Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même

Part 44

Chapter 444,084 wordsPublic domain

Un mois après l'événement, sa femme lui ayant demandé s'il avait vu la petite sainte: «Non, dit-il, je ne l'ai pas vue; mais elle était là, je la sentais, je ne saurais expliquer comment...» Et après une hésitation: «J'ai vu, ajouta-t-il, la sainte Face de Nôtre-Seigneur.» Plus tard lorsqu'on lui montra une image de la sainte Face, peinte au Carmel de Lisieux: «C'est ainsi que je l'ai vue», dit-il. Les religieuses m'ont dit qu'il avait dû la revoir plusieurs fois. Quelques jours avant sa mort, comme il venait de dicter ses dernières volontés et qu'il voyait tous les visages attristés: «Pourquoi tant vous désoler?» dit-il. Puis, après avoir hésité un moment... «Il faut que je vous fasse une confidence: Je sais que je vais au Ciel.» Alors il demanda qu'on mît avec lui sa relique et recommanda à la religieuse de prier bien haut quand il ne pourrait plus parler, afin qu'il pût s'y unir. Il fit de tout cœur le sacrifice de sa vie, disant «qu'il n'avait désiré vivre qu'afin de pouvoir réparer». Le matin de sa mort, il s'efforçait encore de s'unir aux prières.

Sept personnes de la famille et le valet de chambre se convertirent et firent leurs Pâques, tant cette conversion les avait touchés.

Sr X.

102.

Strasbourg (Alsace), 17 septembre 1910.

Notre petit garçon, François, âgé de 5 ans, languissait depuis deux jours lorsque le médecin nous déclara, dans la nuit du 13 au 14 août 1910, qu'il était atteint d'une broncho-pneumonie; il avait à ce moment une très forte fièvre. Dans la journée du 14, ma tante, Mme K., me remit une petite relique de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus afin que je la mette à l'enfant. Je le fis avec une grande confiance; aussi deux heures après, la fièvre qui, le matin, était encore de 38°5, tomba à 37°4, et le soir, quand le médecin revint, le thermomètre ne marquait plus que 37°3.

Le médecin, qui venait trois fois par jour, tant il jugeait le cas grave, me dit alors: «Ce n'est pas possible que le thermomètre ne marque que 37°3, vous vous êtes trompée.» A son tour il vérifia, c'était bien cela. Il n'en revenait pas et ajoutait: «Ne vous faites pas illusion, c'est une nouvelle crise qui se prépare...» Moi, j'étais sûre de la guérison miraculeuse, et je ne m'étais pas trompée. _La fièvre ne revint plus_: notre petit était sauvé! L'enfant qui avait perdu tout appétit et trouvait tout amer, a commencé, le 15 déjà, à bien manger; le poumon était dégagé, et la toux diminuait. Dès ce jour, il était tout à fait remis.

Ce qu'il y a d'extraordinaire dans les faits que je vous relate, c'est que le mal a été coupé pour ainsi dire _instantanément_, qu'il n'y a pas eu un mieux progressif, mais _subit_.

Mme N.

103.

Carmel de X. (Alsace), 29 septembre 1910.

Il y a un lien très fort entre mon âme et Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. Dans des affaires personnelles, elle m'a exaucée d'une manière _sensible_ et je l'ai même _vue_ une fois passer devant moi en souriant. Une autre fois, il y a 6 ans, alors que tout était à redouter pour notre pauvre France, je me vis transportée, en un songe mystérieux que je n'oublierai jamais, dans une sorte d'oratoire où se trouvait un grand Christ et à ses pieds une religieuse plongée dans la prière. Elle pleurait et, à mesure que ses larmes tombaient à terre, je les voyais se transformer en diamants...

M'approchant alors, je pus voir le doux visage de la sainte et je reconnus Sr Thérèse: «C'est pour la France, n'est-ce pas?» lui demandai-je. Elle leva vers moi son regard plein de larmes: «_Oui_, dit-elle, _Jésus ne veut plus attendre, il va sévir_». Elle se remit à prier, et je pleurai et priai avec elle. Soudain elle se releva et dit d'un accent que je n'oublierai jamais: «_Jésus m'a promis de ne pas punir encore._»

Je le répète, cette vision a laissé dans mon âme un inoubliable souvenir.

Sr X.

104.

Carmel de St-Ch. (France), 3 octobre 1910.

Mme X., après une maladie dont elle se croyait à peu près remise, eut une de ses jambes qui enfla démesurément et devint noire comme du charbon. Pendant vingt-quatre heures, elle en souffrit atrocement. Ne trouvant de soulagement en aucun des moyens essayés, elle mit sur sa jambe malade une image-vêtement de notre vénérée Sœur. Aussitôt enflure et douleur disparurent.

105.

Congrégation des Sœurs de Ste-Marie. T. (M.-et-L.), 5 octobre 1910.

Depuis treize ou quatorze ans, je souffrais d'ulcères de l'intestin avec entérite membraneuse. Les douleurs, plus ou moins vives, étaient presque continuelles. Je ne pouvais supporter aucune fatigue sérieuse sans être obligée de me mettre au lit. J'avais parfois des crises aiguës qui duraient trois ou quatre semaines, quelquefois plus.

Tous les remèdes et traitements ne m'ont jamais procuré qu'un soulagement momentané; aussi, ces deux dernières années, je n'en faisais plus aucun, je me contentais de prendre des calmants quand les douleurs devenaient plus fortes.

Depuis que notre Rde Mère Supérieure nous a fait connaître Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me suis sentie attirée vers elle... Et, voyant un jour une petite plante prise sur sa tombe, il m'a semblé qu'elle m'apportait ma guérison.

Aussi le dimanche de la Passion, 28 mars 1909, me sentant prise de douleurs aiguës, j'en appliquai une feuille sur la partie malade, et je commençai avec grande confiance une neuvaine à Sr Thérèse. Au cours de la neuvaine je me trouvai mieux; mais le dernier jour, lundi des Rameaux, je fus reprise, pendant la Messe, de douleurs si vives que je me demandais si je pourrais aller faire la sainte Communion.

Je priai alors Sr Thérèse avec plus d'insistance et de confiance que jamais, et aussitôt les douleurs disparurent pour ne plus revenir. J'étais complètement guérie!

Depuis dix-huit mois, j'ai pu supporter la marche et le travail sans fatigue.

J'ai reçu en même temps de Sr Thérèse des faveurs spirituelles que je n'estime pas moindres que ma guérison miraculeuse.

Sr M.

Suivent les signatures de la Supérieure et de plusieurs religieuses.

106.

Paris, 9 octobre 1910.

Depuis un an, mon fils âgé de 9 ans 1/2 souffrait de violents maux de tête. Le samedi matin, 28 mai, il se plaignit d'une douleur dans l'oreille gauche; malgré cela, je l'envoyai à l'école comme d'habitude. En revenant à midi, il souffrait horriblement, il avait le délire et, pendant trois jours, il ne fit que crier, appelant le petit Jésus à son secours. Alors, le docteur me dit qu'il fallait voir un spécialiste.

Je conduisis mon enfant à l'hôpital le 31 mai; les docteurs déclarèrent qu'il avait une mastoïdite double,--le mal avait gagné l'autre oreille et il ne pouvait plus poser sa tête sur l'oreiller--qu'une intervention chirurgicale était nécessaire et qu'il fallait le trépaner.

Ah! ma Révérende Mère, comment vous dire notre désespoir! Ce petit enfant, c'est notre seul bonheur, nous n'avons plus que lui, le bon Dieu nous a déjà repris deux petits anges; allait-il encore nous prendre celui-ci?... Je courus à l'église Sainte-Marie des Batignolles; un prêtre était de garde; je lui dis ma peine, mon désespoir. Alors ce bon prêtre, que je ne connaissais pas, me réconforta en me disant de demander avec confiance à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus la guérison de mon petit Edmond. Tous les jours, à sept heures, j'assistais à la Messe, et avec quelle confiance je priais Sr Thérèse!... puis j'allais voir mon enfant.

De jour en jour, l'opération a été remise; le dépôt qu'il avait dans la tête s'écoula de lui-même par les oreilles, et le 10 juin, j'avais le bonheur de ramener chez nous mon fils entièrement guéri.

Mme G.

107.

Lisieux, 21 octobre 1910.

Notre enfant, âgé aujourd'hui de dix ans et demi, était malade depuis l'âge de sept ans, d'une coxalgie tuberculeuse. Pendant que nous habitions Lisieux, il reçut les soins de docteurs dévoués, qui furent obligés de constater leur impuissance; l'un d'eux nous conseilla d'aller à Paris chez un spécialiste, lequel, après consultation de l'enfant, ne nous cacha pas ses craintes. Il nous dit que le cas était très grave et qu'il en voyait rarement de pareils. Le petit avait des douleurs si aiguës qu'il ne faisait que crier, ce que le docteur n'avait pas encore vu jusque-là.

Après l'avoir endormi pour lui redresser le côté, car il avait une déviation de la colonne vertébrale, il lui mit un appareil en nous disant de revenir tous les quatre mois, car il fallait cette durée pour que le docteur se prononçât.

A cause des inondations de Paris, nous ne retournâmes qu'au mois de février cette année 1910, voir ce spécialiste. L'enfant s'était encore affaibli et était maigre comme un squelette, et il lui était survenu une entérite aiguë qui aggravait beaucoup son état. Il souffrait de plus en plus et ne pouvait prendre que très peu de nourriture et difficilement. Sa respiration était si faible et il était d'une telle pâleur, que souvent, la nuit, je me levais pour m'assurer, quand il dormait, s'il vivait encore; mais son sommeil était rare, car cet appareil de plâtre le faisait beaucoup souffrir.

Cela dura jusqu'au mois d'avril; ayant entendu parler des miracles obtenus par votre petite sainte, j'en entretins M. l'abbé X., vicaire de St-J., lorsqu'il vint voir notre petit Ernest, et il nous conseilla de l'invoquer pour obtenir la guérison de notre enfant. Puis il dit à celui-ci: «Prie bien la petite sainte du Carmel, elle opère beaucoup de miracles, et même elle apparaît quelquefois pour guérir les petits enfants malades comme toi, qui ont confiance en elle.» Et mon petit Ernest se mit à la prier de tout son cœur. Seulement il s'étonnait de ne pas la voir apparaître et il dit à M. l'abbé: «J'ai prié la petite sainte pour qu'elle vienne me guérir, mais je ne l'ai pas encore vue.»

Le 25 avril, malgré que je sois moi-même très souffrante et obligée de garder le lit, je me sentis poussée d'aller au cimetière; mon mari voulait s'y opposer, ayant peur que je fasse une imprudence; mais je partis quand même, et là, sur la tombe de Sr Thérèse, je la suppliai de bien vouloir m'obtenir, avec l'aide de Notre-Dame de Lourdes, la guérison de notre enfant si malheureux. Je rapportai deux fleurs que je fis baiser au petit malade. Nous priions tous en famille la chère petite sainte. L'enfant souffrait toujours, on ne pouvait le toucher pour le mettre sur la chaise longue sans qu'il jette des cris. Mais, voilà que le 15 mai, jour de la Pentecôte, après avoir soupé, il s'écria devant plusieurs personnes qui étaient là avec nous: «Oh! comme j'ai chaud!» Sa tante lui dit: «Découvre-toi, mon petit Ernest», mais il répondit: «Non, je vais me lever car je ne souffre plus, ça ne me fait plus mal». Alors il se leva et vint nous trouver, et fit le tour de la table.

O ma Mère! je ne croyais pas à un tel bonheur et aussitôt je dis devant tout le monde: «Oh! Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'a exaucée, mon petit Ernest est guéri!...» Tous étaient stupéfaits de le voir se tenir debout, lui qui, le matin, criait encore. A partir de ce moment il se levait tous les jours, marchant comme il pouvait avec son lourd appareil et descendant même l'escalier.

Mais votre petite sainte ne voulait pas seulement la guérison de notre enfant, elle voulait aussi la guérison de nos âmes, et cela fut obtenu à la fin d'une neuvaine que nous faisions à Sr Thérèse pour qu'elle affermisse la guérison de notre enfant.

En lisant quelques traits de la vie de cette véritable sainte, une transformation s'opéra en nous, et après quatorze ans d'oubli de Dieu, mon mari et moi nous approchâmes du sacrement de Pénitence la veille de la Fête-Dieu, ainsi que de la sainte Table, en suppliant Notre-Seigneur, par l'intercession de sa petite épouse, que notre enfant fût bien guéri et bien fort pour que lui aussi puisse faire sa première Communion.

Le docteur X., émerveillé de ce qui était arrivé à notre petit Ernest, ne voulut pas se charger de retirer son appareil; il préféra me renvoyer pour cela au spécialiste de Paris, afin qu'il pût, lui aussi, constater la guérison. Je ne pus y aller qu'au mois de juin, mais ce docteur ne voulut pas croire mon enfant guéri et refusa d'enlever l'appareil, disant qu'il lui fallait le porter encore plusieurs années, si, toutefois, il arrivait à le guérir. Je lui dis: «Vous voyez bien, docteur, que mon enfant est guéri puisqu'il marche.» Alors, devant la clinique entière, il me dit: «Cet enfant n'est pas guéri, il en est loin et je ne retire pas l'appareil, ou alors je ne réponds pas des suites fâcheuses qui en résulteront.» Le petit, intimidé et effaré, ne voulait plus qu'on le touche et pleurait. Voyant tout cela, je dis au docteur que je voulais lui parler seule. Je sortis de la salle avec lui et, une fois dans son cabinet de consultation, je lui avouai, bien émue, ce que j'avais fait, comment cette guérison avait été obtenue par la prière et comment mon mari et moi étions revenus à Dieu. Ce docteur, qui est pratiquant, me crut alors et me dit: «Cela est autre chose!» Et, rentrant dans la salle, il dit à ses aides: «Messieurs, coupez l'appareil!» Puis, se tournant vers moi, il me dit: «L'enfant marche avec son appareil, maïs je ne serais pas surpris qu'il y ait un abcès, et certainement il y en a un; nous allons voir.»

Certes, je n'en croyais rien, puisque l'enfant ne souffrait pas depuis ce jour béni de la Pentecôte!... Enfin, un interne coupa le plâtre après m'avoir dit: «Vous avez tort.»

Le côté et la jambe de mon fils apparurent très beaux, tandis qu'au mois de février la peau était toute tuméfiée. Alors le docteur dit: «Oui, il y a un abcès, et un très grave»; et il fit une ponction pour vider l'abcès qui s'était formé et qui était la preuve de la coxalgie tuberculeuse. Il retira deux seringues de pus en me disant: «C'était mortel. Vous avez bien fait de venir et d'insister pour faire enlever l'appareil; cet abcès profond serait venu à la peau et aurait causé un ulcère qu'on n'aurait pu guérir; mais, à présent, il faut de toute nécessite remettre un nouvel appareil».

Aussitôt je m'écriai: «Non, non, je ne veux pas d'appareil, je suis certaine que mon enfant est guéri.--Eh bien, allez, dit le docteur d'un air mécontent; mais votre enfant va endurer de si cruelles souffrances que d'ici deux jours vous reviendrez, s'il n'est rien survenu avant.»

Il voulait dire: «Si votre enfant n'est pas mort», car il pensait, nous a dit la sœur directrice de la clinique, qu'il ne ferait pas le voyage.

L'enfant avait le côté sensible, c'est vrai, mais l'avoir eu si longtemps immobilisé, ce n'était pas extraordinaire!

Je ne dis rien et partis en gardant toute ma confiance. Je me rendis chez une tante, ma seconde mère, qui est femme de chambre au Luxembourg. La dame de la maison fit donner à mon petit Ernest un consommé de bouillon, une aile de poulet, une tartine de confiture, un gâteau et deux verres de vin qu'il trouva excellents.

Le voyage de Paris à Lisieux se fit sans qu'il ressentît aucune douleur; il dormit paisiblement dans le wagon, ce que le docteur apprenant, il n'en revenait pas; car il croyait bien apprendre sa mort ou qu'il avait souffert d'une manière épouvantable, plutôt qu'une chose aussi miraculeuse!

Au mois d'août nous retournâmes à Paris, et le docteur trouva à peine une demi-seringue de pus dans l'abcès qui s'était formé _sans occasionner la moindre souffrance_. «C'est vraiment merveilleux, dit-il, un cas pareil! en si peu de temps, s'asseoir et se mettre à genoux! Cela me surpasse!»

Nous y retournâmes encore fin septembre et, après examen de quatre docteurs, on ne trouva plus rien: ni abcès, ni ankylose; l'articulation de la hanche se faisait très bien; ces messieurs étaient stupéfaits: «Mais, où tout cela est-il passé en si peu de temps?» disaient-ils; ils ne trouvaient même plus la place de l'ancien abcès.

Or, ma bonne Mère, dans l'état où était le petit, il fallait compter au moins six ans, si toutefois on avait pu le guérir.

Encore un fait que je dois vous dire. D'abord il faut que vous sachiez qu'Ernest n'osait pas se risquer à marcher sans deux petits bâtons. Le 15 août, en rentrant de la grand'messe, il se mit tout à coup à fixer un objet invisible; sa figure était illuminée. Puis il se mit à marcher sans bâtons, très droit, pendant cinq minutes; on aurait cru que quelqu'un le tenait par les épaules; mon mari et moi, nous nous demandions ce qu'il avait. Il nous dit: «_C'est ma petite Mère Thérèse qui me tient comme cela et qui me fait marcher sans m'appuyer; je ne la vois pas, mais je la sens derrière moi._» Et comme i! fixait toujours le mur, les yeux comme éclairés d'une céleste vision, nous lui dîmes: «Mais, que vois-tu, mon petit Ernest?» Il s'écria: «_Oh! ma petite Mère est partie!_» En effet, tout était fini... Mais que nous étions heureux!.....

A partir de ce jour béni, il marcha sans se tenir et beaucoup mieux; l'appétit revint tout à fait; maintenant il mange très bien et dort de même, marche sans appui et va tous les jours à l'école. Sa jambe encore bien faible le fait boiter, mais j'ai confiance en la petite Sr Thérèse pour lui enlever cette faiblesse. L'autre jour, en jouant, il est tombé et ne s'est aperçu de rien, malgré que le docteur nous ait prévenus qu'il fallait éviter la moindre chute qui, pour lui, serait très grave.

Voilà, ma révérende Mère, comment Sr Thérèse protège son petit enfant. Aussi est-ce avec une profonde reconnaissance que nous vous adressons, mon mari et moi, cette relation et que nous serions heureux si elle pouvait aider à glorifier Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. C'est là notre plus grand désir!

Suivent les signatures de la mère, du père et de l'enfant, avec l'attestation d'un des médecins.

108.

24 octobre 1910.

MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Le récit que vous avez bien voulu m'envoyer m'a prouvé encore davantage que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus est au ciel pour nous, et m'a rappelé une de ses visites, quelques mois avant mon départ de Trinidad. Elle ne vint pas pour me faire des caresses, mais pour m'adresser un reproche fraternel, car, dans la journée, j'avais manqué à la charité.

J'avais, à la procure, un petit bout de crayon que je regardais comme une relique, car il venait de mon pauvre père. Un jour, ce crayon disparaît et, intérieurement, j'accuse une de nos sœurs qui se servait parfois des plumes et crayons à notre usage. Pendant plusieurs jours j'oubliai le crayon, lorsqu'un matin l'attachement a cette relique se fit de nouveau sentir. En récréation, je demande à la sœur d'un ton un peu fâché si le crayon en question ne se trouve pas à l'externat. La bonne sœur me dit que, pour le moment, elle ne se souvient pas de ce larcin, mais qu'elle est bien capable d'oublier de me rendre un objet prêté. Peu satisfaite, je vais dans l'après-midi chez la Mère Prieure lui exposer ma peine et lui dire que certainement le crayon était à l'externat. Une bonne leçon de détachement fut la consolation que me donna la Mère Prieure.

Dans la nuit, je vois en rêve Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus qui, d'un air doux mais un peu mécontent, me dit: «_Vous avez, manqué à la charité en accusant injustement Sr X. d'avoir pris votre crayon. Le crayon que vous cherchez est dans le tiroir du bureau de la procure entre le bois et le papier que vous avez mis pour le préserver._» En même temps, je vois le tiroir s'ouvrir et j'aperçois le crayon à la place indiquée. Après m'avoir encore recommandé la charité, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus disparaît et l'Angélus sonne. Pendant l'oraison, la messe et même l'action de grâces, je ne voyais que ma céleste visiteuse me reprochant mon manquement à la charité et m'indiquant la place du crayon. Vous comprenez, ma Mère, qu'au premier moment libre j'allai à la procure, j'ouvris le tiroir, et ce n'est pas sans émotion que je trouvai le crayon exactement à la place où je l'avais vu la nuit. Alors, en hâte, je le portai à la Mère Prieure qui, émue elle aussi des attentions de Sr Thérèse, me recommanda d'être bien fidèle à suivre les conseils du second ange gardien que le bon Dieu m'avait donné.

Sr X., _religieuse dominicaine_.

109.

Lisieux (Calvados), novembre 1910.

Il y a quatorze ans, mon fils aîné fit sa première Communion. Ce jour-là, le prêtre chargé du catéchisme nous prit à part, son père et moi, et nous dit: «Je vous plains de n'avoir que cet enfant; il a de mauvaises dispositions, et vous aurez beaucoup à en souffrir plus tard.»

Cette déclaration laissa mon mari tout pensif. Pour moi, je me mis à prier de tout mon cœur pour obtenir de Dieu un autre enfant que je promis de lui consacrer.

Dix mois après naissait mon second fils.

A cette époque, notre aine commençait déjà à se perdre, et bientôt il nous quitta tout à fait et ne nous donna plus de ses nouvelles qu'à de rares intervalles.

Le cadet, à peine âgé de 7 ans, disait qu'il voulait être prêtre, et il entra au petit Séminaire. Je le donnai avec joie au bon Dieu, mais il n'en était pas de même de mon mari qui, à plusieurs reprises, voulut le retirer du Séminaire pour lui faire apprendre un métier. Cette année 1910, à Pâques, l'enfant tomba malade, et un jour, pendant sa maladie, son père lui raconta un rêve mystérieux qu'il avait fait la nuit précédente: «J'ai vu, dit-il, Sr Thérèse avec son manteau blanc; elle paraissait triste...» Le petit, regardant son père, lui dit: «Papa, c'est parce que tu ne veux pas que je sois prêtre. Je t'en supplie, va la prier sur sa tombe pour ma guérison.»

Ce jour-là même, mon mari alla deux fois au cimetière; et peu de temps après, notre fils pouvait reprendre ses études. Mais quand il fut rentré à la maison pendant les vacances, son père recommença à dire qu'il ne consentirait jamais à le laisser suivre sa vocation. Puis il déclara qu'il ne s'approcherait pas des Sacrements pour la fête de l'Assomption.

Dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 août, il vit en songe le prêtre (mort depuis plusieurs années) qui s'était occupé de notre fils aîné pour sa première Communion. Ce prêtre lui serra la main en lui rappelant ses paroles d'autrefois. Comme il y restait indifférent, il leva les yeux et vit Sr Thérèse; en même temps, il entendit ces paroles prononcées d'un ton solennel: «_Souvenez-vous de ce qui vous a été prédit, il y a quatorze ans, sur votre fils aîné. Rappelez-vous encore que le second ne vous a été donné que pour répondre au pieux désir de sa mère._»

Il s'éveilla très ému et me raconta ce qui lui était arrivé, ajoutant: «Je me confesserai et communierai aujourd'hui.»

Le dimanche 4 septembre, je me rendis au cimetière avec mon fils. Chemin faisant, je me mis à lui parler, avec douleur, de son frère aîné, et l'enfant me répondit avec animation: «Maman, puisque Sr Thérèse t'a accordé toutes les grâces que tu lui as demandées pour moi, je t'en prie, laisse-moi de côté maintenant et prions ensemble pour la conversion de mon frère.»

Arrivé sur la tombe, l'enfant se mit à réciter avec ferveur un _Ave Maria_ pour son frère. A peine avait-il commencé sa prière qu'il sentit un parfum délicieux et inconnu. Au retour, en descendant le chemin du cimetière, au moment où je lui parlais de l'exhumation de Sr Thérèse qui devait avoir lieu deux jours après, nous sentîmes passer à côté de nous comme un être céleste que je ne saurais pas définir, c'était comme un souffle chaud et embaumé. Ce passage fut très rapide.

Nous restâmes tout impressionnés, et le petit me dit: «C'est la petite Sr Thérèse! Je suis sûr qu'en ce moment mon frère a une bonne inspiration et qu'il vient d'obtenir une grande grâce. Sr Thérèse vient nous dire que nous sommes exaucés.»

L'enfant ne s'était pas trompé. Le matin du 8 septembre, comme nous sortions de la Messe, le facteur vint à nous en souriant pour nous dire qu'une lettre nous attendait à la maison.

Cette lettre, datée du _4 septembre_, était de mon malheureux enfant. Ce nouveau prodigue avait obtenu la grâce du repentir _au jour et à l'heure même_ où nous accomplissions pour lui notre pèlerinage à la tombe de la «petite sainte», et il nous demandait de l'aider à quitter sa vie coupable et à mettre fin à sa situation irrégulière.

X.

110.