; les autres, avec cet accord soudain de gens qui cherchent à fléchir le vainqueur, se hâtèrent d'ouvrir les portes.» .... _Rex vinctus in conspectum datus est. Tum ad spectaculum tam fœdum comploratio orta; et partim pavore mœnia sunt deserta, partim repentino consensu gratiam apud victorem quærentium patefactæ portæ._ (_Tite Live_, livre XXX, chapitre XII.) Voyez ci-après l'_Appendice_ I, p. 550.

[691] _Var._ Toute ma passion est pour la liberté[691-a]. (1663)

[691-a] Cette leçon, préférable peut-être, a été reproduite par l'édition de 1692 et par Voltaire.

ACTE IV.

SCÈNE PREMIÈRE.

SYPHAX, LÉPIDE.

LÉPIDE.

Lélius est dans Cyrthe, et s'en est rendu maître: Bientôt dans ce palais vous le verrez paroître; Et si vous espérez que parmi vos malheurs 1135 Sa présence ait de quoi soulager vos douleurs, Vous n'avez avec moi qu'à l'attendre au passage.

SYPHAX.

Lépide, que dit-il touchant ce mariage? En rompra-t-il les nœuds? en sera-t-il d'accord? Fera-t-il mon rival arbitre de mon sort? 1140

LÉPIDE.

Je ne vous réponds point que sur cette matière Il veuille vous ouvrir son âme toute entière; Mais vous pouvez juger que puisqu'il vient ici, Cet hymen comme à vous lui donne du souci. Sachez-le de lui-même: il entre, et vous regarde. 1145

SCÈNE II.

LÉLIUS, SYPHAX, LÉPIDE.

LÉLIUS.

Détachez-lui ces fers[692], il suffit qu'on le garde. Prince, je vous ai vu tantôt comme ennemi, Et vous vois maintenant comme ancien[693] ami[694]. Le fameux Scipion, de qui vous fûtes l'hôte, Ne s'offensera point des fers que je vous ôte, 1150 Et feroit encor plus, s'il nous étoit permis De vous remettre au rang de nos plus chers amis.

SYPHAX.

Ah! ne rejetez point dans ma triste mémoire Le cuisant souvenir de l'excès de ma gloire; Et ne reprochez point à mon cœur désolé, 1155 A force de bontés, ce qu'il a violé. Je fus l'ami de Rome, et de ce grand courage Qu'opposent nos destins aux destins de Carthage: Toutes deux, et ce fut le plus beau de mes jours, Par leurs plus grands héros briguèrent mon secours[695]. J'eus des yeux assez bons pour remplir votre attente; Mais que sert un bon choix dans une âme inconstante? Et que peuvent les droits de l'hospitalité Sur un cœur si facile à l'infidélité? J'en suis assez puni par un revers si rude, 1165 Seigneur, sans m'accabler de mon ingratitude. Il suffit des malheurs qu'on voit fondre sur moi, Sans me convaincre encor d'avoir manqué de foi, Et me faire avouer que le sort qui m'opprime, Pour cruel qu'il me soit, rend justice à mon crime[696]. 1170

LÉLIUS.

Je ne vous parle aussi qu'avec cette pitié Que nous laisse pour vous un reste d'amitié: Elle n'est pas éteinte, et toutes vos défaites Ont rempli nos succès d'amertumes secrètes. Nous ne saurions voir même aujourd'hui qu'à regret Ce gouffre de[697] malheurs que vous vous êtes fait. Le ciel m'en est témoin, et vos propres murailles, Qui nous voyoient enflés du gain de deux batailles, Ont vu cette amitié porter tous nos souhaits A regagner la vôtre, et vous rendre la paix. 1180 Par quel motif de haine obstinée à vous nuire Nous avez-vous forcés vous-même à vous détruire? Quel astre, de votre heur et du nôtre jaloux, Vous a précipité jusqu'à rompre avec nous[698]?

SYPHAX.