Part 9
_Rêves de ma jeunesse, ô mes rêves sublimes, Qui jadis habitiez d’inaccessibles cimes, Mes beaux oiseaux sacrés! Vous êtes descendus vivants parmi les hommes, Dans la réalité triste et sombre où nous sommes, Purs, vous êtes entrés.
Je vous croyais trop beaux pour ce monde où tout pleure, Et voici que soudain au toit de ma demeure Se suspend votre vol; Quand l’aube luit, j’entends frémir vos douces ailes, Et, le soir, vos chansons me font oublier celles Du divin rossignol.
Mes yeux vous ont suivis, pleins de larmes amères, Lorsque vous sembliez, visions éphémères, Fuir au sein de l’azur; Mon cœur de votre adieu se brisait en silence... Et voici qu’aujourd’hui votre nid se balance A l’angle de mon mur.
Que vous êtes charmants, fiers et joyeux, mes hôtes! Je vous ai vus planer dans des sphères très hautes, Parmi des rayons d’or; Tremblante, j’admirais votre splendeur farouche; Mais vous apparaissez, sous ma main qui vous touche, Plus radieux encor.
L’un de vous est l’Amour, sûr, profond et fidèle, L’Amour au vaste essor, dont le large coup d’aile Vibre dans l’infini; L’autre est l’Intimité, qui fait une deux âmes; L’autre est la Poésie, à l’aigrette de flammes, Chantant son chant béni.
Tous vous êtes venus, chers captifs de ma vie. Un seul eût pu me rendre heureuse à faire envie; Pourtant j’aurais souffert: Car mes vœux insensés vous appelaient ensemble; Mais le sort en un jour à mon seuil vous rassemble, Et mon ciel s’est ouvert.
Amour!... Culte du beau!... Communion suprême!... Oh! sentir qu’on s’élève au-dessus de soi-même, Que le cœur s’agrandit, Que l’on voit de plus loin la foule et ses mensonges, Parce qu’un œil aimé plein de merveilleux songes Doucement resplendit!
Oh! dans un clair esprit lire comme en un livre, Surprendre sa pensée et la faire revivre En des rythmes légers; D’un être grave et fort vaincre l’orgueil austère, L’entendre murmurer que rien ne vaut sur terre Nos aveux échangés!
Découvrir à la fois dans la main que l’on presse La virile énergie et l’exquise tendresse, Un ferme et cher soutien. Être deux, se livrer sans jamais se connaître, Et se trouver nouveaux et plus charmants peut-être Après chaque entretien.
Aimer tous deux les champs où frissonnent les roses, Les flots bleus, les parfums, les puériles choses, Les bois mystérieux, Accueillir la gaîté qui rit et qui s’éveille, Et fixer sur la vie, étonnante merveille, Un regard sérieux.
Tout voir, tout admirer, tout chercher, tout comprendre Au fond d’un cœur, miroir qui prend tout pour tout rendre, Cœur à notre âme uni; Savoir que rien n’est beau ni grand qu’il ne reflète, Et, comme en s’y peignant l’univers s’y complète, Y trouver l’infini.
O rêves, rêves d’or que formait ma jeunesse, Vous êtes devenus, riants et pleins d’ivresse, Une réalité. Je ne demande rien que prolonger cette heure: Dieu même n’en ferait pour moi point de meilleure Dans son éternité._
_La Nature et l’Amour_
_Ainsi donc, ô vallons! ô lacs purs! ô retraites Où rayonne l’amour sur la bruyère en fleur, Ils ne vous ont chantés, les orgueilleux poètes, Qu’au sein de leur douleur.
Ils ne vous ont parlé, par leurs voix immortelles, Que lorsqu’en vos abris ils sont revenus seuls, Et qu’ils n’ont plus trouvé sous vos ombres si belles Que d’horribles linceuls.
Leurs vers ont découlé de leur lèvre tremblante Lorsqu’ils ont parcouru votre désert sacré, Y suivant pas à pas la fuite grave et lente D’un fantôme adoré.
Et ce n’était point vous alors que leur tristesse Se plaisait à parer d’un charme déchirant: C’était leur amour mort et c’était leur jeunesse Qu’ils cherchaient en pleurant.
Ils vous ont accusés de rester impassibles Lorsqu’ils marchaient pensifs en sanglotant tout bas, Et que dans vos sentiers leurs rêves impossibles S’envolaient sous leurs pas.
Bien peu leur importaient vos airs gais ou moroses Quand leur bonheur semblait ne pas devoir finir, Mais plus tard ils ont dit que l’éclat de vos roses Blessait leur souvenir.
Ils se sont étonnés que vos grâces divines Devant leur désespoir resplendissent toujours, Et que vous n’eussiez point fait prendre à vos ravines Le deuil de leurs amours.
Que n’ai-je, ô bois charmants! leur sublime génie, Puisque je suis heureuse et que vous m’enchantez, Puisque celui dont l’âme à mon âme est unie S’avance à mes côtés!
Puisque je vois briller parmi vos frêles herbes En paillettes de feu les traits d’or du soleil, Et que sur les sommets de vos arbres superbes Reluit le jour vermeil.
Puisque tout est chansons, que tout est rire et joie Sous vos ombrages frais, dans les cieux, dans mon cœur. Oh! pourquoi donc faut-il que l’écho ne renvoie Que l’accent du malheur?
Pourquoi n’avons-nous pas des mots pleins de délire Qui fixent à jamais nos bonheurs fugitifs, Alors qu’un léger mal arrache à notre lyre Des accords si plaintifs?
Pour élever vers vous une voix attendrie Beaux asiles profonds où mon cœur fut bercé, Non, je n’attendrai point l’heure où la rêverie S’en va vers le passé.
Non, je n’attendrai point de la trouver déserte La place où mon ami se reposa souvent, Et seule, d’écouter dans la forêt inerte Les longs soupirs du vent.
Voyez, nous sommes deux, nous savons vous comprendre, Notre aveugle bonheur ne cache point vos cieux, Votre sereine paix rend notre amour plus tendre Et plus mystérieux.
Nous revenons à vous toujours, ô solitude! Votre calme imposant plaît à notre fierté; Les bois silencieux, dans leur noble attitude, Ont tant de majesté!
Notre âme, qui remonte aux sources de la vie, D’un monde étroit et vain fuyant les trahisons, S’agrandit tout à coup et s’élance ravie Vers vos purs horizons.
Nos pas en vos chemins errent à l’aventure, Vos aspects imprévus nous font longtemps rêver, Et tout autour de nous la tranquille nature Semble nous approuver.
Qu’il monte donc vers vous l’encens de nos hommages, Dans nos félicités il doit vous être offert; Et puissions-nous encor vous bénir, ô bocages! Quand nous aurons souffert.
Aujourd’hui, l’œil perdu dans vos riants abîmes, Nous sentons les liens qui nous tiennent unis, Se serrant doucement au souffle de vos cimes, Devenir infinis.
Et, songeant que demain les heures envolées, Blancs spectres, flotteront en ces muets séjours, Émus, nous voyons naître en vos vertes allées Les plus beaux de nos jours._
SONNETS PHILOSOPHIQUES
[Bandeau]
I
_A Octave_
_Ami, j’ai dans le champ sans fin de vos pensées, Tout en rêvant, choisi quelques sauvages fleurs, Pour leurs ardents parfums et leurs vives couleurs, Et les ai, dans mes vers, côte à côte enchâssées.
Hélas! mes durs sonnets les tiennent oppressées; Elles perdent en eux leur sève et leurs senteurs, Elles qui, dispersant leurs souffles enchanteurs, Ondulaient librement par le vent balancées.
Je vous fais don pourtant de leur bouquet pâli; Vous y reconnaîtrez le reflet affaibli Des amples floraisons écloses dans votre âme.
Et vous saurez aussi que mon cœur enivré, Épuisant dans leur sein leur arôme de flamme, Bat plus calme et plus fort pour l’avoir aspiré._
II
_Le Temps_
_Saisis du vain regret des grands songes antiques, Parfois nous repeuplons nos Olympes déserts: Erreur des aïeux morts hantant nos cœurs mystiques! Le Temps, dernier des dieux, chancelle au sein des airs.
L’atome, obéissant aux forces despotiques, Dans l’abîme infini n’a point d’âges divers; L’horloge suspendue aux éternels portiques Marque une heure immuable à l’immense univers.
Le passé, l’avenir,--inconstantes chimères-- Troublent par leurs aspects des êtres éphémères Qui naquirent hier et périront demain.
Quel sens auraient ces mots pour la matière sombre, Qui soumise à jamais aux changements sans nombre, N’a point eu d’origine et n’aura point de fin?_
III
_Les Forces_
_Aux jours obscurs et doux de sa candeur première, L’homme, en sa gratitude ou ses vagues effrois, Des astres bienfaisants adorait la lumière, Et du vaste univers il les proclamait rois.
De ces faux souverains, rigide justicière, La raison depuis lors a renversé les droits, Et nous les a montrés, ces amas de poussière, Signes mystérieux des forces et des lois.
Eux, qui régnaient jadis, tombent sans espérance, Ils ne sont que la vive et splendide apparence D’un principe caché toujours en mouvement.
Nos sens ont inventé leurs beautés éternelles; Leurs fantômes glacés peuplent le firmament, Leur grâce et leur éclat naissent dans nos prunelles._
IV
_La Vie_
_Quand nous tournons les yeux vers les débuts du monde, Songeant aux êtres vils qui peuplèrent les eaux, Nous disons: «Dieu frappa plus d’une race immonde, Puis il fit naître l’homme après les grands oiseaux.»
Et plus tard, entr’ouvrant quelque couche profonde, Et trouvant dans le sol les débris de nos os, Un enfant plus parfait de la terre féconde Reniera notre sang, notre âme et nos travaux.
Pourtant nous sommes fils des monstres de l’abîme, Et, d’héritiers plus purs l’Humanité victime, A son tour périra pour leur donner le jour.
La route du progrès pas à pas est suivie. Dans l’univers, ainsi qu’en notre étroit séjour, S’enchaînent sans repos les formes de la vie._
V
_La Lutte pour l’Existence_
_La loi, l’unique loi, farouche, inexorable, Qui régit tout progrès, c’est la loi du plus fort. L’être imparfait périt; marâtre impitoyable, La nature l’écrase et poursuit son effort.
Partout est engagé le combat redoutable; A l’heure harmonieuse où la terre s’endort, Il rend la nuit sinistre et l’ombre épouvantable, Tout brin d’herbe est un champ de carnage et de mort.
L’angoisse de la faim, qui toujours hurle et gronde, Est le ressort puissant jouant au cœur du monde, Et celui qui dévore est l’élu du destin.
L’esprit même naquit des brutales entrailles; Et la rivalité du repas incertain Fait surgir l’avenir en de sombres batailles._
VI
_La Source_
_La source de cristal frémit sous la fougère; La voici qui murmure et court sur les cailloux Tout enfants autrefois, dans sa nappe légère, Nous avons en riant miré nos fronts si doux.
Aussi n’est-elle point à nos cœurs étrangère; Nous lui disons tout bas: «Te souviens-tu de nous?» Quoi! ne savons-nous pas que l’onde est passagère? Sans cesse un flot s’enfuit devant un flot jaloux.
Par son aspect charmant c’est encor notre source, Mais, changeante toujours en sa rapide course, Peut-elle être aujourd’hui ce qu’elle fut hier?
Et notre âme, elle aussi, se transforme à tout âge. Qu’est-ce donc après tout que notre Moi si fier? Rien qu’un vain souvenir dans une frêle image._
VII
_La Mort_
_La Vie est une mort incessamment active; Pour exister longtemps il faut périr toujours; Chaque instant la détruit, la forme fugitive Dont la beauté si chère enivre nos amours.
La Mort délivre enfin la matière captive, Lui rouvrant l’univers et ses vastes séjours: D’une nouvelle vie, intense et moins chétive, Elle anime nos corps au terme de nos jours.
Vie et Mort: Grands mots creux et mensongers fantômes! Pleurons-nous aujourd’hui les frémissants atomes Qui formaient autrefois le sang de notre cœur?
Où sont-ils? Dans l’air pur, dans l’herbe, dans les roses... Et quand la mort sur nous mettra son doigt vainqueur, Pourquoi craindrions-nous d’autres métamorphoses?_
VIII
_Dieu_
_L’homme a dit: «Le Seigneur m’a fait à son image.» Homme, insecte orgueilleux, cesse de blasphémer! De tes sens imparfaits reconnais l’esclavage: Concevraient-ils Celui qui les a pu former?
Ce Dieu, que, d’après toi, je renie et j’outrage, Ne l’offenses-tu point quand tu prétends l’aimer? Tu lui prêtes ton cœur, tes haines, ton langage, Et de tes passions tu le veux animer.
Moi, devant sa grandeur je m’incline en silence. Lorsque son soleil d’or sur mon front se balance, J’admire le rayon dont la splendeur a lui;
Car le soleil est fait de poudre et me ressemble. Mais Dieu, qu’il règne ou non, que saurais-je de lui? Et qui de nous l’insulte, ô chrétien! que t’en semble?_
IX
_Les Premiers Ages_
_Quels rêves insensés, formés par les poètes, Ont placé l’âge d’or au berceau des humains? Nous avons vu s’éteindre, en nos lentes conquêtes, Les siècles par milliers sur nos sombres chemins.
Nous avons combattu de monstrueuses bêtes, Nous avons labouré le sol avec nos mains, Nous avons succombé dans de mornes défaites, Sans avoir entrevu les brillants lendemains
De l’animalité nous dégageant à peine, Alors que nous traînons encor sa lourde chaîne, Pourquoi ce vain regret allant vers le passé?
L’avenir seul est plein de visions sublimes. Puisqu’un si profond gouffre est enfin traversé, C’est qu’il n’est plus pour nous d’inaccessibles cimes._
X
_Les Sentiments_
_La France, traversant de tragiques journées, Vit placer la Raison sur les divins autels; Pourtant la froide reine, aux foules prosternées, Ne saurait imposer des décrets immortels.
Son règne achèverait soudain nos destinées; Contre le sphinx obscur nous cesserions nos duels; Quittant leurs vains espoirs, nos âmes résignées Ne s’élanceraient plus vers de merveilleux ciels.
Car nous marchons guidés par un sublime rêve, Qui, flottant à nos yeux et reculant sans trêve, Se transforme toujours, mais sans pâlir jamais.
Et les Sentiments seuls, en nous prêtant des armes, Nous mènent à l’assaut de tous les hauts sommets. Pour conquérir les cœurs, Jésus versa des larmes._
XI
_La Raison_
_Le jour où la Raison gouvernerait la terre, L’aube se lèverait au fond d’un ciel en deuil; L’océan de nos jours, n’ayant plus de mystère, Sous chaque flot d’azur nous montrerait l’écueil.
L’enfance songerait à la vieillesse austère, L’heure semblerait courte et proche le cercueil; Las des vaines amours, l’homme irait solitaire, En d’ingrats descendants ne prenant plus d’orgueil.
Voyant toujours grandir les limites du monde, Le savant suspendrait la poursuite profonde Du mirage imposant qu’on nomme Vérité;
Le prêtre se tairait dans l’église déserte; Et, cessant tout effort, la triste Humanité, Pensive, s’assoirait devant sa tombe ouverte._
XII
_L’Idéal_
_Féconde illusion, que notre âge méprise, Indestructible Espoir d’un bonheur inconnu, Une fausse sagesse en vain veut qu’on te brise, Dans le fond de nos cœurs tu fleuris ingénu.
C’est toi qui nous conduis sur la route entreprise, Qui nous fais accomplir un progrès continu, Et chaque vin d’amour dont notre âme se grise De ton fruit immortel à longs flots est venu.
Par toi, dont le pouvoir les inspire et les fonde, Mille religions ont consolé le monde, Les martyrs ont chanté, voyant le ciel ouvert.
Ce siècle se croit grand parce qu’il te renie: Ta forme change--hélas! nous en avons souffert-- Mais rien ne détruira ton essence infinie._
XIII _Le Caractère_
_Un peuple est noble ou vil par son seul caractère; L’esprit, dans ses destins, n’agit qu’au second rang. Les sentiments acquis, partage héréditaire, Lentement transformés, coulent avec le sang.
Le type originel siècle à siècle s’altère; Un trait parfois subsiste et s’en va grandissant; Puis tout à coup surgit un héros solitaire Qui saisit en sa main ce levier tout puissant.
Un désir, un besoin, un espoir, une haine, Tels sont les fondements de la puissance humaine, Et tout ce qu’on élève est bâti là-dessus.
L’être qui laisse au monde une immortelle trace, Qu’il soit César, Bouddha, Mahomet ou Jésus, Incarna dans son sein le rêve d’une race._
XIV
_L’Histoire_
_Histoire, tu n’es plus cette muse élégante Qui soumettait Dieu même à des décrets hautains Et qui nous le montrait, d’une plume fringante, Balançant le succès des combats incertains.
Toi que nous avons vue, injuste et provocante, Couronner les héros avec des airs mutins, Tu te troubles, pauvrette, en ta candeur piquante, Devant l’enchaînement terrible des destins.
Aujourd’hui tu pressens ta rude et noble tâche; L’immense drame humain se poursuit sans relâche, Sur chaque événement il pèse tout entier.
Lève-toi donc, déesse, et, de tes orteils roses Foulant les durs cailloux d’un âpre et long sentier, Remonte lentement vers les lointaines causes._
XV
_La Morale_
_O Morale! ô respect de la loi nécessaire! Nous nous sommes raillés de ta diversité, Parce que tu suivais, perfectible et sincère, Dans tous ses lents progrès la faible Humanité.
Pour t’avoir vue ainsi varier sur la terre, Notre esprit contre toi souvent s’est révolté, Mère des foyers purs, ô reine salutaire! Qui nous donne la force et la félicité.
Viens poser sur nos fronts ton joug doux et paisible. Nulle marche en avant aux peuples n’est possible Si de tes ordres saints ils n’écoutent la voix.
Tu vaux à nos cités mieux que vingt citadelles. Apprends-nous à lutter en affirmant tes droits, Pour qu’un jour sans effort nos fils te soient fidèles._
XVI
_La Voix des Morts_
_Morts qui dormez, couchés dans nos blancs cimetières, Parfois, en relisant tous vos noms oubliés, Je songe que nos cœurs, à vos froides poussières Par des fils infinis et puissants sont liés.
Muets, vous dirigez nos volontés altières; Par vos désirs éteints nos désirs sont pliés; Vos âmes dans nos seins revivent tout entières, En nous vos longs espoirs vibrent, multipliés.
Bien que nous franchissions une sphère plus haute, Vos antiques erreurs nous induisent en faute, Nous aveuglant encor malgré tous nos flambeaux.
Car le passé de l’homme en son présent subsiste, Et la profonde voix qui monte des tombeaux Dicte un ordre implacable, auquel nul ne résiste._
A MES VERS
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_A mes Vers_
_Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles, Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes, Quelquefois l’ont charmé. Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices! Puisque mon bien-aimé respire avec délices Votre souffle embaumé.
Vous l’avez consolé sur la rive lointaine. Sans le quitter jamais, dans sa route incertaine, Vous chantiez sur son cœur. Un peu de moi par vous vivait sur sa poitrine; Il sentait naître en lui l’espérance divine A votre accent vainqueur.
Le soir, il s’asseyait, lassé, pour vous relire; La farouche forêt, vibrant comme une lyre, Tout à coup se taisait; Il n’entendait que vous dans l’immense nature, Et le pesant souci de sa rude aventure Un instant s’apaisait.
Vous portiez devant lui, dans l’ombre et dans l’espace, Afin de diriger ce voyageur qui passe, L’amour, brillant fanal; L’affreux péril en vain posait sur lui ses ongles, Votre vive lueur éteignait dans les jungles L’œil du tigre royal.
Il vous a répétés à l’écho des vieux temples, Aux portiques déserts, montrant, mornes exemples, Notre fragilité: L’homme meurt, et ses dieux, que le temps brise et roule; L’autel, étant de marbre, un peu plus tard s’écroule Que la divinité.
Vous partagiez ainsi ses profondes pensées. Vous lui devez la vie, ô strophes cadencées! Il vous fit naître en moi. Vous procédez de lui. Moi, je suis votre mère, Je ne vous ai donné que la grâce éphémère; Lui, la force et la foi.
Partez pour l’enchanter, fruits d’un hymen sublime. Votre naissance est haute, et pure, et légitime: Qu’il soit donc fier de vous! Vous êtes siens. Sans lui, vous dormiriez encore, Germes obscurs marqués pour ne jamais éclore, Dans le néant jaloux.
Souvent je sens en moi son esprit qui s’éveille; Alors il faut écrire, et prolonger la veille, Et vous naissez, mes vers. J’aime ce doux travail qui me tient accoudée: Enfermer en tremblant l’essor de son idée Dans mes rythmes divers.
Et s’il la reconnaît, pour peu qu’il lui sourie, Si, puissante, elle vit sous la strophe fleurie, Quel triomphe charmant! Lorsqu’aussi pleinement deux êtres se possèdent, Il n’est point sous le ciel de bonheurs qui ne cèdent A leur enivrement.
Laissez-moi vous bénir, douces rimes fidèles, Puisque vos sons, légers comme un battement d’ailes, Quelquefois l’ont charmé, Laissez-moi vous bénir, ô mes vers, frais calices! Puisque mon bien aimé respire avec délices Votre souffle embaumé._
_TABLE_
[Bandeau]
TABLE
Pages.
UN MYSTÉRIEUX AMOUR 1
A OCTAVE 139
A Octave 141
Rendez-vous 145
Aveu 147
Suprême Sagesse 150
Pourquoi je l’ai aimé 154
Philosophie 157
L’Adieu 162
Lettre écrite en Automne 165
Inquiétude 170
Le Collier de Perles 173
L’Oubli 177
Lettre écrite au Printemps 180
Le Retour 184
L’Inde Bouddhique 188
Silentium 193
Toujours 201
Une Pensée de Pascal 204
Repentir 207
Paroles d’Amour 211
Les Peaux de Tigre 214
La Panoplie 216
Suprême Bonheur 218
La Nature et l’Amour 222
SONNETS PHILOSOPHIQUES 227
I. A Octave 229
II. Le Temps 231
III. Les Forces 233
IV. La Vie 235
V. La Lutte pour l’existence 237
VI. La Source 239
VII. La Mort 241
VIII. Dieu 243
IX. Les Premiers Ages 245
X. Les Sentiments 247
XI. La Raison 249
XII. L’Idéal 251
XIII. Le Caractère 253
XIV. L’Histoire 255
XV. La Morale 257
XVI. La Voix des Morts 259
A MES VERS 261
[Cul-de-lampe]
_Achevé d’imprimer_ Le quinze mai mil huit cent quatre-vingt-six PAR ALPHONSE LEMERRE 25, RUE DES GRANDS-AUGUSTINS _A PARIS_
_BIBLIOTHÈQUE CONTEMPORAINE_