Tolstoï

Part 13

Chapter 133,436 wordsPublic domain

«Ah! qu’il est difficile de se défaire de cette sale et coupable propriété!» soupire-t-il pendant ces jours-là (25 juillet 1908), car la moitié de sa famille se dispute cette propriété avec des ongles qui ressemblent à des griffes. Des scènes de romans feuilleton de la pire espèce: tiroirs forcés, armoires fouillées, conversations épiées, essais de mise en curatelle, alternent avec les moments les plus tragiques, avec des tentatives de suicide de la part de sa femme et des menaces de fuite quant à Tolstoï; l’«enfer d’Iasnaïa Poliana», comme il l’appelle, ouvre ses portes. Mais précisément dans cet excès de tourments Tolstoï finit par puiser une résolution suprême, et enfin, quelques mois avant de mourir, il décide, pour assurer la pureté et la loyauté de sa mort, de ne plus tolérer d’ambiguïtés et d’équivoque et de laisser à la postérité un testament qui transmette irrécusablement ses biens spirituels à toute l’humanité. Pour accomplir ce dernier acte de sincérité, il faut encore un dernier mensonge. Puisque dans sa maison il se sent espionné et surveillé, ce vieillard de quatre-vingt-deux ans se rend à cheval, comme pour une promenade sans importance, dans la forêt voisine, la forêt de Grumont, et là, sur la souche d’un arbre,--instant le plus dramatique de notre siècle,--Tolstoï, en présence de trois témoins et des chevaux qui reniflent avec impatience, signe enfin cette feuille qui donnera à sa volonté validité et autorité par delà sa vie présente.

Maintenant il a rejeté ses entraves et il pense avoir accompli l’acte décisif. Mais un acte plus difficile, plus important et plus nécessaire, l’attend encore. Car aucun secret ne résiste dans cette maison de la droite conscience toute flamboyante d’humanité. Soupçons et chuchotements filtrent et percent goutte à goutte dans tous les coins, murmurent et glissent de l’un à l’autre, et bientôt sa famille sait que Tolstoï a pris des dispositions secrètes. Ils violent avec de fausses clefs le secret des coffrets et des armoires, ils fouillent le _Journal_ pour y trouver une piste; la comtesse menace de se suicider si Tcherkof, le complice haï de Tolstoï, ne cesse pas ses visites. Tolstoï reconnaît qu’ici, au milieu de la passion, de la cupidité, de la haine et de l’agitation, il ne peut pas composer sa dernière œuvre d’art, la perfection de sa mort, et le vieillard craint qu’«on ne lui dérobe, au point de vue spirituel, ces minutes précieuses qui sont peut-être les plus magnifiques». Et alors surgit encore une fois, des profondeurs de son sentiment, cette pensée que, pour atteindre à la perfection, il faut, comme l’Évangile le demande, qu’il laisse sa femme et ses enfants, qu’il renonce à la possession et au profit, pour atteindre à la sainteté.

Deux fois déjà il s’était enfui, la première fois en 1884; mais à moitié chemin la force lui manqua et il se contraignit à revenir auprès de sa femme qui était dans les douleurs de l’enfantement et qui cette nuit même lui donna une fille, cette Alexandra qui maintenant est à ses côtés, qui protège son testament et qui est prête à l’assister dans son dernier voyage. Treize ans plus tard, en 1897, il s’en va une seconde fois, en laissant à sa femme cette lettre immortelle dans laquelle il expose l’ordre que lui donne sa conscience: «J’ai résolu de fuir, d’abord parce que, à mesure que mes années augmentent, cette existence me pèse davantage et que j’aspire toujours avec force à la solitude et ensuite parce que les enfants ont maintenant grandi et que ma présence dans la maison n’est plus nécessaire... Le principal, c’est d’imiter les Indiens, qui s’enfuient dans les forêts une fois qu’ils ont atteint la soixantième année; tout homme religieux, arrivé à la vieillesse, éprouve le désir de consacrer ses dernières années à Dieu et non pas à la plaisanterie et au jeu, aux cancans et au tennis. De même, maintenant que je suis entré dans ma soixante-dixième année, mon âme aspire de toutes ses forces au repos et à la solitude, pour vivre en harmonie avec ma conscience ou, si ce n’est pas absolument possible, du moins pour échapper au désaccord criard qu’il y a entre ma vie et ma foi.»

Mais cette fois encore il était revenu, l’humanité ayant en lui repris le dessus. La force de son moi intime n’était pas encore assez grande, l’appel de sa vocation n’était pas encore assez puissant. Maintenant, treize ans après cette seconde fuite, et deux fois treize ans après la première, l’attraction formidable du lointain devient plus douloureuse que jamais; cette conscience de fer se sent puissamment et magnifiquement emportée par une force insondable. Au mois de juillet 1910, Tolstoï écrit dans son _Journal_ ces mots: «Je ne puis faire autre chose que de m’enfuir, et j’y pense maintenant sérieusement; maintenant montre ton christianisme! C’est le moment ou jamais (en français, dans le texte tolstoïen). Ici personne n’a besoin de ma présence. Aide-moi, ô mon Dieu; instruis-moi; je ne voudrais qu’une chose, faire ta volonté et non la mienne. J’écris ceci et je me demande: est-ce réellement bien vrai? Est-ce que de la sorte je ne fais pas devant Toi des simagrées? Aide-moi, aide-moi, aide-moi.» Mais il hésite toujours encore; toujours le retient la crainte que lui fait éprouver le sort des autres; toujours il redoute lui-même que son désir ne soit coupable et, penché en frissonnant au-dessus de sa propre âme, il écoute, pour savoir si un appel ne viendra pas de l’intérieur, ou un message d’en haut, qui «ordonnera» irrésistiblement, là où sa propre volonté hésite et tergiverse encore. Comme à genoux, en prière, devant la volonté insondable à laquelle il s’est abandonné et dans la sagesse de laquelle il a confiance, il confesse dans le _Journal_ son anxiété et son inquiétude. Cette attente est comme une fièvre dans sa conscience enflammée; cette auscultation de son cœur frissonnant est comme un tremblement de tout son être, et déjà il pense que le destin ne l’entend pas et qu’il est livré au pur hasard.

Alors, à l’heure juste et appropriée, une voix éclatante chante en lui, la voix antique de la légende: «Lève-toi, et redresse-toi, prends le manteau et le bâton du pèlerin.» Et il se ressaisit et il va au-devant de sa perfection.

LA FUITE VERS DIEU

«_On ne peut s’approcher de Dieu que tout seul._»

Tolstoï, _Journal_.

Le 28 octobre 1910, il peut être six heures du matin; entre les arbres pend encore l’obscurité complète de la nuit; quelques silhouettes rôdent d’une étrange façon autour de la demeure seigneuriale d’Iasnaïa Poliana. Des clefs cliquettent, des portes grincent furtivement. Dans la paille de l’écurie, le cocher attelle les chevaux à la voiture, avec une précaution extrême pour ne faire aucun bruit; dans deux pièces des ombres inquiètes ressemblent à des fantômes; avec des lanternes sourdes semblables à des lampes de poche, elles saisissent à tâtons des paquets de toute espèce; elles ouvrent des tiroirs et des armoires, puis elles se glissent entre des portes ouvertes sans bruit et elles trébuchent, en murmurant, à travers les racines boueuses du parc. Puis une voiture, évitant le chemin qui passe devant la maison, par derrière roule vers la porte du parc.

Qu’y a-t-il? Des cambrioleurs ont-ils pénétré dans le château? La police du tsar cerne-t-elle enfin l’habitation de l’écrivain si suspect, pour procéder à une perquisition? Non, personne ne s’est introduit clandestinement dans la maison; c’est seulement Léon Nicolaïewitsch Tolstoï qui, comme un voleur, accompagné uniquement de son médecin, s’évade de la prison de son existence. L’appel lui a été fait, un signe irrécusable et décisif. Encore une fois pendant la nuit il a surpris sa femme qui fouillait secrètement et hystériquement ses papiers et alors brusquement, dure et nerveuse comme l’acier, la résolution a surgi en lui de l’abandonner, elle «qui a abandonné son âme», de fuir n’importe où, vers Dieu, vers lui-même, en cherchant la mort qu’il lui faut, la mort qui est à sa mesure. Soudain, il a jeté un manteau sur sa chemise de nuit, il a coiffé une casquette grossière, il a mis ses souliers caoutchoutés, n’emportant de ses biens que ce dont l’esprit a besoin pour se communiquer aux hommes: le _Journal_, un crayon et une plume. A la gare il griffonne encore une lettre à sa femme et la lui envoie par le cocher: «J’ai fait ce que les vieillards de mon âge font d’ordinaire; j’abandonne cette vie mondaine pour passer les derniers jours de ma vie dans la solitude et le silence.» Puis il monte dans le train, et, assis sur le banc crasseux d’un compartiment de troisième classe, enveloppé dans son manteau et accompagné seulement par son médecin, voici donc Léon Tolstoï qui prend la fuite pour être seul avec Dieu.

Mais ce n’est plus Léon Tolstoï qu’il se nomme. Comme autrefois Charles-Quint, souverain des deux mondes, déposa volontairement les insignes de la puissance pour s’enterrer dans le cercueil d’un monastère, Tolstoï a jeté derrière lui, outre son argent, sa maison et sa gloire, son propre nom; il s’appelle maintenant T. Nicolaief, nom inventé de quelqu’un qui veut se donner une nouvelle vie et qui cherche une mort pure et juste. Enfin, tous les liens sont brisés; maintenant il peut être le pèlerin qui va sur des routes étrangères, il peut être le serviteur de la doctrine et de la parole sincère. Au couvent de Schamardino il prend encore congé de sa sœur, l’abbesse: leurs deux silhouettes fragiles de vieillards sont assises ensemble au milieu de doux moines transfigurés par le repos et par les harmonies sonores de la solitude; deux jours après arrive sa fille, l’enfant qui naquit dans la nuit de cette première fuite qui n’aboutit pas. Mais, ici aussi, dans cette retraite, il ne se sent pas à son aise; il craint d’être reconnu, poursuivi et découvert, d’être encore une fois ramené dans cette existence trouble et fausse. Aussi, touché de nouveau par un doigt invisible, le trente et un octobre, à quatre heures du matin, il réveille soudain sa fille et insiste pour aller plus loin, n’importe où, en Bulgarie, au Caucase, à l’étranger, quelque part où la gloire et les hommes ne l’atteindront plus, où il trouvera enfin la solitude, où il se trouvera lui-même et où il trouvera Dieu.

Mais le redoutable adversaire de sa vie, de sa doctrine, la gloire,--ce démon fait pour le tourmenter et le tenter,--ne lâche pas encore sa victime. Le monde ne permet pas que «son» Tolstoï s’appartienne à lui-même, à sa volonté profonde et lucide. A peine le fugitif est-il assis dans son compartiment, la casquette profondément baissée sur le front, que déjà l’un des passagers a reconnu le grand maître; déjà chacun le sait dans le train; déjà le secret est trahi; déjà à l’extérieur, à la porte du wagon, se pressent des hommes et des femmes, pour le voir. Les journaux qu’ils ont avec eux contiennent des articles d’une longueur de plusieurs colonnes sur l’animal précieux qui s’est enfui de sa geôle; déjà il est trahi et cerné; encore une fois, pour la dernière, la gloire barre à Tolstoï le chemin de la perfection. Les fils télégraphiques qui longent le train mugissant bourdonnent de dépêches; toutes les stations sont averties par la police; tous les employés sont mobilisés; chez lui on commande déjà des trains spéciaux et les reporters, de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Nijni-Novgorod, de tous les quatre coins de la rose des vents, sont lancés sur sa piste, sur la piste du gibier fugitif. Le Saint-Synode envoie un prêtre pour saisir le repenti et soudain un monsieur étranger monte dans le train, et il passe sans cesse devant le compartiment, chaque fois avec un nouveau masque. C’est un détective: non, la gloire ne laisse pas échapper son prisonnier. Léon Tolstoï ne doit pas et ne peut pas être seul avec lui-même; les hommes ne tolèrent pas qu’il s’appartienne et qu’il accomplisse sa sanctification.

Déjà il est entouré, déjà il est cerné, il n’y a pas de fourré dans lequel il puisse se jeter. Quand le train arrivera à la frontière, un employé le saluera en levant poliment son chapeau et lui refusera le passage; partout où il cherchera le repos, la gloire viendra se camper en face de lui, large, et bruyante, avec ses mille voix; non, il ne peut pas s’échapper, la griffe le tient bien. Mais voici que soudain sa fille remarque qu’un frisson glacé secoue le corps chenu de son père. Épuisé il s’appuie au dur banc de bois. La sueur sort par tous les pores de son être tremblant et elle dégoutte de son front. Une fièvre issue de son sang, la maladie, s’abat sur lui,--pour le sauver. Et déjà la mort lève son manteau sombre pour le cacher aux regards de ses persécuteurs.

A Astapowo, petite station du chemin de fer, il faut qu’on fasse halte; le malade ne peut pas aller plus loin. Il n’y a aucune auberge, aucun hôtel, aucun palais pour le recevoir. Confus, le chef de station offre son bureau, dans la maison de bois à un étage du bâtiment du chemin de fer (depuis, c’est un lieu de pèlerinage pour le monde russe). On y conduit le vieillard, qui frissonne de froid, et soudain tout est bien réel de ce qu’il a rêvé: voici la petite chambre, basse et sentant le renfermé, pleine d’un air épais et de pauvreté. Voici le lit de fer, la lumière avare de la lampe à pétrole; voici que cette fois sont bien loin le luxe et le confort, devant lesquels il a pris la fuite. A son agonie, à ses derniers moments, tout est exactement comme sa volonté la plus intime l’a voulu: pure, sans aucune scorie, par un auguste symbole, la mort obéit parfaitement à sa main d’artiste. En peu de jours s’élève l’édifice grandiose de ce trépas, auguste confirmation de sa doctrine, que l’envie des hommes ne pourra plus saper, ne pourra plus troubler et détruire, dans sa simplicité digne des temps primitifs.

C’est en vain que dehors, devant la porte fermée, haletante, les lèvres avides, la gloire est aux aguets, en vain que les reporters et les curieux, les espions, les policiers et les gendarmes, le prêtre envoyé par le Saint-Synode et les officiers désignés par le tsar lui-même se pressent et attendent; leur tumulte criard et sans pudeur ne peut plus rien contre cette solitude suprême et irréfragable. Seule sa fille le veille, avec un ami et le médecin; un amour humble et paisible l’entoure de silence. Sur la table de nuit est posé le petit carnet qui lui sert de _Journal_,--son porte-voix pour communiquer avec Dieu!--mais les mains fiévreuses ne peuvent plus tenir le crayon. Aussi, les poumons haletants et la voix presque éteinte il dicte encore à sa fille ses dernières pensées; il appelle Dieu «ce tout illimité dont l’homme se sent une partie limitée, sa manifestation dans la matière, le temps et l’espace», et il proclame que l’union de ces êtres terrestres avec la vie d’autres êtres ne s’opère que par l’amour. Deux jours avant sa mort, il tend encore tous ses sens pour saisir la vérité suprême, l’inaccessible vérité, puis peu à peu l’obscurité s’étend sur ce cerveau radieux.

Au dehors les hommes s’agitent, curieux et indiscrets. Il ne sent plus leur présence. Devant les fenêtres, humiliée par le repentir, à travers les larmes qui ruissellent de ses yeux, Sofia Andreïewna, sa femme, est là qui cherche à voir à l’intérieur, elle qui a été unie à lui pendant quarante-huit ans; elle est là qui guette, pour tâcher d’apercevoir encore son visage, ne fût-ce que de loin: il ne la reconnaît plus. Les choses de la vie deviennent toujours plus étrangères à son regard,--le plus pénétrant de tous les regards humains; le sang circule toujours plus noir et toujours plus lourd dans ses veines, qui se brisent. Dans la nuit du quatre novembre, il se ressaisit encore une fois et il soupire: «Mais les paysans, comment donc meurent les paysans?» Cette immense vie se défend encore contre l’immense mort. Ce n’est que le sept novembre que le trépas atteint cet immortel. La tête auréolée de blanc s’affaisse dans les coussins, les yeux s’éteignent,--eux qui ont vu le monde avec une lucidité supérieure à toute autre. Et c’est alors seulement que l’impatient chercheur connaît enfin la vérité et le sens de toute vie.

POSTLUDE

«_L’homme est mort, mais sa position par rapport à l’univers continue d’agir sur les hommes, et non seulement comme pendant sa vie, mais encore avec une force bien plus grande. Et son action s’étend dans la mesure de ce qu’il a eu de raison et d’amour, et, comme tout ce qui est vivant, elle s’accroît sans interruption et sans fin._»

Lettre de Tolstoï.

Maxime Gorki, un jour, a appelé Tolstoï «un homme humanité»: parole d’une vérité inégalable. Car c’est un homme comme nous tous, formé du même limon fragile et possédant les mêmes imperfections terrestres, mais les connaissant plus profondément et en souffrant plus douloureusement. Léon Tolstoï n’a pas été d’une espèce différente, ni plus haute que les autres esprits de son siècle. Seulement il a été plus homme que la plupart, plus moral, plus intense, plus lucide, plus éveillé et plus passionné, et, pour ainsi dire, une première épreuve,--plus nette--de cette forme primitive invisible élaborée dans l’atelier du créateur de l’univers.

Réaliser avec pureté et autant de perfection que possible, au milieu de notre monde mêlé, cette image de l’homme éternel, dont l’ébauche imprécise, quoique déjà souvent perceptible, est au fond de nous tous, telle est l’œuvre essentielle que Tolstoï assigne à sa vie,--œuvre qui ne pourra jamais être achevée ni se réaliser complètement et qui n’en est que deux fois plus héroïque. Il a cherché et formé l’homme dans son incarnation suprême, grâce à une incomparable sincérité de l’esprit. Il l’a cherché et interrogé dans le secret obscur de sa propre conscience, descendant à des profondeurs que l’on n’atteint qu’en se blessant soi-même. Avec une gravité implacable, avec une dureté impitoyable, lui, génie éthique exemplaire, il a fouillé son âme sans réserve aucune, pour dégager cette image primitive de sa croûte terrestre et pour montrer à toute l’humanité sa figure rendue plus noble et plus semblable à Dieu, comme le but des efforts de chacun. Sans jamais se reposer, jamais satisfait, n’accordant jamais à son art la joie innocente du simple jeu des formes, cet artiste qui n’a peur de rien travaille toute une existence à cette œuvre grandiose du perfectionnement de son moi par la représentation de ce moi. Depuis Gœthe, aucun poète ne nous a donné de pareille manière la révélation de lui-même et en même temps de l’homme éternel.

Mais ce n’est qu’en apparence que cette volonté de pureté et de connaissance qu’avait Léon Tolstoï a pris fin avec sa vie: toujours créatrice, sa figure héroïque continue d’agir dans le présent, elle qui est la dernière grande figure qui du siècle précédent soit entrée dans le nôtre. Il existe encore, témoins de son existence terrestre, de nombreux hommes qui ont regardé ses yeux pénétrants, qui ont touché sa main paternelle, et, pourtant, la vie de Léon Tolstoï est, aujourd’hui déjà, légendaire pour des générations et des générations,--nouveau mythe proclamant la puissance d’un amour fait d’humilité.

Car toujours l’humanité cherche, à travers la fuite du temps, l’homme qui est un emblème et un exemple, pour faire de lui le symbole de son sens moral en quête d’éternité, et elle ne choisit que le plus puissant de tous, parmi la foule,--pour attester sa puissance. C’est seulement dans l’homme qui s’efforce et qui cherche avec ardeur qu’elle incarne sa volonté; c’est seulement dans l’homme de vérité qu’elle connaît sa science et sa vérité.

FIN

TABLE DES MATIÈRES

Pages Prélude 7 Portrait de Tolstoï 13 La vitalité de Tolstoï et sa contre-partie 23 L’Artiste 49 Tolstoï peint par lui-même 81 Crise et transformation 101 Le Chrétien artificiel 117 La doctrine de Tolstoï et ce qu’elle a de faux 135 La lutte pour la réalisation 165 Une journée de la vie de Tolstoï 189 La décision et la transfiguration 211 La fuite vers Dieu 223 Postlude 231

Achevé d’imprimer le 30 août 1928 par les «Presses Modernes», Troyes, Bar-le-Duc.

Adams-Beck A la découverte du Yoga, roman Un volume in-8 écu

André, Paul Survivants, illustré Un volume in-16 jésus

-- Caprices, Artistes, paysages et fantaisies, illustré Un volume in-16 jésus

Delhorbe, Cécile L’Affaire Dreyfus et les écrivains français Un volume in-8 raisin

-- Édouard Rod, d’après des documents inédits Un volume illustré in-8 écu

Franqueville, Rob. Rien à Signaler. Deux ans à Oranienbourg Un volume in-8 couronne

Lombard, Alfred Flaubert et Saint-Antoine Un volume illustré in-8 carré

Ludwig, Emil Gœthe. Histoire d’un homme, trad. par Alexandre Vialette Un volume in-8 carré

Mukerji, Dhan-Gopal Le Visage du Silence Un volume Coll. Orient in-8 écu

-- Village hindou. Ghond le chasseur Un volume Coll. Orient in-8 écu

Tourguenieff, Ivan Les Eaux Printanières, roman précédé d’une étude de Prosper Mérimée Un volume in-16 jésus

Imprimé en Suisse