Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique Suivi d'éclaircissemens sur la Floride, sur la colonie française au Scioto, sur quelques colonies canadiennes, et sur les sauvages

Part 3

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Un autre phénomène remarqué en Amérique, trouve peut-être son explication dans le fait que je viens de citer. L'on ne traverse point de forêt dans ce continent sans rencontrer des arbres renversés; et l'on observe que la racine n'est qu'un chevelu superficiel, en forme de champignon, à peine de 18 pouces de profondeur pour des arbres de 70 pieds. Si ces racines ne pivotent point, n'est-ce pas afin de profiter de l'humidité superficielle qui les couvre et du terreau gras résultant des feuilles pourries dans lequel elles trouvent une substance bien préférable aux couches de l'intérieur restées sèches, et par suite, plus dures à pénétrer? Et maintenant, que par le laps des siècles ces végétaux ont _contracté cette habitude_, il faudra des siècles pour la changer.

Le troisième district a pour limites, au sud, le cours de l'Ohio; au nord, les lacs du Saint-Laurent, et toujours à l'est et à l'ouest l'Alleghany et le Mississipi. Cet espace, appelé par les Américains _North-west-territory_, ne compte encore aucun État constitué, faute de population suffisante:[27] sa surface est presque plane ou commodément ondulée: à peine y citerait-on une montagne ou un sillon de 100 toises d'élévation, et dans tout son ouest, depuis la rivière _Wabash_ jusqu'au _Mississipi_, ce ne sont que vastes et plates prairies. Néanmoins c'est d'un tel local que coulent en sens opposés une foule de rivières considérables qui, les unes vont au golfe du Mexique par le Mississipi, les autres à la mer du Nord par le Saint-Laurent, et d'autres encore à l'Atlantique par le Mohawk, l'Hudson et la Susquehannah: d'où il résulte que les monts Alleghanys, de qui ces derniers fleuves tirent leurs sources, ne sont en quelque sorte que la rampe de ce plateau qui les égale presque en niveau. Sur ce vaste espace les pentes opposées sont si douces, que les rivières, hésitant dans leurs cours, s'y égarent en sinuosités et en marécages; et que dans les crues de l'hiver il y a jonction d'eaux navigables en canot, entre les sources de la Wabash qui va à l'Ohio, du Miami, qui va au lac Erié, de la rivière Huron, qui tombe à l'entrée de ce même lac, de la _grande-rivière_ qui tombe dans le lac _Michigan_, et ainsi de plusieurs autres.

Par contraste avec le Kentucky, les rivières de _North-west-territory_, coulent à fleur de terre, à raison non-seulement de ce niveau plat, mais encore de la qualité _argileuse_ du sol, qui empêche l'eau d'y pénétrer: circonstance heureuse pour le commerce et l'agriculture de cette contrée: aussi l'opinion commence-t-elle à préférer ce pays au Kentucky; je présume qu'un jour il sera la Flandre des États-Unis pour le blé et les pâturages: j'ai vu, en 1798, au bord du grand _Sioto_, un champ de maïs, à la vérité en première année de culture, où cette plante avait généralement 4 mètres de hauteur, et des épis en proportion: à cette même époque, à l'exception de quelques habitations éparses, ce n'était au-dessus du _Moskingom_ qu'un désert de forêts, de marais, et de fièvres: j'ai traversé 40 lieues de cette forêt depuis Louisville, près des rapides de l'Ohio, jusqu'au _poste Vincennes_ sur la Wabash, sans rencontrer une cabane, et, ce qui m'a étonné, sans entendre le chant d'un oiseau (quoiqu'en juillet). Elle finit un peu avant la Wabash; et de là au Mississipi, pendant 80 milles, l'on ne trouve que les _prairies_, dont j'ai déja parlé comme de steps tartares; et là réellement commence une _Tartarie américaine_, qui a tous les caractères de la Tartarie asiatique; d'abord chaude dans sa partie méridionale, elle devient de plus en plus froide et stérile vers le nord: dès le 48e de latitude, elle est glacée dix mois de l'année, dépourvue de hauts bois, noyée de marécages, traversée de fleuves qui, dans une espace de 1000 lieues, n'ont pas 15 lieues d'interruptions ou de _portages_: elle offre à tous ces titres les caractères de la Tartarie; il ne manquait que d'en voir les indigènes devenir cavaliers; et cette circonstance vient d'avoir lieu, depuis 25 à 30 ans, par les vols que les sauvages _Nihiçaoué_ ou _Nadouessis_[28], jusqu'alors piétons, ont fait des chevaux espagnols errants dans les savanes du nord du Mexique. Avant 50 ans ces nouveaux Tartares pourront devenir des voisins incommodes à la frontière des États-Unis: et le système colonial des bords du Missouri et du Mississipi éprouvera des difficultés que n'ont pas connues les pays de l'intérieur de la confédération.

§ III.

Contrée des montagnes.

La troisième grande lisière parallèle est cette ligne de terrain montueux, dont j'ai déja parlé, laquelle s'étend de l'embouchure de Saint-Laurent aux confins de la Géorgie, partage les eaux de l'est et de l'ouest, et forme comme une haute terrasse ou rempart entre les deux contrées _Atlantique_ et _Mississipi_. On peut estimer à environ 400 lieues la longueur de cette bande, sur une largeur très-variable, mais assez généralement de 30 à 50 lieues.

Cette contrée, quoique très-étroite comparativement, exerce néanmoins une grande influence de température sur les deux adjacentes dont elle diffère par le climat, le sol, et même par les productions. Vers le Sud, l'air y est plus pur, plus sec, plus élastique, plus sain: vers le nord, et dès le Potômac, les brumes et les pluies y sont plus communes, les animaux plus grands et plus vifs; et les arbres forestiers, sans être aussi gros que ceux de l'ouest, le sont plus que ceux de l'est, et surpassent les uns et les autres en élasticité.

Cette chaîne de montagnes diffère de celles de notre Europe, en ce que plus longue et plus régulière dans ses sillons, que les Alpes et les Pyrénées, elle est cependant bien moins haute qu'elles. Des mesures prises en divers points avec précision, vont en fournir des preuves instructives et satisfaisantes.

En Virginie, le pic _Otter_, point dominant de tout le pays, n'a de hauteur que 1218 mètres ⅔ (4000 pieds anglais)[29].

Dans le même canton, M. Jonathan Williams[30], parti du lieu où finit la marée, au-dessous de Richmond, et mesurant sa route jusque sur la première chaîne de _Blue-ridge_, a trouvé au col (_cap_) de _Rockfish_, 350 mètres d'élévation (1150 pieds anglais). Près de là, un pic dominant lui a donné 554 mètres (1822 pieds anglais); plus loin, après la ville de _Staunton_, montant un chaînon de l'_Alleghany_, il a trouvé 577 mètres (1898 pieds anglais); un second chaînon, celui de _Calf-pasture_, lui a donné 683 mètres (2247 pieds anglais); enfin, un troisième chaînon, celui qui partage les eaux, et qui n'est coupé par aucune, mesuré à 6 milles sud-ouest de _Red-spring_ lui a donné 822 mètres (2706 pieds anglais).

En Maryland, Georges Guilpin et James Smith ont levé, en 1789, les niveaux suivants:

Sur le fleuve Potômac, à partir du terme de la marée, c'est-à-dire, des rapides de _George-town_, jusqu'à l'embouchure de _Savage-river_, dans une étendue de 218 milles anglais (environ 73 lieues), le niveau est de 352 mètres ⅔ (1160 pieds anglais); dans ce compte, les rapides de _Georgetown_ sont portés pour 11 mètres ¼ (37 pieds anglais), et la grande chute de _Matilda_ pour 23 mètres 1/10 (76 pieds anglais), y compris ses rapides qui se prolongent 3 milles au-dessus d'elle.

Depuis l'embouchure de _Savage-river_ jusqu'au lieu dit _Moses-williams_, sur le sommet de l'Alleghany, dans un espace de 8 ¾ milles, le niveau est de 637 mètres ½ (2097 pieds anglais), total 990 mètres (3257 pieds anglais).

En sorte que l'Alleghany, que j'ai moi-même traversé dans cette partie, et qui m'a paru y être le plus élevé, n'a pas, au-dessus de l'océan, plus de 822 mètres, ou 405 toises. Blue-ridge, à la brèche de _Harper's-ferry_, sous l'embouchure de la rivière _Chenando_, m'a paru avoir à peu près la même hauteur qu'à Rock-fish-gap; ainsi son terme moyen peut être évalué à 350 mètres, c'est-à-dire, moins de la moitié de l'Alleghany (dans la Virginie).

En Pensylvanie, la hauteur de l'Alleghany, au-dessus du plat pays, n'est, selon le docteur _Rush_, que de 395 mètres ⅕ (1300 pieds anglais); et en effet, les voyageurs remarquent que l'on y arrive par une suite de pentes douces et graduelles, sans beaucoup s'en apercevoir.

Dans l'État de New-York, aux montagnes appelées _Catskill_, le plus haut pic mesuré en 1798 par _Peter de la Bigarre_[31], a donné de hauteur 1079 mètres (3549 pieds anglais) au-dessus des eaux de l'Hudson, qui éprouve la marée jusqu'à 10 milles au-dessus d'Albany.

En Vermont, le pic de _Killington_ mesuré par _Samuel Williams_, comme le plus élevé de toute la chaîne, n'a que 1049 mètres ⅔ (3454 pieds anglais)[32].

Enfin, les montagnes _Blanches_ (White-hills) dans le New-Hampshire, qui sont vues de trente lieues en mer, et que M. _Belknap_ évalue[33], d'après des voyageurs, à 3040 mètres (10,000 pieds d'élévation), ne sont portées, par M. S. Williams, qui en donne des raisons motivées, qu'à 2361 mètres (7800 pieds anglais).

La chaîne de l'Alleghany ne doit donc être considérée que comme un rempart d'une hauteur moyenne de 700 à 800 mètres (environ 350 à 400 toises), ce qui diffère absolument des grandes chaînes du globe, telles que par exemple les

Alpes évaluées à 3000 mètres Les Pyrénées 2700 Les Andes 5000 Le Liban 2905

et l'on conçoit que cette circonstance doit beaucoup influer sur la météorologie des États-Unis et de tout leur continent, ainsi que je le développerai par la suite.

Les voyageurs européens remarquent tous avec surprise, que les montagnes américaines ont dans leur direction plus de régularité, dans leurs sillons plus de continuité, dans la ligne de leurs sommets plus d'égalité que les montagnes de notre continent. Ce caractère est surtout frappant en Virginie et en Maryland dans le sillon de _Blue-ridge_. Ce sillon, que j'ai traversé ou suivi depuis la frontière de Pensylvanie jusqu'au fleuve James, m'a toujours présenté l'aspect d'une terrasse de 1000 à 1200 pieds d'élévation sur la plaine avec une pente très-roide et un sommet si égal, qu'à peine y voit-on des ondulations et quelques _brèches_ ou _gap_ qui servent de passage. La base de cette masse n'excède pas quatre à six milles (deux à trois lieues). En venant au nord, cette chaîne s'abaisse ainsi que ses parallèles; et parce que quelques bifurcations ont causé en Pensylvanie une confusion de noms qui embarrasse même les géographes, je tenterai d'abord de les éclaircir.

En Virginie, l'on distingue nettement trois sillons principaux bien caractérisés, qui sont:

1º Le sillon _Blue-ridge_, situé le plus à l'est, qui tire ce nom, signifiant _Chaîne-bleue_, de son apparence bleuâtre lointaine quand on vient du pays plat maritime: il porte le nom de _South-mountain_, ou _Montagne du Sud_ dans les cartes d'Evans et d'autres géographes, sans que l'on en puisse donner une bonne raison. En général, les montagnes des États-Unis, nommées au hasard par les colons de chaque canton, n'ont qu'une nomenclature insignifiante et souvent bizarre. Quoi qu'il en soit de _Blue-ridge_, ce sillon part du grand arc ou nœud de l'Alleghany; il est même le prolongement le plus direct de cette chaîne en venant du sud: il traverse le fleuve James au-dessous de la jonction de ses deux branches supérieures; le Potômac au-dessous de la _Shenandoa_; la Susquehannah au-dessous de Harrisburg; et les voyageurs observent que le lit de cette rivière, jusque-là navigable sur un fond calcaire, devient intraitable à cause des rocs et des grès de _Blue-ridge_. En Pensylvanie, ce sillon, moins continu et moins élevé, prend, selon les cantons, les noms divers de _Trent_, de _Flying_, de _Holy-hills_; mais il n'en est pas moins le même rameau qui traverse le _Schoolkill_ sous Reading; la Delaware au-dessous de sa branche ouest et de la ville d'Easton; d'où il va se perdre au groupe de _Catskill_, vers les bords de l'Hudson.

La seconde chaîne, appelée _North-mountain_, montagne _du Nord_, sans plus de raison que la précédente, part aussi du grand arc de l'Alleghany, et se tenant parallèle, mais occidentale à Blue-ridge, elle traverse les hautes branches du James, douze à quatorze milles au-dessus de leur jonction; le Potômac vingt-quatre milles au-dessus de la Shenandoa; mais lorsqu'elle atteint les branches ouest de la rivière _grande Conegochigue_, elle se divise en plusieurs rameaux, qui jettent de l'incertitude sur sa suite. Quelques géographes veulent voir son prolongement dans le chaînon de _Tuscarora_, quoique divergent, lequel, après avoir traversé la rivière _Juniata_, va se perdre dans les déserts rocailleux et marécageux du nord-est de la Susquehannah: d'autres suivent North-mountain dans le chaînon de _Kittatiny_, lequel, plus direct, court parallèlement à Blue-ridge, jusqu'à la Delaware, qu'il passe au-dessus de sa branche ouest et de Nazareth: après quoi il côtoie la rive orientale de ce fleuve, et va se terminer, avec les sillons de Blue-ridge, au groupe de Catskill et aux montagnes qui séparent les sources de la Delaware du cours de l'Hudson.

En Pensylvanie, l'on confond assez généralement _Blue-ridge_ avec _North-mountain_, parce que les caractères de l'un et de l'autre étant moins marqués, chaque canton a donné l'épithète de _bleue_ à sa chaîne la plus élevée, et des noms particuliers à chaque rameau différent; mais la continuité géographique de North-mountain par _Kittatiny_, et de Blue-ridge par les _Flying_ et _Holy-hills_, telle que je l'ai tracée, me paraît la mieux établie par la direction générale de ces chaînes, par la nature de leurs pierres et par leurs concours à former une vallée calcaire qui se prolonge entre elles sans interruption depuis la Delaware et les territoires d'Easton et de Nazareth, jusqu'aux sources de la Shenandoa, par-delà Staunton[34].

La troisième chaîne principale, l'_Alleghany_ proprement dit, est le sillon le plus élevé à l'ouest qui, partageant toutes les eaux, sans être traversé d'aucune, a mérité le nom d'_Endless_ ou Sillon _sans fin_. Celui-là pris à son extrémité sud, vient de l'angle de la Géorgie et de la Caroline, où il reçoit les noms divers de montagnes _du Chêne-blanc_, _du Grand-fer_, de montagne _Chauve_, et même de montagne _Bleue_[35]. Là il verse à l'ouest quelques branches de la rivière _Tennessee_; à l'est les fleuves des deux Carolines, auxquelles il sert de limite occidentale: arrivé en Virginie, il forme l'arc dont j'ai parlé, en se courbant vers le nord-ouest, et enveloppant les sillons précédents; puis il reprend sa route nord nord-est, envoie à l'Ohio les eaux du grand Kanhawa et de la Monongahéla; à l'océan Atlantique, celles des fleuves James, Potômac, Susquehannah, etc.: mais vers les sources de la branche ouest de ce dernier, il se divise en rameaux divers, dont les plus considérables se dirigent à l'est, et vont à travers toutes les eaux de la Susquehannah, se terminer au Catskill et aux sources de la Delaware sur l'Hudson; tandis que d'autres rameaux à l'est enveloppent les sources mêmes de la Susquehannah, et par _Tyoga_, vont fournir celles des lacs Iroquois ou du Génessee: à moins que l'on ne veuille attribuer ces rameaux à un sillon plus occidental qui, sous les noms de _Gauley_, de _Laurel_ et de _Chesnut-ridge_, vient aussi se terminer dans cette contrée.

Outre les trois chaînes principales de la Virginie que je viens de décrire, il est encore plusieurs sillons intermédiaires, qui souvent les égalent en hauteur, en roideur, en continuité: tels sont ceux de _Calf-pasture_, de _Cow-pasture_[36] et de _Jackson_, que j'ai traversés en me rendant de Staunton à _Greenbrïar_. C'est dans ces dernières montagnes que sont situées les eaux thermales de diverses qualités, célèbres en Virginie pour leurs cures, et désignées sous les noms de _Warm-spring_, source chaude tempérée; _Hot-spring_, source très-chaude; _Red-spring_, source rouge, etc.; _Warm-spring_ que j'ai vu, est une source sulfureuse ammoniacale d'environ 20 degrés de chaleur: elle est située au fond d'un profond vallon en forme d'entonnoir, que tout indique avoir été le cratère d'un volcan éteint.

A l'ouest de l'Alleghany, vers le bassin d'Ohio, il est aussi plusieurs sillons remarquables; j'en ai traversé un premier sous le nom de _Reynick_[37] et _High-ballantines_, 8 milles à l'ouest du _town_ ou village de _Green-brïar_, et il m'a paru aussi élevé, mais bien plus large que Blue-ridge. De son plateau j'en vis une foule d'autres vers sud-ouest et nord-est. Quinze milles plus loin, par une route tortueuse, j'entrai dans une série d'autres chaînons que je ne cessai de traverser, pendant 38 milles, au nombre de 8 ou 10 jusqu'à celui de Gauley, le plus élevé, le plus rapide de tous, et le plus étroit sur sa crète. Je regarde tout l'espace de ces 38 milles, comme une seule et même plate-forme assez élevée. Par-delà le Gauley l'on ne traverse plus de haut chaînon qu'avec le cours des eaux dont on suit la direction, et souvent le lit; mais j'ai remarqué que le lit du grand Kanhawa se fait souvent jour à travers l'un des pays les plus scabreux que j'y aie rencontré. Beaucoup de ces sillons se dirigent sur l'Ohio, et nous verrons que quelques-uns doivent l'avoir traversé: ce Gauley-ridge prend son origine aux sources du grand Kanhawa, au sud-ouest de l'arc d'Alleghany; et sous le nom de _Laurel-hill_, de _Chesnut-ridge_, il va dans le nord se terminer aux têtes de la Susquehannah: au sud, les colons de Kentucky et de Tennessee ont étendu le nom de grand _Laurel_ au rameau principal qui sépare le Kentucky de la Virginie; et ils ont communiqué le nom de _Cumberland_ à sa continuation, qui côtoie et limite la rivière de Cumberland jusqu'à son embouchure. Je n'ai pas de renseignements suffisants sur cette partie. Le gouvernement des États-Unis a en main un moyen très-simple de s'en procurer un corps complet; ce serait de soumettre tous les arpenteurs par une ordonnance du collége de William et Mary de Williamsburg, où ils subissent leur examen et reçoivent leur patente, à ajouter des détails de topographie aux stériles procès verbaux de leurs alignements. En peu d'années, l'on aurait sans frais un système complet des montagnes et des eaux.

Il me reste à donner sur la structure intérieure de ces montagnes, c'est-à-dire sur la disposition et la nature des bancs et couches de pierre qui leur servent de noyau, les renseignements que j'ai pu me procurer; quelque incomplets qu'ils puissent être, j'ai lieu de croire qu'ils seront de quelque intérêt, ne fût-ce que par leur nouveauté; leur ensemble et le soin que j'y ai donné pour satisfaire les lecteurs qui attachent à la géographie physique l'importance que mérite cette science. Pour qui sait observer des faits et en tirer de sages inductions, la structure de notre globe est un livre bien autrement instructif et authentique sur ses révolutions et sur leur histoire, que les traditions, vagues d'abord et sans autorité, des peuples ignorants et sauvages, érigées ensuite en systèmes dogmatiques chez les peuples civilisés.

CHAPITRE IV.

Structure intérieure du sol.

Pendant le cours de mes divers voyages dans les États-Unis, j'ai attaché un intérêt et un soin particuliers à recueillir des échantillons des bancs et couches de pierres que j'ai trouvés les plus dominants et les plus répandus: me trouvant quelquefois à pied plusieurs jours de suite, je n'ai pu me charger que de petits volumes; mais ils ont suffi à mon objet; et tous ces morceaux réunis ou comparés à ceux que des voyageurs étrangers m'ont communiqués ou donnés à Philadelphie, m'ont servi à déterminer à Paris, avec les secours de quelques minéralogistes, le genre et les dénominations de leurs couches-mères, et à mettre en ordre une espèce de géographie physique des États-Unis[38].

En jugeant d'après ces moyens d'instruction, je crois pouvoir établir avec assez d'exactitude que le grand pays compris entre l'Atlantique et le Mississipi est divisé en 5 régions ou natures différentes de sol classées comme il suit.

§ I.

Région granitique.