Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même

Part 42

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Voulant retrouver Sr Thérèse, les Sœurs et l'aumônier, il fit croire qu'il était malade, et on le renvoya à l'hôpital. C'est alors qu'il revint pour tout de bon à Dieu, et ce fut peu de temps après sa seconde sortie de l'hôpital qu'il nous demanda le scapulaire. Il fit, depuis, plusieurs visites au Carmel, et je ne puis dire combien j'étais émerveillée de voir une âme, tombée au point où en était la sienne, s'élever si rapidement et si haut dans l'intelligence des choses de Dieu. Il venait à la messe dans notre chapelle, où il communiait tous les dimanches, à moins d'impossibilité, et souvent il emmenait ses camarades auprès desquels il commençait un véritable apostolat, les entraînant avec lui dans le bien comme autrefois il les avait entraînés dans le mal. «Comme je suis grand et fort, me racontait-il, ils me craignaient tous, ils avaient peur de mes poings; ceux qui me fâchaient, je les roulais par terre.»

Quand il se convertit on n'osa rien lui dire d'abord, mais ensuite en le voyant doux et tout changé, quelques-uns de la chambrée commencèrent à le taquiner. Il me dit un jour avec beaucoup de confusion que, s'étant senti bouillonner devant les grossièretés d'un de ses camarades, il avait eu la tentation de lui jeter son balai à la tête et de le «rouler», mais qu'il s'était souvenu de Nôtre-Seigneur essuyant les affronts des soldats et qu'alors il n'avait plus éprouvé que de la joie. Que de traits de ce genre j'ai oubliés!

Au commencement du mois de mai 1900, il voulut s'imposer un sacrifice en l'honneur de la sainte Vierge: il trouva que de ne plus fumer serait ce qui lui coûterait le plus, et il s'en abstint pour le reste de sa vie. Je lui demandais un jour s'il pensait souvent au bon Dieu à la caserne. Il parut un peu étonné de ma question et me répondit: «Mais j'y pense tout le temps! comment pourrais-je ne pas penser à Lui?»

Vers la fin du mois de juin, son régiment reçut l'ordre de se tenir prêt à partir pour la guerre de Chine qui commençait. Le départ devait avoir lieu le samedi matin. Le jeudi il vint me voir, disant qu'il désirait bien communier encore une fois avant de partir, mais qu'il craignait de ne pouvoir sortir vendredi matin. Il me demanda de prier notre Père Aumônier de lui donner la sainte Communion quand il pourrait venir. Il fut convenu ainsi. Le lendemain, _à 7 heures du soir_, il arrivait à jeun: il n'avait pu s'échapper plus tôt de la caserne. Il se confessa et reçut la sainte Communion avec une ferveur touchante. Je lui remis une petite mèche des cheveux de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. «Demandez que je meure là-bas si je ne dois pas être Carme à mon retour», dit-il en me quittant. Il a été exaucé, car, peu avant d'arriver à Tientsin, il est mort d'une insolation à bord, assisté de M. l'Aumônier. Frappé le soir sur le pont, il eut la fièvre toute la nuit. Dans son délire, il parlait du Carmel et d'une lettre à nous remettre. Son âme s'envola avec celle de Sr Thérèse qui l'avait tant protégé.

On peut voir par ses lettres combien il l'aimait. Je vous en envoie quelques passages.

Sr X., _prieure_, 31 mai 1910.

* * * * *

_Lettres de M. Alfred-Marie L., soldat d'infanterie coloniale (converti par Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus), adressées à la Rde Mère X., Prieure du Carmel de Saïgon_:

6 mai 1900.--Samedi matin nous faisions la pose durant une manœuvre, et, comme il était 6 h. 10, ma pensée était dans la chapelle du Carmel, car c'était l'heure de la messe et je désirais ardemment recevoir mon Dieu. J'étais un peu triste en pensant à la longue année qu'il me faut encore passer dans la dissipation forcée, quand, levant machinalement la tête, j'aperçus la grande croix du cimetière d'Han-Hoï et, sans recherche aucune de ma part, cette pensée me vint que je ne devais pas envier le bonheur que vous avez de communier tous les jours, car moi aussi je le puis à chaque instant, sinon en recevant le Corps adorable de notre Sauveur, du moins en embrassant avec amour les croix qu'il sème sous mes pas et en coopérant en quelque sorte avec lui à l'œuvre de la Rédemption.

Si Dieu veut bien commencer à me faire comprendre qu'il accepte la donation que je lui ai faite de moi-même, il a exaucé, je crois, ma prière et n'a pas voulu permettre que je l'offense volontairement depuis ma conversion. Grâces lui soient rendues! J'éprouve le besoin de m'entretenir de nouveau avec Sr Thérèse et de lui demander de m'enseigner par son exemple la simplicité et l'humilité. Je voudrais la revoir au pied de la croix, dans le jardin du monastère. C'est là qu'elle m'a dit d'aimer... J'espère que vous pourrez me prêter ce livre, ma sœur; c'est elle qui me donnera la confiance qui me manque.

19 juin 1900.--Tout à l'heure je feuilletais, au hasard, la _Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus_ et je me laissais aller à la tristesse en comparant sa jeunesse avec la mienne. Quand, brusquement, un passage fixa mon attention; c'est celui où elle raconte qu'il lui fut révélé intérieurement que sa gloire consisterait à devenir une grande sainte: «Ce désir pourrait sembler téméraire si l'on considère combien j'étais imparfaite et le suis encore après tant d'années passées en religion; cependant je me sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande sainte. Je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun, mais j'espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté même...» Cela m'a suffi et, j'ose à peine le dire tellement c'est insensé, humainement parlant, si je considère ma vie passée, cependant je sens en moi, non pas le même désir, mais _la même conviction_. Avoir cette pensée, il y a quelques heures, m'eût semblé une insulte à Dieu. Mais n'est-il pas le Tout-Puissant et ne peut-il pas, en une minute, faire du plus grand pécheur un saint? Bien que je ne le mérite nullement, ma sœur, conjurez Marie Immaculée de me livrer totalement à l'amour du Cœur de Jésus, mais comme l'entendait Sr Thérèse, pour souffrir et expier pour les autres et obtenir la grâce d'une conversion sincère aux pécheurs, pour consoler ce Cœur adorable et le faire aimer. Vendredi prochain, en union avec ma sœur du Ciel, je réciterai son acte d'offrande à l'Amour miséricordieux.

24 juin 1900.--C'est à 6 heures ce matin que nous quitterons la caserne pour embarquer le «Vaucan»; je ne sais ce qui arrivera, mais je pars bien en paix et bien résolu à tout. Que Dieu est bon pour moi! Il va au-devant de tous mes désirs! J'avais l'intention d'écrire au Carmel de Lisieux pour solliciter un morceau du vêtement de Sr Thérèse. Je ne vous avais pas fait part de ce désir, et voilà que vous me donnez une mèche de ses cheveux!

Je ne puis vous dire ma reconnaissance. Demandez pour moi à notre petite sœur la grâce de mourir sur le champ de bataille plutôt que d'être infidèle. Et si je ne dois jamais revoir Saïgon, au revoir au Carmel des Cieux! Je vais préparer une lettre à votre adresse que je porterai sur moi; j'en ai averti le camarade qui marchera à mes côtés, il se charge de vous la faire parvenir en cas de malheur. Cette lettre contiendra la précieuse mèche de cheveux que, pour rien au monde, je ne voudrais perdre, ni laisser tomber aux mains des Chinois.

A.-M. L., Corps expéditionnaire de Chine.

86.

Couvent de N.-D. de la Compassion, M. (France),

20 mai 1910.

J'avais reçu une éducation chrétienne chez les religieuses de la Compassion à X., près M.--Mais, rentrée dans le monde, j'eus vite oublié tout et j'abandonnai bientôt les saintes pratiques de notre religion. Je revins, quelques années après, pensionnaire au même couvent, et je puis dire, à ma confusion, que les sentiments chrétiens s'étaient complètement éteints en moi.

Cependant, on me prêta la Vie de la «petite fleur de Jésus». Machinalement,--car je n'avais aucun attrait pour tout ce qui était religieux--je lus ce livre; je l'avais fini le même jour. Mes sentiments, durant cette lecture, ne changèrent pas; mais pourtant je me sentis attirée vers cette âme si pure et si sainte; le soir, lorsque j'eus fini, un quelque chose d'indéfinissable s'emparait de mon âme; la petite sainte commençait son œuvre.

Le lendemain, 15 juillet 1909, mon esprit était encore plus fortement préoccupé par le même objet; en même temps, le regret de mes fautes passées entrait dans mon cœur et l'appel divin se faisait entendre. Alors il s'engagea en moi une lutte acharnée entre la nature et la grâce. Le monde m'appelait en me montrant tous ses charmes, et Jésus m'invitait à le suivre en me faisant voir sa croix et son amour. Je ne pourrai jamais exprimer ce qui se passa dans mon âme en cette inoubliable journée!...

Enfin, vaincue par la grâce, j'allai confier mon bonheur à une religieuse qui tient auprès de moi la place de ma mère. Je lui racontai le miracle que Sr Thérèse venait d'opérer, je lui dis le désir que j'avais de me donner entièrement à Nôtre-Seigneur. Puis j'allai trouver mon confesseur à qui je fis une confession générale de ma vie passée..... C'était bien fini, la «petite Reine» venait d'effeuiller sa rose sur mon âme, et désormais j'appartenais à Jésus!.....

Et aujourd'hui, ma Révérende Mère, que j'ai revêtu le saint Habit, j'attends de notre grande sainte de voir se lever pour moi l'aurore du beau jour de ma profession. Quelle reconnaissance et quel amour j'ai pour elle! Ah! remerciez-la avec moi pour le miracle opéré en ma faveur!...

87.

Couvent du Sacré-Cœur, W. (Angleterre). 24 juin 1910.

Au mois d'août dernier, j'ai dû subir une sérieuse opération qui avait très bien réussi; mais, quelques mois plus tard, un autre mal ayant fait son apparition, une nouvelle opération fort critique devint urgente; je (?)us administrée, il semblait ne plus y avoir d'espoir. Cependant, pour des raisons à Lui seul connues, Nôtre-Seigneur ne m'appela pas encore; mais ma santé restait des plus précaires.

Au mois d'avril, j'eus une terrible crise de foie, et cette partie de l'organisme restait sérieusement atteinte.

Quand je reçus la Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, je me sentis alors vivement pressée de lui faire une neuvaine. Avec la permission de ma Supérieure, je vous priai d'avoir la bonté de m'envoyer une relique de votre chère petite sainte et, dimanche dernier, je commençai la neuvaine.

La journée, depuis mon lever, fut très mauvaise; j'éprouvais de telles douleurs, que je me demandais si je pourrais me tenir sur les jambes jusqu'à la fin du jour. Quand, au moment de la Bénédiction du Saint Sacrement, toutes douleurs disparurent, et depuis je ne m'en ressens plus. Je vais très bien, et les forces reviennent à vue d'œil.

Que Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus m'aide à faire un bon usage de cette santé que je lui dois, après Dieu!

Sr X.

88.

L. (Calvados), 20 juin 1910.

Je ne puis passer sous silence le miracle que notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus vient de faire.

Notre lessiveuse, Mme G..., avait des plaies variqueuses depuis des années; sa jambe faisait peur, tant les plaies étaient profondes. Elle fut examinée par plusieurs médecins. Quand l'un d'eux, qui avait déjà guéri des malades atteints de cette infirmité, examina sa jambe, il fut surpris de voir de pareilles plaies; il lui ordonna un grand repos et d'aller deux fois la semaine se faire panser au dispensaire, ce qu'elle fit; et après des mois, sa jambe était toujours très mal. Il lui eût fallu le repos complet au lit, mais cela était impossible à cette pauvre femme qui vit uniquement de son travail. Elle souffrait donc atrocement, surtout la nuit. Emue de pitié, je lui conseillai une neuvaine à notre chère petite sainte et lui donnai aussi une relique pour la poser sur sa jambe. A la fin de la seconde neuvaine, toutes les plaies étaient fermées.

Sr X., _religieuse garde-malade_.

Suit le certificat du docteur.

89.

S. (Alsace), juin 1910.

Les personnes les plus réfractaires à la piété--personnes du monde et jetées dans le tourbillon des œuvres matérielles--se sont trouvées conquises d'emblée à la vie d'union au Sacré-Cœur, à la communion, au pur esprit de l'Evangile par quelques mots à peine sur la chère petite sainte, par quelques pages, que dis-je? _quelques lignes_ de ses écrits pétris d'amour de Dieu et d'onction du Saint-Esprit. Elles suivent, depuis, allègrement la voie des _aigles_ et étonnent leur entourage... A leur tour, elles sont apôtres et des intimes de leur amie du ciel.

Un autre groupe d'âmes, maintenant parues devant Dieu, a consolé mon ministère--grâce à l'œuvre et à la _voie_ de Sr Thérèse--: les agonisants! Oh! que de transformations intimes obtenues par elle à ces minutes dernières où le soleil couchant de la grâce se hâte de mûrir ses élus pour la récolte, dans la gloire! Ici, les traits sont innombrables et ravissants...

Rd P. H.

90.

Couvent de X. (Espagne), 3 juillet 1910.

_Guérison de Sœur M._

Il y avait huit ans que notre chère Sr M***, Converse de ce Couvent, souffrait d'une maladie d'estomac. Plusieurs médecins, à diverses reprises, dirent que ce pouvait être un cancer ou un ulcère; mais ils ne l'affirmèrent pas, la maladie n'étant pas arrivée à son dernier degré, où les vomissements de sang ne laissent plus de doute.

Pendant ce long espace de temps, la malade eut des intervalles de mieux, elle pouvait alors travailler et suivre en partie la communauté, non pour la nourriture, car elle était à un régime spécial. Les crises violentes arrivaient ensuite; alors elle ne pouvait prendre que du lait et en petite quantité, la morphine seule la calmait dans ce cas. Ces derniers six mois, les crises se succédèrent très rapprochées; la malade, d'une maigreur extrême, était très faible. On comprenait que le mal progressait, et à grands pas; déjà la morphine ne lui produisait plus l'effet ordinaire. Notre chère sœur souffrait avec une patience angélique, elle était contente de souffrir pour expier ses péchés, faire son purgatoire ici-bas et convertir les pécheurs, à l'exemple de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, à laquelle elle était très dévote, ayant déjà reçu d'elle, il y a quelques mois, une grande grâce qu'elle estimait davantage que sa guérison. Les choses en étaient là, lorsqu'une des Mères françaises exilées, qui venait de lire la dernière édition de la grande Vie de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et les nouveaux miracles qu'elle raconte, parla à la malade de ces guérisons, surtout de celles de quatre ulcères à l'estomac, et l'engagea à faire une neuvaine. La sœur s'y refusa absolument: «Non, dit-elle, car je sais que je guérirais, et je veux souffrir pour aller au ciel, ou plutôt je ne veux pas demander la santé, parce que je ne veux que la volonté de Dieu.» Mais le soir, la Révérende Mère Supérieure visitant la malade, celle-ci lui raconta l'offre de la Mère française: «Oui, dit la Supérieure, vous devez faire la neuvaine et demander la santé, car vous savez que la communauté a besoin de sujets.»

En vraie fille d'obéissance, la sœur, voyant là l'ordre du ciel, commença dès le lendemain, dimanche 12 juin, une neuvaine très fervente ayant la conviction intime qu'elle allait guérir. Elle plaça sur son estomac une relique de «Térésita», rendit tous les médicaments à l'infirmière, disant: «A présent, j'attends Térésita, c'est elle qui doit me guérir.»

Les premiers jours de la neuvaine furent pénibles, surtout de nuit où la malade ne pouvait trouver aucun repos (depuis longtemps d'ailleurs). De jour, elle travaillait tant qu'elle pouvait à son emploi de cordonnière, trop même, et comme une des sœurs qui faisait la neuvaine avec elle l'en reprenait, disant qu'elle gâterait l'œuvre de Sr Thérèse: «Laissez-moi, répondit la vaillante sœur, quand Térésita verra que je n'en puis plus, elle viendra, je l'attends, je l'attends!»

Sa grande foi fut récompensée. Le soir du 18, elle se coucha comme à l'ordinaire, ne pouvant trouver de position reposante dans son lit. Un peu avant minuit, elle s'assoupit; alors il lui sembla qu'elle sentait près d'elle une personne qui voulait la guérir. Comprenant que c'était Térésita, la malade lui dit: «Non, non, je ne veux pas guérir, si ce n'est pour la plus grande gloire de Dieu.» Mais Sr Thérèse, sans faire cas de ces paroles, ou plutôt accomplissant la volonté divine, soulevait les couvertures et passait doucement sa main sur l'estomac de la sœur. «Alors, dit celle-ci, je sentis comme une rosée céleste qui tombait goutte à goutte dans tout mon intérieur et le rafraîchissait d'une manière qui ne se peut dire. Le bien-être surnaturel que j'éprouvais m'éveilla et je me dis à moi-même: «Mon Dieu! serait-ce vrai? suis-je guérie?...»

Elle se leva, fit plusieurs mouvements qu'avant cette guérison miraculeuse elle ne pouvait absolument se permettre sans beaucoup souffrir; plus rien... aucune douleur! elle se sentait bien, très bien.

Au même instant, minuit sonna: «Oui, pensa la malade, c'est vrai, Thérèse de l'Enfant-Jésus est descendue à l'heure de la naissance de l'Enfant-Dieu», et, profondément émue, elle pleura. Puis, elle récita le _Te Deum_ et la prière à la sainte Trinité, si en honneur en Espagne, et passa le reste de la nuit en actions de grâces. A 4 heures, elle se leva comme la communauté et courut chez la Mère Supérieure: «Ma Mère, je suis guérie; Térésita est venue!» La prudente Prieure demanda à la miraculée une épreuve de quinze jours avant de rien publier de ce fait merveilleux.

Pendant cette quinzaine, Sr Marie a repris toute la vie commune: lever, nourriture, travail. Elle a mangé exprès les choses les plus indigestes et dont elle était privée depuis des années, elle a bu du vin... et tout a été trouvé excellent, rien ne lui a fait mal. Les premiers jours il lui restait une grande faiblesse, dans les jambes surtout, mais peu à peu les forces sont revenues avec l'alimentation. Aujourd'hui, sa santé est excellente et elle semble rajeunie. Son visage, très souvent enflammé autrefois par l'ardeur intérieure qui lui dévorait l'estomac, a repris une teinte naturelle. Enfin, tout prouve que Thérèse est «descendue» et que, voyant du bien à faire sur ce petit coin de terre, elle a laissé tomber du ciel un pétale de rose ou plutôt une rosée bienfaisante qui a rendu la santé à sa privilégiée.

Nous l'appelons ainsi, puisque voilà deux fois qu'elle reçoit de Sr Thérèse des preuves de son affection.

Sr X.

91.

Couvent de la Providence, X., 14 juillet 1910.

Ma sœur et son mari étaient un sujet de mauvais exemple pour leur nombreuse famille de sept enfants. Aucun moyen n'avait été épargné pour les rappeler à leurs devoirs. Ne sachant plus à quel saint me recommander, j'abandonnai à la bonne Providence le soin d'intérêts si chers et si sacrés.

Cependant, sur les instances réitérées d'une de nos sœurs, je me décidai, quoique avec un peu d'hésitation, à prier Sr Thérèse, et je demandai à la chère petite sainte qu'elle me fit savoir par un signe manifeste, le 2 janvier, qu'elle s'occupait de ma requête. Ce jour même, au matin, sans que rien pût le faire pressentir, sans que j'aie fait aucune démarche nouvelle, ma sœur et mon beau-frère venaient me témoigner leurs regrets et me faire des promesses pour l'avenir.

Toute saisie de ce résultat inespéré, je le fus bien davantage au récit qu'ils me firent. Ne pensant nullement la veille à faire ce voyage, ils s'étaient sentis comme poussés par une force surnaturelle et s'étaient décidés, presque malgré eux, à venir vers moi.

Vous pensez, ma Révérende Mère, que non seulement j'étais ébranlée, mais convaincue de la puissance de Sr Thérèse au ciel!

Après avoir fait connaître la petite sainte à ces pauvres égarés et glissé son image dans leur foyer, je lui demandai instamment d'achever son œuvre en ramenant aux pratiques de la vie chrétienne cette famille d'infidèles baptisés. Elle n'a pas fait les choses à demi. J'ai eu dernièrement le bonheur de voir mon beau-frère et ma sœur s'approcher du tribunal sacré et de la Table sainte avec une foi et une simplicité vraiment édifiantes.

Sr B.

92.

Trouville-sur-Mer (Calvados), 16 juillet 1910.

Je soussignée, Mme M., demeurant à Trouville-sur-Mer, certifie l'exactitude absolue des faits ci-dessous relatés et en autorise la publication pour la plus grande gloire de Dieu et de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Ma fille aînée, Thérèse, née le 6 octobre 1898, se trouva prise, 14 jours avant la première Communion de l'année dernière, fixée au 6 juin, d'une entérite aiguë telle qu'elle ne pouvait plus rien prendre que de l'eau bouillie. Un remède donné imprudemment à dose trop forte l'avait affaiblie à ce point que, trois jours avant la première Communion, le jeudi dans l'après-midi, quand elle voulut se lever pour essayer ses habits de première communiante, elle s'évanouit et dut aussitôt se remettre au lit. Le docteur, qui la voyait tous les jours, déclara qu'il était impossible de songer à ce qu'elle prît part à la cérémonie du dimanche.

Le lendemain vendredi, découragée, j'allai assister à la Messe. Je rencontrai M. l'abbé L., il me parla de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et m'engagea à l'invoquer pour la guérison de ma fille. Je le fis aussitôt, et quels ne furent pas mon étonnement et ma joie en rentrant quand je constatai une amélioration subite et considérable! Le docteur, revenu dans la matinée, m'autorisa à lever l'enfant une heure, et, si le mieux continuait le lendemain samedi, à la faire confesser dans son lit, et à la faire assister à la Messe de communion le dimanche matin, à condition qu'elle se recoucherait aussitôt et se reposerait toute la journée.

Le lendemain, le mieux s'était confirmé et même augmenté. Thérèse alla se confesser à l'église et prit part à tous les exercices de retraite de l'après-midi. Le dimanche, levée dès 5 heures du matin, elle assista, non seulement à la Messe de communion, mais encore à la grand'Messe, aux Vêpres et à la procession extérieure, sans aucune fatigue. Le lendemain, elle assista à la Messe d'actions de grâces, et le surlendemain, au pèlerinage de Notre-Dame de Grâce, à Honfleur.

Depuis, elle n'a jamais été malade, si bien que je suis heureuse de pouvoir la compter au nombre de ceux qui ont manifestement éprouvé la bienfaisante protection de la petite Sr Thérèse dont elle porte le nom.

En foi de quoi j'ai signé la présente attestation.

Mme M.

93.

X. (Loire-Inférieure), 20 juillet 1910.

Le 2 janvier, une de nos élèves, âgée de onze ans, enfant de complexion délicate, est prise de la fièvre; on la soigne pour un point de côté.

Quinze jours plus tard, la fillette se lève et constate que les jambes lui font mal, qu'elle a beaucoup de peine à marcher. Le médecin attribue ses souffrances à la faiblesse, ordonne des fortifiants et fait frictionner les jambes; mais notre petite malade ne peut souffrir qu'on y touche sans pousser des cris, tant les douleurs sont vives et le mal fait des progrès.

Un second médecin consulté déclare de la métrifrictrique et veut forcer l'enfant à marcher; celle-ci ne peut plus faire un pas seule et sans grandes douleurs, les frictions deviennent intolérables.

Désolés de voir tant souffrir leur fillette sans qu'aucun remède puisse enrayer le mal, les parents font appel à un autre médecin, qui la soigne pour de la coxalgie. Après un mois de nouveaux traitements, la maladie, loin de céder, s'accentue toujours. Ce ne sont plus les jambes seules qui, en lui refusant service, la font souffrir; les reins sont aussi attaqués, les os se disjoignent, une bosse se forme. Le médecin veut mettre sa malade dans une gouttière, mais il fait d'abord consulter un spécialiste qui croit que l'enfant est atteinte de paralysie de la moelle épinière. «Essayons l'électricité, dit le praticien, peut-être obtiendrons-nous un peu d'amélioration, peut-être marchera-t-elle dans un an.»

Notre petite élève s'attristait beaucoup, car l'époque de la première Communion approchait et elle comprenait qu'elle serait hors d'état de la faire avec ses compagnes.