Traité élémentaire de chimie, tomes 1 & 2 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures

Part 42

Chapter 423,487 wordsPublic domain

SUBSTANCES animales sont composées d'hydrogène, de carbone, de phosphore, d'azote & de soufre, le tout porté à l'état d'oxide par une portion d'oxigène, 158.-Leur distillation donne les mêmes résultats que les plantes crucifères, 136.-Elles donnent seulement plus d'huile & plus d'ammoniaque, en raison de l'azote & de l'hydrogène qu'elles contiennent dans une plus grande proportion, 136.-Elles favorisent la putréfaction, parce qu'elles contiennent de l'azote, 155.-Elles peuvent varier en raison de la proportion de leurs principes constituans & de leur degré d'oxigénation, 213.-Sont décomposées par le feu, 132.

SUBSTANCES combustibles. Ce sont celles qui ont une grande appétence pour l'oxigène, 116.-Peuvent s'oxigéner par leur combinaison avec les nitrates & les muriates oxigénés, 206 & 207.

---- Métalliques. A l'exception de l'or & quelquefois de l'argent, elles se présentent rarement dans la nature sous la forme métallique, 173.-Celles que nous pouvons réduire sous forme métallique sont au nombre de 17, 174.-Celles qui ont plus d'affinité avec l'oxigène qu'avec le carbone ne sont pas susceptibles d'être amenées à cet état, 174.-Considérées comme bases salifiables, 175.-Ne peuvent le dissoudre que lorsqu'elles s'oxident, 176 & 177.-L'effervescence qui a lieu pendant leur dissolution dans les acides prouve qu'elles s'oxident, _ibid._-Se dissolvent sans effervescence dans les acides lorsqu'elles ont été préalablement oxidées, 178.-Se dissolvent sans effervescence dans l'acide muriatique oxigéné, _ibid._-Dans l'acide sulfureux, 245.-Celles qui sont trop oxigénées s'y dissolvent & forment des sulfates métalliques, _ibid._-Décomposent toutes le gaz oxigène, excepté l'or & l'argent, 82, 203 _& suiv._-Elles s'oxident & perdent leur éclat métallique, 83.-Pendant cette opération elles augmentent de poids à proportion de l'oxigène qu'elles absorbent, _ibid._-Les anciens donnoient improprement le nom de chaux aux métaux calcinés ou oxides métalliques, 83.-Appareils pour accélérer l'oxidation, 514 _& suiv._-N'ont pas toutes le même degré d'affinité pour l'oxigène, 513.-Lorsqu'on ne peut en séparer l'oxigène, elles demeurent constamment dans l'état d'oxides & se confondent pour nous avec les terres, 174.-Décomposent l'acide sulfurique en lui enlevant une portion de son oxigène, & alors elles s'y dissolvent, 242.-Leurs combinaisons les unes avec les autres, 230.-Les alliages qui en résultent sont plus cassans que les métaux alliés, 116.-C'est à leurs différens degrés de fusibilité que sont dus une partie des phénomènes que présentent ces combinaisons, 117.-Brûlent avec flamme colorée & se dissipent entiérement au feu alimenté par le gaz oxigène, 556.-Toutes, excepté le mercure, s'y oxident sur un charbon, _ibid._

SUBSTANCES salines se volatilisent au feu alimenté par le gaz oxigène, 556.

---- Simples. Leur définition. Ce sont celles que la chimie n'a pas encore pu parvenir à décomposer, 193 _& suiv_.-Leur tableau, 192.-Leurs combinaisons avec le soufre, 221.-Avec le phosphore, 223.-Avec le carbone, 227.-Avec l'hydrogène, 217.-Avec l'azote, 213.

---- Végétales. Leurs principes constitutifs sont l'hydrogène & le carbone, 132.-Contiennent quelquefois du phosphore & de l'azote, 136.-Manière d'envisager leur composition & leur décomposition, 132.-Leur décomposition se fait en vertu d'affinités doubles & triples, 135.-Tous les principes qui les composent sont en équilibre entr'eux au degré de température dans lequel nous vivons, 133.-Leur distillation fournit la preuve de cette théorie, 135.-A un degré peu supérieur à l'eau bouillante, une partie du carbone devient libre, 134.-L'hydrogène & l'oxigène se réunissent pour former de l'eau, _ibid._-Une portion d'hydrogène & de carbone s'unissent & forment de l'huile volatile, _ibid._-A une chaleur rouge l'huile formée seroit décomposée, 135.-L'oxigène alors s'unit au carbone avec lequel il a plus d'affinité à ce degré, 134.-L'hydrogène s'échappe sous la forme de gaz en s'unissant au calorique, _ibid._

SUCRE. Oxide végétal à deux bases, 125.-Son analyse, 142 _& suiv._-En l'oxigénant on forme de l'acide oxalique, de l'acide malique, de l'acide acéteux, selon la proportion d'oxigène, 294.-Moyens de rompre l'équilibre de ses principes par la fermentation, 142.-Récapitulation des résultats obtenus par la fermentation, 148.-Contient les substances propres à former de l'eau, mais non de l'eau toute formée, 151.

---- de lait oxigéné forme l'acide saccholactique, 311.

SULFATES. Combinaisons de l'acide sulfurique avec les différentes bases, 245.

---- Métalliques. Combinaisons des métaux avec l'acide sulfurique, 245.

SULFITES. Combinaisons de l'acide sulfureux avec les différentes bases, 245.

---- Métalliques pourroient bien ne pas exister, 245.

SULFURES. Combinaisons du soufre avec les métaux, 118.

T

TABLEAU des acides & de leurs bases salifiables, 180 _& suiv._-Des substances simples, 192.-Des radicaux composés, 196.-Des combinaisons de l'oxigène, 203, 208.-Des combinaisons de l'azote, 212.-De l'hydrogène, 216.-Du soufre, 220.-Du phosphore, 222.-Du carbone, 226.-De l'acide nitrique, 232.-De l'acide sulfurique, 238.-De l'acide sulfureux, 243.-De l'acide phosphoreux, 246.-De l'acide phosphorique, 247.-De l'acide carbonique, 250.-De l'acide muriatique, 253.-De l'acide muriatique oxigéné, 254.-De l'acide nitro-muriatique, 258.-De l'acide fluorique, 261.-De l'acide boracique, 264.-De l'acide arsenique, 268.-De l'acide molybdique, 272.-De l'acide tunstique, 274.-De l'acide tartareux, 277.-De l'acide malique, 281.-De l'acide citrique, 284.-De l'acide pyro-ligneux, 286.-De l'acide pyro-tartareux, 288.-De l'acide pyro-muqueux, 290.-De l'acide oxalique, 292.-De l'acide acétique, 298,-De l'acide succinique, 300.-De l'acide benzoïque, 302.-De l'acide camphorique, 304.-De l'acide gallique, 306.-De l'acide lactique, 308.-De l'acide saccholactique, 310.-De l'acide formique, 312.-De l'acide bombique, 314.-De l'acide sébacique, 316.-De l'acide lithique, 318.-De l'acide prussique, 320.

TAMISAGE. Moyen de séparer les corps en molécules de grosseurs à-peu-près uniformes, 409.

TARTRE est composé de l'acide appelé _tartarum_, & de potasse.-Moyen de le décomposer pour en obtenir l'acide pur, 378, 379.

TARTRITE acidule de potasse. Combinaison de la potasse & de l'acide tartareux, avec excès d'acide, 280.

---- de potasse. Sel parfaitement neutre, résultant de la combinaison de l'acide tartareux & de la potasse, 280.

TERRE ou terreau. Principe fixe qui reste après l'analyse des substances végétales fermentées, 154.

---- On les regarde comme des êtres simples, 172.-Il y a quelques raisons de penser qu'elles contiennent de l'oxigène, 180, _ibid._-Et peut-être qu'elles sont des métaux oxidés, _ibid._-Elles ont une grande tendance à la combinaison, 172.

TERRES composées. Se fondent au feu alimenté par le gaz oxigène sous la forme d'un verre blanc, 556.

THERMOMÈTRE. Corrections du volume des gaz relatives aux différens degrés du thermomètre.-Modèle de calcul pour ces corrections, 380 _& suiv._

TOPAZE de Saxe. Se décolore & perd un cinquième de son poids au feu alimenté par le gaz oxigène, 557.

TRITURATION. Instrumens propres à l'opérer, 403.

TUNSTÈNE. Métal particulier souvent confondu avec l'étain.-Sa cristallisation.-Sa pesanteur spécifique.-Il se trouve naturellement dans l'état d'oxide.-Il fait fonction d'acide.-Il y est uni à la chaux, 275.

V

VAISSEAUX évaporatoires. Leur forme, 434 _& suiv._

VAPORISATION. Passage d'un fluide liquide à l'état aériforme, 12.

VERRES ardens. Ne produisent pas d'aussi grands effets qu'on avoit lieu de l'attendre 552.

VERS à soie. Sa crysalide fournit l'acide bombique, 315.

W

WOLFRAM. Substance métallique.-Véritable tunstène, 275.

_Fin de la Table des Matières._

_EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale des Sciences._

Du 4 Février 1789.

L'Académie nous a chargés, M. d'Arcet & moi, de lui rendre compte d'un Traité élémentaire de Chimie, que lui a présenté M. Lavoisier.

Ce Traité est divisé en trois parties: la première a principalement pour objet, la formation des fluides aëriformes & leur décomposition, la combustion des corps simples, & la formation des acides.

Les molécules des corps peuvent être considérées comme obéissant à deux forces, l'une répulsive, l'autre attractive. Pendant que la derniere de ces forces l'emporte, le corps demeure dans l'état solide; si, au contraire, l'attraction est plus foible, les parties du corps perdent l'adhérence qu'elles avoient entr'elles, & il cesse d'être un solide.

La force répulsive est due au fluide très-subtil qui s'insinue à travers les molécules de tous les corps, & qui les écarte; cette substance, quelle qu'elle soit, étant la cause de la chaleur, ou, en d'autres termes, la sensation que nous appelons chaleur, étant l'effet de l'accumulation de cette substance, on ne peut pas, dans un langage rigoureux, la désigner par le nom de chaleur, parce que la même dénomination ne peut pas exprimer la cause & l'effet; c'est ce qui a déterminé M. Lavoisier, avec les autres Auteurs de la Nomenclature chimique, à la désigner sous le nom de calorique.

Nous nous contenterons, dans ce rapport, d'employer la nomenclature adoptée par M. Lavoisier; mais dans le cours de son ouvrage, après avoir établi, par les expériences les plus exactes, les faits qui doivent servir de base aux connoissances chimiques, il a toujours soin de justifier la nomenclature dont il fait usage, & de suivre les rapports qui doivent se trouver entre les idées & les mots qui les représentent.

S'il n'existoit que la force attractive des molécules de la matière, & la force répulsive du calorique, les corps passeroient brusquement de l'état de solide à celui de fluide aëriforme; mais une troisième force, la pression de l'atmosphère, met obstacle à cet écartement, & c'est à cet obstacle qu'est due l'existence des fluides. M. Lavoisier établit, par plusieurs expériences, quel est le degré de pression qui est nécessaire pour contenir différentes substances dans l'état liquide, & quel est le degré de chaleur nécessaire pour vaincre cette résistance. Mais il y a un certain nombre de substances qui, à la pression de notre atmosphère & au degré de froid connu, n'abandonnent jamais l'état de fluide aëriforme; ce sont celles-là qu'on désigne sous le nom de gaz.

Puisque les molécules de tous les corps de la nature sont dans un état d'équilibre entre l'attraction, qui tend à les rapprocher & à les réunir, & les efforts du calorique, qui tend à les écarter, non-seulement le calorique environne de toutes parts les corps, mais encore il remplit les intervalles que leurs molécules laissent entr'elles, & comme c'est un fluide extrêmement compressible, il s'y accumule, il s'y resserre & s'y combine en partie. De ces considérations, M. Lavoisier déduit l'explication de ce qu'on doit entendre par le calorique libre, le calorique combiné, la capacité de calorique, la chaleur absolue, la chaleur latente, la chaleur sensible. On pourroit lui reprocher d'avoir insisté trop peu sur la propriété élastique & compressible du calorique, & de-là résulte une différence entre ses principes & la théorie de M. Black, sur la capacité de chaleur, mais en écartant cette considération, les idées de M. Lavoisier ont acquis l'avantage d'avoir plus de clarté.

Après ces principes généraux, M. Lavoisier décrit le moyen qu'a imaginé M. de la Place pour déterminer par la quantité de glace fondue, celle du calorique qui s'est dégagé au milieu de cette glace, d'un corps qui étoit élevé à une certaine température, ou d'une combinaison qui s'y est formée. Il passe ensuite à des vues générales sur la formation & la constitution de l'atmosphère de la terre, non-seulement en la considérant dans l'état où elle se trouve, mais encore dans différens états hypothétiques.

Notre atmosphère est formée de toutes les substances susceptibles de demeurer dans l'état aëriforme au degré habituel de température & de pression que nous éprouvons. Il étoit bien important de déterminer quel est le nombre & quelle est la nature des fluides élastiques qui composent cette couche inférieure que nous habitons. On sait que les connoissances que nous avons acquises sur cet objet, font la gloire de la Chimie moderne; que non-seulement on a analysé ces fluides, mais qu'on a encore appris à connoître une foule de combinaisons qu'ils formoient avec les substances terrestres, & que par-là le vide immense que les anciens Chimistes cherchoient à déguiser par quelques suppositions, a été comblé pour la plus grande partie. Il est bien intéressant de voir celui qui a le plus contribué à nous procurer ces connoissances nouvelles, en tracer lui-même le tableau, rapprocher les résultats des expériences qui ont fait l'objet d'un grand nombre de ses Mémoires, perfectionner ces expériences & tous les appareils qu'il a fallu imaginer; mais il n'est pas possible de suivre dans un extrait les descriptions que M. Lavoisier présente avec beaucoup de concision, sur l'analyse de l'air de l'atmosphère, la décomposition du gaz oxigène par le soufre, le phosphore & le charbon, sur la formation des acides en général, la décomposition du gaz oxigène par les métaux, la formation des oxides métalliques, le principe radical de l'eau, sa décomposition par le charbon & par le fer, la quantité de calorique qui se dégage des différentes espèces de combustion, & la formation de l'acide nitrique.

Après tous ces objets, M. Lavoisier examine la combinaison des substances combustibles les unes avec les autres.

Le soufre, le phosphore, le charbon ont la propriété de s'unir avec les métaux, & de-là naissent les combinaisons que M. Lavoisier désigne sous le nom de sulfures, phosphures & carbures.

L'hydrogène peut aussi se combiner avec un grand nombre de substances combustibles; dans l'état de gaz, il dissout le carbone ou charbon pur, le soufre, le phosphore, & de-là viennent les différentes espèces de gaz inflammable.

Lorsque l'hydrogène & le carbone s'unissent ensemble, sans que l'hydrogène ait été porté à l'état de gaz par le calorique, il en résulte, selon M. Lavoisier, cette combinaison particuliere qui est connue sous le nom d'huile, & cette huile est fixe ou volatile, selon les proportions de l'hydrogène & du carbone. Il a exposé dans les Mémoires de 1784, les expériences qui l'ont conduit à cette opinion.

Cependant il nous paroît que cette opinion n'est pas à l'abri des objections, nous nous contenterons d'en proposer une. Toutes les huiles donnent un peu d'eau & un peu d'acide lorsqu'on les distille, & en réitérant les distillations, on peut les réduire entièrement en eau, en acide, en charbon, en gaz carbonique & en gaz hydrogène carboné. Cet acide & cette eau qu'on retire dans chaque opération, n'annoncent-ils pas qu'il entroit de l'oxigène dans la composition de l'huile; car il est facile de prouver que l'air qui est contenu dans les vaisseaux qui servent à la distillation, n'a pas pu contribuer d'une manière sensible à leur production?

Il falloit d'abord examiner les phénomènes que présente l'oxigénation des quatre substances combustibles simples, le phosphore, le soufre, le carbone & l'hydrogène; mais ces substances, en se combinant les unes avec les autres, ont formé des corps combustibles composés, tels que les huiles, dont l'oxigénation doit présenter d'autres résultats. Selon M. Lavoisier, il existe des acides & des oxides à base double & triple: il donne en général le nom d'oxide à toutes les substances qui ne sont pas assez oxigénées pour prendre le caractère acide. Tous les acides du règne végétal ont pour base l'hydrogène & le carbone, quelquefois l'hydrogène, le carbone & le phosphore. Les acides & oxides du règne animal sont encore plus composés; il entre dans la composition de la plupart quatre bases acidifiables, l'hydrogène, le carbone, le phosphore & l'azote. M. Lavoisier tâche de rendre raison par ces principes très-simples, de la nature & de la différence des acides végétaux & des autres substances d'une nature végétale & d'une nature animale; il ne seroit pas juste dans ce moment de juger avec sévérité ces apperçus ingénieux, parce que l'Auteur se propose de les développer dans des Mémoires particuliers.

L'hydrogène, l'oxigène & le carbone, sont des principes communs à tous les végétaux, & pour cette raison, M. Lavoisier les appelle primitifs. Ces principes, en raison de la quantité de calorique avec lequel ils se trouvent combinés dans les végétaux, sont tous à-peu-près en équilibre à la température dans laquelle nous vivons; ainsi les végétaux ne contiennent ni huile, ni eau, ni acide carbonique, & seulement les élémens de toutes ces substances; mais un changement léger dans la température suffit pour renverser cet ordre de combinaison. L'hydrogène & l'oxigène s'unissent plus intimément & forment de l'eau qui passe dans la distillation; une portion de l'hydrogène & une portion du carbone se réunissent ensemble pour former de l'huile volatile, une autre partie du carbone devient libre & reste dans la cornue. Dans les substances animales, l'azote, qui est un de leurs principes primitifs, s'unit à une portion d'hydrogène pour former l'alkali volatil. M. Lavoisier donne des explications analogues à celles que nous venons d'indiquer, des phénomènes & des produits de la fermentation vineuse, & de la putréfaction.

Il y a un grand rapport entre ces dernieres idées de M. Lavoisier & celles que M. Higgins a exposées dans un traité sur l'acide acéteux, la distillation, la fermentation, &c. qu'il a publié en 1786, & dans lequel il admet la formation de l'eau & des huiles par l'action de la chaleur; mais n'ayant pas distingué le gaz hydrogène qu'il appelle phlogistique (ce qui est tout-à-fait indifférent), du charbon & de leur combinaison, il n'a pu déterminer les effets de la chaleur & de la fermentation avec autant d'exactitude que M. Lavoisier.

Les substances acidifiables, en s'unissant avec l'oxigène & en se convertissant en acides, acquièrent une grande tendance à la combinaison: elles deviennent propres à s'unir avec des substances terreuses & métalliques. Mais une circonstance remarquable distingue ces deux espèces de combinaison; c'est que les métaux ne peuvent contracter d'union avec les acides que par l'intermède de l'oxigène, de manière qu'il faut qu'ils soient réduits en oxides, ou qu'ils décomposent l'eau dont ils dégagent alors le gaz hydrogène, ou qu'ils trouvent de l'oxigène dans l'acide, & c'est ainsi qu'ils forment du gaz nitreux avec l'acide nitrique.

La considération des phénomènes qui accompagnent les dissolutions, conduit M. Lavoisier à celle des bases alkalines, des terres & des métaux, & à déterminer le nombre des sels qui peuvent résulter de la combinaison de ces différentes bases avec tous les acides connus.

Dans la seconde partie de son ouvrage, M. Lavoisier présente successivement le tableau des substances simples, ou plutôt de celles que l'état actuel de nos connoissances nous oblige à considérer comme telles, celui des radicaux ou bases oxidables & acidifiables, composées de la réunion de plusieurs substances simples, ceux des combinaisons de l'azote, de l'hydrogène, du carbone, du soufre & du phosphore, avec des substances simples, & enfin ceux des combinaisons de tous les acides connus, avec les différentes bases. Chaque tableau est accompagné d'une explication sur la nature & les préparations de la substance qui en est l'objet, & sur ses principales combinaisons.

M. Lavoisier a réuni, dans la troisième partie de son ouvrage, la description sommaire de tous les appareils & de toutes les opérations manuelles qui ont rapport à la Chimie élémentaire. Les détails indispensables dans lesquels il faut entrer, auroient interrompu la marche des idées rapides qu'il a présentées dans les deux premières parties, & en auroient rendu la lecture fatigante.

Cette description est d'autant plus précieuse, que non-seulement elle est faite avec beaucoup de méthode & de clarté, mais encore qu'elle a particulièrement pour objet les appareils relatifs à la Chimie moderne, dont plusieurs sont dûs à M. Lavoisier lui-même, & qui, en général, sont encore peu connus, même de ceux qui font une étude particulière de la Chimie; mais il est impossible de tracer une esquisse de ces descriptions, & nous sommes obligés de nous borner à l'énumération des chapitres dans lesquels elles sont classées.

Le chapitre premier traite des instrumens propres à déterminer le poids absolu & la pesanteur spécifique des corps solides & liquides.

Le second est destiné à la gazométrie, ou à la mesure du poids & du volume des substances aëriformes.

Le chapitre troisième contient la description des opérations purement mécaniques, qui ont pour objet de diviser les corps, telles que la trituration, la porphirisation, le tamisage, la filtration, &c.

M. Lavoisier décrit, dans le chapitre cinquième, les moyens que la Chimie emploie pour écarter les unes des autres les molécules des corps sans les décomposer, & réciproquement pour les réunir, ce qui comprend la solution des sels, leur lexiviation, leur évaporation, leur cristallisation, & les appareils distillatoires.

Les distillations pneumato-chimiques, les dissolutions métalliques, & quelques autres opérations qui exigent des appareils très-compliqués, sont l'objet du sixième chapitre.

Le chapitre septième contient la description des opérations relatives à la combustion & à la détonnation. Les appareils qui sont décrits dans ce chapitre sont entièrement nouveaux.

Enfin le chapitre huitième est destiné aux instrumens nécessaires pour opérer sur les corps à de très-hautes températures.

Toutes ces descriptions sont rendues sensibles par un grand nombre de planches qui présentent tous les détails qu'on peut desirer, & qui sont gravées avec beaucoup de soin. Nous ne devons pas laisser ignorer à la reconnoissance des Chimistes, qu'elles ne sont point l'ouvrage d'un burin mercenaire, mais qu'elles sont dûes au zèle & aux talens variés du traducteur de l'ouvrage de M. Kirwan sur le phlogistique.

Ces nouveaux élémens sont terminés par quatre tables; la première donne le nombre des pouces cubiques correspondans à un poids déterminé d'eau; la seconde est destinée à convertir les fractions vulgaires en fractions décimales, & réciproquement; la troisième présente le poids des différens gaz, & la quatrième, la pesanteur spécifique des différentes substances.

Ainsi M. Lavoisier, en partant des notions les plus simples & des objets les plus élémentaires, conduit successivement aux combinaisons plus composées. Ses raisonnemens sont presque toujours fondés sur des expériences rigoureuses, ou plutôt ils n'en sont que le résultat; & il finit par donner les élémens de l'art des expériences qui doit servir de guide aux Chimistes qui, au lieu de se livrer à de vaines hypothèses, veulent établir leurs opinions la balance à la main.

L'ouvrage est précédé d'un discours dans lequel M. Lavoisier rend compte des motifs qui l'ont engagé à l'entreprendre, & de la marche qu'il a suivie dans son exécution.

S'étant imposé la loi de ne rien conclure au-delà de ce que les expériences présentent & de ne jamais suppléer au silence des faits, il n'a point compris dans ses élémens la partie de la Chimie la plus susceptible peut-être de devenir un jour une science exacte, c'est celle qui traite des affinités ou attractions chimiques; mais les données principales manquent, ou du moins celles que nous avons ne sont encore ni assez précises, ni assez certaines pour devenir la base sur laquelle doit porter une partie aussi importante de la Chimie.