Part 17
I’ay pris cent & cent fois la lanterne en la main Cherchant en plain midy parmy le genre humain, Vn homme qui fust homme & de faict & de mine Et qui peust des vertus passer par l’estamine: Il n’est coing & recoing que ie n’aye tanté Depuis que la nature icy bas m’a planté. Mais tant plus ie me lime & plus ie me rabote, Ie croy qu’à mon aduis tout le monde radote, Qu’il a la teste vuide & sans dessus dessous Ou qu’il faut qu’au rebours ie sois l’vn des plus fous. C’est de nostre folie vn plaisant stratagesme, Se flattant de iuger les autres par soy-mesme. Ceux qui pour voyager s’embarquent dessus l’eau, Voyent aller la terre & non pas leur vaisseau, Peut estre ainsi trompé que faucement ie iuge, Toutesfois si les fous ont leur sens pour refuge, Ie ne suis pas tenu de croire aux yeux d’autruy. Puis, i’en sçay pour le moins autant ou plus que luy. Voylà fort bien parlé si l’on me vouloit croire, Sotte presomption vous m’enyurez sans boire. Mais apres en cherchant auoir autant couru Qu’aux Auans de Noel fait le Moyne Bourru, Pour retrouuer vn homme enuers qui la Satyre Sans flater, ne trouuast que mordre & que redire, Qui sceust d’vn chois prudent toute chose éplucher, Ma foy si ce n’est vous ie n’en veux plus chercher. Or ce n’est point pour estre esleué de fortune, Aux sages comme aux fous c’est chose assez commune, Elle auance vn chacun sans raison & sans chois, Les fous sont aux echets les plus proches des Roys. Aussi mon iugement sur cela ne se fonde, Au compas des grandeurs ie ne iuge le monde, L’esclat de ces clinquans ne m’esblouit les yeux, Pour estre dans le Ciel ie n’estime les Dieux, Mais pour s’y maintenir & gouuerner de sorte Que ce tout en deuoir reglement se comporte, Et que leur prouidence egallement conduit Tout ce que le Soleil en la terre produit. Des hommes tout ainsi ie ne puis recognoistre Les grans: mais bien ceux là qui meritent de l’estre, Et de qui le merite indomtable en vertu, Force les accidens & n’est point abatu, Non plus que de farceurs ie n’en puis faire conte. Ainsi que l’vn descend on voit que l’autre monte, Selon ou plus ou moins que dure le roollet, Et l’habit faict sans plus le maistre ou le vallet. De mesme est de ces gens dont la grandeur se ioüe, Auiourd’huy gros, enflez sur le haut de la roüe, Ilz font vn personnage, & demain renuersez, Chacun les met au rang des pechez effacez. La faueur est bizarre, à traitter indocille, Sans arrest, inconstante, & d’humeur difficille, Auecq’ discretion il la faut carasser: L’vn la perd bien souuent pour la trop embrasser, Ou pour s’y fier trop, l’autre par insolence, Ou pour auoir trop peu ou trop de violence, Ou pour se la promettre ou se la desnier, En fin c’est vn caprice estrange à manier, Son Amour est fragile & se rompt comme verre, Et faict aux plus Matois donner du nez en terre. Pour moy ie n’ay point veu parmy tant d’auancez, Soit de ces temps icy, soit des siecles passez, Homme que la fortune ayt tasché d’introduire, Qui durant le bon vent ait sceu se bien conduire. Or d’estre cinquante ans aux honneurs esleué, Des grands & des petits dignement approuué, Et de sa vertu propre aux malheurs faire obstacle, Ie n’ay point veu de sots auoir faict ce miracle. Aussi pour discerner & le bien & le mal, Voir tout, congnoistre tout, d’vn œil tousiours égal, Manier dextrement les desseins de nos Princes, Respondre à tant de gens de diuerses Prouinces, Estre des estrangers pour Oracle tenu, Preuoir tout accident auant qu’estre aduenu, Destourner par prudence vne mauuaise affaire, Ce n’est pas chose aysée ou trop facille à faire. Voilà comme on conserue auecq’ le iugement Ce qu’vn autre dissipe & perd imprudemment: Quand on se brusle au feu que soi mesme on attise, Ce n’est point accident, mais c’est vne sottise. Nous sommes du bon-heur de nous mesme artisans Et fabriquons nos iours ou fascheux ou plaisans, La fortune est à nous & n’est mauuaise ou bonne Que selon qu’on la forme ou bien qu’on se la donne. A ce point le mal-heur amy comme ennemy, Trouuant au bord d’vn puis vn enfant endormy, En risque d’y tomber à son ayde s’auance Et luy parlant ainsi, le resueille & le tance: Sus badin leuez-vous: si vous tombiez dedans, De douleur vos parens comme vous imprudens, Croyant en leur esprit que de tout ie dispose, Diroient en me blasmant que i’en serois la cause. Ainsi nous seduisant d’vne fauce couleur, Souuent nous imputons nos fautes au mal-heur Qui n’en peut mais, mais quoy! l’on le prend à partie, Et chacun de son tort cherche la garantie. Et nous pensons bien fins, soit veritable ou faux, Quand nous pouuons couurir d’excuses nos defaux: Mais ainsi qu’aux petis aux plus grands personnages Sondez tout iusqu’au fond, les fous ne sont pas sages. Or c’est vn grand chemin iadis assez frayé, Qui des rimeurs François ne fut oncq’ essayé, Suiuant les pas d’Horace entrant en la carriere, Ie trouue des humeurs de diuerse maniere, Qui me pourroient donner subiect de me mocquer, Mais qu’est-il de besoin de les aller chocquer? Chacun ainsi que moy sa raison fortifie, Et se forme à son goust vne philosophie, Ils ont droit de leur cause & de la contester, Ie ne suis chicanneur & n’aime à disputer. Gallet a sa raison, & qui croira son dire, Le hazard pour le moins luy promet vn Empire, Toutesfois au contraire, estant leger & net, N’ayant que l’esperance & trois dez au cornet, Comme sur vn bon fond de rente ou de receptes Dessus sept ou quatorze il assigne ses debtes, Et trouue sur cela qui luy fournit dequoy: Ils ont vne raison qui n’est raison pour moy, Que ie ne puis comprendre, & qui bien l’examine: Est-ce vice ou vertu qui leur fureur domine? L’vn alléché d’espoir de gaigner vingt pour cent, Ferme l’œil à sa perte, & librement consent Que l’autre le despouille & ses meubles engage, Mesmes s’il est besoin baille son heritage. Or le plus sot d’entre eux, ie m’en rapporte à luy, Pour l’vn il perd son bien, l’autre celuy d’autruy, Pourtant c’est vn traficq qui suit tousiours sa route, Où bien moins qu’à la place on a fait banqueroute, Et qui dans le brelan se maintient brauement, N’en desplaise aux arrests de nostre Parlement. Pensez vous sans auoir ces raisons toutes prestes, Que le Sieur de Prouins persiste en ses requestes, Et qu’il ait sans espoir d’estre mieux à la Court, A son long balandran changé son manteau court, Bien que depuis vingt ans sa grimace importune Ayt à sa desfaueur obstiné la fortune. Il n’est pas le Cousin qui n’ait quelque raison, De peur de reparer, il laisse sa maison, Que son lict ne defonce, il dort dessus la dure, Et n’a, crainte du chaud, que l’air pour couuerture: Ne se pouuant munir encontre tant de maux Dont l’air intemperé faict guerre aux animaux, Comme le chaud, le froid, les frimas & la pluye, Et mil autres accidens, bourreaux de nostre vie, Luy selon sa raison souz eux il s’est sousmis, Et forçant la Nature il les a pour amis. Il n’est point enreumé pour dormir sur la terre, Son poulmon enflammé ne tousse le caterre, Il ne craint ny les dents ny les defluctions Et son corps a tout sain libres ses fonctions, En tout indifferent tout est à son vsage, On dira qu’il est foux ie croy qu’il n’est pas sage, Que Diogene aussi fust vn foux de tout point, C’est ce que le Cousin comme moy ne croit point. Ainsi ceste raison est vne estrange beste, On l’a bonne selon qu’on a bonne la teste, Qu’on imagine bien du sens comme de l’œil, Pour grain ne prenant paille, ou Paris pour Corbeil. Or suiuant ma raison & mon intelligence, Mettant tout en auant & soin & diligence, Et criblant mes raisons pour en faire vn bon chois, Vous estes à mon gré l’homme que ie cherchois: Afin doncq’ qu’en discours le temps ie ne consomme, Ou vous estes le mien, ou ie ne veux point d’homme. Qu’vn chacun en ait vn ainsi qu’il luy plaira, Rozete nous verrons qui s’en repentira. Vn chacun en son sens selon son chois abonde, Or m’ayant mis en goust des hommes & du monde, Reduisant brusquement le tout en son entier Encor faut il finir par vn tour du mestier. On dit que Iupiter Roy des Dieux & des hommes, Se promenant vn iour en la terre où nous sommes, Receut en amitié deux hommes apparens, Tous deux d’age pareils, mais de mœurs differens, L’vn auoit nom Minos, l’autre auoit nom Tantale: Il les esleue au Ciel, & d’abord leur estale Parmy les bons propos, les graces & les ris, Tout ce que la faueur depart aux fauoris, Ils mangeoient à sa table, aualoient l’ambrosie, Et des plaisirs du Ciel souloient leur fantasie; Ils estoient comme chefs de son Conseil priué: Et rien n’estoit bien fait qu’ils n’eussent approuué. Minos eut bon esprit, prudent, accord & sage, Et sceut iusqu’à la fin iouer son personnage, L’autre fut vn langard, reuelant les secrets Du Ciel & de son Maistre aux hommes indiscrets, L’vn auecque prudence au Ciel s’impatronise, Et l’autre en fut chassé comme vn peteux d’Eglise.
SATYRE XV.
Ouy i’escry rarement & me plais de le faire. Non pas que la paresse en moy soit ordinaire, Mais si tost que ie prens la plume à ce dessein, Ie croy prendre en galere vne rame en la main, Ie sen au second vers que la Muse me dicte, Et contre sa fureur ma raison se despite. Or si par fois i’escry suiuant mon Ascendant, Ie vous iure encor est-ce à mon corps deffendant, L’astre qui de naissance à la Muse me lie, Me fait rompre la teste apres ceste folie, Que ie recongnois bien: mais pourtant, malgré moy Il faut que mon humeur fasse ioug à sa loy, Que ie demande en moy ce que ie me desnie, De mon ame & du Ciel, estrange tyrannie; Et qui pis est, ce mal qui m’afflige au mourir, S’obstine aux recipez & ne se veut guarir, Plus on drogue ce mal & tant plus il s’empire, Il n’est point d’Elebore assez en Anticire, Reuesche à mes raisons il se rend plus mutin Et ma philosophie y perd tout son Latin. Or pour estre incurable il n’est pas necessaire, Patient en mon mal que ie m’y doiue plaire, Au contraire il m’en fasche & m’en desplais si fort Que durant mon accez ie voudrois estre mort: Car lors qu’on me regarde, & qu’on me iuge vn poëte, Et qui par consequent a la teste mal faite, Confus en mon esprit ie suis plus desolé, Que si i’estois maraut, ou ladre, ou verollé. Encor’ si le transport dont mon ame est saisie, Auoit quelque respect durant ma frenaisie, Qu’il se reglast selon les lieux moins importans, Ou qu’il fist choix des iours, des hommes ou du temps, Et que lors que l’hyuer me renferme en la chambre, Aux iours les plus glacez de l’engourdy Nouembre, Apollon m’obsedast, i’aurois en mon malheur, Quelque contentement à flater ma douleur. Mais aux iours les plus beaux de la saison nouuelle Que Zephire en ses rets surprend Flore la belle, Que dans l’air les oyseaux, les poissons en la mer, Se pleignent doucement du mal qui vient d’aymer, Ou bien lors que Ceres de fourment se couronne, Ou que Bacchus souspire amoureux de Pomone, Ou lors que le saffran, la derniere des fleurs, Dore le Scorpion de ses belles couleurs, C’est alors que la verue insolemment m’outrage, Que la raison forcee obeyt à la rage, Et que sans nul respect des hommes ou du lieu, Qu’il faut que i’obeisse aux fureurs de ce Dieu: Comme en ces derniers iours les plus beaux de l’annee, Que Cibelle est par tout de fruicts enuironnee, Que le paysant recueille emplissant à miliers Greniers, granges, chartis, & caues & celiers, Et que Iunon riant d’vne douce influance, Rend son œil fauorable aux champs qu’on ensemence, Que ie me resoudois loing du bruit de Paris Et du soing de la Cour ou de ses fauoris, M’esgayer au repos que la campagne donne, Et sans parler Curé, Doyen, Chantre, ou Sorbonne, D’vn bon mot faire rire en si belle saison, Vous, vos chiens & vos chats, & toute la maison, Et là dedans ces champs que la riuiere d’Oyse, Sur des arenes d’or en ses bors se degoyse, (Seiour iadis si doux à ce Roy qui deux fois Donna Sydon en proye à ses peuples François) Faire meint soubre-saut, libre de corps & d’ame, Et froid aux appetis d’vne amoureuse flame, Estre vuide d’amour comme d’ambition, Des gallands de ce temps horrible passion. Mais à d’autres reuers ma fortune est tournee, Dés le iour que Phœbus nous monstre la iournee, Comme vn hiboux qui fuit la lumiere & le iour, Ie me leue & m’en vay dans le plus creux seiour Que Royaumont recelle en ses forests secrettes, Des renards & des loups les ombreuses retraittes, Et là malgré mes dents rongeant & rauassant, Polissant les nouueaux, les vieux rapetassant, Ie fay des vers, qu’encor qu’Apollon les aduouë, Dedans la Cour, peut estre, on leur fera la mouë, Ou s’ils sont à leur gré bien faicts & bien polis, I’auray pour recompence, ils sont vrayment iolis: Mais moy qui ne me reigle aux iugemens des hommes, Qui dedans & dehors cognoy ce que nous sommes, Comme le plus souuent ceux qui sçauent le moings, Sont temerairement & iuges & tesmoings, Pour blasme ou pour louange ou pour froide parole, Ie ne fay de leger banqueroute à l’escolle Du bon homme Empedocle, où son discours m’apprend Qu’en ce monde il n’est rien d’admirable & de grand Que l’esprit desdaignant vne chose bien grande, Et qui Roy de soy-mesme à soy-mesme commande. Pour ceux qui n’ont l’esprit si fort ny si trempé, Afin de n’estre point de soy-mesme trompé, Chacun se doibt cognoistre, & par vn exercice Cultiuant sa vertu desraciner son vice, Et censeur de soy-mesme auec soing corriger Le mal qui croist en nous, & non le negliger, Esueiller son esprit troublé de resuerie; Comme doncq’ ie me plains de ma forcenerie, Que par art ie m’efforce à regler ses accés, Et contre mes deffaux que i’intente vn procés, Comme on voit par exemple en ces vers où i’accuse Librement le caprice où me porte la Muse, Qui me repaist de baye en ses foux passe-temps, Et malgré moy me faict aux vers perdre le temps, Ils deuoient à propos tascher d’ouurir la bouche, Mettant leur iugement sur la pierre de touche, S’estudier de n’estre en leurs discours trenchans Par eux mesmes iugez ignares ou meschans, Et ne mettre sans choix en égalle balance Le vice, la vertu, le crime, l’insolence. Qui me blasme auiourd’hui, demain il me louera, Et peut estre aussi tost il se desaduouera. La louange est à prix, le hazard la debite, Où le vice souuent vaut mieux que le merite: Pour moy ie ne fay cas ny ne me puis vanter N’y d’vn mal ny d’vn bien que l’on me peut oster. Auecq’ proportion se depart la louange, Autrement c’est pour moy du baragouyn estrange, Le vrai me faict dans moy recognoistre le faux, Au poix de la vertu ie iuge les deffaux, I’assine l’enuieux cent ans apres la vie, Où l’on dit qu’en Amour se conuertit l’Enuie: Le Iuge sans reproche est la Posterité, Le temps qui tout descouure en fait la verité, Puis la monstre à nos yeux, ainsi dehors la terre Il tire les tresors, & puis les y reserre. Doncq’ moy qui ne m’amuse à ce qu’on dit icy, Ie n’ay de leurs discours ny plaisir ny soucy, Et ne m’esmeus non plus quand leur discours fouruoye, Que d’vn conte d’Vrgande & de ma mere l’Oye. Mais puis que tout le monde est aueugle en son fait Et que dessous la Lune il n’est rien de parfait, Sans plus se controller quand à moy ie conseille Qu’vn chacun doucement s’excuse à la pareille, Laissons ce qu’en resuant ces vieux foux ont escrit, Tant de philosophie embarasse l’esprit, Qui se contraint au monde il ne vit qu’en torture, Nous ne pouuons faillir suiuant nostre nature. Ie t’excuse Pierrot, de mesme excuse moy, Ton vice est de n’auoir ny Dieu, ny foy, ny loy, Tu couures tes plaisirs auec l’hypocrisie, Chupin se taisant veut couurir sa ialousie, Rison accroist son bien d’vsure & d’interests, Selon ou plus ou moins Ian donne ses arrests, Et comme au plus offrant debite la Iustice. Ainsi sans rien laisser vn chacun a son vice, Le mien est d’estre libre & ne rien admirer, Tirer le bien du mal lors qu’il s’en peut tirer, Sinon adoucir tout par vne indifference, Et vaincre le mal-heur auecq’ la patience, Estimer peu de gens, suyure mon vercoquin, Et mettre à mesme taux le noble & le coquin. D’autre part ie ne puis voir vn mal sans m’en plaindre, Quelque part que ce soit ie ne me puis contraindre. Voyant vn chicaneur riche d’auoir vendu Son deuoir à celuy qui deust estre pendu, Vn Aduocat instruire en l’vne & l’autre cause, Vn Lopet qui partis dessus partis propose, Vn Medecin remplir les limbes d’auortons, Vn Banquier qui fait Rome icy pour six testons, Vn Prelat enrichy d’interest & d’vsure, Plaindre son bois saisy pour n’estre de mesure, Vn Ian abandonnant femme, filles, & sœurs, Payer mesmes en chair iusques aux rotisseurs, Rousset faire le Prince, & tant d’autre mystere, Mon vice est, mon amy, de ne m’en pouuoir taire. Or des vices où sont les hommes attachez, Comme des petits maux font les petits pechez, Ainsi les moins mauuais sont ceux dont tu retires Du bien, comme il aduient le plus souuent des pires, Au moins estimez tels: c’est pourquoi sans errer, Au sage bien souuent on les peut desirer, Comme aux Prescheurs l’audace à reprendre le vice, La folie aux enfans, aux Iuges l’iniustice. Vien doncq’ & regardans ceux qui faillent le moins, Sans aller rechercher ny preuues ny tesmoins, Informans de nos faits sans haine & sans enuie, Et iusqu’au fond du sac espluchons nostre vie. De tous ces vices là, dont ton cœur entaché N’est veu par mes escris si librement touché, Tu n’en peux retirer que honte & que dommage, En vendant la Iustice, au Ciel tu fais outrage, Le pauure tu destruis, la veufue & l’orphelin, Et ruines chacun auecq’ ton patelin. Ainsi consequemment de tout dont ie t’offence, Et dont ie ne m’attens d’en faire penitence: Car parlant librement ie pretens t’obliger A purger les deffaux, tes vices corriger, Si tu le fais en fin, en ce cas ie merite, Puis qu’en quelque façon mon vice te profite.
A Monsieur de Forqueuaus.
SATYRE XVI.