Part 1
— Note de transcription —
Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. Il y a une note plus détaillée à la fin de ce livre.
L’original se présente avec le latin sur les pages de gauche, et la traduction en français à droite. Pour des raisons de place, il n’a pas été possible de garder cette présentation. Toutefois, chaque dialogue a un numéro à 4 chiffres entre accolades (comme {0015}), et il suffit de chercher ce même numéro pour trouver la traduction du dialogue.
THÉATRE DE HROTSVITHA
RELIGIEUSE ALLEMANDE DU Xème SIÈCLE
TRADUIT POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANÇAIS AVEC LE TEXTE LATIN REVU SUR LE MANUSCRIT DE MUNICH
PRÉCÉDÉ D’une introduction et suivi de notes
PAR CHARLES MAGNIN Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
A PARIS CHEZ BENJAMIN DUPRAT LIBRAIRE DE L’INSTITUT ET DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE Rue du Cloître-Saint-Benoit, 77
1845
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.
=CAUSERIES= ET MÉDITATIONS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES. 2 vol. in-8º.
=LES ORIGINES DU THÉATRE MODERNE=, t. Ier, Introduction complète. 1 vol. in-8º.
* * * * *
=DE LA MISE EN SCÈNE CHEZ LES ANCIENS.= (Présentation des pièces, comités de lecture, censure dramatique), _Revue des Deux-Mondes_, nᵒ du 1er septembre 1839; (Distributions des rôles, directeur de troupes, acteurs), nᵒ du 14 avril 1840; (Affiches, annonces, billets d’entrée), nᵒ du 1er novembre 1840.
=LA COMÉDIE AU IVe SIÈCLE=; QUEROLUS. _Revue des Deux-Mondes_, nᵒ du 15 juin 1835.
=FRAGMENTS INÉDITS D’UN COMIQUE DU VIIe SIÈCLE.= _Bibliothèque de l’École des Chartes_, t. Ier.
THÉATRE DE HROTSVITHA
DE L’IMPRIMERIE DE CRAPELET RUE DE VAUGIRARD, Nᵒ 9
THÉATRE DE HROTSVITHA
RELIGIEUSE ALLEMANDE DU Xe SIÈCLE
TRADUIT POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANÇAIS AVEC LE TEXTE LATIN REVU SUR LE MANUSCRIT DE MUNICH
PRÉCÉDÉ D’UNE INTRODUCTION ET SUIVI DE NOTES PAR CHARLES MAGNIN MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
A PARIS CHEZ BENJAMIN DUPRAT LIBRAIRE DE L’INSTITUT ET DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE RUE DE CLOÎTRE SAINT-BENOÎT, Nᵒ 7
1845
Εἰ Σαπφὼ δεκάτη Μουσάων ἐστὶν ἀδόντων, Ῥοσβὶθ' ἑνδεκάτη Μοῦσα καταγράφεται.
VILIBALDUS BIRKHAMMER.
Rara avis in Saxonia visa est.
HENRICUS BODO.
HROTSVITHA, SON TEMPS, SA VIE ET SES OUVRAGES.
I.
Un recueil de drames portant la date du Xe siècle et signé, comme celui-ci, d’un nom de femme, et, qui plus est, de religieuse, est un phénomène des plus remarquables et qui intéresse à la fois les mœurs, les lettres et la discipline de l’Église. Toutefois ce livre, quelque singulier qu’il paraisse, n’est point une œuvre exceptionnelle, sans antécédents et sans analogues. Le théâtre de Hrotsvitha confirme, au contraire, tout un ensemble de faits récemment étudiés et mis en lumière.
On avait cru jusqu’ici trop légèrement qu’entre le VIe et le XIIe siècle de notre ère toute représentation scénique avait été abolie, et qu’il fallait désespérer de rien trouver de ce genre en Europe, pendant toute la durée du moyen âge. Dans une série de leçons présentées, il y a dix ans, à la Faculté des lettres de Paris, j’ai essayé d’établir la vérité contraire, en produisant un grand nombre de textes et de monuments jusque-là négligés ou inconnus. Chaque siècle ainsi patiemment interrogé est venu déposer de l’incessante activité du génie scénique. La période féodale elle-même, cet âge de concentration religieuse et de morcellement social, durant lequel il semble qu’il ne pût exister pour le drame ni poëte, ni scène, ni spectateurs, nous a fourni le plus inattendu et le plus riche contingent théâtral. C’est en pleine féodalité, au milieu de la moins lettrée des époques obscures, dans le Xe siècle, en un mot, à qui l’on refuse généralement toute science, toute poésie, tout sentiment du beau, toute délicatesse de pensée ou de langage, que s’est montré à nous le monument le plus considérable et le moins imparfait de ce théâtre intermédiaire, dont on avait jusqu’ici méconnu l’existence, parce qu’on s’obstinait à le chercher par habitude dans des lieux et sous des formes qui depuis longtemps n’existaient plus.
Éclairé par l’étude des origines de la tragédie grecque, que nous avons vue sortir demi-lyrique des hiérons de Bacchus et des processions dionysiaques[1], nous avons pensé que du VIe au XIIe siècle le drame chrétien devait se montrer dans les parvis ou sous les arceaux mêmes de nos plus anciennes cathédrales. En effet, depuis la chute du polythéisme, et surtout depuis l’établissement des conquérants barbares dans les provinces romaines, les théâtres antiques avaient cessé peu à peu de recevoir la foule déshabituée des spectacles sanglants ou obscènes qui charmaient la corruption payenne. La plupart de ces édifices avaient été successivement transformés en citadelles contre les invasions des Goths, des Francs, des Sarrasins et des Normands. Plus tard, avec les pierres tirées de leurs ruines, la société chrétienne et barbare éleva les seules constructions dont elle eût besoin, à savoir, des donjons sur la crête des collines, pour l’aristocratie militaire; dans la plaine et dans les villes, des cathédrales et des abbayes pour l’aristocratie intellectuelle et cléricale. A la place des cirques et des amphithéâtres, qui avaient autrefois réuni d’immenses populations dans une même idée comme dans une même enceinte, on vit s’élever les églises aux larges nefs, véritables lieux d’assemblée, ainsi que leur nom l’indique, qui recevaient, aux jours solennels, et réunissaient, sans les confondre, les fidèles de tous les états, les barons et les clercs, les hommes d’armes et les artisans, les manants des cités et les serfs de la glèbe, et présentaient ainsi, malgré la séparation profonde de toutes les classes, la chose dont le drame a besoin par-dessus toute autre, je veux dire, un grand auditoire prêt à s’unir dans une pensée sympathique et à palpiter sous une émotion commune.
[1] Voyez _Les origines du théâtre moderne_; t. Ier, Introduction.
Il en fut de même et mieux encore dans l’enceinte des monastères, ces asiles privilégiés, qui s’ouvraient pourtant à toutes les conditions, et, à de certains jours, conviaient les séculiers à leurs fêtes. A l’abri de ces sanctuaires de la science, de la piété et des beaux-arts, le drame au moyen âge put se développer plus hardi, plus poétique, plus affranchi de l’inflexibilité des rites. Que l’on compare les pièces de Hrotsvitha aux drames si sévèrement liturgiques qui, à cette époque et même un peu plus tard, étaient offerts par le clergé à la dévotion populaire; que l’on rapproche, par exemple, _Gallicanus_ ou _Callimaque_, ces œuvres presque laïques et à demi mondaines, du rigide et court Mystère _des Vierges sages et des Vierges folles_, espèce de _séquence_ dialoguée qu’a publiée M. Raynouard[2], et qu’on nous dise si ce dernier morceau n’a pas, dans sa concision toute hiératique, un caractère de roideur ou, si l’on veut, de gravité sacerdotale, qui le distingue, de la manière la plus tranchée, des six drames que nous publions. Dans ceux-ci, on sent, à chaque scène, un auteur non-seulement nourri de l’Écriture, des Pères et des agiographes, mais familier avec les vers de Plaute et de Térence, d’Horace et de Virgile; on sent un auteur qui écrit non pour être psalmodié du haut d’un jubé, mais pour être joué avec apparat dans la grande salle d’un noble Chapitre. En effet, nous savons, à n’en pas douter, que c’est dans une illustre abbaye saxonne que furent représentés les drames de Hrotsvitha, probablement en présence de l’évêque diocésain[3] et de son clergé, devant plusieurs nobles dames de la maison ducale de Saxe et quelques hauts dignitaires de la cour impériale, sans compter, au fond de l’auditoire, la foule émerveillée des manants du voisinage et (qui sait même?) plus loin, sur les marches du grand escalier, quelques serfs ou gens mainmortables de la riche et puissante abbaye[4].
[2] Voy. _Choix de poésies des troubadours_, t. II, p. 139–143.
[3] L’abbaye de Gandersheim était placée sous la juridiction de l’évêque d’Hildesheim.
[4] Pour les serfs de Gandersheim (_mancipii utriusque sexus_), voyez une charte de 973 donnée à cette abbaye par Othon Ier, et publiée par Leibnitz (_Scriptor. rer. Brunsv._, t. II, p. 375).
C’est une chose étrange à dire, et pourtant aussi vraie que singulière: l’abbaye de Gandersheim est au Xe siècle, comme la royale maison de Saint-Cyr au XVIIe, un sujet obligé d’étude pour tout historien sérieux du théâtre. Ce célèbre monastère a été pour l’Allemagne une sorte d’oasis intellectuelle, jetée au milieu des steppes de la barbarie. Là fleurirent mieux qu’en aucun autre endroit du nord de l’Europe, la piété, les arts, la civilisation et la poésie. Cette sainte demeure, recommandable à tant de titres, a un droit particulier à la vénération des amis des lettres. Je n’hésite pas, quant à moi, à la saluer, sinon comme le plus ancien, du moins comme un des plus glorieux berceaux de l’art des Lope de Vega, des Calderon et des Corneille.
II.
L’abbaye de Gandersheim ou de Gandesheim, de l’ordre de saint Benoît, a été fondée ou plutôt restaurée en 852[5], par un des arrière-petits-neveux de Witikind, Ludolfe, d’abord comte, puis duc de Saxe, lequel entreprit cette œuvre pieuse à la prière de sa femme Oda, princesse de race franque[6]. Le premier siége de ce monastère fut à Brunshusen, ou Brunshausen; mais, dès 856, l’emplacement ayant paru insuffisant, Ludolfe résolut de transférer cette sainte maison, à laquelle il avait confié cinq de ses filles[7], sur les bords d’une rivière voisine, nommée _Ganda_, au milieu de bruyères et de forêts, devenues peu à peu la ville de Gandersheim. Ludolfe, mort en 859[8], ne put achever cette entreprise, qui ne reçut son entière exécution qu’en 881, par les soins et les libéralités de sa veuve. Celle-ci, âgée alors de soixante-trois ans, se retira dans cet asile, et y vécut, après la mort de presque tous les siens, jusqu’à l’âge de cent sept ans. Ce monastère ne compte guère dans la liste de ses abbesses que des princesses du sang impérial ou ducal. Les trois premières, Hathumoda, Gerberge et Christine, étaient toutes trois filles des fondateurs, et administrèrent l’illustre abbaye du vivant et d’après les conseils de leur mère. Il y a, si je ne me trompe, un rapport frappant, et qui n’est peut-être pas fortuit, entre cette vénérable centenaire, qui vit disparaître presque tous les siens et ensevelit de ses mains affaiblies quatre de ses filles mortes au service du Christ, et un des drames que l’on va lire. Je veux parler de la dernière pièce du recueil, intitulée _Sapience_, où nous voyons une mère, courbée par les ans, creuser la tombe de ses trois filles, mortes pour la gloire de Jésus-Christ, et exhaler ensuite pieusement son âme dans une fervente prière.
[5] Voy. _Annal. Quedlinburg._, ap. Pertz., _Monumenta Germaniæ_, t. V, p. 46.—A toutes les autorités originales que j’allègue pour l’histoire du monastère de Gandersheim et de ses abbesses, il faut ajouter le livre de J. Chr. Harenberg, intitulé _Historia ecclesiæ Gandersheim. diplomatica_, Hannoveræ, 1734, qui les résume et les discute, malheureusement avec plus de prolixité que de jugement et de critique. Cet ouvrage de 1758 pages in-folio est destiné à former le supplément des _Scriptores rer. Brunsv._ de Leibnitz.
[6] Voy. Agii _Vit. Hathum._, ap. Pertz., _Monum. German._, t. VI, p. 167, et Hrotsvith. _Carm. de primord. et construct. cœnob. Gandesheim._, v. 22.
[7] Voy. Agii _Dialog._, v. 553, ap. Pertz., _ibid._, t. VI, p. 186.
[8] Le savant M. Pertz assigne (_ibid._, t. VI, p. 165 et 311), d’après les _Annal. Xantenses_, publiées par lui (ibid., t. II, p. 231), l’année 866 à la mort de Ludolfe, contrairement à plusieurs témoignages réunis par Leuckfeld dans ses _Antiquitates Gandesheimenses_, p. 20, lesquels fixent la mort du duc à l’année 859.
Lorsqu’en 874 (année funeste, signalée par la peste et par la famine), la première abbesse de Gandersheim, Hathumoda, fut rappelée à Dieu, à l’âge de trente-trois ans, il se passa dans l’intérieur de cette pieuse maison, un spectacle dont le souvenir doit occuper une place notable dans l’histoire littéraire. C’était alors l’usage aux obsèques des abbés et des abbesses, de réciter et souvent même d’improviser, sur leurs tombes, des dialogues funèbres, espèces de _nénies_ dramatiques, dont il nous est parvenu plus d’un curieux exemple. A la mort de Hathumoda, Wichbert, d’abord moine au couvent de Corbie en Saxe, puis religieux dans l’abbaye de Lampspring[9], et, enfin, évêque d’Hildesheim, Wichbert qui, en cette qualité, devait bientôt (en 881) faire la dédicace des nouvelles constructions de Gandersheim, et qui paraît avoir été allié par le sang à la maison de Saxe[10], vint à Brunshusen présider aux funérailles de la jeune abbesse et échangea avec les religieuses éplorées des gémissements et des consolations pieuses. Nous possédons encore le dialogue, sorte de drame funéraire, où Wichbert remplit le principal rôle, sous le nom d’Agius, traduction grecque de son nom théotisque[11].
[9] Voyez Pertz, _Monum. German._, t. VI, p. 165.
[10] M. Pertz soutient même (_ibidem_) que Wichbert devait être fils de Ludolfe et d’Oda, et par conséquent frère de Hathumoda. Cette assertion est purement conjecturale.
[11] C’est l’opinion d’Eccard, qui a publié le premier ce poëme (_Veterum monument. Quaternio_, p. 27), opinion que combat Bernard Pez. Voyez Agii _Dialog._, in _Thesaur. anecdot. noviss._, t. I, pars IIIe, p. LXXXIII et 311, et Pertz., _Monument. Germ._, t. VI, p. 165, seqq.—Ce dialogue et le prologue en prose qui le précède contiennent plusieurs détails intéressants sur le monastère de Gandersheim et sur la famille ducale de Saxe.
Cependant Gerberge succéda à sa sœur Hathumoda; mais la vocation de cette princesse eut à soutenir de bien pénibles épreuves. Elle était mariée au comte Bernhard, quand elle prit la résolution de se retirer à Gandersheim, sous l’aile de sa sainte mère. Le rude Saxon vint l’y réclamer et menaçait d’employer la violence. Forcé de partir pour une expédition militaire, il jura qu’à son retour il saurait bien contraindre sa femme à rentrer dans le manoir commun et à partager le lit conjugal; mais il fut tué avant la fin de la campagne. Dans cette aventure, racontée avec complaisance par Hrotsvitha dans un de ses ouvrages[12], il est difficile de ne pas reconnaître ce qui lui a inspiré le choix de sa première pièce de théâtre. Il est vrai que, bien différent du comte Bernhard, Gallicanus renonce volontairement à la possession de sa fiancée; mais il n’en existe pas moins entre la délicate situation de Constance et celle de Gerberge, une frappante analogie, qui ne pouvait manquer de doubler, pour les chastes habitantes de Gandersheim, l’intérêt qu’offrait déjà par elle-même l’histoire de Constance et de Gallicanus.
[12] _Carmen de primord. et construct. cœnobii Gandesh._, v. 320, seqq.
Après vingt-deux ans de fonctions abbatiales, l’an 896, Gerberge alla rejoindre Hathumoda[13]. Alors Christine, la plus jeune des filles de la duchesse Oda, alors âgée de cent-un ans, lui succéda. Six années après, en 903[14], les descendantes directes des fondateurs venant à manquer, une savante religieuse du monastère, nommée Hrotsvitha[15], fut élue quatrième abbesse. On a souvent confondu cette première Hrotsvitha avec la simple nonne du même couvent, qui, soixante ans plus tard, rendit ce nom si célèbre. Suivant les uns, Hrotsvitha l’abbesse sortait de la seconde branche de la famille ducale de Saxe, et était fille du duc Othon l’Illustre, second fils de Ludolfe et père de l’empereur Henri l’Oiseleur[16]. Selon d’autres, Hrotsvitha était fille d’un roi de Grèce[17]; origine romanesque, et d’autant moins vraisemblable, que les filles allemandes étaient seules admises dans le couvent de Gandersheim. Au reste, quelle que fût sa naissance, cette première Hrotsvitha était digne par ses talents de gouverner la noble abbaye. Elle excellait en plusieurs sciences, notamment dans la logique et la rhétorique. Elle avait même composé un traité de logique fort estimé, qui ne nous est pas parvenu[18]. Il serait possible que les Vies en prose de saint Willibald et de saint Wunibald attribuées par Casimir Oudin à l’illustre nonne Hrotsvitha[19], mais qui sont d’une main certainement plus ancienne, comme Oudin l’a reconnu ailleurs[20], fussent l’ouvrage de la première Hrotsvitha. Elle mourut en 906[21], d’autres disent en 926.
[13] Un ancien catalogue abbatial cité par Leuckfeld (_Antiquit. Gandesh._, p. 213) fait mourir Gerberge l’an 881, ne lui attribuant que sept années de gouvernement. D’autres historiens placent sa mort à l’an 883 ou 884. La date que j’ai adoptée a pour autorité Hrotsvith. _Carm. de Constr. cœn. Gandesh._, v. 480, et Thangmar. _Vit. Bernw. episc. Hildesh._, ap. Pertz., _Monum. German._, t. VI, p. 763.
[14] Voy. _Chron. episc. Hild. et abb. S. Mich._ ap. Leibn., _Script. rer. Brunsv._, t. II, p. 786.—M. Pertz assigne la date de 913 au lieu de 903 à la mort de la duchesse Oda, et celle de 919 à la mort de Christine (_Carm. de Constr. cœnob. Gandesh._ v. 530). Les auteurs qu’il a suivis (_Annal. Quedlinburg._, _ibid._, t. V, p. 45 et Thangmar. _Vit. Bernward. episc. Hild._, _ibid._, t. VI, p. 763) attribuent à Christine vingt-deux ans d’administration, comme à sa sœur Gerberge. Christine, suivant moi, mourut en 903, la même année que sa mère et ne lui survécut que de sept mois et non sept ans, comme le dit Thangmar.—Leuckfeld (_Antiq. Gand._, p. 20) fait mourir Oda en 898.—Cf. Leuckfeld, _ibid._, p. 216 et 217, et Gasp. Brusch. _Chronolog. monast. German._, p. 233, 499.
[15] Son nom se trouve écrit _Ruitsuinda_, _Rotsuinda_, _Rothsmuda_ et de plusieurs autres manières plus ou moins fautives.
[16] Voy. _Chronic. episcop. Hildesh. et abbat. S. Mich._, ap. Leibn. _Script. rer. Brunsv._, t. II, p. 786. L’histoire ne donne au duc Othon l’Illustre qu’une fille nommée Adélaïde, morte abbesse de Quedlinbourg. D’autres chroniqueurs attribuent la même extraction à Luitgarde, qui succéda, comme abbesse, à Hrotsvitha.
[17] Selneccer, _Pædagogia_, part. I, titul. I, _de usuris_, cité par Leuckfeld, _ibid._, p. 217.
[18] Meibomius, _Vita Roswithæ_ Panegyrico Oddonum præfixa, inter _Script. rerum German._, t. I, p. 706.
[19] _Supplem. de scriptor. ecclesiast. a Bellarmino omissis_, ad ann. 890.—Ces Vies ont été plusieurs fois imprimées. Voy. Mabillon, _Sæcul. III. Sanctor. S. Bened._, t. II, p. 176.
[20] _Comment. de scriptor. ecclesiast._, t. II, p. 508.
[21] Voy. _Chron. episc. Hildesh. et abbat. monast. S. Mich._ ap. Leibn., t. II, p. 786.—M. Pertz a adopté la date de 927 (_Monum. Germ._, t. VI, p. 302), d’après les _Annal. Hild._, publiées par lui (_ibid._, t. V, p. 54), date que je crois fautive, quoiqu’elle ait des autorités.
Comme l’histoire de ces époques est rarement exempte de légendes superstitieuses, on a raconté que cette savante abbesse eut le pouvoir d’arracher au démon un pacte ou cédule qu’un jeune imprudent avait souscrit de son sang[22]. Cette tradition, glorieuse pour Gandersheim et pour la mémoire de son abbesse, me paraît avoir pu engager notre Hrotsvitha à traiter deux fois indirectement ce sujet fantastique dans ses légendes en vers.
[22] Selneccer, _Pædagogia_, pars Iº, titul. I, _de Usuris_, ut supra.
L’abbaye de Gandersheim, dont l’abbesse avait le titre de _Fürstäbtin_ et siégeait à la diète, a été sécularisée au commencement de ce siècle. Cependant, sa magnifique église, ainsi que les bâtiments du monastère et leurs dépendances, sont encore debout. Il serait bien désirable que la gravure se hâtât de reproduire, pendant qu’il en est temps, tous les détails de construction et de disposition tant intérieures qu’extérieures de cette vénérable abbaye, à laquelle se rattachent tant et de si précieux souvenirs. Leuckfeld et Harenberg ont joint à leurs volumineux ouvrages sur Gandersheim quelques planches (vues, sceaux, cartes, etc.) qui, bien qu’insuffisantes, ne sont pourtant point sans intérêt.—Passons maintenant à Hrotsvitha.
III.
Nous ne possédons guère sur la vie de cette femme illustre d’autres renseignements que ceux qu’elle nous fournit elle-même dans ses ouvrages, et notamment dans ses préfaces et ses épîtres dédicatoires, dont elle est, par bonheur, assez prodigue. Cette merveille de l’Allemagne a été pour la plupart de ses biographes une occasion d’erreurs d’autant plus graves, que ses écrits, source à peu près unique où il soit possible de puiser avec certitude, ont été plus longtemps moins étudiés et moins bien connus.
On ne s’accorde même pas sur son nom; les variantes sont nombreuses. Cependant, en plusieurs endroits du beau manuscrit de Munich, le seul qui nous reste, et qui paraît de la fin du Xe siècle ou du commencement du XIe siècle, c’est-à-dire, à peu près contemporain, elle se nomme elle-même _Hrotsvith_[23]. Henri Bodo, moine de Cluse, un des plus anciens historiens qui l’ait citée, l’appelle _Hrosvita_[24], en élidant le _t_ médial. Il n’est donc pas douteux que tel ait été son nom ou son surnom; je dis surnom, car elle-même traduit, avec une certaine jactance poétique, cette sonore appellation de _Hrotsvitha_ par _clamor validus_: «Ego clamor validus Gandesheimensis;» _moi la voix forte, la voix retentissante de Gandersheim_. Tel paraît être, en effet, le sens du vieux mot _Hruodsuind_, d’où sont venus _Hrothsuit_ et _Hrotsuitha_. Cette interprétation fournie par elle-même, et que confirme Jacques Grimm[25], détruit l’explication plus gracieuse, et moins solide, de J.-Chr. Gottsched, qui avait proposé de traduire le nom de Hrotsvitha par _Rose blanche_[26], et renverse, du même coup, une autre hypothèse, encore moins admissible du conseiller Martin Frédéric Seidel[27], qui prétend, d’après Knesebeck (mais sans faire connaître l’ouvrage où ce paradoxe est consigné), que l’H initial de Hrotsvitha n’est pas le signe d’aspiration ajouté si fréquemment, au moyen âge, devant certains noms germaniques, tels que Hrabanus, Hrodolphus, Hcarolus, mais l’abréviation de _Helena_. Sur cette supposition, Seidel a soutenu que le nom de Hrotsvitha cachait celui de _Helena a Rossow_, rattachant ainsi notre auteur, à une ancienne famille saxonne mentionnée dans la chronique d’Enzelt, mais que Gottsched ne croit pas remonter, à beaucoup près, au Xe siècle. Ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’une aussi chimérique conjecture ait été reçue sans difficulté dans un grand nombre d’histoires littéraires estimées, notamment dans celles de Saxius[28] et de Wachler[29].
[23] Voy. la note _c_[92] de la page 8 du présent volume.
[24] Henr. Bodo, _Syntagm. de eccles. Gandeshian._, ap. Leib., inter _Scriptor. rer. Brunsv._, t. III, p. 712.
[25] _Lateinische Gedichte des X und XI Jh._, 1838, p. IX.
[26] Voy. _Nöthiger Vorrath zur Gesch. der deutschen dramatischen Dichtkunst_, t. II, p. 13.—Les Bollandistes ont accepté, en partie, cette étymologie: «Vixit Rosvitha sive Hroswitha, formato ab equis pascendis vel rubro alboque coloribus nomine... (_Acta Sanct._, Jun. t. V, p. 205).»—Harenberg en indique encore une autre. Voy. _Hist. eccles. Gandersh. diplomatic._, p. 589.
[27] _Icones et elogia virorum aliquot præstantium_, etc., 1670, in-fol.
[28] _Onomast. litter._, t. II, p. 157.
[29] _Handb. der Gesch. d. Litter._, nouv. édit., t. II, p. 254.