Œuvres de P. Corneille, Tome 03

Part 11

Chapter 113,541 wordsPublic domain

Je le sais, vous servez bien le Roi: Je vous ai vu combattre et commander sous moi. Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace, Votre rare valeur a bien rempli ma place; 210 Enfin, pour épargner les discours superflus, Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence[289].

LE COMTE.

Ce que je méritois, vous l'avez emporté. 215

DON DIÈGUE.

Qui l'a gagné sur vous l'avoit mieux mérité.

LE COMTE.

Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne.

DON DIÈGUE.

En être refusé n'en est pas un bon signe.

LE COMTE.

Vous l'avez eu par brigue, étant vieux courtisan.

DON DIÈGUE.

L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan. 220

LE COMTE.

Parlons-en mieux, le Roi fait honneur à votre âge[290].

DON DIÈGUE.

Le Roi, quand il en fait, le mesure au courage[291].

LE COMTE.

Et par là cet honneur n'étoit dû qu'à mon bras.

DON DIÈGUE.

Qui n'a pu l'obtenir ne le méritoit pas.

LE COMTE.

Ne le méritoit pas! Moi?

DON DIÈGUE.

Vous.

LE COMTE.

Ton impudence, 225 Téméraire vieillard, aura sa récompense.

(Il lui donne un soufflet[292].)

DON DIÈGUE, mettant l'épée à la main[293].

Achève, et prends ma vie après un tel affront, Le premier dont ma race ait vu rougir son front.

LE COMTE.

Et que penses-tu faire avec tant de foiblesse?

DON DIÈGUE.

O Dieu! ma force usée en ce besoin me laisse[294]! 230

LE COMTE.

Ton épée est à moi; mais tu serois trop vain, Si ce honteux trophée avoit chargé ma main. Adieu: fais lire au Prince, en dépit de l'envie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie: D'un insolent discours ce juste châtiment 235 Ne lui servira pas d'un petit ornement[295].

SCÈNE IV.

DON DIÈGUE[296].

O rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie? Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers? 240 Mon bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire, Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, Tant de fois affermi le trône de son roi, Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi? O cruel souvenir de ma gloire passée! 245 OEuvre de tant de jours en un jour effacée! Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur! Précipice élevé d'où tombe mon honneur! Faut-il de votre éclat voir triompher le Comte, Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte? 250 Comte, sois de mon prince à présent gouverneur: Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur; Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne, Malgré le choix du Roi, m'en a su rendre indigne. Et toi, de mes exploits glorieux instrument, 255 Mais d'un corps tout de glace inutile ornement, Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, M'as servi de parade, et non pas de défense, Va, quitte désormais le dernier des humains, Passe, pour me venger, en de meilleures mains[297]. 260

SCÈNE V.

DON DIÈGUE, DON RODRIGUE.

DON DIÈGUE.

Rodrigue, as-tu du coeur?

DON RODRIGUE.

Tout autre que mon père L'éprouveroit sur l'heure.

DON DIÈGUE.

Agréable colère! Digne ressentiment à ma douleur bien doux! Je reconnois mon sang à ce noble courroux; Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte. 265 Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte; Viens me venger.

DON RODRIGUE.

De quoi?

DON DIÈGUE.

D'un affront si cruel, Qu'à l'honneur de tous deux il porte un coup mortel: D'un soufflet. L'insolent en eût perdu la vie; Mais mon âge a trompé ma généreuse envie: 270 Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir, Je le remets au tien pour venger et punir. Va contre un arrogant éprouver ton courage: Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage; Meurs ou tue. Au surplus, pour ne te point flatter, 275 Je te donne à combattre un homme à redouter: Je l'ai vu, tout couvert de sang et de poussière[298], Porter partout l'effroi dans une armée entière. J'ai vu par sa valeur cent escadrons rompus; Et pour t'en dire encor quelque chose de plus, 280 Plus que brave soldat, plus que grand capitaine, C'est....

DON RODRIGUE.

De grâce, achevez.

DON DIÈGUE.

Le père de Chimène.

DON RODRIGUE.

Le....

DON DIÈGUE.

Ne réplique point, je connois ton amour; Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour. Plus l'offenseur est cher, et plus grande est l'offense. 285 Enfin tu sais l'affront, et tu tiens la vengeance: Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi; Montre-toi digne fils d'un père tel que moi[299]. Accablé des malheurs où le destin me range, Je vais les déplorer: va, cours, vole, et nous venge[300]. 290

SCÈNE VI[301].

DON RODRIGUE[302].

Percé jusques au fond du coeur[303] D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, Misérable vengeur d'une juste querelle, Et malheureux objet d'une injuste rigueur, Je demeure immobile, et mon âme abattue 295 Cède au coup qui me tue. Si près de voir mon feu récompensé, O Dieu, l'étrange peine! En cet affront mon père est l'offensé, Et l'offenseur le père de Chimène! 300

Que je sens de rudes combats! Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse: Il faut venger un père, et perdre une maîtresse: L'un m'anime le coeur, l'autre retient mon bras[304]. Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme, 305 Ou de vivre en infâme, Des deux côtés mon mal est infini. O Dieu, l'étrange peine! Faut-il laisser un affront impuni? Faut-il punir le père de Chimène? 310

Père, maîtresse, honneur, amour, Noble et dure contrainte, aimable tyrannie[305], Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie. L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour. Cher et cruel espoir d'une âme généreuse, 315 Mais ensemble amoureuse, Digne ennemi de mon plus grand bonheur[306], Fer qui causes ma peine[307], M'es-tu donné pour venger mon honneur? M'es-tu donné pour perdre ma Chimène? 320

Il vaut mieux courir au trépas. Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père: J'attire en me vengeant sa haine et sa colère[308]; J'attire ses mépris en ne me vengeant pas. A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle, 325 Et l'autre indigne d'elle. Mon mal augmente à le vouloir guérir; Tout redouble ma peine. Allons, mon âme; et puisqu'il faut mourir, Mourons du moins sans offenser Chimène. 330

Mourir sans tirer ma raison! Rechercher un trépas si mortel à ma gloire! Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison! Respecter un amour dont mon âme égarée 335 Voit la perte assurée! N'écoutons plus ce penser suborneur, Qui ne sert qu'à ma peine. Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur[309], Puisqu'après tout il faut perdre Chimène. 340

Oui, mon esprit s'étoit déçu[310]. Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse[311]: Que je meure au combat, ou meure de tristesse, Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu. Je m'accuse déjà de trop de négligence: 345 Courons à la vengeance; Et tout honteux d'avoir tant balancé[312], Ne soyons plus en peine, Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé, Si l'offenseur est père de Chimène. 350

FIN DU PREMIER ACTE.

NOTES:

[240] _Fernand_ ou Ferdinand Ier, dit le Grand, mourut en 1075. _Doña Urraque_ est aussi un nom historique: les deux filles que laissa le roi Fernand s'appelaient, l'une _doña Urraca_, l'autre _doña Elvira_. Nous avons vu plus haut (p. 79), dans l'extrait de Mariana, _don Gomès_, _Chimène_, et _don Rodrigue_ (ou _Ruy Diaz de Bivar_, surnommé _le Cid_). Le père de don Rodrigue est appelé par le même historien (livre IX, chapitre v) _don Diego Laynez_. Quant à _don Arias_, qu'il nomme _don Arias Gonzalès_, il parle de lui comme d'un vieil officier qui avait longtemps servi sous le roi don Fernand. Les autres noms de ses acteurs, Corneille les a trouvés également, à l'exception peut-être de celui de _Léonor_, soit dans le livre IX de Mariana, soit dans don Guillem de Castro; seulement il a donné ceux de _don Sanche_ et de _don Alonse_ à d'autres personnages que ceux à qui ils appartiennent dans l'histoire ou chez le poëte espagnol.

[241] VAR. (édit. de 1637-1656): DON RODRIGUE, fils de don Diègue et amant de Chimène.

[242] VAR. (édit. de 1637-1644): CHIMÈNE, maîtresse de don Rodrigue et de don Sanche.

[243] VAR. (édit. de 1637-1656): ELVIRE, suivante de Chimène.

[244] _Var._ TRAGI-COMÉDIE. (1637-44)

[245] Voyez la _Notice_, p. 51.

[246] _Var._ SCÈNE PREMIÈRE.

LE COMTE, ELVIRE[246-a].

ELV. Entre tous ces amants dont la jeune ferveur Adore votre fille et brigue ma faveur, Don Rodrigue et don Sanche à l'envi font paroître[246-b] Le beau feu qu'en leurs coeurs ses beautés ont fait naître. Ce n'est pas que Chimène écoute leurs soupirs, Ou d'un regard propice anime leurs desirs: Au contraire, pour tous dedans l'indifférence, Elle n'ôte à pas un ni donne d'espérance, Et sans les voir d'un oeil trop sévère ou trop doux, C'est de votre seul choix qu'elle attend un époux. LE COMTE. [Elle est dans le devoir; tous deux sont dignes d'elle[246-c].]

[246-a] ELVIRE, LE COMTE. (1638 P.)

[246-b] Dans l'édition originale, et dans plusieurs de celles qui l'ont suivie, il y a _parestre_, et à l'autre vers _naistre_. Nous avons signalé une rime semblable: _cognestre_ et _naistre_, dans _la Comédie des Tuileries_ (voyez tome II, p. 315, note 905). Dans l'intérieur des vers, les éditions les plus anciennes donnent tantôt _parestre_ (par exemple, à la variante du vers 1250), tantôt _paroistre_ (à la variante du vers 1419).

[246-c] On voit que, dans ses premières éditions, Corneille faisait dire au Comte lui-même ce qu'à partir de 1660 Elvire rapporte comme un discours du Comte.

[247] _Var._ Qui n'enfle de pas un ni détruit l'espérance, (1637-56) Et sans rien voir d'un oeil trop sévère ou trop doux. (1660)

[248] _Var._ M'en ont donné tous deux un soudain témoignage. (1660)

[249] _Var._ Don Rodrigue surtout n'a trait de son visage. (1637 in-12)

[250] «J'ai vu feu M. Corneille fort en colère contre M. Racine pour une bagatelle, tant les poëtes sont jaloux de leurs ouvrages. M. Corneille.... avoit dit en parlant de don Diègue:

Ses rides sur son front ont gravé ses exploits;

M. Racine, par manière de parodie, s'en joua dans ses _Plaideurs_, où il dit d'un sergent, acte I, scène I:

Ses rides sur son front gravoient tous ses exploits.

«Quoi! disoit M. Corneille, ne tient-il qu'à un jeune homme de venir tourner en ridicule les plus beaux vers des gens?» (_Ménagiana_, édition de 1715, tome III, p. 306 et 307.)

[251] _Var._ [Et ma fille, en un mot, peut l'aimer et me plaire.] Va l'en entretenir; mais dans cet entretien Cache mon sentiment et découvre le sien. Je veux qu'à mon retour nous en parlions ensemble; L'heure à présent m'appelle au conseil qui s'assemble: Le Roi doit à son fils choisir un gouverneur, Ou plutôt[251-a] m'élever à ce haut rang d'honneur; Ce que pour lui mon bras chaque jour exécute, Me défend de penser qu'aucun me le dispute.

SCÈNE II[251-b].

CHIMÈNE, ELVIRE[251-c].

ELVIRE, _seule_[251-d]. Quelle douce nouvelle à ces jeunes amants! Et que tout se dispose à leurs contentements! CHIM. Eh bien! Elvire, enfin que faut-il que j'espère? Que dois-je devenir, et que t'a dit mon père? ELV. Deux mots dont tous vos sens doivent être charmés: [Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez.] CHIM. L'excès de ce bonheur me met en défiance: Puis-je à de tels discours donner quelque croyance? ELV. Il passe bien plus outre, il approuve ses feux, Et vous doit commander de répondre à ses voeux. Jugez après cela, puisque tantôt son père Au sortir du conseil doit proposer l'affaire, S'il pouvoit avoir lieu de mieux prendre son temps, [Et si tous vos desirs seront bientôt contents.] (1637-56)

[251-a] L'édition de 1638 P. porte: «Au plutôt,» ce qui est sans doute une faute.

[251-b] Les scènes se trouvent ainsi reculées d'un rang, jusqu'à la fin de l'acte, dans les éditions de 1637-56.--L'édition de 1638 P. numérote partout les scènes en nombres ordinaux: SCÈNE DEUXIÈME, SCÈNE TROISIÈME, etc.

[251-c] ELVIRE, CHIMÈNE. (1638 P.)

[251-d] Le mot _seule_ manque dans les éditions de 1638 P. et de 1644 in-12.

[252] _Var._ Il alloit au conseil, dont l'heure qu'il pressoit. (1660)

[253] _Var._ Vous verrez votre crainte heureusement déçue. (1637-56)

[254] _Var._ LE PAGE. (1638 P. et 44 in-12)

[255] _Var._ L'INFANTE, _au Page_. (1637-60)

[256] _Var._ Va-t'en trouver Chimène, et lui dis de ma part. (1637-44) _Var._ Va-t'en trouver Chimène, et dis-lui de ma part. (1648-56)

[257] Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1637 in-12 et de 1638 L.--Il se trouve trois vers plus loin dans l'édition de 1644 in-12.

[258] _Var._ Et je vous vois pensive et triste chaque jour. (1637-56)

[259] _Var._ L'informer[259-a] avec soin comme va son amour. (1637-44) _Var._ Demander avec soin comme va son amour. (1648-56)

[259-a] Voyez tome I, p. 472, note 1532, et tome II, p. 31, note 94.

[260] _Var._ J'en dois bien avoir soin: je l'ai presque forcée A recevoir les coups dont son âme est blessée[260-a]. (1637-56)

[260-a] A recevoir le coup dont son âme est blessée. (1644 in-12)

[261] _Var._ Je dois prendre intérêt à la fin de leurs peines. (1637-56)

[262] _Var._ On vous voit un chagrin qui va jusqu'à l'excès. (1637-56)

[263] _Var._ Et plaignant ma foiblesse, admire ma vertu. (1637 in-4º et 39-56) _Var._ Et plaignant ma tristesse, admire ma vertu. (1637 in-12 et 38)

[264] Voyez le _Lexique_, au mot _Cavalier_.

[265] _Var._ Ce jeune chevalier, cet amant que je donne. (1637 in-4º, 38 P. et 39-44)

[266] «L'Infante dans _le Cid_ avoue à Léonor l'amour secret qu'elle a pour lui, et l'auroit pu faire un an ou six mois plus tôt.» (Corneille, _Examen de Polyeucte_.)

[267] _Var._ Si je sors du respect pour blâmer votre flamme. (1637 in-12 et 38 L.)

[268] _Var._ Choisir pour votre amant un simple chevalier! (1637 in-4º, 38 P. et 39-44) _Var._ Choisir pour votre amant un simple cavalier! (1637 in-12; 38 L. et 48-56)

[269] _Var._ Et que dira le Roi? que dira la Castille? Vous souvenez-vous point de qui vous êtes fille[269-a]? L'INF. Oui, oui, je m'en souviens, et j'épandrai mon sang Plutôt que de rien faire indigne de mon rang. (1637-56)

[269-a] Vous souvenez-vous bien de qui vous êtes fille? (1638 L.)

[270] _Var._ Si j'ai beaucoup d'amour, j'ai bien plus de courage. (1637-56)

[271] _Var._ Un noble orgueil m'apprend qu'étant fille de roi. (1637, 38, 44 in-12 et 48-56) _Var._ Un noble orgueil m'apprend qu'étant fille du Roi. (1639 et 44 in-4º)

[272] _Var._ Si l'amour vit d'espoir, il meurt avecque lui. (1637-56)

[273] L'édition de 1637 in-12 porte _guari_, pour _guéri_.

[274] _Var._ Je suis au désespoir que l'amour me contraigne. (1637-60)

[275] _Var._ Je ne m'en promets rien qu'une joie imparfaite. Ma gloire et mon amour ont tous deux tant d'appas, Que je meurs s'il s'achève et ne s'achève pas. (1637-56)

[276] _Var._ Pour souffrir la vertu si longtemps au supplice. (1637-56)

[277] Les mots _à Léonor_ manquent dans les éditions de 1637-44.

[278] L'édition de 1637 in-12 porte _avant que_, pour _autant que_.

[279] _Var._ Vous choisissant peut-être on eût pu mieux choisir; Mais le Roi m'a trouvé plus propre à son desir. (1637-56)

[280] _Var._ A l'honneur qu'on m'a fait ajoutez-en un autre. (1660 et 63)

[281] _Var._ Rodrigue aime Chimène, et ce digne sujet De ses affections est le plus cher objet: Consentez-y, Monsieur, et l'acceptez pour gendre. LE COMTE. A de plus hauts partis Rodrigue doit prétendre. (1637-56)

[282] _Var._ Lui doit bien mettre au coeur une autre vanité. (1637-56)

[283] L'édition de 1682 porte, par erreur, _sous la loi_, pour _sous sa loi_.

[284] _Var._ Instruisez-le d'exemple, et vous ressouvenez Qu'il faut faire à ses yeux ce que vous enseignez. (1637-56)

[285] _Var._ Là, dans un long tissu des belles actions. (1639 et 44 in-4º)

[286] _Var._ Attaquer une place et ranger une armée. (1660-64)

[287] _Var._ Les exemples vivants ont bien plus de pouvoir. (1637-56)

[288] _Var._ Et si vous ne m'aviez, vous n'auriez plus de rois. Chaque jour, chaque instant entasse pour ma gloire Laurier dessus laurier, victoire sur victoire[288-a]. Le Prince, pour essai de générosité, Gagneroit des combats marchant à mon côté; Loin des froides leçons qu'à mon bras on préfère, [Il apprendroit à vaincre en me regardant faire.] DON DIÈG. Vous me parlez en vain de ce que je connoi[288-b]: [Je vous ai vu combattre et commander sous moi.] (1637-56)

[288-a] Lauriers dessus lauriers, victoire sur victoire. (1648-56)

[288-b] Voyez tome I, p. 421, note 3.

[289] _Var._ Un monarque entre nous met de la différence. (1637-56)

[290] _Var._ Parlons-en mieux, le Roi fait l'honneur à votre âge. (1644 in-4º)

[291] _Var._ Le Roi, quand il en fait, les mesure au courage. (1648-56)

[292] «On ne donnerait pas aujourd'hui un soufflet sur la joue d'un héros. Les acteurs mêmes sont très-embarrassés à donner ce soufflet, ils font le semblant. Cela n'est plus même souffert dans la comédie, et c'est le seul exemple qu'on en ait sur le théâtre tragique. Il est à croire que c'est une des raisons qui firent intituler _le Cid_ tragi-comédie. Presque toutes les pièces de Scudéry et de Boisrobert avaient été des tragi-comédies. On avait cru longtemps en France qu'on ne pouvait supporter le tragique continu sans mélange d'aucune familiarité. Le mot de _tragi-comédie_ est très-ancien: Plaute l'emploie[292-a] pour désigner son _Amphitryon_, parce que si l'aventure de Sosie est comique, Amphitryon est très-sérieusement affligé.» (_Voltaire._)

[292-a] Dans le Prologue d'_Amphitryon_ (vers 59 et 63), Plaute désigne la pièce par le nom de _tragicocomoedia_, non pour la raison que donne ici Voltaire, mais parce qu'on voit figurer ensemble dans ce drame, d'une part des dieux et des rois, personnages de la tragédie, et de l'autre des esclaves, personnages de la comédie.

[293] Ce jeu de scène manque dans les éditions de 1637 in-12 et de 1638. Les autres impressions de 1637-48 ont à la place, soit en marge, soit au-dessous du nom de DON DIÈGUE: _Ils mettent l'épée à la main._

[294] _Var._ O Dieu! ma force usée à ce besoin me laisse! (1637-56)

[295] _Var._ [Ne lui servira pas d'un petit ornement.] DON DIÈG. Épargnes-tu mon sang? LE COMTE. Mon âme est satisfaite, Et mes yeux à ma main reprochent ta défaite. DON DIÈG. Tu dédaignes ma vie! LE COMTE. En arrêter le cours Ne seroit que hâter la Parque de trois jours[295-a]. (1637-56)

[295-a] Ce vers termine la scène dans les éditions indiquées.

[296] _Var._ DON DIÈGUE, _seul._ (1637-60)

[297] _Var._ [Passe, pour me venger, en de meilleures mains.] Si Rodrigue est mon fils, il faut que l'amour cède, Et qu'une ardeur plus haute à ses flammes succède: Mon honneur est le sien, et le mortel affront Qui tombe sur mon chef rejaillit sur son front[297-a]. (1637-56)

[297-a] Ce vers termine la scène dans les éditions indiquées.

[298] _Var._ Je l'ai vu tout sanglant, au milieu des batailles, Se faire un beau rempart de mille funérailles. DON RODR. Son nom? c'est perdre temps en propos superflus. DON DIÈG. Donc pour te dire encor quelque chose de plus. (1637-56)

[299] _Var._ Montre-toi digne fils d'un tel père que moi. (1637-56)

[300] _Var._ Je m'en vais les pleurer: va, cours, vole, et nous venge. (1637-56)

[301] «On mettait alors des stances dans la plupart des tragédies, et on en voit dans _Médée_. On les a bannies du théâtre. On a pensé que les personnages qui parlent en vers d'une mesure déterminée ne devaient jamais changer cette mesure, parce que s'ils s'expliquaient en prose, ils devraient toujours continuer à parler en prose. Or les vers de six pieds étant substitués à la prose, le personnage ne doit pas s'écarter de ce langage convenu. Les stances donnent trop l'idée que c'est le poëte qui parle. Cela n'empêche pas que ces stances du _Cid_ ne soient fort belles et ne soient encore écoutées avec beaucoup de plaisir.» (_Voltaire._)--D'Aubignac a fait dans sa _Pratique du théâtre_ (p. 345 et 346) des réflexions analogues sur ces stances: «Pour rendre.... vraisemblable qu'un homme récite des stances, c'est-à-dire qu'il fasse des vers sur le théâtre, il faut qu'il y ait une couleur ou raison pour autoriser ce changement de langage.... Souvent nos poëtes ont mis des stances en la bouche d'un acteur parmi les plus grandes agitations de son esprit, comme s'il étoit vraisemblable qu'un homme en cet état eût la liberté de faire des chansons. C'est ce que les plus entendus au métier ont très-justement condamné dans le plus fameux de nos poëmes, où nous avons vu un jeune seigneur, recevant un commandement qui le réduisoit au point de ne savoir que penser, que dire, ni que faire, et qui divisoit son esprit par une égale violence entre sa passion et sa générosité, faire des stances au lieu même où il étoit, c'est-à-dire composer à l'improviste une chanson au milieu d'une rue. Les stances en étoient fort belles, mais elles n'étoient pas bien placées; il eût fallu donner quelque loisir pour composer cette agréable plainte.» D'Aubignac constate du reste le succès de ce morceau: «Les stances de Rodrigue, où son esprit délibère entre son amour et son devoir, ont ravi toute la cour, et tout Paris» (p. 402).

[302] _Var._ DON RODRIGUE, _seul_. (1637-60)

[303] L'édition de 1682 porte par erreur: «Percé jusqu'au fond du coeur.»

[304] _Var._ L'un échauffe mon coeur, l'autre retient mon bras. (1637-55)

[305] _Var._ Illustre tyrannie, adorable contrainte, Par qui de ma raison la lumière est éteinte, A mon aveuglement rendez un peu de jour[305-a]. (1637 in-4º P. et 44 in-12) _Var._ Impitoyable loi, cruelle tyrannie. (1637 in-12, 38 et 44 in-4º)

[305-a] Tel est le texte des deux éditions in-4º de 1637 qui appartiennent à la Bibliothèque impériale. L'édition de l'Institut et celle de la Bibliothèque de Versailles sont, pour ces trois vers, conformes à l'édition de 1682.

[306] _Var._ Noble ennemi de mon plus grand bonheur. (1637-48)

[307] _Var._ Qui fais toute ma peine. (1637-56)