Trois Églises Eaux-fortes originales de Ch. Jouas

Part 5

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L’on ne badinait point, du reste, dans cette paroisse, sur la question du maigre. Sauval raconte, en effet, une pénitence de ce genre qui fut infligée, le 18 juillet 1535, à deux personnes accusées du même délit, et qui durent s’humilier devant le porche de ladite église.

D’autre part, une note de M. Bournon, annexée à «l’Histoire du diocèse de Paris» de l’abbé Lebeuf, cite un arrêt du Parlement de 1366, relatif à un conflit de juridiction entre le Prévôt de la ville et les chanoines, à propos d’une certaine entremetteuse «mise en l’eschelle, trois fois et par trois journées, avec le chappel de feurre sur la tête, comme il est accoutumé de faire».

Filles et prêtres se battirent donc, dans ce quartier, à coup de textes, pendant le moyen âge.

Et les gens d’Eglise se battirent, je crois bien, encore plus, entre eux.

Cela s’explique. Durant cinq siècles, il y eut deux curés à Saint-Merry, appelés curés cheveciers. Vers l’an 1000, il y en eut même sept, les chanoines de Notre-Dame ayant obtenu de l’évêque de Paris, le don de cette paroisse.

Le chapitre de Notre-Dame délégua alors sept chanoines ou bénéficiers qui furent chargés, chacun à son tour, pendant une semaine, du service du culte. En 1219, à la suite de la lâcheté de l’hebdomadier qui, en un temps de choléra, laissa mourir, par peur de la contagion, l’un des paroissiens sans sacrement, on décida qu’un seul et même curé serait chargé des fonctions pastorales; puis on lui donna, pour l’aider, un autre curé. Ils travaillaient chacun une semaine; plus tard, enfin, on leur adjoignit des vicaires.

Mais les chanoines implantés par le Chapitre de Notre-Dame à Saint-Merry n’en continuèrent pas moins de résider dans l’église; et forcément leur présence gâta tout. Ils occupaient le chœur et y chantaient l’office; c’était un inévitable conflit de chaque jour entre eux et le clergé auquel il était interdit de pénétrer dans ce chœur.

Ce fut, pendant des années, des combats à coups d’épingles; puis, au moment où l’on bâtissait l’église actuelle, la fabrique acheta, pour agrandir l’abside qui ne pouvait s’étendre, faute de place, une ruelle allant de la rue Saint-Bon à la rue Taillepain. Aussitôt les chanoines partirent en guerre, déclarant que cette ruelle était à eux.

Ils engagèrent de tenaces et de lents procès contre les curés et la fabrique. On n’en vit la fin qu’en 1789. L’Assemblée Nationale mit tout ce monde de chicaniers d’accord, en convertissant l’église en une fabrique de salpêtre, puis en un temple du Commerce.

Mais si, remontant en arrière, à travers les temps, nous regagnons encore l’époque du moyen âge, nous devons constater, pour être justes, qu’il y eut mieux que des litiges en suspens entre chanoines et filles et chanoines et prêtres.

Au treizième siècle, un saint fréquenta Saint-Merry, saint Edouard, devenu plus tard archevêque de Cantorbéry et alors élève en théologie à Paris; il chantait, chaque nuit, avec le Chapitre, l’office des Matines et soignait les pauvres étudiants malades, vendant jusqu’à sa chemise pour leur procurer des remèdes.

Au siècle suivant, une autre célicole, Guillemette de la Rochelle, séjourna également près de ce sanctuaire. Le roi Charles V, qui connaissait la sainteté de sa vie et admirait ses révélations extatiques, voulut qu’elle vînt se fixer dans la capitale et il lui fit faire «un bel oratoire de bois à Saint-Merry». Elle y vécut dans le ravissement, soulevée en l’air, souvent de plus de deux pieds; et l’on pense qu’elle fut, après son trépas, inhumée dans l’église.

Le même roi Charles V instaura aussi, en l’an 1373, une confrérie de laïques de la paroisse, dont le but fut d’honorer plus spécialement la Mère du Sauveur. Cette dévotion se continua et, deux siècles plus tard, nous voyons que le moindre manquement qui se pouvait relever contre le culte de la Madone, était aussitôt réparé.

Lebeuf nous cite, en effet, cet épisode qu’il a lu dans les registres du Parlement de l’année 1530:

«Comme il s’était commis des excès sur une image de la sainte Vierge peinte sur une maison proche de l’église, le Parlement ordonna, le 25 mai, que le clergé se rendrait processionnellement à cette image qui serait repeinte, pour y chanter les louanges de la Mère de Dieu.»

Enfin s’il y eut, pour femmes, des «bouticles au péché», il y eut aussi dans ce quartier, de pieux couvents de nonnes, des couvents aux règles très particulières, tel que celui des Bonnes femmes de Saint-Avoye.

Cette maison avait été fondée en 1283, par Jean Séquence, chevecier de Saint-Merry et la Veuve Constance de Saint-Jacques, pour y recueillir quarante veuves, pauvres et âgées d’au moins cinquante ans. Elle était située en la rue Saint-Avoye, qui s’est fondue depuis dans le courant de la rue du Temple.

Ce monastère était une sorte d’assemblée de béguines, aux ordonnances plus minutieuses et plus serrées; il réalisait un compromis entre un béguinage et un couvent.

Voici l’existence que l’on menait dans ce petit cloître:

Lever à cinq heures du matin, en été, et en hiver, à six. On commençait par réciter «les heures Notre-Dame, sept psaulmes et litanies et aultres heures de la Passion et du Saint-Esprit; et les aultres qui ne savent lyre, n’y leurs heures, seront tenues dire trois chappeletz et autres menus suffrages qu’elles pourront scavoir». Puis l’on entendait la messe et après, dit le règlement, «vous vous assemblerez pour assister à la besongne, à tel œuvre et vacation honneste dont vous pourrez aider et exerciter».

Pendant ce travail opéré en commun, on faisait, durant l’espace d’une demi-heure, lecture de «quelque bonne histoire de l’Escripture sainte».

A dix heures on dînait, l’on se récréait pendant trente minutes, la cloche tintait et l’on reprenait le travail jusqu’à l’heure du souper, c’est-à-dire jusqu’à cinq heures.

Et à neuf heures on sonnait le couvre-feu.

La direction de cet institut était confiée aux cheveciers de Saint-Merry qui nommaient une maîtresse révocable à leur gré et une secrétaire plus spécialement chargée de l’entretien de la chapelle.

La fondation de Saint-Avoye prospéra, puis déchut. En 1621, les bonnes femmes renoncèrent à leurs prérogatives; elles firent don de leur monastère aux Ursulines de la rue Saint-Jacques et elles s’y incorporèrent, sous la règle de cet ordre, acceptant toutefois de rester sous la juridiction du curé de Saint-Merry et lui présentant, à l’église, en offrande, le jour de la fête de ce saint, chaque année «un cierge d’une livre auquel était attaché un écu d’or».

Les derniers vestiges de ce couvent ont disparu en 1838, lors du percement de la rue Rambuteau.

Appartenaient encore au territoire de Saint-Merry, tel que le limite Lebeuf, la chapelle et l’hôpital de Saint-Julien des Ménétriers dont la façade s’ouvrait sur la rue Saint-Martin et dont le vaisseau s’étendait le long de la rue du Maure. Ils furent fondés au quatorzième siècle, pour abriter et soigner les pauvres ménétriers en détresse dans la ville, par deux musiciens, lesquels, nous raconte du Breul dans son «Théâtre des Antiquités de Paris», «s’entr’aimaient et étaient toujours ensemble. Si un était de Lombardie et avait nom Jacques Grave de Pistoye, autrement dit Lappe; l’autre était de Lorraine et avait nom Huet, le guette du Palais du Roy.»

Ces deux bâtiments furent dédiés à saint Julien, protecteur des voyageurs, et à saint Genès, mime chrétien, martyrisé sous le règne de Dioclétien et patron des ménétriers.

Terminée et livrée au culte, en 1335, la chapelle ne fut jamais que la très humble vassale de Saint-Merry, car les chapelains, institués pour la desservir, ne pouvaient administrer aucun sacrement sans la permission du curé de la paroisse. Cette situation dura jusqu’au moment où, sur les instances d’Anne d’Autriche, l’archevêque de Paris décida de remplacer ces chapelains par des Pères de la doctrine chrétienne; les ménétriers, qui tenaient à leurs prêtres, s’insurgèrent et entamèrent contre les nouveaux venus une série de procès qu’ils finirent par gagner; mais bientôt ils eurent à se débattre dans une plus menaçante aventure. Un ordre de Louis XVI ayant prescrit, en 1781, la fermeture du cimetière des Saints-Innocents qui était le lieu de sépulture des fidèles de Saint-Merry, le curé et le chapitre de cette église voulurent enterrer leurs morts sous le pavé de la nef de Saint-Julien et, à force d’intrigues, ils déterminèrent le roi à convertir, pour leur usage, ce sanctuaire en un charnier.

Exaspérée, la corporation des Ménétriers souleva tout le quartier et en présence des émeutes qui surgissaient de toutes parts, le malencontreux édit fut rapporté.

Une fois de plus, les braves musiciens, si dévoués à leur chapelle, l’avaient sauvée; mais ce fut une victoire sans lendemain, car la Révolution les dispersa et s’empara de leurs biens.

Telle est en peu de mots la biographie de Saint-Julien dont le portail était orné de trois grandes figures de pierre: le Christ, debout, entre saint Julien et saint Genès; ce dernier tenait, d’une main, un violon et un archet de l’autre; douze petites statues, nichées dans les voussures du porche, complétaient le décor; elles effigiaient des joueurs de timbale, de flûte, de musette, de trompette marine, de serpent, de sistre, de harpe, d’épinette et de luth.

Le tout fut vendu et démoli en 1790; l’emplacement de l’église et de l’hospice est actuellement occupé par les maisons désignées sous les numéros 164, 166, 168 de la rue Saint-Martin.

Quant à Saint-Merry même, son histoire se confond pendant les époques qui suivirent le moyen âge avec celle des autres quartiers de Paris; elle ne présente pas du moins de faits bien personnels et qui méritent d’être notés. Après avoir cité, pour mémoire, le vacarme nocturne de la taverne de «l’Epée Royale» qui, avant d’avoir sous la Régence servi de coupe-gorge au Comte de Horn, en mal d’argent, hébergea au dix-septième siècle les poètes crottés et fut l’un des cabarets littéraires à la mode de ce temps, il nous faut atteindre les mois de juin 1832 et de février 1848 pour discerner le nouvel et très spécial aspect que prennent ses rues.

En raison même de la sinueuse étroitesse de leurs lacis, elles étaient faciles à défendre et les émeutiers y dressèrent ces persévérantes barricades dont l’assaut a été magnifié par V. Hugo, dans des pages superbes des «Misérables».

Il en fut de même en 1871; l’église, le presbytère, leurs caves surtout avaient été dévalisées par les soins du sieur Froissard, dit Court-en-Cuisses, commissaire de la commune; le culte était interrompu; le 24 mai, alors que l’insurrection était à peu près vaincue, les fédérés et les Vengeurs de Flourens se précipitèrent dans l’église, ivres de fureur et fous de vin. Ils résolurent d’incendier la nef; pour sauver l’église, les habitants y apportèrent les gardes nationaux blessés que l’on soignait dans les maisons voisines. Ils n’en continuèrent pas moins d’enduire les murs de pétrole et ils allaient y mettre le feu, quand un bataillon du vingtième chasseurs arriva au pas de course et tua la plupart de ces brutes.

Saint-Merry avait, au demeurant, peu souffert. Il fut vite réparé et remis en l’état où nous le voyons actuellement. Il est, à vrai dire, pendant la semaine, bien désert, car c’est à peine si quelques sœurs, si quelques bonnes femmes viennent égrener leurs patenôtres devant le Saint-Sacrement.

On pourrait croire que la piété y est nulle. Il n’en est rien pourtant.

Cette paroisse a gardé une vie religieuse, sourde, dont on peut surprendre l’éclosion, le dimanche, et, l’une des seules de Paris maintenant, elle conserve une institution laïque qui est un des précieux reliefs du rit gallican, l’œuvre des Clercs de Saint-Merry.

Dans une très intéressante brochure sur cette confrérie, M. l’abbé Baloche fixe, à défaut de documents antérieurs, aux dernières années du dix-septième siècle, la fondation de ces clercs. A vrai dire, ils remontent aux premiers temps de l’ère chrétienne, ils sont de l’église primitive même où, sous la direction des presbytres et des diacres, les fidèles prenaient une part active à la vie du culte, en contribuant au service intérieur de la synaxe, en portant le viatique aux malades, en se communiant, eux-mêmes, chez eux, en élisant avec le clergé les Evêques. Plus tard, au douzième siècle, nous les trouvons prêchant avec l’assentiment de Rome dans des églises, et jusqu’au seizième écoutant, si le prêtre manquait, les confessions des personnes en danger de mort.

Et cette tâche était obligatoire. En cas de nécessité, il faut avouer ses fautes à son prochain s’il n’y a pas de prêtre, dit saint Bonaventure dans son huitième sermon sur les Rogations et, de son côté, saint Thomas d’Aquin déclare que la confession opérée dans ces conditions «est d’une certaine manière sacramentelle», bien qu’il soit impossible de parfaire le sacrement à cause de l’absence du ministre qui possède, seul, les pouvoirs rémissifs du déliement.

Bref, l’on peut affirmer que les laïques s’acquittèrent alors de toutes les fonctions qui n’exigeaient pas impérieusement le caractère sacerdotal, pour être validement remplies.

Ces prérogatives, ils en profitèrent tant que l’esprit de domination des Pontifes romains se contint et daigna ne pas considérer les simples chrétiens, ainsi qu’il le fait maintenant, comme ces épluchures du monde dont parle saint Paul; mais peu à peu, sous l’impulsion du haut clergé, le peuple fut évincé du service divin; il n’y eut plus que dans les pays qui suivaient un rituel différent de celui de Rome, que les paroissiens purent ne pas être dépouillés de leurs droits séculaires; ailleurs, ils furent réduits au rôle de spectateurs muets, de simples assistants.

Cet état inévangélique, eut, en France, pour cause l’éternelle servilité des évêques. Sauf celui de Lyon, tous, sans y être forcés, pour être agréables à la personne de Pie IX, répudièrent l’antique liturgie des Gaules et adoptèrent avec le rit, le bréviaire romain, si peu varié, si sec et si froid, si dénaturé même dans le texte revu de ses séquences.

Sur leurs ordres, l’on arracha des antiphonaires la flore mystique de très vieux plants; l’on extirpa, pour les jeter dans le fumier de l’oubli, ces merveilleuses gerbes, où s’épanouissaient, les jours de grandes fêtes, les ingénieuses hymnes d’Hilaire de Poitiers, de Prudence et de Fortunat, les proses magnifiques d’Adam de Saint-Victor, les admirables répons célébrant la Nativité de la Vierge, de Fulbert de Chartres.

Ce fut l’ovation du jardin bourgeois, le triomphe, sur toute la ligne, du géranium liturgique!

Ainsi que je l’écrivais naguère, dans «l’Oblat», les français détruisirent alors l’œuvre des artistes indigènes, brûlèrent en quelque sorte leurs primitifs.

Il n’est pas douteux que les bréviaires gallicans, le parisien surtout, n’eussent besoin de réformes. Dom Guéranger avait signalé très justement leurs défauts, leur manque de piété même. Et de fait, manié et remanié par les Harlay, les Noailles, les Vintimille, le bréviaire de Paris sentait le Jansénisme à plein nez; il pouvait beaucoup moins servir aux catholiques qu’aux «appelants».

Mais ce n’était pas une raison pour accepter celui de Rome qui n’est qu’un passe-partout, qui ne tient compte, ni des traditions, ni des coutumes, ni des différentes dévotions des diocèses; il fallait reconstituer le Parisien, tel qu’il était au moyen âge, avant que les cuistres du dix-septième et du dix-huitième siècles, n’y eussent touché.

Il n’en fut rien; et naturellement le cérémonial eut le même sort que le bréviaire dont il était le complément. Ce fut avec la suppression du bréviaire gallican la mort de son rit imagé et le renvoi de ces liturges laïques que l’on désignait alors sous le nom de «chapiers ou d’indus». Ils disparurent et l’orgueil sacerdotal auquel, si bon qu’il puisse être, nul prêtre n’échappe, y trouva son compte.

Comment expliquer alors que Saint-Merry ait pu garder ce vestige d’un rituel périmé qui survécut d’ailleurs, pendant quelque temps encore, mais plus effacé, dans d’autres églises du même archidiaconé, telles que Saint-Nicolas-des-Champs et Sainte-Elisabeth, pour en citer deux? Je ne sais. Il y eut, sans doute, jadis à Saint-Merry comme à Saint-Thomas d’Aquin où les chapiers n’existent plus, mais où l’on chante encore, pendant la Semaine Sainte, l’antique prose de l’ancien Parisien, le «Languentibus in purgatorio» un curé, épris des doctrines gallicanes, et qui sauva, de sa propre autorité, quelques débris des coutumes usitées dans son église. Et par désir de ne rien innover, par crainte de mécontenter les paroissiens, par ignorance peut-être, leurs successeurs ont laissé les choses en l’état et nous en profitons.

Mais en quoi consiste, au juste, le rôle réservé, dans leur sanctuaire, aux clercs de Saint-Merry? Ils font office d’acolytes, de thuriféraires, de cérémoniaires; ils remplissent les fonctions de diacres d’honneur aux grand’messes; ils arborent donc la chape et quand ils n’officient pas, ils revêtent dans le chœur la soutane vermillon, la grande aube blanche et la ceinture cerise.

Leur but, déclarent les statuts de l’œuvre, est «de contribuer à la gloire de Dieu et aux pompes du culte divin: premièrement par l’exactitude à assister aux offices, deuxièmement par la bonne tenue, le recueillement et la piété au chœur».

Et l’article III prescrit: «Les clercs s’engagent à exécuter de leur mieux toutes les cérémonies qu’ils seront invités à faire par le Maître des Cérémonies.»

Ils s’acquittent de leur tâche, avec conscience et l’on peut, en toute vérité le dire, leur présence à Saint-Merry est un vrai stimulant de zèle, un réconfort.

Voulant me rendre compte, par moi-même, de la façon dont ils pratiquaient l’office, je me suis rendu, le jour de la fête du Saint-Sacrement, à la grand’messe. J’y allai, je l’avoue, prévenu; je pensais que des hommes à moustaches, habillés en enfants de chœur et affublés d’ornements d’église, seraient très ridicules. Je me trompais; ces gens, qui n’avaient pas du tout les faces en fuite des bigots, portaient leur costume avec aisance et, très au courant de leur métier, ils évoluaient avec une ferveur à la fois mâle et touchante.

Quand l’aspersion eut lieu, le prêtre, le goupillon en main, traversa toute la nef; les deux chapiers qui soutenaient sa dalmatique pour lui permettre de lever le bras, étaient deux clercs de l’œuvre; l’un, âgé d’une soixantaine d’années, avait une physionomie intelligente et bonhomme, avec des traits un peu épaissis et une moustache grise; l’autre, plus jeune, et très grand, figurait assez bien un reître de la Renaissance, avec ses cheveux débordant en boucles sur le front, son nez busqué et sa moustache rousse. Vêtus de grandes chapes d’or, ils manœuvraient sans aucune gêne, comme aussi sans aucune pose, dans l’allée enserrée par des rangs de chaises, très attentifs à éviter tout faux pas au célébrant; puis, lorsque la messe commença, ils se tinrent derrière le diacre et le sous-diacre prêtres, remplissant leur devoir de liturges, avec une précision et un respect que dans d’autres églises, certains membres du clergé ignorent.

Elle était vraiment louable, cette grand’messe. On y chanta, en plain-chant, l’Introït, le Kyrie Eleison, le Gloria, le Lauda Sion, le Credo, le Sanctus et l’Agnus Dei; malheureusement, ici, de même que dans beaucoup de sanctuaires de Paris, l’on escamota le Graduel, l’Offertoire et la Communion, plus difficiles à chanter; mais enfin il n’y eut pas de pétarades musicales modernes; grâces en soient rendues au maître de chapelle et au curé!

Et ce que l’on pouvait se croire, loin de Paris, dans cette vieille église de la rue Saint-Martin, peuplée de Petits négociants dont la piété était simple et réelle!

Si les temps étaient, pour l’Eglise de France, moins durs, l’on souhaiterait que des œuvres pareilles à celle des clercs de Saint-Merry fussent fondées dans chaque paroisse, afin de rehausser la solennité du culte et d’intéresser le peuple aux offices, en l’admettant à y prendre part; mais, même à des époques plus propices, les clercs de Saint-Merry ont eu bien du mal à conserver leur existence, car, en 1900, l’Archidiacre de Notre-Dame, sous la juridiction duquel est placé Saint-Merry, avait résolu de les supprimer.

Celui-là pensait sans doute, comme tous ses confrères, que les laïques ne peuvent être autre chose qu’un bétail parqué dans l’étable d’une nef.

Ils furent sauvés par la mort de ce personnage qui trépassa avant d’avoir pu mettre son projet à exécution; et le 26 novembre 1905, les clercs ont célébré, glorieusement, par une cérémonie magnifique, dans leur église, leur centenaire--non le centenaire de leur création dont on ne connaît pas la date--mais celui de leur réorganisation qui fut effectuée par le curé Fabrègue, en 1805.

Table des Chapitres

Pages La Symbolique de Notre-Dame 7 Saint-Germain-l’Auxerrois 49 Saint-Merry 103

Achevé d’imprimer le 28 février 1920 sur la presse de René Kieffer par A. Paudras.

Le Papier Fabriqué spécialement à la forme par la Maison Blanchet-Kléber.

Gothique de Simon Vostre.