Œuvres de P. Corneille, Tome 06
Part 17
Junon le rejoint, étonnée comme lui des menaces avec lesquelles Médée s'en est séparée. Elle se plaint de ce que l'Amour ne lui tient pas ce qu'il lui avoit promis en sa faveur, et lui apprend que les Dieux s'assemblent chez Jupiter pour résoudre le destin de cette journée. Sur quoi, le ciel de Vénus s'ouvre, qui fait voir le palais de cette déesse, où l'Amour paroît seul, et dit à Junon que pour lui tenir parole, il s'en va montrer à cette assemblée des Dieux qu'il est leur maître quand il lui plaît. Il finit en commandant à Jason d'obéir à Médée, et de lui laisser le soin du reste, et s'élance aussitôt en l'air, qu'il traverse, non pas d'un côté du théâtre à l'autre, mais d'un bout à l'autre. Les curieux qui voudront bien considérer ce vol le trouveront assez extraordinaire, et je ne me souviens point d'en avoir vu de cette manière[322]. Après que l'Amour a disparu, Jason reprend courage, et sort avec Junon, pour rejoindre Médée et rendre une soumission entière à ses volontés.
[321] Après les mots: «qu'on passe de la nuit au jour;» voyez ci-après, p. 315.
[322] Voyez ci-dessus, p. 231, et p. 227, note 298.
ACTE CINQUIÈME.
La forêt de Mars y fait voir la Toison sur un arbre qui en occupe le milieu. Le dragon ne s'y montre point encore, parce que le charme de Circé, qui l'en a fait gardien, le réserve pour s'opposer aux ravisseurs, et ne veut pas qu'il épouvante ceux qui ne sont amenés là que par la curiosité de voir cette précieuse dépouille. C'est ce qu'Absyrte apprend à Hypsipyle, et reçoit d'elle de nouvelles protestations de reconnoissance pour le service qu'il lui a rendu avec un aveu qu'elle ne peut se donner à lui que Jason ne se soit donné à un autre[323] et lui ait montré l'exemple d'un changement irrévocable. Le Roi les aborde, tout épouvanté de la victoire que ce héros vient de remporter sur les taureaux et les gensdarmes, et témoigne peu de confiance au dragon, qui reste seul à vaincre. Il attribue ces effets prodigieux à des charmes qu'Hypsipyle lui a prêtés, et qu'il croit plus savante en ce grand art que Médée, vu la manière toute miraculeuse dont elle a pris terre à Colchos. Cette reine rejette sur sa rivale ce qu'il lui impute, et presse Jason, qu'elle voit venir, d'en avouer la vérité. Jason, sans vouloir éclaircir cette matière, demande au Roi la permission d'achever, et s'avance vers la Toison pour la prendre. Médée paroît aussitôt sur le dragon volant, élevée en l'air à la hauteur d'un homme, et s'étant saisie de cette toison, elle présente le combat à ce héros, qui met bas les armes devant elle, et aime mieux renoncer à sa conquête que de lui déplaire. Après cette déférence, il se retire, et Zéthès et Calaïs, qui l'avoient suivi, entreprennent le combat en sa place, et s'élancent tout d'un temps dans les nuées, pour fondre de là sur le dragon. Médée les brave, et s'élève encore plus haut pour leur épargner la peine de descendre, cependant qu'Orphée les encourage par cet air qu'il chante:
Hâtez-vous, enfants de Borée[324]....
Cette chanson d'Orphée ne fait point paroître les Argonautes ailés, et Médée en prend occasion de le railler de ce que sa voix ne porte point jusqu'à eux, puisqu'elle ne les fait point descendre; mais ces héros se montrant sur la fin de sa raillerie, Orphée chante cet autre couplet tandis qu'ils combattent:
Combattez, race d'Orithye[325]....
L'art des machines n'a rien encore fait voir à la France de plus beau, ni de plus ingénieux que ce combat. Les deux héros ailés fondent sur le dragon, et se relevant aussitôt qu'ils ont tâché de lui donner une atteinte, ils tournent face en même temps, pour revenir à la charge. Médée est au milieu des deux, qui pare leurs coups, et fait tourner le dragon vers l'un et vers l'autre, suivant qu'ils se présentent. Jusqu'ici nous n'avons point vu de vols sur nos théâtres qui n'ayent été tout à fait de bas en haut, ou de haut en bas, comme ceux d'_Andromède_; mais de descendre des nues au milieu de l'air et se relever aussitôt sans prendre terre, joignant ainsi les deux mouvements, et se retourner à la vue des spectateurs, pour recommencer dix fois la même descente, avec la même facilité que la première, je ne puis m'empêcher de dire qu'on n'a rien encore vu de si surprenant, ni qui soit exécuté avec tant de justesse[326].
Le combat se termine par la fuite des Argonautes et la retraite d'Orphée. Le Roi, ravi de voir que Médée l'a si bien servi, lui en fait ses remerciements, et l'invite à descendre pour l'embrasser. Cette princesse s'en excuse, sur ce qu'elle veut aller combattre et vaincre ces ambitieux jusque dans leur navire. Le Roi, voyant qu'elle continue à s'élever toujours plus haut avec la Toison qu'elle emporte, commence à la soupçonner de quelque perfidie, et elle lui avoue que les Dieux de Jason sont plus forts que les siens, et qu'elle le va rejoindre dans son vaisseau, où sa sœur Chalciope l'attend avec ses fils. Sitôt qu'elle est disparue, Junon se montre dans son chariot, et après avoir désabusé le Roi touchant Chalciope, dont elle a pris le visage pour mieux porter Médée à ce qu'elle vient de faire, elle remonte au ciel pour en obtenir l'aveu de Jupiter. Le Roi, au désespoir, implore le secours du Soleil son père, dont on voit s'ouvrir le palais lumineux, et ce dieu sortir dans son char tout brillant de lumière. Il s'élève en haut pour demander en faveur de son fils la protection de Jupiter, et un autre ciel s'ouvre au-dessus de lui, où paroît ce maître des Dieux sur son trône, et Junon à son côté. Ces trois théâtres qu'on voit tout d'une vue font un spectacle tout à fait agréable et majestueux[327].... C'est[328] en cet état que ce maître des Dieux répond à la prière que lui fait le Soleil, et lui dit que l'arrêt du Destin est irrévocable, et qu'Aæte, ayant perdu la Toison, doit perdre aussi son royaume; mais pour l'en consoler, il ordonne à Hypsipyle d'épouser Absyrte, et à ce roi d'aller passer ce temps fatal dans son île de Lemnos. Il ajoute qu'il doit sortir de Médée un Médus qui le rétablira en ses États, et fondera l'empire des Mèdes. Après cet oracle prononcé, le palais de Jupiter se referme, le Soleil va continuer sa course, et le Roi, Absyrte et Hypsipyle se retirent pour aller exécuter les ordres qu'ils ont reçus.
Voilà quelques légères idées de ce que l'on verra dans cette pièce, que je nommerois la plus belle des miennes, si la pompe des vers y répondoit à la dignité du spectacle. L'œil y découvrira des beautés que ma plume n'est pas capable d'exprimer, et la satisfaction qu'en remportera le spectateur l'obligera à m'accuser d'en avoir trop peu dit dans cet avant-goût que je lui donne.
[323] Voyez tome I, p. 228, note 3-_a_.
[324] Voyez p. 342.
[325] Voyez p. 242.
[326] Voyez ci-dessus, p. 231 et p. 241.
[327] Voyez p. 345.
[328] Après les mots: «de grandeur et de couleur naturelle;» voyez ci-après, p. 346.
EXAMEN[329].
L'antiquité n'a rien fait passer jusqu'à nous qui soit si généralement connu que le voyage des Argonautes; mais comme les historiens qui en ont voulu démêler la vérité d'avec la fable[330] qui l'enveloppe, ne s'accordent pas en tout, et que les poëtes qui l'ont embelli de leur fictions ne se sont pas assez accordés pour prendre[331] la même route, j'ai cru que pour en faciliter l'intelligence entière, il étoit à propos d'avertir le lecteur de quelques particularités[332] où je me suis attaché, qui peut-être ne sont pas connues de tout le monde. Elles sont pour la plupart tirées de Valérius Flaccus[333], qui en a fait un poëme épique en latin[334], et de qui, entre autres choses, j'ai emprunté la métamorphose de Junon en Chalciope.
Phryxus étoit fils d'Athamas, roi de Thèbes, et de Néphélé, qu'il répudia pour épouser Ino. Cette seconde femme persécuta si bien ce jeune prince, qu'il fut obligé de s'enfuir sur un mouton dont la laine étoit d'or, que sa mère lui donna après l'avoir reçu de Mercure. Il le sacrifia à Mars, sitôt qu'il fut abordé à Colchos[335], et lui en appendit la dépouille dans une forêt qui lui étoit consacrée. Aætes, fils du Soleil, et roi de cette province, lui donna pour femme Chalciope, sa fille aînée, dont il eut quatre fils, et mourut quelque temps après. Son ombre apparut ensuite à ce monarque, et lui révéla que le destin de son État dépendoit de cette toison; qu'en même temps qu'il la perdroit, il perdroit aussi son royaume; et qu'il étoit résolu dans le ciel que Médée, son autre fille, auroit un époux étranger. Cette prédiction fit deux effets. D'un côté, Aætes, pour conserver cette toison, qu'il voyoit si nécessaire à sa propre conservation, voulut en rendre la conquête impossible par le moyen des charmes de Circé sa sœur et de Médée sa fille. Ces deux savantes magiciennes firent en sorte qu'on ne pouvoit s'en rendre maître qu'après avoir dompté deux taureaux dont l'haleine étoit toute de feu, et leur avoir fait labourer le champ de Mars, où ensuite il falloit semer des dents de serpent, dont naissoient aussitôt autant de gensdarmes, qui tous ensemble attaquoient le téméraire qui se harsardoit à une si dangereuse entreprise; et pour dernier péril, il falloit combattre un dragon qui ne dormoit jamais, et qui étoit le plus fidèle et le plus redoutable gardien de ce trésor. D'autre côté, les rois voisins, jaloux de la grandeur d'Aætes, s'armèrent pour cette conquête, et entre autres Persès[336], son frère, roi de la Chersonèse Taurique, et fils du Soleil comme lui. Comme il s'appuya du secours des Scythes, Aætes emprunta celui de Styrus, roi d'Albanie, à qui il promit Médée, pour satisfaire à l'ordre qu'il croyoit en avoir reçu du ciel par cette ombre de Phryxus. Ils donnoient bataille, et la victoire penchoit du côté de Persès, lorsque Jason arriva suivi de ses Argonautes, dont la valeur la fit tourner du parti contraire; et en moins d'un mois, ces héros firent emporter tant d'avantages au roi de Colchos sur ses ennemis, qu'ils furent contraints de prendre la fuite et d'abandonner leur camp. C'est ici que commence la pièce; mais avant que d'en venir au détail, il faut dire un mot de Jason, et du dessein qui l'amenoit à Colchos.
Il étoit fils d'Æson, roi de Thessalie, sur qui Pélias, son frère, avoit usurpé ce royaume. Ce tyran[337] étoit fils de Neptune et de Tyro, fille de Salmonée, qui épousa ensuite Crétheus[338], père d'Æson, que je viens de nommer. Cette usurpation, lui donnant la défiance ordinaire à ceux de sa sorte, lui rendit suspect le courage de Jason, son neveu, et légitime hériter de ce royaume. Un oracle qu'il reçut le confirma dans ses soupçons, si bien que pour l'éloigner, ou plutôt pour le perdre, il lui commanda d'aller conquérir la Toison d'or, dans la croyance que ce prince y périroit, et le laisseroit, par sa mort, paisible possesseur de l'État dont il s'étoit emparé. Jason, par le conseil de Pallas, fit bâtir pour ce fameux voyage le navire Argo, où s'embarquèrent avec lui quarante des plus vaillants de toute la Grèce. Orphée fut du nombre, avec Zéthès[339] et Calaïs, fils du vent Borée et d'Orithye, princesse de Thrace, qui étoient nés avec des ailes, comme leur père, et qui par ce moyen délivrèrent Phinée, en passant, des Harpies[340] qui fondoient sur ses viandes sitôt que sa table étoit servie, et leur donnèrent la chasse par le milieu de l'air. Ces héros, durant leur voyage, reçurent beaucoup de faveurs de Junon et de Pallas, et prirent terre à Lemnos, dont étoit reine Hypsipyle, où ils tardèrent deux ans, pendant lesquels Jason fit l'amour à cette reine, et lui donna parole de l'épouser à son retour: ce qui ne l'empêcha pas de s'attacher auprès de Médée, et de lui faire les mêmes protestations, sitôt qu'il fut arrivé à Colchos, et qu'il eut vu le besoin qu'il en avoit. Ce nouvel amour lui réussit si heureusement, qu'il eut d'elle des charmes pour surmonter tous ces périls, et enlever[341] la Toison d'or, malgré le dragon qui la gardoit, et qu'elle assoupit. Un auteur que cite le mythologiste Noël le Comte, et qu'il appelle Denys le Milésien, dit qu'elle lui porta la Toison jusque dans son navire[342]; et c'est sur son rapport que je me suis autorisé à changer la fin ordinaire de cette fable, pour la rendre plus surprenante et plus merveilleuse. Je l'aurois été assez par la liberté qu'en donne la poésie en de pareilles rencontres; mais j'ai cru en avoir encore plus de droit en marchant sur les pas d'un autre, que si j'avois inventé ce changement.
C'est avec un fondement semblable que j'ai introduit Absyrte en âge d'homme, bien que la commune opinion n'en fasse qu'un enfant, que Médée déchira par morceaux. Ovide et Sénèque le disent[343]; mais Apollonius Rhodius le fait son aîné; et si nous voulons l'en croire, Aætes l'avoit eu d'Astérodie avant qu'il épousât la mère de cette princesse, qu'il nomme Idye, fille de l'Océan[344]. Il dit de plus qu'après la fuite des Argonautes, la vieillesse d'Aætes ne lui permettant pas de les poursuivre, ce prince monta sur mer, et les joignit autour d'une île située à l'embouchure du Danube, et qu'il appelle Peucé[345]. Ce fut là que Médée, se voyant perdue avec tous ces Grecs, qu'elle voyoit trop foibles pour lui résister, feignit de les vouloir trahir; et ayant attiré ce frère trop crédule à conférer avec elle de nuit dans le temple de Diane, elle le fit tomber dans une embuscade de Jason, où il fut tué. Valérius Flaccus dit les mêmes choses d'Absyrte que cet auteur grec[346]; et c'est sur l'autorité de l'un et de l'autre que je me suis enhardi à quitter l'opinion commune, après l'avoir suivie quand j'ai mis Médée sur le théâtre[347]. C'est me contredire moi-même en quelque sorte; mais Sénèque, dont je l'ai tirée, m'en donne l'exemple, lorsque après avoir fait mourir Jocaste dans l'_Œdipe_, il la fait revivre dans _la Thébaïde_, pour se trouver au milieu de ses deux fils, comme ils sont prêts de commencer le funeste duel où ils s'entre-tuent; si toutefois ces deux pièces sont véritablement d'un même auteur[348].
[329] Cet _Examen_, tel que le donnent les éditions de 1663-1682, est identique, sauf une ou deux légères variantes, avec l'_Argument_ de l'édition originale (1661), que nous omettons à cause de cette identité. L'_Argument_ placé en tête des _Desseins_, et qui, pour les trois premiers paragraphes, est aussi presque entièrement semblable à l'Examen, a de moins le dernier alinéa.
[330] VAR. (Desseins): démêler la vérité dans la fable.
[331] VAR. (édit. de 1661 et de 1663) n'ont pas pris.
[332] VAR. (Desseins): j'ai cru que pour faciliter au spectateur l'intelligence entière de ce sujet, il étoit à propos de l'avertir de quelques particularités.
[333] _C. Valerii Flacci Setini Balbi Argonauticon libri octo._ C'est au livre VI de ce poëme (vers 477-506) qu'il est parlé de la métamorphose de Junon en Chalciope.
[334] Le premier alinéa se termine ici dans les _Desseins_, qui n'ont pas la fin de la phrase.
[335] Corneille se conforme à la coutume qui s'était introduite dans la langue française de désigner par l'accusatif du mot latin _Colchi, Colchorum_ (voyez Valérius Flaccus, livre V, vers 284 et 422) la ville ou le pays (_la Colchide_) où était la Toison d'or et où régnait Ætès[335-a], père de Médée. Thomas Corneille, dans son _Dictionnaire universel géographique et historique_, parle, à l'article COLCHIDE, du «royaume de Colchos,» et nomme _Colchos_ la capitale du pays.
[335-a] Ce nom est écrit tantôt _Aætes_, tantôt _Aæte_, dans les éditions publiées du vivant de Corneille. Dans le _Dictionnaire_ de son frère, que nous venons de citer, on lit, à l'article COLCHIDE: «Aëte.»
[336] Voyez le livre III de Valérius Flaccus, vers 492 et suivants.
[337] Pélias.
[338] Dans l'édition de 1692: _Chrétus_. La véritable orthographe est _Crétheus_, du grec Κρηθευς (Krêtheus).
[339] On trouve pour ce nom, dans les anciennes éditions, la double orthographe _Zéthes_ et _Zethez_. Toutes, y compris celle de 1692, ont _Zethez_ dans la liste des acteurs.
[340] VAR. (Desseins): délivrèrent, en passant, Phinée des Harpies.--Dans l'édition de 1692: «et qui, par ce moyen, ayant vu Phinée en passant, le délivrèrent des Harpies.»
[341] Dans l'édition de 1692: «et pour enlever.»
[342] L'érudit connu sous le nom de Natalis Comes s'appelait Noël Conti; il est né à Milan au commencement du seizième siècle, et est mort vers 1582. Voici le passage de son principal ouvrage auquel Corneille fait allusion: «Dyonisius Milesius scripsit illam aureum vellus ad navem attulisse, atque una cum Argonautis, ultionem patris devitantem, aufugisse.» _(Natalis Comitis Mythologiæ_, lib. VI, cap. VIII.) Quant à Denys de Milet, historien grec, qui vivait au cinquième siècle avant Jésus-Christ, ses ouvrages sont entièrement perdus, et les fragments que Noël Conti cite sous le nom d'_Argonautiques_ sont d'une époque postérieure à celle de l'écrivain à qui ils sont atiribués.
[343] Voyez le commencement du livre VII des _Métamorphoses_ d'Ovide, la IXe élégie du livre III des _Tristes_, vers 5 et suivants, et le Ve acte de la _Médée_ de Sénèque, vers 911 et 912. Au vers 54 du livre VII des _Métamorphoses_, Ovide fait dire à Médée: _Frater adhuc infans_, «mon frère encore enfant.»
[344] Voyez le livre Ier du poëme grec d'Apollonius de Rhodes, intitulé _les Argonautiques_, vers 241 et suivants.
[345] Voyez _ibidem_, livre IV, vers 303 et suivants.
[346] Voyez la fin du VIIIe livre des _Argonautiques_ de Valérius Flaccus, que l'auteur a laissé inachevé, et auquel J. B. Pio de Bologne a ajouté une centaine de vers dont il a emprunté le sujet au poëme grec d'Apollonius de Rhodes.
[347] Voyez dans notre tome II, p. 332, la scène IV du Ier acte de _Médée_, vers 236.
[348] Le dernier membre de phrase: «si toutefois, etc.,» manque dans l'_Argument_ de 1661 et dans l'_Examen_ de 1663.--Daniel Heinsius attribue l'_Œdipe_ au père de Sénèque le philosophe; quant à _la Thébaïde_, contrairement à l'avis de Juste Lipse, qui admire beaucoup cette tragédie, il la trouve inférieure à toutes celles qui portent le nom de Sénèque, et ne croit pas qu'elle puisse être l'ouvrage ni du père ni du fils.
LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES DE _LA TOISON D'OR_
ÉDITIONS SÉPARÉES
_Desseins de la Toison d'or_[349]. 1661 in-12.
RECUEILS
1663 in-fol.[350]; 1664 in-8º; 1668 in-12; 1682 in-12.
[349] Voyez p. 229, note 302, et p. 230, note 306.
[350] L'édition de 1660 finit à _Œdipe_.
ACTEURS DU PROLOGUE.
LA FRANCE. LA VICTOIRE. MARS. LA PAIX. L'HYMÉNÉE. LA DISCORDE. L'ENVIE. QUATRE AMOURS.
ACTEURS DE LA TRAGÉDIE.
JUPITER. JUNON. PALLAS. IRIS. L'AMOUR. LE SOLEIL. AÆTE, roi de Colchos, fils du Soleil. ABSYRTE, fils d'Aæte. CHALCIOPE, fille d'Aæte, veuve de Phryxus. MÉDÉE, fille d'Aæte, amante de Jason. HYPSIPYLE, reine de Lemnos. JASON, prince de Thessalie, chef des Argonautes. PÉLÉE, } IPHITE,} Argonautes. ORPHÉE,}
ZÉTHÈS,} CALAÏS } Argonautes ailés, fils de Borée et d'Orithye.
GLAUQUE, dieu marin. DEUX TRITONS.--DEUX SIRÈNES.--QUATRE VENTS.
La scène est à Colchos[351].
[351] Voyez ci-dessus, p. 246, note 335.
LA CONQUÊTE DE LA TOISON D'OR.
TRAGÉDIE
PROLOGUE[352].
DÉCORATION DU PROLOGUE.
_L'heureux mariage de Sa Majesté, et la paix qu'il lui a plu donner à ses peuples[353], ayant été les motifs de la réjouissance publique pour laquelle cette tragédie a été préparée, non-seulement il étoit juste qu'ils servissent de sujet au prologue qui la précède, mais il étoit même absolument impossible d'en choisir une plus illustre matière._
L'ouverture du théâtre fait voir un pays ruiné par les guerres, et terminé dans son enfoncement par une ville qui n'en est pas mieux traitée; ce qui marque le pitoyable état où la France étoit réduite avant cette faveur du ciel, qu'elle a si longtemps souhaitée, et dont la bonté de son généreux monarque[354] la fait jouir à présent[355].
[352] «Notre siècle a inventé une.... espèce de prologue pour les pièces de machines, dit Corneille dans le _Discours du poëme dramatique_ (voyez au tome I, p. 46 et 47), qui ne touche point au sujet, et n'est qu'une louange adroite du prince devant qui ces poëmes doivent être représentés,» et il cite comme exemples les prologues d'_Andromède_ et de _la Toison d'or_. Voltaire ajoute dans la _Préface_ qu'il a placée en tête de cette dernière pièce: «Les prologues d'_Andromède_ et de _la Toison d'or_, où Louis XIV était loué, servirent ensuite de modèle à tous les prologues de Quinault, et ce fut une coutume indispensable de faire l'éloge du Roi à la tête de tous les opéras, comme dans les discours à l'Académie française. Il y a de grandes beautés dans le prologue de _la Toison d'or_. Ces vers surtout, que dit la France personnifiée, plurent à tout le monde:
A vaincre tant de fois mes forces s'affoiblissent: L'Etat est florissant, mais les peuples gémissent; Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits, Et la gloire du trône accable les sujets.
Longtemps après, il arriva, sur la fin du règne de Louis XIV, que cette pièce ayant disparu du théâtre, et n'étant lue tout au plus que par un petit nombre de gens de lettres, un de nos poëtes[352-a], dans une tragédie nouvelle, mit ces quatre vers dans la bouche d'un de ses personnages: ils furent défendus par la police. C'est une chose singulière qu'ayant été bien reçus en 1660, ils déplurent trente ans après; et qu'après avoir été regardés comme la noble expression d'une vérité importante, ils furent pris dans un autre auteur pour un trait de satire.»
[352-a] Campistron, dans _Tiridate_, acte II, scène II:
Je sais qu'en triomphant les États s'affoiblissent: Le monarque est vainqueur, et les peuples gémissent; Dans le rapide cours de ses vastes projets, La gloire dont il brille accable ses sujets.
[353] Un traité de paix avait été conclu, le 7 novembre 1669, entre la France et l'Espagne, par le cardinal Mazarin et don Louis de Haro, dans l'île des Faisans, sur la rivière de Bidassoa. L'un des articles du traité était le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV. Cette princesse épousa le roi de France par procuration, à Fontarabie, le 3 juin 1660, et le mariage fut célébré six jours après, le 9 juin, à Saint-Jean-de-Luz.
[354] VAR. (édit. de 1661): de son illustre monarque.
[355] Dans l'édition de 1663, pour cette pièce comme pour _Andromède_, toutes les décorations précèdent la liste des acteurs.
SCÈNE PREMIÈRE.
LA FRANCE, LA VICTOIRE.
LA FRANCE.
Doux charme des héros, immortelle Victoire, Ame de leur vaillance, et source de leur gloire, Vous qu'on fait si volage, et qu'on voit toutefois Si constante à me suivre, et si ferme en ce choix, Ne vous offensez pas si j'arrose de larmes 5 Cette illustre union qu'ont avec vous mes armes, Et si vos faveurs même obstinent mes soupirs A pousser vers la Paix mes plus ardents desirs. Vous faites qu'on m'estime aux deux bouts de la terre, Vous faites qu'on m'y craint; mais il vous faut la guerre; Et quand je vois quel prix me coûtent vos lauriers, J'en vois avec chagrin couronner mes guerriers.
LA VICTOIRE.
Je ne me repens point, incomparable France, De vous avoir suivie avec tant de constance: Je vous prépare encor mêmes attachements; 15 Mais j'attendois de vous d'autres remercîments. Vous lassez-vous de moi qui vous comble de gloire, De moi qui de vos fils assure la mémoire, Qui fais marcher partout l'effroi devant leurs pas?
LA FRANCE.