Part 19
Aymant comme i’aymois que ne deuois ie craindre? Pouuois ie estre asseuré qu’elle se deust contraindre? Et que changeant d’humeur au vent qui l’emportoit, Elle eust pour moy cessé d’estre ce qu’elle estoit? Que laissant d’estre femme inconstante & legere, Son cœur traistre à l’Amour, & sa foy mensongere, Se rendant en vn lieu l’esprit plus arresté, Peust au lieu du mensonge aymer la verité? Non, ie croyois tout d’elle, il faut que ie le die, Et tout m’estoit suspect horsmis la perfidie, Ie craignois tous ses traits que i’ay sçeu du depuis, Ses iours de mal de teste, & ses secrettes nuicts, Quand se disant malade & de fieure enflammee Pour moy tant seullement sa porte estoit fermée, Ie craignois ses attrais, ses ris, & ses couroux, Et tout ce dont Amour allarme les ialoux. Mais la voyant iurer auecq’ tant d’asseurance, Ie l’aduoüe, il est vray, i’estois sans deffiance: Aussi qui pouuoit croire apres tant de serments, De larmes, de souspirs, de propos vehements Dont elle me iuroit que iamais de sa vie, Elle ne permettroit d’vn autre estre seruie, Qu’elle aymoit trop ma peine, & qu’en ayant pitié, Ie m’en deuois promettre vne ferme amitié; Seulement pour tromper le ialoux populaire, Que ie deuois, constant, en mes douleurs me taire, Me feindre tousiours libre, ou bien me captiuer, Et quelqu’autre perdant, seule la conseruer. Cependant deuant Dieu dont elle a tant de crainte, Au moins comme elle dict; sa parolle estoit feinte, Et le Ciel luy seruit en ceste trahison, D’infidele moyen pour tromper ma raison: Et puis il est des Dieux tesmoins de nos parolles, Non, non, il n’en est point, ce sont contes friuolles, Dont se repaist le peuple, & dont l’antiquité Se seruit pour tromper nostre imbecilité: S’il y auoit des Dieux ils se vengeroient d’elle, Et ne la voiroit on si fiere ny si belle, Ses yeux s’obscurciroient qu’elle a tant pariurez, Son teint seroit moins clair, ses cheueux moins dorez Et le Ciel pour l’induire à quelque penitence, Marqueroit sur son front son crime & leur vengeance. Ou s’il y a des Dieux ils ont vn cœur de chair, Ainsi que nous d’amour ils se laissent toucher, Et de ce sexe ingrat excusant la malice, Pour vne belle femme ils n’ont point de Iustice.
IMPVISSANCE.
Imitation d’Ouide.
Quoy? ne l’auois-ie assez en mes vœuz desiree, N’estoit elle assez belle, ou assez bien paree? Estoit elle à mes yeux sans grace & sans appas? Son sang estoit il point issu d’vn lieu trop bas? Sa race, sa maison n’estoit elle estimee, Ne valoit elle point la peine d’estre aymee? Inhabile au plaisir n’auoit elle dequoy? Estoit elle trop laide, ou trop belle pour moy? Ha! cruel souuenir, cependant ie l’ay euë, Impuissant que ie suis en mes bras toute nuë, Et n’ay peu le voulans tous deux esgallement, Contenter nos desirs en ce contentement: Au surplus à ma honte, Amour, que te diray-ie? Elle mit en mon col ses bras plus blancs que neige, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et sa langue mon cœur par ma bouche embrasa, Me suggerant la manne en sa leure amassee, Sa cuisse se tenoit en la mienne enlassee, Les yeux luy petilloient d’vn desir langoureux, Et son ame exiloit maint souspir amoureux, Sa langue en begayant d’vne façon mignarde, Me disoit: mais mon cœur qu’est ce qui vous retarde? N’auroy-ie point en moy quelque chose qui peust Offencer vos desirs, ou bien qui vous depleust? Ma grace, ma façon, ha Dieu! ne vous plaist elle? Quoy? n’ay-ie assez d’amour, ou ne suis-ie assez belle? Cependant de la main animant ses discours, Ie trompois impuissant sa flamme & mes amours, Et comme vn tronc de bois, charge lourde & pesante, Ie n’auois rien en moy de personne viuante: Mes membres languissans perclus & refroidis, Par ses attouchemens n’estoient moins engourdis. Mais quoy? que deuiendray ie en l’extresme vieillesse, [Puis que ie suis rectif au fort de ma ieunesse.] Et si las! ie ne puis & ieune & vigoureux, Sauourer la douceur du plaisir amoureux. Ha! i’en rougis de honte & dépite mon âge, Age de peu de force & de peu de courage, Qui ne me permet pas en cest accouplement, Donner ce qu’en amour peut donner vn amant: Car, Dieu! ceste beauté par mon deffaut trompee, Se leua le matin de ses larmes trempee, Que l’amour de despit escouloit par ses yeux, Ressemblant à l’Aurore alors qu’ouurant les Cieux, Elle sort de son lict hargneuse & depitee, D’auoir sans vn baiser consommé la nuictee, Quand baignant tendrement la terre de ses pleurs, De chagrain & d’amour elle en iette ses fleurs. Pour flater mon deffaut: Mais que me sert la gloire, De mon amour passee, inutile memoire, Quand aymant ardemment, & ardemment aymé, Tant plus ie combatois, plus i’estois animé: Guerrier infatigable, en ce doux exercice, Par dix ou douze fois ie r’entrois en la lice, Où vaillant & adroit apres auoir brisé, Des Cheualiers d’amour, i’estois le plus prisé. Mais de cest accident ie fais vn mauuais conte, Si mon honneur passé m’est ores vne honte, Et si le souuenir trop prompt de m’outrager, Par le plaisir receu ne me peut soulager. O ciel! il falloit bien qu’ensorcelé ie fusse, Ou trop ardent d’Amour que ie ne m’apperceusse Que l’œil d’vn enuyeux nos desseins empeschoit, Et sur mon corps perclus son venim espandoit: Mais qui pourroit atteindre au point de son merite, Veu que toute grandeur pour elle est trop petite? Si par l’egal ce charme a force contre nous, Autre que Iupiter n’en peut estre ialoux, Luy seul comme enuyeux d’vne chose si belle, Par l’emulation seroit seul digne d’elle. Hé! quoy? là haut au Ciel mets tu les armes bas, Amoureux Iupiter, que ne viens tu ça bas, Iouir d’vne beauté sur les autres aymable? Assez de tes Amours n’a caqueté la fable: C’est ores que tu dois en amour vif & pront, Te mettre encore vn coup les armes sur le front, Cacher ta deité dessous vn blanc plumage, Prendre le feint semblant d’vn Satyre sauuage, D’vn serpent, d’vn cocu, & te répendre encor, Alambiqué d’amour, en grosses gouttes d’or, Et puis que sa faueur à moy seul octroyee, Indigne que ie suis fust si mal employee, Faueur qui de mortel m’eust fait égal aux Dieux, Si le Ciel n’eust esté sur mon bien enuieux. Mais encor tout bouillant en mes flames premieres, De quels vœuz redoublez & de quelles prieres, Iray-ie derechef les Dieux sollicitant, Si d’vn bienfait nouueau i’en attendois autant? Si mes deffauts passez leurs beautez mescontentent, Et si de leurs bien-faicts ie croy qu’ils s’en repentent? Or quand ie pense! ô Dieu quel bien m’est aduenu, Auoir veu dans vn lict ses beaux membres à nu, La tenir languissante entre mes bras couchee, De mesme affection la voir estre touchee, Me baiser haletant d’amour & de desir, Par ses chatouillemens resueiller le plaisir, Ha! Dieux, ce sont des traicts si sensibles aux ames, Qu’ils pourroient l’amour mesme eschauffer de leurs flames, Si plus froid que la mort ils ne m’eussent trouué, Des mysteres d’amour, amant trop reprouué. Ie l’auois cependant viue d’amour extresme, Mais si ie l’eus ainsi elle ne m’eust de mesme, O mal heur! & de moy elle n’eust seulement Que des baisers d’vn frere, & non pas d’vn amant. En vain cent & cent fois, ie m’efforce à luy plaire, Non plus qu’à mon desir ie n’y puis satisfaire, Et la honte pour lors qui me saisit le cœur, Pour m’acheuer de peindre esteignist ma vigueur. Comme elle recognust, femme mal satisfaite, Qu’elle perdoit son temps, du lict elle se iette, Prend sa iupe, se lace, & puis en se mocquant, D’vn ris, & de ces motz, elle m’alla picquant, Non! si i’estois lasciue, ou d’Amour occupée, Ie me pourrois fascher d’auoir esté trompée, Mais puis que mon desir n’est si vif, ne si chaud, Mon tiede naturel m’oblige à ton defaut, Mon Amour satis-faicte ayme ton impuissance, Et tire de ta faute assez de recompence, Qui tousiours dilayant m’a faict par le desir, Esbatre plus long temps à l’ombre du plaisir. Mais estant la douceur par l’effort diuertie, La fureur à la fin rompit sa modestie, Et dit en esclatant, pourquoy me trompes-tu? A quoy ton impudence a venté ta vertu? Si en d’autres Amours ta vigueur s’est vsée? Quel honneur reçois tu de m’auoir abusée? Assez d’autres propos le despit luy dictoit, Le feu de son desdain par sa bouche sortoit. En fin voulant cacher ma honte & sa colere, Elle couurit son front d’vne meilleure chere, Se conseille au miroir, ses femmes appella, Et se lauant les mains, le faict dissimula. Belle, dont la beauté si digne d’estre aymée Eust rendu des plus mortz la froideur enflamée; Ie confesse ma honte, & de regret touché, Par les pleurs que i’espands i’accuse mon peché, Peché d’autant plus grand que grand’ est ma ieunesse, Si homme i’ay failly, pardonnez moy, Deesse, I’auouë estre fort grand le crime que i’ay fait, Pourtant iusqu’à la mort, si n’auoy-ie forfait, Si ce n’est qu’à present qu’à vos pieds ie me iette, Que ma confession vous rende satisfaicte, Ie suis digne des maux que vous me prescrirez, I’ay meurtry, i’ay vollé, i’ay des vœuz pariurez, Trahy les Dieux benins: inuentez à ces vices, Comme estranges forfaicts, des estranges supplices. O beauté faictes en tout ainsi qu’il vous plaist, Si vous me condamnez à mourir ie suis prest, La mort me sera douce, & d’autant plus encore, Si ie meurs de la main de celle que i’adore. Auant qu’en venir là, au moins souuenez vous, Que mes armes, non moy causent vostre courrouz, Que Champion d’Amour entré dedans la lice, Ie n’eus assez d’haleine à si grand exercice, Que ie ne suis chasseur iadis tant approuué, Ne pouuant redresser vn deffaut retrouué. Mais d’où viendroit cecy, seroit-ce point maistresse, Que mon esprit du corps precedast la paresse, Ou que par le desir trop prompt & vehement, I’allasse auec le temps le plaisir consommant? Pour moy, ie n’en sçay rien, en ce fait tout m’abuse, Mais enfin, ô beauté, receuez pour excuse, S’il vous plaist, de rechef que ie r’entre en l’assaut, I’espere auec vsure amender mon deffaut.
Sur le trespas de Monsieur Passerat.
Passerat le seiour & l’honneur des Charites, Les delices de Pinde & son cher ornement, Qui loin du monde ingrat que bien heureux tu quittes, Comme vn autre Apollon reluis au firmament.
A fin que mon deuoir s’honore en tes merites, Que mon nom par le tien viue eternellement, Que dans l’Eternité ces parolles escrites Seruent à nos neueuz comme d’vn testament.
Passerat fut vn Dieu sous humaine semblance, Qui vit naistre & mourir les Muses en la France, Qui de ses doux accords leurs chansons anima.
Dans le champ de ses vers fut leur gloire semée, Et comme vn mesme sort leur fortune enferma, Ils ont à vie esgale esgale renommée.
STANSES.
Le tres puissant Iupiter Se sert de l’Aigle à porter Son foudre parmi la nuë; Et Iunon du haut des Cieux, Sur les Paons audacieux, Est souuent icy venuë.
Saturne a pris le Corbeau, Noir messager du tombeau, Mars l’Esperuier se reserue, Phebus les Cygnes a pris, Les Pigeons sont à Cipris, Et la Cheuesche à Minerue.
Ainsi les Dieux ont esleu Tel oyseau qui leur a pleu; Priape qui ne veoid goute, Haussant son rouge museau, A tatons au lieu d’oyseau, Print vn Aze qui vous f...
LA C. P.
Infame bastard de Cythere, Fils ingrat d’vne ingrate mere, Auorton, traistre & deguisé, Si ie t’ay suiuy des l’enfance, De quelle ingrate recompence As tu mon seruice abusé?
Mon cas fier de mainte conqueste En Espagnol portoit la teste, Triomphant, superbe & vainqueur, Que nul effort n’eust sceu rabattre, Maintenant lasche & sans combatre Faict la cane, & n’a plus de cœur.
De tes Autels vne Prestresse L’a reduict en telle detresse Le voyant au choc obstiné, Qu’entouré d’onguent & de linge, Il m’est auis de voir vn singe Comme vn enfant embeguiné.
Sa façon robuste & raillarde Pend l’aureille & n’est plus gaillarde, Son teint vermeil n’a point d’esclat, De pleurs il se noye la face, Et faict aussi laide grimace Qu’vn boudin creué dans vn plat.
Aussy penaud qu’vn chat qu’on chastre, Il demeure dans son emplastre, Comme en sa coque vn limaçon, En vain d’arrasser il essaye, Encordé comme vne lamproye Il obeyt au caueçon.
Vne saliue mordicante De sa narine distillante L’vlcere si fort par dedans, Que crachant l’humeur qui le pique Il baue comme vn pulmonique Qui tient la mort entre ses dents.
Apollon, dés mon âge tendre Poussé d’vn courage d’apprendre Aupres du ruisseau Parnassin, Si ie t’inuocqué pour Poëte, Ores en ma douleur secrete Ie t’inuocque pour medecin.
Seuere Roy des destinées, Mesureur des vistes années, Cœur du monde, œil du firmament, Toy qui presides à la vie, Garis mon cas ie te supplie Et le conduis à sauuement.
Pour recompense dans ton Temple, Seruant de memorable exemple Aux ioüeurs qui viendront apres, I’appendray la mesme figure De mon cas malade en peinture Ombragé d’ache & de cyprés.
Sur le portraict d’vn Poëte couronné.
Graueur vous deuiez auoir soin De mettre dessus ceste teste, Voyant qu’elle estoit d’vne beste Le lien d’vn botteau de foin.
RESPONSE.
Ceux qui m’ont de foin couronné M’ont fait plus d’honneur que d’iniure. Sur du foin Iesus-Crist fust né, Mais ils ignorent l’escripture.
REPLIQVE.
Tu as vne mauuaise grace, Le foin dont tu fais si grand cas, Pour Dieu n’estoit en ceste place, Car Iesus-Crist n’en mangeoit pas: Mais bien pour seruir de repas Au premier asne de ta race.
Contre vn amoureux transy.
Pourquoy perdez vous la parole, Aussi tost que vous rencontrez Celle que vous idolatrez? Deuenant vous mesme vne idole, Vous estes là sans dire mot, Et ne faictes rien que le sot.
Par la voix Amour vous suffoque, Si vos souspirs vont au deuant, Autant en emporte le vent: Et vostre Deesse s’en mocque Vous iugeant de mesme imparfaict De la parole & de l’effect.
Pensez vous la rendre abatuë Sans vostre faict luy déceler? Faire les doux yeux sans parler, C’est faire l’Amour en tortuë: La belle faict bien de garder Ce qui vaut bien le demander.
Voulez vous en la violence De vostre longue affection Monstrer vne discretion? Si on la voit par le silence, Vn tableau d’Amoureux transi Le peut bien faire tout ainsi.
Souffrir mille & mille trauerses, N’en dire mot, pretendre moins, Donner ses tourmens pour tesmoins De toutes ses peines diuerses, Des coups n’estre point abbatu, C’est d’vn asne auoir la vertu.
QVATRAINS.
Si des maux qui vous font la guerre Vous voulez guerir desormais, Il faut aller en Angleterre Où les loups ne viennent iamais.
Ie n’ay peu rien voir qui me plaise Dedans les Psalmes de Marot: Mais i’ayme bien ceux là de Beze, En les chantant sans dire mot.
Ie croy que vous auez faict vœu D’aymer & parent & parente; Mais puis que vous aymez la Tante, Espargnez au moins le nepueu.
Le Dieu d’Amour se deuoit peindre Aussy grand comme vn autre Dieu, Mais il suffit qu’il puisse atteindre Iusqu’à la piece du milieu.
Ceste femme à couleur de bois En tout temps peut faire potage: Car dans sa manche ell’ a des poix, Et du beure sur son visage.
DISCOVRS
Au Roy.