Structure de l'Algérie

Part 4

Chapter 43,314 wordsPublic domain

Cette carte distingue, au sud, des dépôts littoraux ou de mer peu profonde, « néritiques » ; au nord, des dépôts de mer profonde, « bathyaux ». Cette distinction est valable pour tout l’étage crétacé, inférieur, moyen et supérieur ; et elle est essentielle. Tous les dépôts crétacés ont des facies différents suivant qu’on les étudie au sud ou au nord, sur les hauts plateaux ou dans le Tell. Par exemple, les grès à dragées Albiens ont pour contemporains, dans le nord : des schistes puissants, intercalés de quartzites. Le Cénomanien, depuis la limite méridionale du Tell jusqu’à In-Salah, constitue une formation très uniforme ; à la base, des marnes gypseuses ; au sommet, des calcaires durs à nombreux fossiles côtiers, Ostréa et Oursins, qui représentent le sous-étage Turonien. Dans le Tell il devient impossible d’individualiser le Turonien ; les deux étages confondus sont représentés par des marnes schisteuses à bancs de calcaires marneux, riches en céphalopodes. Le Sénonien méridional est franchement calcaire avec fossiles côtiers ; dans le nord, ce sont des masses confuses de schistes, avec petits blocs calcaires jaunâtres très particuliers, et rares inocérames. D’une façon générale toutes les formations méridionales sont des dépôts de mer peu profonde, de plages, de lagunes, voire continentaux, avec fossiles terrestres ou littoraux : les septentrionales sont surtout des schistes, avec rares fossiles pélagiques ; l’uniformité des facies dans les formations crétacées du Tell, et leur pauvreté en fossiles, font le désespoir des géologues.

Cela revient à dire que dans le bras de mer crétacé, la bande nord, à peu près correspondante à notre Tell, était le véritable géosynclinal, au sens strict du mot, la mer profonde où les dépôts « bathyaux », les argiles, les vases, s’accumulaient dans une mer au fond instable où les forces plissantes atteignaient leur intensité maximum. La charnière mobile du géosynclinal était là. Le reste, la partie méridionale, correspondant vaguement à nos hauts plateaux, participait déjà dans le bras de mer crétacé aux caractères d’un socle continental inondé, voire partiellement exondé, socle relativement rigide.

On va voir que ça n’a jamais cessé d’être ainsi jusqu’au bout, à travers toute la série des âges. La charnière du géosynclinal est restée dans le Tell. Ce trait de structure est demeuré acquis depuis le moment où nous le voyons se manifester. Et par exemple il a persisté dans le bras de mer éocène.

_Bras de mer éocène._ — Les géologues sont d’accord pour en dresser la carte, au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien), l’étage fameux en Algérie par ses phosphates.

Cette carte (voir fig. 8) dressée d’abord par M. Savornin[31], a été reproduite par M. Joleaud[32] avec quelques modifications qui portent sur des nuances. Entendons, bien entendu, nuances au point de vue qui nous occupe. Sur les traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord.

Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et d’abord le bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le crétacé, très aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est émergé ; c’est l’Atlas saharien à l’ouest du Hodna, le coin des grès à dragées ; notez que l’émersion est, cette fois, définitive ; la mer n’y est jamais revenue, c’est parfaitement authentique. Cette région étendue qui englobe les cuvettes des chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest du méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans la moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays comme l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal tertiaire, c’est une originalité puissante. On ne l’a pas assez dit, et, par exemple, on l’omet par prétérition lorsqu’on réunit dans cette même formule générale « les hauts plateaux », à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux de l’est, cuvette de Hodna et hautes plaines Constantinoises.

Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de hauts plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion de l’un et l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la grande dorsale Laghouat-Alger.

Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne, comme de la mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement les dépôts « néritiques » et « bathyaux ». Ici la distinction n’est pas seulement d’intérêt théorique, mais aussi pratique, ainsi que MM. Jollaud et Collet le font ressortir[33]. Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à- dire de la zone septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de concrétions phosphatées, parce que « les os des animaux marins ont été dissous avant d’atteindre le fond ». Les phosphates se rencontrent dans la zone des faibles profondeurs, dans le sud par conséquent ; là en effet les cadavres « sont tombés sur le fond et s’y sont décomposés ».

Dans ce bras de mer éocène, « à une époque qu’il est difficile de préciser exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué »[34]. Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages. Il est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de mer n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent pas avec précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés suffisamment pour l’oser[35]. Ils affirment pourtant qu’à l’éocène supérieur toutes les hautes plaines Constantinoises étaient exondées, comme aussi l’Atlas saharien à l’est du Hodna, l’Aurès ; le bras de mer se renfermait dans les limites du Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême importance géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès siliceux. Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les Alpes, le nom de « flysch », dont l’exactitude est contesté par d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien aux grès jaunes grossiers et assez tendres[36]. Cette formation, tout particulièrement avec son facies numidien, est associée aux boisements superbes des Kabylies, par les réserves d’eau que lui vaut la porosité des grès combinée avec l’étanchéité des argiles ; les grès attirent et groupent les arbres calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par exemple. Ils ont ainsi une importance immense au point de vue pittoresque et économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres énormes, qui ont dans un pays généralement dénudé le charme de l’inattendu. C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang intéressant parmi les rares pays producteurs du liège. Et si on songe aux phosphates suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à l’Éocène des obligations particulières.

Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ 700 mètres ; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer encore profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se sont continués jusqu’à la fin de l’éocène.

_La mer oligocène._ — L’éocène, qui a vu en Europe se dresser les Pyrénées, est un âge important pour la surrection de l’Atlas. A la fin de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas existe déjà, ou du moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins démoli et reconstruit, mais qui est constitué, tout brandi, dressé hors des eaux. La substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est parachevée. Le long de cette charnière instable de l’écorce terrestre qu’est essentiellement le bras de mer algérien, la compression latérale des deux mâchoires a produit dès ce temps-là, et provisoirement, son effet normal ; elle a supprimé le bras de mer à peu près complètement, et dressé à sa place un haut-relief.

Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie oligocène était exondée, une surface continentale. Ceci est certainement un point ferme, soustrait aux discussions, comme en témoignent les esquisses, concordantes sur l’essentiel, qu’ont publiées MM. Savornin[37], Joleaud[38], Dalloni[39]. Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de dépôts continentaux, cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires gypseuses, épars sur le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre- épreuve, on a identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer sur la carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la mer oligocène (fig. 9). C’est une obligation qu’on a particulièrement à M. Dalloni. On connaît anciennement sur le littoral de l’Algérie actuelle quelques traces de mer oiigocene, un petit golfe par exemple dans la région de Dellys. Le bras de mer oligocène subsistait donc au large des côtes actuelles dans l’Algérie occidentale. M. Dalloni[39] nous a révélé récemment que le bras de mer envoyait un autre prolongement très curieux dans cette même Algérie occidentale, mais très loin à l’intérieur des terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi- Bel-Abbès, Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de l’Atlas. C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et des hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de Boghari au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et d’autre de laquelle les Tells, oriental et occidental se diversifient. Un intérêt de cette carte paléogéographique est justement de faire apparaître pour la première fois l’originalité du Tell occidental, Tell Oranais. Cet Atlas d’âge pyrénéen, édifié par les plissements de l’éocène, exondé à l’oligocène, c’est dans le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses plis des digitations du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que nous allons le voir aux âges suivants se démolir pour se reconstruire, s’abîmer presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau.

_Bras de mer miocène inférieur._ — Plusieurs géologues, MM. Savornin[40], Joleaud[41], Dalloni[42] ont tracé des bras de mer miocènes des cartes successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont tous d’accord à des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici. La carte qu’on reproduit ci-joint est celle du miocène inférieur, l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui succède immédiatement à l’oligocène.

Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer, large et profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité ; et ces conditions durent à l’étage suivant l’helvétien. Des plissements d’une grande importance rajeunissent et réédifient partiellement l’Atlas, des plissements d’âge alpin cette fois. De part et d’autre de l’oligocène, _grosso modo_, en simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont construit l’Atlas algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le miocène a plus ou moins complètement remanié.

Parmi les parties de l’Atlas Algérien actuel, on peut à la suite des géologues distinguer celles qui sont d’âge Pyrénéen et celles qui sont d’âge Alpin. On le peut du moins dans certains cas, dans une certaine mesure, avec beaucoup de prudence, en suivant les géologues pas à pas. Nous trouvons par la suite que cette distinction est d’une grande importance pour l’intelligence du pays, dans certains de ses coins.

Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale le suessonien (fig. 10). Il est d’étendue à peu près équivalente, bien plus réduit par conséquent que le bras de mer crétacé, mais il recouvre tout de même une bonne moitié de l’Algérie.

Quand on y regarde de plus près, des différences importantes apparaissent avec le bras de mer Suessonien.

Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots, à peu près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes profondeurs ; les dépôts cartenniens et helvétiens dans l’Algérie occidentale sont surtout des marnes et des argiles, de facies très uniformes, en masses énormes, des dépôts abyssaux.

Dans l’est, au delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de mer cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer cartennien s’est étalé très largement.

Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en Tunisie dans une mesure encore mal précisée ; mais surtout dans la cuvette du Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du géosynclinal Tellien, sur le socle inondé des hauts plateaux, il a laissé des dépôts néritiques ; des calcaires à lithotamnium, par exemple, dont la présence accuse des profondeurs maritimes d’une vingtaine de mètres au maximum.

_Golfes sahélien et pliocène._ — Restent enfin les mers du miocène supérieur (sahélien) et du pliocène (fig. 11). Le détroit, exondé à moitié, est devenu golfe. Les golfes sahélien et pliocène se continuent et se recouvrent l’un l’autre à peu de chose près, dans le même coin nord occidental de l’Algérie[43]. Ils y occupent toute la zone des plaines sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien.

Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion publique par certains côtés. Dans le Dahra, la « farine siliceuse » ou « kieselguhr » est un amas de diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou saumâtre. Et les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont sculptées dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne. L’étage pourtant est surtout représenté par des argiles, très puissantes, célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer profonde.

C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger, avec leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous des voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de lentisques portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines charmantes de Tipaza. La grande banlieue d’Alger, familière aux touristes est surtout pliocène. Ces formations ont beau être littorales : elles n’en intéressent pas moins une portion considérable du Tell occidental et nous verrons qu’elles ont été, au fond des mers sahéliennes et pliocènes, affectées de mouvements orogéniques très importants, jusqu’à une époque si rapprochée de nous qu’il faut déjà presque l’appeler quaternaire.

Ce dernier tableau s’accorde bien avec les précédents et complète la figure d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a fait enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais est resté mer, et mer profonde bien plus longtemps que le reste.

_Conclusion._ — Cette série de cartes paléogéographiques, donnant les états successifs du bras de mer algérien permet peut-être d’imaginer l’instabilité du sol. Un pays qui est tout entier et qui n’a jamais cessé d’être depuis le crétacé un géosynclinal : ce pays-là est instable par définition. L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les tremblements de terre.

L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à nos jours, jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir ; il est d’âge pyrénéen, alpin, post-alpin même ; il n’a jamais cessé de s’édifier, de s’écrouler et de se réédifier par quelque bout, tantôt ici et tantôt là.

On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas et d’en rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle il faut bien se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose. Sous cette réserve il semble bien qu’on voie déjà se dégager quelques grands compartiments.

Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale, le compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de plus en plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas saharien et la zone des plateaux la grande ligne de démarcation essentielle, c’est le seuil de Biskra ; l’importance de cette ligne de démarcation est immense depuis le cartennien, et même il faut dire depuis l’albien. Dans la série de nos cartes, et, à mon sens, dans la réalité géographique et humaine, il n’y a pas peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de démarcation plus importante.

Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale, qui apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne de nos cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve dans toutes les autres, c’est la division éternelle de l’Atlas algérien en géosynclinal tellien au nord et socle des Hauts plateaux au sud. Cette grande division est tout à fait populaire et précisément pour cela on s’en est méfié, on l’a même contestée. Il faut souligner au contraire combien elle est en accord avec le résultat des recherches géologiques les plus techniques.

[Note 28 : Les premières en date, qui sont, de M. Savornin, ont été publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf. nos 113 et 46.]

[Note 29 : No 26, p. 248 et no 70, p. 189. Les réserves formulées par M. Savornin, no 115, p. 409, ne sont pas à l’échelle de notre travail géographique.]

[Note 30 : No 26, p. 286, fig. 43.]

[Note 31 : No 46, p. 90, fig. 23 et no 115, p. 417, fig. 90.]

[Note 32 : No 70, p. 213, fig. III.]

[Note 33 : No 70, p. 222.]

[Note 34 : No 26, p. 399.]

[Note 35 : Voir pourtant Savornin, no 115, p. 418, fig. 91.]

[Note 36 : Cf. no 70, p. 198.]

[Note 37 : No 115, p. 419, fig. 92.]

[Note 38 : No 70, p. 279, fig. IV.]

[Note 39 : No 31, p. 107, fig. 1.]

[Note 40 : No 46, p. 92, fig. 24 et no 115, p. 421, fig. 93.]

[Note 41 : No 70, p. 280, fig. V.]

[Note 42 : No 30, p. 434, fig. 1.]

[Note 43 : No 70, p. 285, fig. VII et p. 288, fig. VIII ; No 30, p. 447, fig. 2.]

CHAPITRE III

LE TRIAS

Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui conduit à l’établissement de cartes successives du bras de mer, n’est pas la source unique de renseignements. L’étude des dépôts continentaux n’est pas moins importante. Il ne doit pas y avoir beaucoup de pays au monde où les dépôts continentaux soient aussi abondants et aussi intéressants.

En première ligne vient le trias.

A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste avant l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent l’Atlas, quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait une pénéplaine hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans le passé, il est du moins parfaitement net et certain que cette pénéplaine est restée exondée pendant des âges géologiques. L’Algérie du bras de mer a un long prologue d’émersion totale, pendant lequel elle s’est couverte de dépôts continentaux.

Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au permien, dernier étage du primaire ? Cet étage est représenté en Algérie par des dépôts de faible étendue ; ce sont invariablement des poudingues attestant un ruissellement subaérien. On n’en sait pas davantage. Il faut considérer surtout le trias ; premier étage du secondaire. Il est pour l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on devra y insister longuement.

Du gypse ; du sel gemme ; des marnes bariolées de couleurs vives, dans les tons rouges et violets ; des roches éruptives du type ophitique. C’est une formation très constante dans sa variété qui a fait couler beaucoup d’encre. Pendant longtemps on y a vu une formation éruptive. Depuis 1896 on admet unanimement l’attribution au trias[44]. Mais on discute encore entre géologues sur le rôle de ce trias dans la formation des nappes. C’est le terrain d’Algérie le plus passionnant, et si on peut dire le plus retentissant.

On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs discussions. Ce qui nous intéresse exclusivement ce sont les points sur lesquels ils sont tout à fait d’accord, soustraits définitivement à la controverse.

Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge triasique. Ils se retrouvent avec le même facies non seulement dans tout l’Atlas, de la Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le sud-est de l’Espagne et aux Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge triasique sur l’emplacement de la Berbérie et de l’Espagne un continent émergé, où régnaient des conditions de climat steppien ou désertique, parsemé de lagunes et de chotts.

_Rochers de sel._ — Quoique le trias algérien conserve partout son même facies remarquablement constant, caractérisé par la présence des trois éléments, sel, plâtre, argile ; cependant la proportion des trois éléments est variable.

Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux. Il y a une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont pris l’habitude d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral du mot, des montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel gemme.

On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui de Djelfa (fig. 12)[45]. Il est donc possible d’indiquer les dimensions avec une grande précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent 100 mètres, exactement de la cote 922 à la cote 1022. Or, ces abrupts tout entiers, de la base au sommet, sont du sel gemme, en assises bien litées, sans intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum, l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable.