Traité élémentaire de chimie, tomes 1 & 2 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures

Part 16

Chapter 162,733 wordsPublic domain

====================================================================== | Combinaisons de l'acide nitrique avec: | |--------------------------------------------------------------------| | | Noms des sels neutres. | | Noms des bases. |----------------------------------------------| | | Nomenclature | Nomenclature | | | nouvelle. | ancienne. | |--------------------------------------------------------------------| |La baryte. |Nitrate de baryte. |Nitre à base de terre | | | |pesante. | |La potasse. |Nitrate de potasse, |Nitre, nitre à base | | |salpêtre. |d'alkali végétal, | | | |salpêtre. | | | | | |La soude. |Nitrate de soude. {Nitre quadrangulaire. | | | {Nitre à base d'alkali | | | {minéral. | | | | | |La chaux. |Nitrate de chaux. {Nitre calcaire, nitre à | | | {base terreuse. | | | {Eau mère de nitre ou de | | | {salpêtre. | | | | | |La magnésie. |Nitrate de magnésie. |Nitre à base de | | | |magnésie. | |L'ammoniaque. |Nitrate d'ammoniaque.|Nitre ammoniacal. | |L'alumine. |Nitrate d'alumine. |Alun nitreux, nitre | | | |argileux, nitre à base | | | |de terre d'alun. | |L'oxide de zinc. |Nitrate de zinc. |Nitre de zinc. | |L'oxide de fer. |Nitrate de fer. |Nitre de fer, nitre | | | |martial. | |L'oxide de manganèse.|Nitrate de manganèse.|Nitre de manganèse. | |L'oxide de cobalt. |Nitrate de cobalt. |Nitre de cobalt. | |L'oxide de nickel. |Nitrate de nickel. |Nitre de nickel. | |L'oxide de plomb. |Nitrate de plomb. |Nitre de plomb, nitre de| | | |saturne. | |L'oxide d'étain. |Nitrate d'étain. |Nitre d'étain. | |L'oxide de cuivre. |Nitrate de cuivre. |Nitre de cuivre, nitre | | | |de Vénus. | |L'oxide de bismuth. |Nitrate de bismuth. |Nitre de bismuth. | |L'oxide d'antimoine. |Nitrate d'antimoine. |Nitre d'antimoine. | | | | | |L'oxide d'arsenic. |Nitrate d'arsenic. {Nitre d'arsenic. | | | {Nitre arsenical. | | | | | |L'oxide de mercure. |Nitrate de mercure. {Nitre mercuriel. | | | {Nitre de mercure. | | | | | |L'oxide d'argent. |Nitrate d'argent. {Nitre d'argent. | | | {Nitre de lune, pierre | | | {infernale. | | | | | |L'oxide d'or. |Nitrate d'or. |Nitre d'or. | |L'oxide de platine. |Nitrate de platine. |Nitre de platine. | ======================================================================

OBSERVATIONS

_Sur les Acides nitreux & nitrique, & sur le Tableau de leurs combinaisons._

L'ACIDE nitreux & l'acide nitrique se tirent d'un sel connu dans les arts sous le nom de salpêtre. On extrait ce sel par lixiviation des décombres des vieux bâtimens & de la terre des caves, des écuries, des granges, & en général des lieux habités. L'acide nitrique est le plus souvent uni dans ces terres à la chaux & à la magnésie, quelquefois à la potasse & plus rarement à l'alumine. Comme tous ces sels, à l'exception de celui à base de potasse, attirent l'humidité de l'air, & qu'ils seroient d'une conservation difficile dans les arts, on profite de la plus grande affinité qu'a la potasse avec l'acide nitrique, & de la propriété qu'elle a de précipiter la chaux, la magnésie & l'alumine, pour ramener ainsi dans le travail du salpêtrier & dans le rafinage qui se fait ensuite dans les magasins du Roi, tous les sels nitriques à l'état de nitrate de potasse ou de salpêtre. Pour obtenir l'acide nitreux de ce sel, on met dans une cornue tubulée trois parties de salpêtre très-pur, & une d'acide sulfurique concentré: on y adapte un ballon à deux pointes, auquel on joint l'appareil de Woulfe, c'est-à-dire, des flacons à plusieurs gouleaux à moitié remplis d'eau & réunis par des tubes de verre. On voit cet appareil représenté _pl. IV, fig. 1_. On lutte exactement toutes les jointures, & on donne un feu gradué: il passe de l'acide nitreux en vapeurs rouges, c'est-à-dire, surchargé de gaz nitreux, ou autrement dit, qui n'est point oxygéné autant qu'il le peut être. Une partie de cet acide se condense dans le ballon, dans l'état d'une liqueur d'un jaune rouge très-foncé; le surplus se combine avec l'eau des bouteilles. Il se dégage en même-tems une grande quantité de gaz oxygène, par la raison qu'à une température un peu élevée l'oxygène a plus d'affinité avec le calorique qu'avec l'oxide nitreux, tandis que le contraire arrive à la température habituelle dans laquelle nous vivons. C'est parce qu'une partie d'oxygène a quitté ainsi l'acide nitrique, qu'il se trouve converti en acide nitreux. On peut ramener cet acide de l'état nitreux à l'état nitrique, en le faisant chauffer à une chaleur douce; le gaz nitreux qui étoit en excès s'échappe, & il reste de l'acide nitrique: mais on n'obtient par cette voie qu'un acide nitrique très-étendu d'eau, & il y a d'ailleurs une perte considérable.

On se procure de l'acide nitrique beaucoup plus concentré & avec infiniment moins de perte, en mêlant ensemble du salpêtre & de l'argile bien seche, & en les poussant au feu dans une cornue de grès. L'argile se combine avec la potasse pour laquelle elle a beaucoup d'affinité: en même-tems il passe de l'acide nitrique très-légèrement fumant, & qui ne contient qu'une très-petite portion de gaz nitreux. On l'en débarrasse aisément, en faisant chauffer foiblement l'acide dans une cornue: on obtient une petite portion d'acide nitreux dans le récipient, & il reste de l'acide nitrique dans la cornue.

On a vu dans le corps de cet Ouvrage, que l'azote étoit le radical nitrique: si à vingt parties & demie en poids d'azote, on ajoute quarante-trois parties & demie d'oxygène, cette proportion constituera l'oxide ou le gaz nitreux; si on ajoute à cette première combinaison 36 autres parties d'oxygène, on aura de l'acide nitrique. L'intermédiaire entre la première & la dernière de ces proportions, donne différentes espèces d'acides nitreux, c'est-à-dire, de l'acide nitrique plus ou moins imprégné de gaz nitreux. J'ai déterminé ces proportions par voie de décomposition, & je ne puis pas assurer qu'elles soient rigoureusement exactes; mais elles ne peuvent pas s'écarter beaucoup de la vérité. M. Cavendish, qui a prouvé le premier & par voie de composition, que l'azote est le radical nitrique, a donné des proportions un peu différentes & dans lesquelles l'azote entre pour une plus forte proportion: mais il est probable en même tems que c'est de l'acide nitreux qu'il a formé, & non de l'acide nitrique; & cette circonstance suffit pour expliquer jusqu'à un certain point la différence des résultats.

Pour obtenir l'acide nitrique très-pur, il faut employer du nitre dépouillé de tout mêlange de corps étrangers. Si, après la distillation, on soupçonne qu'il y reste quelques vestiges d'acide sulfurique, on y verse quelques gouttes de dissolution de nitrate barytique, l'acide sulfurique s'unit avec la baryte, & forme un sel neutre insoluble qui se précipite. On en sépare avec autant de facilité les dernières portions d'acide muriatique qui pouvoient y être contenues, en y versant quelques gouttes de nitrate d'argent; l'acide muriatique contenu dans l'acide nitrique, s'unit à l'argent avec lequel il a plus d'affinité, & se précipite sous forme de muriate d'argent qui est presqu'insoluble. Ces deux précipitations faites, on distille jusqu'à ce qu'il ait passé environ les sept huitièmes de l'acide, & on est sûr alors de l'avoir parfaitement pur.

L'acide nitrique est un de ceux qui a le plus de tendance à la combinaison, & dont en même tems la décomposition est le plus facile. Il n'est presque point de substance simple, si on en excepte l'or, l'argent & le platine, qui ne lui enlève plus ou moins d'oxygène; quelques-unes même le décomposent en entier. Il a été fort anciennement connu des Chimistes, & ses combinaisons ont été plus étudiées que celles d'aucun autre. MM. Macquer & Baumé ont nommé _nitres_ tous les sels qui ont l'acide nitrique pour acide. Nous avons dérivé leur nom de la même origine; mais nous en avons changé la terminaison, & nous les avons appelés _nitrates_ ou _nitrites_, suivant qu'ils ont l'acide nitrique ou l'acide nitreux pour acide & d'après la loi générale dont nous avons expliqué les motifs, chapitre XVI. C'est également par une suite des principes généraux dont nous avons rendu compte, que nous avons spécifié chaque sel par le nom de sa base.

_TABLEAU des combinaisons de l'Acide sulfurique ou Soufre oxygéné avec les bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide, par la voie humide._

====================================================================== | Combinaisons de l'acide sulfurique avec: | |--------------------------------------------------------------------| | NOMENCLATURE NOUVELLE. | |--------------------------------------------------------------------| |Numéros.| Noms des bases. | Sels neutres qui en résultent. | |--------------------------------------------------------------------| | 1 |La baryte. |Sulfate de baryte. | | 2 |La potasse. |Sulfate de potasse. | | 3 |La soude. |Sulfate de soude. | | 4 |La chaux. |Sulfate de chaux. | | 5 |La magnésie. |Sulfate de magnésie. | | 6 |L'ammoniaque. |Sulfate d'ammoniaque. | | 7 |L'alumine. |Sulfate d'alumine ou alun. | | 8 |L'oxide de zinc. |Sulfate de zinc. | | 9 |L'oxide de fer. |Sulfate de fer. | | 10 |L'oxide de manganèse. |Sulfate de manganèse. | | 11 |L'oxide de cobalt. |Sulfate de cobalt. | | 12 |L'oxide de nickel. |Sulfate de nickel. | | 13 |L'oxide de plomb. |Sulfate de plomb. | | 14 |L'oxide d'étain. |Sulfate d'étain. | | 15 |L'oxide de cuivre. |Sulfate de cuivre. | | 16 |L'oxide de bismuth. |Sulfate de bismuth. | | 17 |L'oxide d'antimoine. |Sulfate d'antimoine. | | 18 |L'oxide d'arsenic. |Sulfate d'arsenic. | | 19 |L'oxide de mercure. |Sulfate de mercure. | | 20 |L'oxide d'argent. |Sulfate d'argent. | | 21 |L'oxide d'or. |Sulfate d'or. | | 22 |L'oxide de platine. |Sulfate de platine. | ======================================================================

====================================================================== | Combinaisons de l'acide vitriolique avec: | |--------------------------------------------------------------------| | NOMENCLATURE ANCIENNE. | |--------------------------------------------------------------------| |Numéros.| Noms des bases. | Sels neutres qui en résultent. | |--------------------------------------------------------------------| | 1 |La terre pesante. |Vitriol de terre pesante, spath | | | |pesant. | | 2 |L'alkali fixe végétal.|Tartre vitriolé, sel de duobus, | | | |arcanum duplicatum. | | 3 |L'alkali fixe minéral.|Sel de Glauber. | | 4 |La terre calcaire. |Sélénite, gypse, vitriol calcaire. | | 5 |La magnésie. |Vitriol de magnésie, sel d'Epsom, | | | |sel de Sedlitz. | | 6 |L'alkali volatil. |Sel ammoniacal secret de Glauber. | | 7 |La terre de l'alun. |Alun. | | 8 |La chaux de zinc. |Vitriol blanc, vitriol de Goslard. | | | |Couperose blanche, vitriol de | | | |zinc. | | 9 |La chaux de fer. |Couperose verte, vitriol martial, | | | |vitriol de fer. | | 10 |La chaux de manganèse.|Vitriol de manganèse. | | 11 |La chaux de cobalt. |Vitriol de cobalt. | | 12 |La chaux de nickel. |Vitriol de nickel. | | 13 |La chaux de plomb. |Vitriol de plomb. | | 14 |La chaux d'étain. |Vitriol d'étain. | | 15 |La chaux de cuivre. |Vitriol de cuivre, couperose | | | |bleue. | | 16 |La chaux de bismuth. |Vitriol de bismuth. | | 17 |La chaux d'antimoine. |Vitriol d'antimoine. | | 18 |La chaux d'arsenic. |Vitriol d'arsenic. | | 19 |La chaux de mercure. |Vitriol de mercure. | | 20 |La chaux d'argent. |Vitriol d'argent. | | 21 |La chaux d'or. |Vitriol d'or. | | 22 |La chaux de platine. |Vitriol de platine. | ======================================================================

OBSERVATIONS

_Sur l'Acide sulfurique & sur le Tableau de ses combinaisons._

ON a long-tems retiré l'acide sulfurique par distillation du sulfate de fer ou vitriol de mars, dans lequel cet acide est uni au fer. Cette distillation a été décrite par Basile Valentin, qui écrivoit dans le quinzième siècle. On préfère aujourd'hui de le tirer du soufre par la combustion, parce qu'il est beaucoup meilleur marché que celui qu'on peut extraire des différens sels sulfuriques. Pour faciliter la combustion du soufre & son oxygénation, on y mêle un peu de salpêtre ou nitrate de potasse en poudre. Ce dernier est décomposé, & fournit au soufre une portion de son oxygène, qui facilite sa conversion en acide. Malgré l'addition de salpêtre, on ne peut continuer la combustion du soufre dans des vaisseaux fermés, quelque grands qu'ils soient, que pendant un tems déterminé. La combustion cesse par deux raisons; 1º. parce que le gaz oxygène se trouve épuisé, & que l'air dans lequel se fait la combustion se trouve presque réduit à l'état de gaz azotique; 2º. parce que l'acide lui-même qui reste long-tems en vapeurs, met obstacle à la combustion. Dans les travaux en grand des arts, on brûle le mêlange de soufre & de salpêtre dans de grandes chambres dont les parois sont recouvertes de feuilles de plomb: on laisse un peu d'eau au fond pour faciliter la condensation des vapeurs. On se débarrasse ensuite de cette eau, en introduisant l'acide sulfurique qu'on a obtenu dans de grandes cornues: on distille à un degré de chaleur modéré; il passe une eau légèrement acide, & il reste dans la cornue de l'acide sulfurique concentré. Dans cet état il est diaphane, sans odeur, & il pèse à peu près le double de l'eau. On prolongeroit la combustion du soufre, & on accéléreroit la fabrication de l'acide sulfurique, si on introduisoit dans les grandes chambres doublées de plomb où se fait cette opération, le vent de plusieurs soufflets qu'on dirigeroit sur la flamme. On feroit évacuer le gaz azotique par de longs canaux ou espèces de serpentins dans lesquels il seroit en contact avec de l'eau, afin de le dépouiller de tout le gaz acide sulfureux ou acide sulfurique qu'il pourroit contenir.

Suivant une première expérience de M. Berthollet, 69 parties de soufre en brûlant absorbent 31 parties d'oxygène, pour former 100 parties d'acide sulfurique. Suivant une seconde expérience faite par une autre méthode, 72 parties de soufre en absorbent 28 d'oxygène, pour former la même quantité de 100 parties d'acide sulfurique sec.

Cet acide ne dissout, comme tous les autres, les métaux qu'autant qu'ils ont été préalablement oxidés; mais la plupart sont susceptibles de décomposer une portion de l'acide, & de lui enlever assez d'oxygène pour devenir dissolubles dans le surplus: c'est ce qui arrive à l'argent, au mercure & même au fer & au zinc, quand on les fait dissoudre dans de l'acide sulfurique concentré & bouillant. Ces métaux s'oxident & se dissolvent, mais ils n'enlèvent pas assez d'oxygène à l'acide pour le réduire en soufre; ils le réduisent seulement à l'état d'acide sulfureux, & il se dégage alors sous la forme de gaz acide sulfureux. Lorsqu'on met de l'argent, du mercure ou quelque métal autre que le fer & le zinc dans de l'acide sulfurique étendu d'eau, comme ils n'ont pas assez d'affinité avec l'oxygène pour l'enlever, ni au soufre, ni à l'acide sulfureux, ni à l'hydrogène, ils sont absolument insolubles dans cet acide. Il n'en est pas de même du zinc & du fer: ces deux métaux, aidés par la présence de l'acide, décomposent l'eau; ils s'oxident à ses dépens, & deviennent alors dissolubles dans l'acide, quoiqu'il ne soit ni concentré ni bouillant.

_TABLEAU des combinaisons de l'Acide sulfureux avec les bases salifiables dans l'ordre de leur affinité avec cet acide._

============================================================== | NOMENCLATURE NOUVELLE. | |------------------------------------------------------------| | | Noms des bases. | Noms | | | | des sel neutres. | |------------------------------------------------------------| |Combinaisons |La baryte. |Sulfite de baryte. | |de l'acide |La potasse. |Sulfite de potasse. | |sulfureux |La soude. |Sulfite de soude. | |avec: |La chaux. |Sulfite de chaux. | | |La magnésie. |Sulfite de magnésie. | | |L'ammoniaque. |Sulfite d'ammoniaque. | | |L'alumine. |Sulfite d'alumine. | | |L'oxide de zinc. |Sulfite de zinc. | | |L'oxide de fer. |Sulfite de fer. | | |L'oxide de manganèse. |Sulfite de manganèse. | | |L'oxide de cobalt. |Sulfite de cobalt. | | |L'oxide de nickel. |Sulfite de nickel. | | |L'oxide de plomb. |Sulfite de plomb. | | |L'oxide d'étain. |Sulfite d'étain. | | |L'oxide de cuivre. |Sulfite de cuivre. | | |L'oxide de bismuth. |Sulfite de bismuth. | | |L'oxide d'antimoine. |Sulfite d'antimoine. | | |L'oxide d'arsenic. |Sulfite d'arsenic. | | |L'oxide de mercure. |Sulfite de mercure. | | |L'oxide d'argent. |Sulfite d'argent. | | |L'oxide d'or. |Sulfite d'or. | | |L'oxide de platine. |Sulfite de platine. | ==============================================================

_Nota._ Les anciens n'ont connu à proprement parler de ces sels que le sulfite de potasse, qui, jusqu'à ces derniers tems, a conservé le nom de sel sulfureux de Stalh. Avant la nouvelle nomenclature que nous avons proposée, on désignoit les sels sulfureux comme il suit: _Sel sulfureux de Stalh à base d'alkali fixe végétal, sel sulfureux de Stalh à base d'alkali fixe minéral, sel sulfureux de Stalh à base de terre calcaire._

On a suivi dans ce tableau l'ordre des affinités indiqué par M. Bergman pour l'acide sulfurique, parce qu'en effet à l'égard des alkalis & des terres, l'ordre est le même pour l'acide sulfureux; mais il n'est pas certain qu'il en soit de même pour les oxides métalliques.

OBSERVATIONS

_Sur l'Acide sulfureux, & sur le Tableau de ses combinaisons._

L'ACIDE sulfureux est formé, comme l'acide sulfurique, de la combinaison du soufre avec l'oxygène, mais avec une moindre proportion de ce dernier. On peut l'obtenir de différentes manières, 1º. en faisant brûler du soufre lentement, 2º. en distillant de l'acide sulfurique sur de l'argent, de l'antimoine, du plomb, du mercure ou du charbon: une portion d'oxygène s'unit au métal, & l'acide passe dans l'état d'acide sulfureux. Cet acide existe naturellement dans l'état de gaz au degré de température & de pression dans lequel nous vivons; mais il paroît, d'après des expériences de M. Clouet, qu'à un très-grand degré de refroidissement, il se condense & devient liquide: l'eau absorbe beaucoup plus de ce gaz acide qu'elle n'absorbe de gaz acide carbonique; mais elle en absorbe beaucoup moins que de gaz acide muriatique.

C'est une vérité bien établie, & que je n'ai peut-être que trop répétée, que les métaux en général ne peuvent se dissoudre dans les acides, qu'autant qu'ils peuvent s'y oxider: or l'acide sulfureux étant déjà dépouillé d'une grande partie de l'oxygène nécessaire pour le constituer acide sulfurique, il est plutôt disposé à en reprendre qu'à en fournir à la plupart des métaux, & c'est pour cela qu'il ne peut les dissoudre, à moins qu'ils n'aient été préalablement oxidés. Par une suite du même principe, les oxides métalliques se dissolvent dans l'acide sulfureux sans effervescence & même avec beaucoup de facilité. Cet acide a même, comme l'acide muriatique, la propriété de dissoudre des oxides métalliques qui sont trop oxygénés, & qui seroient par cela même indissolubles dans l'acide sulfurique; il forme alors avec eux de véritables sulfates. On pourroit donc soupçonner qu'il n'existe que des sulfates métalliques & non des sulfites, si les phénomènes qui ont lieu dans la dissolution du fer, du mercure, & de quelques autres métaux, ne nous apprenoient que ces substances métalliques sont susceptibles de s'oxider plus ou moins en se dissolvant dans les acides. D'après cette observation le sel dans lequel le métal sera le moins oxidé devra porter le nom de sulfite, & celui dans lequel le métal sera le plus oxidé devra porter le nom de sulfate. On ignore encore si cette distinction, nécessaire pour le fer & pour le mercure, est applicable à tous les autres sulfates métalliques.