Socrate et sa femme

Chapter 2

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Dracès apprit de moi comment Notre âme vers le beau s'élève, éperdûment, Et se rend la vertu docile et familière. Ô Myrrhine, à ton tour deviens son écolière! Si buvant longuement aux flots inépuisés, Il t'enseigna jadis la douceur des baisers, Il t'apprendra le noble orgueil, la sainte joie De saisir, d'embrasser le vrai comme une proie, Et de sentir en soi le doute évanoui. Vis avec lui! Cherche avec lui! Pense avec lui! Ayant reçu de moi l'immortelle semence, Il faut qu'il la transmette, et son labeur commence. Donc, toi, Myrrhine, sourde à la vaine rumeur, Sois la terre fertile où passe le semeur Levant sa large main par le grain débordée, Et de vous deux naîtra la moisson de l'idée. Ô Myrrhine, c'est là le véritable hymen, Et quand le laboureur s'approche, ouvrant sa main, Écoute avec fierté grandir son pas sonore. Ne le rebute pas lorsqu'il vient dès l'aurore, Et garde que, chargé de ses dons les meilleurs, Il ne porte la vie et la richesse ailleurs. Tu le peux! Ne parer que son corps est barbare; Donc, pour que ton mari ne suive que toi, pare Aussi ton âme, alors il entendra ta voix.

MYRRHINE.

Tu dis vrai! Tu dis vrai! Je le sens. Je le vois. Grâce à toi, je comprends, en devenant meilleure, Que toute la beauté n'est pas extérieure; Et tout ce qu'à ta suite il cherche en son ennui, Mon Dracès désormais le trouvera chez lui. Sois béni par les Dieux, dont l'oreille m'écoute, Ô maître excellent, toi qui m'as fait voir ma route!

_À ce moment on voit Xantippe, qui paraît sur la terrasse._

SCÈNE VII

MYRRHINE, SOCRATE, XANTIPPE _d'abord cachée_.

XANTIPPE, _à part_.

Que se disent-ils donc? Ils parlent bien longtemps! Écoutons.

MYRRHINE, _à Socrate_.

Je le sais depuis que je t'entends, Je puis vaincre, et je n'ai plus rien qui m'embarrasse.

SOCRATE, _avec bonté_.

Va donc.

_Myrrhine va pour sortir; mais elle revient vers Socrate, par un vif mouvement d'admiration et de reconnaissance._

MYRRHINE.

Bon philosophe, il faut que je t'embrasse!

_Elle prend dans ses mains la tête de Socrate, et applique sur son front et sur ses joues de bons gros baisers. Xantippe entre à ce même moment et court vers Myrrhine, en proie à la plus violente fureur._

XANTIPPE.

Bon appétit, Myrrhine!

MYRRHINE, _surprise_.

Ah! Xantippe!

XANTIPPE.

C'est beau! Me voilà. Je serai votre porte-flambeau! Ah! coquine! Ah! menteuse! Ah! chienne! Ah! scélérate! Voleuse! Tu venais injurier Socrate, Et faire ici du bruit pour ton mari perdu!

MYRRHINE.

Je lui disais...

XANTIPPE.

Merci, j'ai très bien entendu, Myrrhine! Tu t'y prends de la belle manière. Tu venais réclamer ton mouton à crinière, Ton cher Dracès! Ah! coeurs de femme, êtes-vous laids! Ton mari! C'est très bien le mien que tu voulais. Mais je comprends: il t'en faut deux, peut-être quatre.

_Imitant la voix et la démarche de Myrrhine._

Je viens l'injurier!

_Reprenant sur son ton naturel._

Tu parlais de le battre, De faire du tumulte et de tout jeter bas. Ah! par Hécate! c'est à beaux bras que tu bats! Cette façon de battre est aimable et gentille, Mais tu vas voir comme on s'y prend dans ma famille!

_Xantippe veut se précipiter sur Myrrhine; mais Socrate arrête sa femme, la prend dans ses bras et l'y retient captive._

SOCRATE, _tenant Xantippe_

Tout beau. Là. Calme-toi, ma femme.

XANTIPPE, _essayant en vain de se dégager_.

Laisse-moi, Toi, philosophe! Il a pour elle de l'effroi! Et, comme c'est toujours la sagesse qu'il cherche, Il se contenterait très bien de cette perche. Mais je la veux! Du moins une fois pourra-t-on Voir enfin le coussin qui battra le bâton!

MYRRHINE, _timidement_.

Si j'ai baisé le front de Socrate...

XANTIPPE.

Sa bouche En convient. L'impudence est chez elle farouche. Ainsi tu caressais, pareille au flot amer, Ce front plus dénudé qu'un rocher de la mer! J'ai très bien vu. Pareille à la nymphe qu'amuse Un faune, tu baisais cette tête camuse! Railleur, chauve, égarant au ciel ses yeux errants, Il est à moi. Cela suffit. Tu me le prends! Les paroles de miel qui tombent de tes lèvres N'excitent pas en lui d'assez ardentes fièvres; Tu fais en vain sur lui ruisseler tes cheveux, Cela ne suffit pas; alors, comme tu veux Que le docile Amour accoure sur vos traces, Quand ce n'est plus assez des discours, tu l'embrasses! Tu riais! Maintenant, belle, tu vas pleurer, Car je vais te griffer et te défigurer, Et je veux que ton oeil de colombe se ferme!

_Xantippe s'échappe, et va se jeter les poings fermés sur Myrrhine._

MYRRHINE, _reculant, épouvantée_.

Xantippe! Non! j'ai peur.

_Socrate rattrape Xantippe, et de nouveau la retient dans ses bras._

SOCRATE, _à Myrrhine_.

Ne crains rien. Je tiens ferme.

XANTIPPE, _voulant se dégager_.

Socrate, laisse-moi! quoi! je ne pourrai pas La mordre!

SOCRATE, _tranquillement_.

Non.

XANTIPPE.

Ami, laisse-moi faire un pas!

SOCRATE.

Non certes.

XANTIPPE, _regardant Myrrhine avec des yeux ardents_.

Qu'à mon tour je l'embrasse! Ah! l'indigne, Voyez-la qui se penche, avec son cou de cygne! Ce cou charmant, je veux le tordre!

SOCRATE.

Écoute-nous, Xantippe.

XANTIPPE.

Non, je veux la mettre à deux genoux Là, devant moi, plonger mes deux mains dans l'or fauve De cette chevelure, et la rendre plus chauve Que son amant, le beau Socrate!

_Exaspérée et faisant un suprême effort._

Allons! pourquoi Me retenir? Je veux...

SOCRATE.

Xantippe, calme-toi.

XANTIPPE, que sa rage étouffe.

Je veux... Je veux... le sang inonde ma poitrine... Et j'étouffe... Je meurs... De l'air!... De l'air!...

_Elle tombe sur le lit de repos, pâle et inanimée._

SOCRATE, _bouleversé_.

Myrrhine, Elle pâme! De l'eau!

_Il s'agenouille aux pieds de Xantippe et tâche de la ranimer._

MYRRHINE, _apportant un vase d'eau_.

Quand ses yeux s'ouvriront, Je lui dirai...

SOCRATE.

Mouillons ses tempes et son front. Vois, la neige envahit son visage immobile. Ô Myrrhine, elle meurt.

MYRRHINE.

Pas du tout. Sois tranquille, Socrate. Je suis femme. Elle vit. Je connais Cela.

SOCRATE, _penché sur Xantippe_.

Xantippe, viens. Ouvre tes yeux. Renais! Vois dans quelle douleur ton silence me jette. Entends-moi! Parle-moi! Non, sa bouche est muette. Dieux! Je succombe. Ayez pitié de mes tourments! Au secours! Dieux!

_Pendant que Socrate a prononcé ces derniers vers, sont entrés Antisthènes, Praxias, Eupolis, Dracès, Mélitta, Bacchis et tous les personnages qu'on a vus à la scène quatrième._

SCÈNE VIII

MYRRHINE, SOCRATE, XANTIPPE, ANTISTHÈNES, PRAXIAS, EUPOLIS, DRACÈS, MÉLITTA, BACCHIS, Citoyens et Femmes d'Athènes.

DRACÈS, _à Socrate_.

Pourquoi de tels gémissements?

MYRRHINE, _mettant un doigt sur les lèvres_

Tais-toi, Dracès.

DRACÈS.

Myrrhine ici! Quelle merveille!

ANTISTHÈNES, à Socrate.

Pourquoi ces pleurs?

SOCRATE, _montrant Xantippe évanouie_.

Voyez Xantippe!

PRAXIAS.

Elle sommeille?

SOCRATE.

Elle meurt.

MÉLITTA, _après avoir regardé Xantippe_.

Ne crois pas cela.

BACCHIS, _de même_.

Bénis les Dieux! Elle vit et respire.

MYRRHINE, _à Socrate_.

Et tu vas voir ses yeux S'ouvrir à la clarté du ciel.

MÉLITTA, _à Socrate_.

Reprends courage, Maître.

MYRRHINE, _aux assistants, sans être entendue de Socrate_.

Sa pâmoison vient d'un accès de rage. L'évanouissement est réel; cependant, Ne pas s'inquiéter sans mesure est prudent.

SOCRATE.

Secourez-la!

BACCHIS, _riant, à Mélitta_

Cédons à son désir frivole.

SOCRATE.

Je tremble que son âme errante ne s'envole.

_Les femmes entourent Xantippe, mais sans montrer une réelle inquiétude. Socrate va se joindre à elles, lorsque Eupolis l'arrête et lui barre le passage._

EUPOLIS, _d'un ton railleur_.

Et voilà tout?

DRACÈS.

C'est pour cela que tu gémis?

PRAXIAS.

Quoi donc! C'est pour cela qu'il pleure!

ANTISTHÈNES.

Ô mes amis, Pour une femme folle,

DRACÈS.

Acariâtre,

EUPOLIS.

Injuste,

ANTISTHÈNES.

Sombre,

PRAXIAS.

D'un entretien haineux,

ANTISTHÈNES.

D'un esprit fruste,

DRACÈS.

Amère,

EUPOLIS.

Qui le fait ployer comme un roseau,

PRAXIAS.

Et qui toujours fait rage avec ses cris d'oiseau!

BACCHIS.

Certes, s'il ne te faut qu'une épouse meilleure,

MÉLITTA.

Et plus douce,

BACCHIS.

Tu peux la trouver tout à l'heure.

ANTISTHÈNES.

Ne pleure pas, de peur de ressembler aux fous, Le mal dont tu guéris à propos.

SOCRATE.

Taisez-vous! Xantippe va sortir de ma maison déserte, Et j'en sens dans mon coeur l'irréparable perte. Car son utile rage était le fouet têtu Dont la rude lanière éveillant ma vertu, Comme l'âne fouaillé par le vieillard Silène, Tenait ma patience et ma farce en haleine. Si quelqu'un me venait verser, dans ma maison, La molle flatterie et son subtil poison, Quand j'avais jusqu'au bout, heureux et fier de vivre, Savouré ce doux miel trompeur qui nous enivre, Ma Xantippe farouche, âpre comme la mer, Me guérissait bien vite avec son fiel amer. Souvent, amis, loué par tous, on le devine, J'ai pu me croire issu d'une race divine; Mais son souffle railleur, glissant sur mon front nu, Me disait: «Tu n'es rien que le premier venu!» S'endormant et mourant dans un repos vulgaire, Notre vertu ressemble à ces coursiers de guerre Qui deviennent oisifs sur le gazon des prés; Et lorsque je rêvais, riant aux cieux pourprés, Oubliant tout, Xantippe accourait dès l'aurore, Et son cri m'éveillait comme un clairon sonore!

PRAXIAS.

Maître! viens avec nous.

ANTISTHÈNES.

Libre de tous liens, Pense!

EUPOLIS.

Nous entendrons tes subtils entretiens Sur les grands Dieux et sur l'éternité des choses, Près du clair Ilissos, bordé de lauriers-roses.

BACCHIS.

Et peut-être, au soleil qui t'illuminera, Plus tard, quelque naissant amour devinera L'énigme de ton coeur, mystérieux OEdipe,

MÉLITTA.

Et te consolera d'avoir perdu Xantippe.

SOCRATE.

Elle absente, je n'ai plus faim pour d'autres mets. Sa place reste vide.

_Avec une douleur violente et naïve._

Et quelle autre jamais Excellerait comme elle à prodiguer l'insulte? Vivant près de Xantippe au sein du noir tumulte, Je ne craignais plus rien, ni le peuple mouvant, Ni le tonnerre, ni la grêle, ni le vent, Ni le soleil, ni l'âpre hiver et la froidure. Sans elle, nul espoir que ma sagesse dure, Car au bruit de sa voix grondant comme un torrent, Je veillais, je disais à toute heure: «Ignorant, Pense, étudie, apprends! Vil esclave, travaille!»

EUPOLIS.

À ce titre, il n'est pas une autre qui la vaille.

PRAXIAS.

Elle eût épouvanté l'orage,

ANTISTHÈNES.

Et les typhons.

_Xantippe s'éveille sans être vue des assistants, écoute les paroles de son mari, avec étonnement d'abord, puis les boit avidement, et, comme entraînée à mesure qu'il parle, tend les bras vers Socrate. À ce moment, Myrrhine seule est près d'elle._

SOCRATE, _suivant sa pensée_.

Ainsi, vers la clarté des abîmes profonds Dans lesquels se répand la vie universelle, Emportant mon esprit et ma force avec elle, Xantippe va s'enfuir, et je la pleure. Mais D'ailleurs pourquoi ne pas le dire? Je l'aimais!

XANTIPPE, _à elle-même_.

Que dit-il! Cette joie est pour moi la première. Il m'aime!

MYRRHINE, _à Xantippe_.

Puisqu'enfin tu revois la lumière, Vite, appelons le maître. Il faut le consoler.

_Appelant Socrate, qui ne l'entend pas._

Socrate!

XANTIPPE, _mettant sa main sur la bouche de Myrrhine

Ne dis rien. Non, laisse-le parler.

SOCRATE, _avec un sentiment profond_.

Je l'aimais, car fidèle épouse d'un pauvre homme, Elle vivait pour moi, probe, sobre, économe. Ordonnant la maison, voyant tout par ses yeux, Elle était ma compagne et me chérissait mieux Que ceux dont la douceur louangeuse me flatte. Je l'aimais et je l'aime encore.

XANTIPPE, _courant à Socrate_.

Cher Socrate! Quoi! Tu m'aimais!

SOCRATE.

Xantippe! Elle, Dieux immortels!

ANTISTHÈNES.

L'enfer n'a pas voulu la prendre.

XANTIPPE, _ravie, à Socrate_.

Après de tels Aveux, comment ne pas renaître?

SOCRATE.

Elle! Xantippe! Vivante!

XANTIPPE.

Et corrigée. Oui, l'erreur se dissipe. Je n'avais rien de bon, je semais la terreur Devant moi, je n'étais que rage et que fureur; J'étais folle, cruelle, abominable, indigne, Farouche, noircissant la colombe et le cygne, Plus méchante, en un mot, que le serpent Python. Mais tu m'en puniras, ami.

_Elle va prendre un bâton et l'apporte à Socrate_.

Prends, ce bâton. Il ne faiblira pas, il est gros comme quatre.

SOCRATE.

En effet. Mais pourquoi ce bâton?

XANTIPPE.

Pour me battre! Oui, tu me battras.

SOCRATE.

Moi! Pourquoi?

XANTIPPE.

Pour châtier Mes colères, mes cris, mes pleurs, mon coeur altier, Ma méchanceté rare et mes fureurs ingrates. Devant tous ces gens-là je veux que tu me battes. Devant tous. Les petits pour voir tendront leurs cous. Vite! Bats-moi. Je veux expirer sous tes coups. Alors que tu m'aimais, je te battais moi-même: À présent, c'est mon tour, puisque c'est moi qui t'aime! Cher mari, tu pleurais, tu pâlissais d'effroi, Me croyant morte. Allons, pas de pitié. Bats-moi!

SOCRATE.

Non pas.

XANTIPPE.

Mon cher petit Socrate, bats-moi vite!

SOCRATE.

Je ne te battrai pas.

XANTIPPE.

De grâce! Je t'invite À me battre!

SOCRATE.

Mais non.

XANTIPPE.

Je t'en supplie.

SOCRATE, _paternel_.

Allons!

XANTIPPE, _lui tendant le bâton_.

Tiens, ne me soumets pas à des détours si longs! Socrate, bats-moi.

SOCRATE.

Pas du tout.

XANTIPPE.

Je t'en conjure!

SOCRATE.

Hé! Point!

XANTIPPE.

Me refuser serait me faire injure.

SOCRATE.

Mais non.

XANTIPPE, _éclatant en pleurs_.

Bats-moi!

SOCRATE.

Voilà qu'elle pleure à présent! Tu veux...

XANTIPPE.

Je veux cent coups.

SOCRATE.

Mais...

XANTIPPE.

Fais-moi ce présent. Donne-moi cent coups.

SOCRATE.

Non.

XANTIPPE.

Je n'en puis rien rabattre.

SOCRATE.

Voyons, bonne Xantippe, il faut...

XANTIPPE, _frappant du pied. Avec colère_.

Il faut me battre!

SOCRATE, _levant les yeux au ciel_.

Apollon! jour, esprit, clarté, protège-nous!

_À Xantippe._

Quittons ce vain propos.

XANTIPPE, _insistant_.

J'embrasse tes genoux.

SOCRATE, _doucement persuasif_.

Te battre! ce serait folie!

XANTIPPE, s'animant.

Ô sort morose! Me va-t-il refuser encor si peu de chose? Quoi donc! Ayant si bien pleuré sur mon trépas, Tu me dédaignerais! Tu ne me battrais pas! Prends garde.

SOCRATE, _avec bonhomie_.

Que ton coeur pour le bien s'évertue, C'est admirable; mais vouloir être battue Devant tous, apporter même un bâton, cela, Ma femme, c'est tomber de Charybde en Scylla.

XANTIPPE, _déjà furieuse_.

En Scylla! Donc je suis un monstre. Je dévore Les nautonniers! Vas-tu m'injurier encore? Veux-tu me battre, ou non?

_Socrate ne répond pas_.

Tu ne veux pas?

SOCRATE.

Non.

XANTIPPE.

Non? Si fait! Tu me battras, ou j'y perdrai mon nom.

SOCRATE.

Mais non.

XANTIPPE, exaspérée.

Bats-moi.

SOCRATE.

Non, par Hercule secourable!

XANTIPPE.

Tu ne veux pas?

SOCRATE.

Non.

XANTIPPE.

Non?

_Jetant le bâton et donnant un soufflet à Socrate._

Eh bien! Tiens!

_Xantippe, stupéfaite de sa propre action et comme foudroyée, tombe aux pieds de Socrate._

XANTIPPE, _à genoux. Avec confusion_.

Misérable! Voilà que je retombe en mon égarement. Ta Xantippe n'est rien que démence et tourment. Hélas! à quoi, taillée en une telle étoffe, Peut-elle donc servir?

SOCRATE, _la relevant et la prenant dans ses bras_.

À faire un philosophe!

_À Dracès._

Et toi, bon Dracès, prends Myrrhine par la main; Savourez à longs traits, sans attendre à demain, Le bonheur que les Dieux offrent avec largesse, Et vous aurez aussi, par surcroît, la sagesse.

XANTIPPE, _dans les bras de Socrate._ _Au public._

Tout le mal est venu de la femme. Raison Obscurcie, appétit du lucre, trahison, Coupes d'or où les vins sont mélangés de lie, Tout crime, tout mensonge heureux, toute folie Vient d'elle.

SOCRATE.

Adorez-la pourtant, puisque les Dieux L'ont faite.

_Après avoir rêvé._

Et c'est encor ce qu'ils ont fait de mieux!

_Le rideau tombe._

FIN

* * * * *

BOURLOTON.--Imprimeries réunies, B.

End of Project Gutenberg's Socrate et sa femme, by Théodore de Banville