Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique Suivi d'éclaircissemens sur la Floride, sur la colonie française au Scioto, sur quelques colonies canadiennes, et sur les sauvages

Part 11

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Ce n’est que vers le solstice d’été que le sud-ouest règne sur la côte atlantique d’une manière plus constante qu’aucun autre vent. Il y devient l’agent principal des orages qui se multiplient dans les mois de juillet et d’août, et qui sont infiniment plus violents que les nôtres en France. Souvent la brise du sud, qui a coutume de s’élever vers 10 ou 11 heures, fait place au sud-ouest, qui dans l’après-midi remplit le ciel de nuages orageux: deux ou trois heures se passent en éclats de tonnerre, d’un bruit prodigieux, et en éclairs, d’un volume vraiment énorme; la crise se termine avant le coucher du soleil, par des ondées, tantôt plus et tantôt moins abondantes.

L’équinoxe d’automne apporte un changement à cette direction du courant de l’air, et c’est alors son opposé diamétral, le _nord-est_, qui pendant 40 à 50 jours a la prépondérance sans néanmoins régner seul: après cette période, le sud-ouest, qui n’avait pas été entièrement éteint, se ranime et partage le reste de la saison avec le nord-ouest qui s’éveille, et avec l’ouest direct qui est le plus égal, le plus serein et le plus agréable des vents de ce continent.

La marche du sud-ouest dans le bassin du Mississipi et d’Ohio, jusque sur le fleuve Saint-Laurent, est plus régulière et plus simple; l’on peut dire en deux mots que ce vent domine depuis la Floride jusqu’aux lacs, et à Montréal pendant dix mois de l’année. Les deux mois où il est le plus silencieux, sont ceux du solstice d’hiver, pendant lesquels le nord-ouest et le nord-est occupent l’atmosphère. Après cette époque, il se ranime en proportion de l’élévation du soleil au zénith, et il acquiert de telles forces qu’en juillet et en août, il est presque alizé en Louisiane, en Kentucky, et jusque sur le lac Champlain, pendant 40 à 50 jours; il domine presque également sur le Saint-Laurent; et pour remonter ce fleuve à la voile, l’on attend quelquefois un mois de suite des vents d’est ou de nord-est, qui alors même sont peu durables. C’est encore le sud-ouest qui, vers le 20 avril, fond les glaces du Saint-Laurent, comme c’est le nord-ouest qui les établit à la fin de décembre. Le _sud-ouest_ est, avec le _sud_, le vent chaud du Canada, du Vermont, du Genesee; mais il n’a ce caractère bien marqué que pendant l’été: il se rafraîchit dans les autres saisons, en proportion de l’abaissement du soleil à l’horizon, et du rapprochement des terres vers le pôle. Il se montre au contraire plus chaud, à mesure que l’on revient vers le Kentucky, le Tennessee et le golfe du Mexique, qui est son foyer originel.

A raison de ce voisinage, il procure à la Basse-Louisiane une température si élevée, pendant les quatre mois d’hiver, que malgré l’apparition assez fréquente des vents de nord-nord-ouest et d’_est_, l’on peut s’y permettre la culture de la canne à sucre, surtout celle d’Otahiti: mais il fait racheter cette faveur pendant les quatre mois d’été, par des chaleurs accablantes et des orages extrêmement violents et presque journaliers, de l’espèce de ceux qu’aux Antilles l’on appelle _grains blancs_. La mousson de ces orages commencé après le solstice, et suit une marche progressive digne d’attention. D’abord c’est vers les cinq heures du soir, lorsque la chaleur étouffante et humide est parvenue à son comble, que les nuées orageuses s’élèvent et accourent du bas du fleuve et de la partie sud-ouest du golfe: chaque jour l’apparition de ces nuées anticipe de quelques minutes; en sorte que vers le milieu du mois d’août, les tonnerres se déclarent vers deux heures après midi; de violentes ondées précèdent et suivent leurs éclats effrayants; au coucher du soleil tout se pacifie; le ciel redevient calme, tantôt serein, tantôt voilé de brouillards qu’exhalent d’immenses marécages et un sol fumant; la nuit se passe tranquille, mais fatigante par sa chaleur calme, et surtout par les _maringouins_. Le lendemain matin, la chaleur se ranime à mesure de l’élévation du soleil à l’horizon et de l’état calme de l’air; dans l’après-midi la crise de la veille recommence[105]: le vent du sud-ouest pousse ces nuées orageuses dans l’intérieur du pays, sur le Tennessee et le Kentucky, où elles en rencontrent d’autres fournies par les rivières, les _swamps_ et les lacs; par ce moyen, la série des orages s’étend et se prolonge avec des forces renaissantes jusqu’au Canada.

Maintenant, pour bien apprécier les effets et l’action de ce grand courant d’air sur la surface du sol qu’il parcourt, et qui lui sert en quelque sorte de lit; pour bien calculer le caractère et la puissance du foyer dont il émane, c’est-à-dire l’atmosphère du golfe mexicain, il faut se retracer plusieurs circonstances géographiques et nautiques de ces parages: il faut remarquer que le centre du golfe est immédiatement situé sous le tropique; que pendant les six mois d’été, toute la surface de ses eaux est frappée d’un soleil vertical et brûlant, qui provoque une évaporation énorme. Que pendant les six mois d’hiver, l’action de cet astre y est encore si vive, que les gelées n’approchent point de cette mer: que les plages d’_Youcatan_, de _Campêche_, de la _Vera-cruz_, des _Florides_ et de _Cuba_, sont connues pour être d’une chaleur insupportable; qu’en effet la chaleur doit y être d’autant plus intense, que le bassin presque circulaire du golfe, enclos d’îles et de terres, n’admet pas une libre ventilation; qu’enfin les marins citent cette mer pour être la plus féconde de toutes celles de la zone torride en orages, en tonnerres, en _trombes_, en _tornados_ ou tourbillons, en calmes étouffants et en ouragans, tous accessoires naturels d’un air embrasé et pourtant humide.

Ces circonstances rendent déja raison des qualités que nous avons reconnues au vent de sud-ouest sur le continent américain; mais l’observateur ne doit point borner là ses regards; il doit encore rechercher quelle source inépuisable et première fournit à la déperdition journalière et immense de ce réservoir aérien: or, s’il porte sur la carte un œil attentif[106], il remarquera que les deux seules embouchures ou issues du golfe sont situées entre Cuba et les presqu’îles d’Youcatan et de Floride; que par celle d’Youcatan, la plus considérable des deux, le golfe reçoit les courants d’eau et d’air de la mer de Honduras, qui elle-même les reçoit à son tour de la mer des Antilles, ouvertes dans l’Océan atlantique; que par le canal de Floride et de Bahama, le golfe perd et vide continuellement ses eaux dans le même Océan, et que l’accès de l’air y est obstrué par une triple chaîne d’îles; il remarquera que ces deux issues sont placées entre les 20 et 24° latitude nord, et que même celle d’Youcatan, par sa communication médiate avec la mer des Antilles, ouvre et dilate réellement son embouchure jusqu’au 10e degré; or, il sait que c’est précisément sous les latitudes de 10 à 24° que les vents alizés du tropique soufflent toute l’année des parties d’est sur l’Océan atlantique: il apprend des marins que ces vents alizés naissent à 80 ou 100 lieues des côtes d’Afrique; qu’ils traversent l’Océan avec un vitesse d’environ 32,400 mètres[107] (à peu près 8 lieues) à l’heure; qu’ils arrivent à la chaîne des Antilles, sur un front d’environ 10° ou 200 lieues marines: il conçoit que cet énorme fleuve d’air doit franchir les îles, comme un fleuve d’eau franchit des rocs semés dans son lit; qu’il entre dans la mer des Antilles, et que là, emprisonné à droite par les terres de Saint-Domingue et de la Jamaïque, à gauche par celle du continent méridional, il est forcé de poursuivre son cours dans la mer de Honduras, et finalement d’entrer dans le golfe du Mexique..... et dès lors le problème est éclairci et résolu.

En effet, c’est réellement le vent alizé de l’Atlantique qui, par la marche que je viens de décrire, alimente l’atmosphère du golfe, et y produit la plupart des phénomènes dont il est le théâtre. Il y arrive d’autant plus puissant, que, depuis la chaîne des Antilles, il resserre de plus en plus son courant, et accumule ses forces sur un moindre espace: sans doute cette chaîne a d’abord brisé et morcelé son courant, comme les rocs et les récifs divisent un torrent d’eau, ou même comme les piles d’un pont divisent le courant d’une rivière. Comme les courants d’eau, le torrent aérien a éprouvé un mouvement de remous et de tourbillons aux avant-becs de ces îles qu’il heurte; il s’est partagé et comprimé pour s’échapper par leurs détroits. Cette compression l’y rend plus rapide: il se déploie avec plus de force à leur issue, et il forme des tournoiements à leurs arrière-becs, dont chaque courant se dispute le vide; la navigation locale des îles rend sensibles tous ces accidents, par les directions diverses que prend le vent plus près ou plus loin, au-dessus ou au-dessous de leurs masses émergentes: c’est absolument le même mécanisme que celui d’un courant d’eau, à la légèreté près du fluide; et l’étude attentive de tous les tourbillonnements qui ont lieu sous un pont ou à travers les rocs d’un torrent, donne en petit une idée exacte de ce qui arrive dans le cas actuel, et en général à tous les courants aériens.

L’alizé de l’Atlantique, parvenu à l’isthme de _Mosquitos_, semblerait devoir ou pouvoir franchir cette digue; mais malgré sa légèreté, il agit encore plus qu’on ne l’imagine à la manière de l’eau, et il ne sort qu’avec difficulté des canaux et des lits dans lesquels il coule ou seulement repose: plusieurs faits ici prouvent que les montagnes de l’isthme de Mosquitos, qui sont le prolongement de la chaîne des Andes, lui opposent un obstacle efficace et l’empêchent d’entrer dans l’océan Pacifique. Pour bien apprécier la distribution d’air qui se fait à ce lieu; nous aurions besoin de deux données, savoir, la hauteur précise de ces montagnes, et l’épaisseur de la couche ou courant d’air: il est possible que cette couche soit moins épaisse qu’on ne serait porté à le croire, les aérostats nous ayant appris que souvent les couches de l’atmosphère n’excèdent pas 200 mètres, et qu’elles glissent et coulent les unes sur les autres en sens quelquefois diamétralement opposé, de manière que dans une ascension de 800 à 1200 mètres, l’on trouve ou l’on peut trouver deux ou trois vents divers; de nouvelles applications des aérostats à ce genre d’observation dans le cas dont je parle et dans d’autres semblables, pourraient rendre à la science aérologique des services que sous d’autres rapports ils ont jusqu’ici assez vainement promis.

Quant à la chaîne transverse de _Mosquitos_, supposons-la seulement de 300 toises (600 mètres) d’élévation; elle sera déja capable de barrer le courant alizé dans une étendue plus que suffisante à lui conserver toute sa puissance: la portion supérieure qui s’en échapperait ne serait qu’un _trop-plein_ inutile; et l’on a droit de croire que ce _trop-plein_ n’existe pas; car on ne trouve point sa trace au revers occidental de ces montagnes, sur la côte de la mer Pacifique: les vents sur cette côte suivent une marche tout-à-fait différente; l’on y a des brises locales de terre et de mer qui s’étendent à plusieurs lieues du rivage d’une manière indépendante de tout autre système que le leur: ce n’est qu’à environ 40 lieues au large que soufflent des vents généraux, qui surtout en été sont de la partie d’ouest, par conséquent diamétralement opposés à l’alizé; ces vents règnent depuis le 10e degré de latitude jusqu’au 21e, c’est-à-dire sur toute la côte de Mexique, entre le _Cap-corientes_ et le _Cap-blanc_ de _Costarica_. L’on ne saurait dire que l’alizé s’échappe latéralement par l’isthme de Panama, puisque dans ces parages, les vents de la mer Pacifique viennent en été des parties de sud et sud-ouest opposées à l’est. Ainsi, il est constant que l’isthme de _Mosquitos_ et sa chaîne, quelle que soit sa hauteur, sont une frontière de séparation entre deux systèmes de vents différents.

L’alizé atlantique, ainsi barré, doit cependant trouver une issue: celle du canal de la Jamaïque, large et libre, s’offre de préférence à toute autre. Il y porte donc son courant, et il entre dans la mer de Hondouras. Quelques portions latérales de ce vent effleurées par les terres, paraissent se détacher de son courant: car les marins observent que depuis le cap _Vela_, pointe de Maracaïbo, les vents varient et diffèrent dans une ligne parallèle au courant principal, et en fermant au sud les golfes de Sainte-Marthe, de Cartagène, du Darien et de Porto-Bello; quelques-uns sont aspirés par les bassins des grandes rivières et par les hautes montagnes de terre ferme, et soufflent de nord-est à nord-ouest. D’autres soufflant ouest, sont de véritables contre-courants semblables à ceux qu’on observe dans toutes les rivières rapides, et dont le Mississipi offre des exemples si frappants qu’ils aident en partie à remonter ce fleuve; tandis qu’à la droite du grand courant aérien, une autre portion détachée forme les vents de sud qui soufflent en été de juin en août, sur la côte méridionale de Cuba et de la Jamaïque. Ainsi, par un dernier trait de ressemblance avec l’eau, le courant aérien ne jouit de toute sa force que dans la ligne libre et droite de son canal.

A son entrée dans la baie de Hondouras, il décline un peu, et devient sud-est: et comme il ne rencontré plus d’obstacles, il entre sous cette ligne dans le golfe du Mexique: je dis qu’il ne rencontre plus d’obstacles, parce que la presqu’île d’Youcatan est une terre de sables, si basse qu’elle ne lui en oppose aucun: aussi don Bernard de Orta, à qui l’on doit une instructive dissertation[108] sur les vents de la Vera-cruz, observe-t-il que le sud-est est le dominant de tous ces parages.

Maintenant, représentons-nous un volume d’air d’environ 90 à 100 lieues de largeur, sur 200 ou 300 toises de hauteur, affluant comme un torrent qui court au moins 400 toises ou 800 mètres à la minute, et imaginons ce que peut devenir cette immense quantité de fluide accumulé dans l’espèce de cul-de-sac que forme le bassin circulaire du golfe. Il est évident que par un effet composé et de la courbe des terres qui lui servent de rivage, et de la diminution graduelle de sa force d’impulsion, ce torrent aérien, d’abord vu en masse, prend un mouvement de tournoiement dont l’axe ou _vortex_, variable, selon certaines circonstances, s’établit principalement vers le nord du golfe, d’où le _trop-plein_ se verse sur les terres adjacentes; de là une cause fondamentale de tous les phénomènes que nous présentent et l’atmosphère de ce local, et le sud-ouest continental qui en dérive.

Ensuite analysé dans ses détails, ce vaste courant se subdivise en plusieurs branches qui suivent des lois qui lui sont propres et des directions que les localités leur imposent.

La première et la plus latérale de ces branches, celle qui, après avoir traversé l’_Youcatan_, prolonge les terres de la Vera-cruz et de _Panuco_, obéissant à sa direction propre et à celle des montagnes de _Tlascala_, se porte vers l’intérieur du Mexique et remonte par les bassins des rivières de _Panuco_, de _Las-naças_, _Del-norte_ ou _Bravo_, et de toutes leurs affluentes jusqu’aux montagnes de la _Nouvelle-Biscaye_, du _Nouveau-Mexique_ et de _Santa-Fé_: j’oserais dire sans connaître les vents de l’intérieur de ces pays, que les dominans y sont du sud à l’est, dans toute la partie qu’arrosent les rivières dont j’ai cité le nom.

Ce doit être cette même branche de vent qui, parvenue sur les montagnes du Nouveau-Mexique, prend un autre caractère, et qui se versant sur la côte de _nord-ouest_, si bien explorée par _Vancouver_, domine pendant l’été sur les parages de _Noutkâ_: le capitaine _Meares_ qui, dès 1791, y avait fait plusieurs bonnes observations, nous y représente ce vent de sud-est comme un vent violent, tempétueux, pluvieux, brumeux, et d’_un froid piquant_; ce qui est un cas nouveau pour le _sud-est_, dans tout l’hémisphère boréal; mais ce vent acquiert cette qualité en passant sur les neiges et sur les glaces qui couvrent les montagnes du Nouveau-Mexique, glaces qui ont mérité à leur chaîne, parmi plusieurs noms, ceux de _Icy_, ou _Monts de glace_ et de _Shining_ ou _Brillants_. Il paraît que ces montagnes ont une élévation digne de la Cordillière des _Andes_ dont elles sont le prolongement, et que le sud-est _Noutkan_ doit sa force à leur hauteur: car le même navigateur _Meares_ observe que, plus loin au sud, le vent dominant sur cette mer, faussement appelée _Pacifique_, est pendant l’été le vent d’ouest, qui règne jusqu’au 30°, «où _commence_, ajoute-t-il, _la zone des vents alizés d’est_[109];» c’est-à-dire que ce parallèle (le 30°) est la frontière de deux vents diamétralement opposés: cas singulier en apparence et pourtant naturel et commun: ce vent d’ouest, doux, serein, clair et beau, étant le contre-courant de l’alizé d’est, torrent principal, rapide et presque impétueux; c’est de leur frottement que naissent ces tourbillons, ces vents variables, ces remous, ces calmes, qui ont été si funestes aux vaisseaux qui, les premiers, firent leur retour en Chine, en suivant ce même parallèle.

Retournant au golfe du Mexique, une seconde branche de l’alizé atlantique, intérieure à la précédente, et formant la majeure partie de ce courant, se dirige vers les plages de la Louisiane et des Florides: sa ligne, comme l’on voit, devient sud-ouest: cependant, sur le Mississipi même, elle est plutôt sud direct, car les navigateurs de ce fleuve observent que sur son lit il ne règne proprement que deux vents, le sud et le nord: la raison en est, comme pour toutes les rivières, que la direction du vêtît y est maîtrisée et décidée par celle du lit et de sa vallée. Il est d’ailleurs naturel qu’avant de tourner totalement sud-ouest, une portion se soit détachée sud; et cette portion ou rumb doit dominer sur les parages de la baie Saint-Bernard.

Une troisième branche en retour vers la presqu’île de Floride, essaie de la franchir et de s’échapper sur l’Océan atlantique; mais elle est forcée de se replier dans le golfe, parce qu’elle rencontre, surtout en été, le vent alisé d’est, dont la zone s’étend alors sur l’atlantique jusqu’aux 30 et 32°. Le reversement de cette branche et son addition à la précédente, deviennent l’une des raisons pour lesquelles, à cette époque, c’est-à-dire en juillet et août, le sud-ouest redouble de force sur le continent des États-Unis.

Enfin la portion centrale du grand tourbillon, maintenue en une sorte d’équilibre par des mouvements opposés, est l’agent et le siége des vents variables, des calmes étouffants, des orages qui en sont la suite, et de tous les incidents propres à ce golfe. Ces données du raisonnement sont confirmées par les récits positifs des navigateurs. Don _Bernard de Orta_, capitaine du port de la Vera-cruz, établit[110] que dans la partie sud du golfe, les vents dominants, surtout en été, sont le sud-est et l’est; qu’en hiver ils inclinent jusqu’au nord-est avec des rafales de nord, courtes dans leur durée, mais terribles dans leur action. Bernard _Romans_, voyageur anglais qui en 1776 publia sur les Florides un ouvrage plein d’instruction et de sens, observe[111] que dans la courbe qui attache la presqu’île de Floride au continent, les vents dominants, surtout en automne, sont le nord-ouest et l’ouest; et ces deux directions sont précisément la ligne du courant d’air en retour dans son tournoiement. Enfin ces deux écrivains insistent, avec tous les navigateurs, sur la fréquence des trombes, des tourbillons, des grains orageux, des calmes et des ouragans de cette mer.

Quelques physiciens ont déja aperçu qu’entre les ouragans des golfes de Mexique et ceux du continent, même en des lieux très-reculés dans le nord, il existait une correspondance singulière d’action et de temps. En 1757, _Franklin_, comparant les heures où s’était fait sentir en divers lieux un ouragan qui au mois d’octobre traversa le continent, depuis Boston jusqu’à la Floride occidentale, trouva que le déplacement de l’air n’avait commencé à Boston que plusieurs heures après avoir commencé sur la côte du golfe, et que de proche en proche, l’avance ou le retard avait été proportionnel aux espaces: c’est-à-dire que l’ouragan s’était fait sentir d’abord au lieu où le vent allait, et qu’il avait fini vers le lieu d’où le vent venait; ce qui à cette époque où ce sujet était neuf, ne parut qu’une bizarrerie de physique; mais Franklin en conçut avec sa sagacité ordinaire, que le foyer du mouvement était placé sur le golfe, et que c’était par l’effet d’un vide subit dans l’atmosphère de ce golfe, que l’air du continent, aspiré de proche en proche, s’était précipité pour remplir le déficit.

Des faits postérieurs ont confirmé ce premier aperçu, et ils lui ajoutent de temps à autre quelques preuves nouvelles: presque tous les ans, du 10 au 20 octobre, l’on éprouve dans le nord des États-Unis, et particulièrement sur le lac Érié, un ouragan de douze à quinze heures, du quart de nord-est à nord-ouest; et précisément à la même époque, les gazettes font presque toujours mention de quelque ouragan dans les parages de la Louisiane et des Florides, _par des vents du quart de nord_. L’attraction, ou plutôt l’aspiration, est bien indiquée; mais il reste à expliquer comment se fait le vide, et pourquoi, dans la contrée des Alleghanys, c’est le courant de nord-est qui est spécialement attiré; car c’est lui qui est l’agent le plus habituel des ouragans intérieurs, soit généraux, soit partiels. En m’occupant de l’histoire des vents, et combinant les diverses idées que ce sujet m’a fournies sur le mécanisme des orages, il m’a semblé que ce problème, assez curieux en physique, ne m’était pas entièrement insoluble.

La chimie, il est vrai, n’a point encore analysé les nuages orageux, ni leur manière d’agir les uns sur les autres; elle n’a point décomposé leurs parties constituantes, au point de faire connaître tous les agents et tous les effets des détonations, des dissolutions subites qui en sont la suite, et des condensations aussi subites qui réduisent un volume très-considérable d’eau vaporisée en un petit volume de pluie et d’air refroidi: mais les faits matériels et plusieurs faits subséquents sont connus, et d’induction en induction, ils conduisent à des résultats satisfaisants.