Part 20
«Nous vîmes avec étonnement, quand elle ôta son casque, que ses cheveux, qui auparavant se répandaient tout autour de sa tête, étaient coupés court. Nous admirâmes également la soubreveste de voyage dont elle était revêtue. Et elle, du commencement jusqu’à la fin, nous raconta toute l’aventure que je viens de vous dire: comment elle avait été blessée dans un bois, et comment, pour se guérir, elle avait dû laisser couper sa belle chevelure.
«Et comment ensuite, s’étant endormie sur la rive d’un ruisseau, survint une belle chasseresse, qui, trompée par sa fausse apparence, s’éprit d’elle. Elle dit comment celle-ci l’attira loin de ses compagnons; elle ne nous cacha rien des tourments de cette damoiselle, et son récit nous remplit l’âme de pitié. Elle nous apprit enfin comment elle en reçut l’hospitalité, et tout ce qui s’était passé jusqu’à son retour au château.
«J’avais beaucoup entendu parler de Fleur-d’Épine, et je l’avais déjà vue à Saragosse et en France. Ses beaux yeux et son doux visage avaient grandement excité mes désirs. Mais je n’avais pas cru devoir laisser grandir cette passion naissante, estimant qu’aimer sans espoir est un songe, une folie. Or, mon ancienne flamme, revenant en moi avec violence, se ralluma soudain.
«Amour ourdit lui-même les nœuds dans lesquels je plaçai mon espoir; aurait-il pu en être autrement? Dès qu’il m’eut ressaisi, il m’enseigna la manière dont j’obtiendrais de ma dame ce que je désirais. La fraude était facile à imaginer; cette ressemblance avec ma sœur, qui en avait trompé tant d’autres, tromperait encore, sans aucun doute, cette jeune donzelle.
«Le ferais-je ou ne le ferais-je pas? Enfin il me sembla qu’il est toujours bon de chercher à obtenir ce que l’on désire. Je ne fis part de mon intention à qui que ce fût, et ne voulus prendre le conseil de personne. J’allai, la nuit, à l’endroit où ma sœur avait déposé ses armes; je les pris et, sur son propre cheval, je partis, sans attendre le lever de l’aurore.
«Je partis pendant la nuit, Amour me guidant, pour retrouver la belle Fleur-d’Épine, et j’arrivai à sa demeure avant que la lumière du soleil se fût cachée dans l’océan. Ce fut à qui s’en irait, en courant, porter le premier à la reine l’heureuse nouvelle, dans l’espoir de s’attirer ses bonnes grâces et d’en recevoir quelque don généreux.
«Tous m’avaient pris, comme tu l’as fait toi-même, pour Bradamante; d’autant plus que j’avais les mêmes vêtements et le même cheval que celle-ci, lorsqu’elle était partie, le jour d’avant. Fleur-d’Épine vient au bout d’un moment et m’accueille avec une telle fête, de telles caresses, avec un visage si content et si joyeux, qu’une plus grande joie ne se pourrait voir au monde.
«Elle me jette ses beaux bras autour du cou, m’étreint doucement sur son cœur, et me baise sur la bouche. Tu peux juger si dans ce moment Amour, qui dirigeait sur moi sa flèche, me frappa en plein cœur! Elle me prend par la main, et me mène en toute hâte dans sa chambre. Elle veut me débarrasser elle-même de mes armes, depuis le casque jusqu’aux éperons, et ne permet pas que d’autres s’occupent de ce soin.
«Puis, s’étant fait apporter une de ses robes les plus riches et les plus ornées, elle me la passe de sa propre main, et comme si j’eusse été une femme, elle m’habille et réunit mes cheveux dans un filet d’or. Moi, je baissais modestement les yeux; rien dans mes gestes n’aurait pu faire soupçonner que je n’étais pas une femme. J’adoucis si bien ma voix, qui aurait pu me trahir peut-être, que personne ne s’aperçut de la vérité.
«Nous nous rendîmes ensuite dans une salle où se trouvaient un grand nombre de dames et de chevaliers, par lesquels nous fûmes reçus avec les honneurs qu’on accorde d’habitude aux reines et aux grandes dames. Là je ris plus d’une fois en moi-même des regards lascifs que me lançaient les chevaliers, qui ne savaient pas ce qui se cachait de valide et de gaillard sous mes vêtements de femme.
«La nuit était fort avancée lorsqu’on se leva de table, laquelle avait été chargée des mets les plus recherchés, selon la saison. Sans attendre que je lui demande la chose pour laquelle j’étais venu, la dame m’invite d’elle-même, et par courtoisie, à partager sa couche pour cette nuit.
«Les dames et les damoiselles se retirent, ainsi que les pages et les camériers. Restés seuls ensemble, nous nous déshabillons et nous nous mettons au lit à la lueur des torches qui éclairaient comme si c’eût été jour. Alors, je commençai: «--Ne vous étonnez pas, madame, si je reviens si vite près de vous. Vous vous imaginiez sans doute me revoir Dieu sait quand.
«Je vous dirai d’abord la cause de mon départ, puis je vous expliquerai celle de mon retour. Si j’avais pu, madame, en restant près de vous, contenter votre ardeur, j’aurais voulu vivre et mourir à votre service, sans vous quitter un seul instant, mais comprenant combien ma vue vous était cruelle, je m’éloignai, ne pouvant faire mieux.
«La fortune me conduisit au milieu d’un bois inextricable, où j’entendis soudain retentir des cris; on eût dit une femme qui aurait appelé à son secours. J’y cours, et sur un lac aux eaux de cristal, je vois un faune qui avait pris avec ses hameçons une damoiselle qu’il tenait toute nue au milieu de l’eau. Le cruel se préparait à la dévorer vivante.
«Je me précipitai vers lui, et l’épée à la main--je ne pouvais lui venir en aide d’une autre façon--j’arrachai la vie au féroce pêcheur. Aussitôt la damoiselle saute dans l’eau: «--Tu ne m’auras pas--dit-elle--secourue en vain. Tu en seras bien récompensé, et richement, pour tout ce que tu voudras demander; car je suis une nymphe, et j’habite au sein de ces eaux limpides.
«Je puis accomplir des choses merveilleuses et forcer les éléments et la nature à m’obéir. Demande-moi tout ce qui sera en mon pouvoir, et laisse-moi le soin de te satisfaire. A mon commandement, la lune descend du ciel, le feu se congèle et l’air se solidifie. Plus d’une fois, avec de simples paroles, j’ai fait trembler la terre, et j’ai arrêté le soleil.--»
«Pour répondre à cette offre, je ne lui demandai ni des trésors, ni la puissance, ni de riches domaines. Je ne lui demandai pas de me donner plus de vaillance et plus de vigueur, ni de me faire vaincre dans toutes les rencontres que j’aurais. Je lui demandai seulement de me donner un moyen quelconque de satisfaire votre désir. Sans plus préciser ma demande, je m’en remis complètement à son expérience.
«Je lui eus à peine exposé mon désir, que je la vis plonger de nouveau. Elle ne me fit pas d’autre réponse que de me lancer quelques gouttes de l’eau enchantée. A peine cette eau m’a-t-elle touchée au visage, que, je ne sais comment, je me sens toute changée. Je le vois, je le sens, et à peine cela me paraît vrai. Je me sens, de femelle, devenu mâle.
«Et si ce n’était que vous pouvez vous-même vous en assurer sur-le-champ, vous ne le croiriez pas. Comme je l’étais dans l’autre sexe, je suis encore tout prêt à vous obéir. Commandez; toutes mes forces sont désormais, et seront toujours dressées et promptes pour votre service.--» Ainsi je lui dis, et je fis en sorte qu’elle pût s’assurer avec la main de l’exacte vérité.
«Il arrive souvent que celui qui avait perdu tout espoir de posséder l’objet sur lequel toutes ses pensées étaient concentrées, et qui, dans son désespoir d’en être privé, s’affligeait et se consumait de colère et de rage, vient par la suite à posséder cet objet. Alors sa longue crainte d’avoir semé sur le sable, sa désespérance, lui oppressent tellement le cœur et le disposent tellement au doute, qu’il n’en croit pas son propre témoignage, et reste tout interdit.
«Ainsi la dame, bien qu’elle voie, bien qu’elle touche ce qu’elle avait tant désiré, n’ose croire à ses yeux, à sa main, à elle-même, et doute d’être encore endormie. Il faut lui montrer, par de bonnes preuves, qu’elle sent bien réellement ce qu’elle croit ne sentir qu’en songe.--Fasse Dieu--dit-elle--si tout cela n’est qu’un rêve, que je dorme toujours, et que je ne me réveille plus jamais!--»
«Ce ne furent pas les rumeurs du tambour, ni les sons de la trompette qui préparèrent l’amoureux assaut; mais des baisers, à l’instar de ceux des colombes, donnaient le signal tantôt de la lutte, tantôt du repos. Nous nous servîmes d’armes tout autres que les flèches et les frondes. Quant à moi, je montai sans échelle à l’assaut de la forteresse, et j’y plantai à plusieurs reprises mon étendard, après avoir renversé l’ennemie sous moi.
«Si ce même lit avait retenti, la nuit précédente, de soupirs et de plaintes, il put, la nuit suivante, entendre les éclats de rire, les doux jeux, la fête éclatante, les cris de volupté. L’acanthe flexible n’enlace pas les colonnes et les chapiteaux de nœuds plus nombreux, que ceux formés par nos cous, nos flancs, nos bras, nos jambes, nos poitrines.
«La chose fut tenue assez secrète entre nous pour que nos plaisirs durassent plusieurs mois. Mais quelqu’un s’en étant aperçu par la suite, en instruisit, pour mon malheur, le roi Marsile. Vous qui m’avez délivré des mains de ses satellites, sur la place où le bûcher était déjà allumé, vous pouvez comprendre désormais le reste. Dieu sait que j’en éprouve une douleur cruelle.--»
C’est ainsi que Richardet entretenait Roger et rendait ainsi à tous deux leur voyage nocturne moins pénible. Ils arrivèrent cependant vers un coteau entouré de précipices et de roches escarpées. Un chemin montueux, étroit et plein de pierres permettait d’arriver péniblement au sommet où s’élevait le château d’Aigremont, confié à la garde d’Aldigier de Clermont.
Ce dernier était le fils bâtard du comte de Boves, et le frère de Maugis et de Vivian. Ceux qui l’ont donné comme fils légitime de Gérard ont avancé une chose téméraire et fausse. Qu’il fût l’un ou l’autre, la vérité est qu’il était vaillant, prudent, libéral, courtois, humain, et qu’il faisait bonne garde, de nuit et de jour, autour des murailles du château appartenant à ses frères.
Le chevalier accueillit courtoisement, comme il le devait, son cousin Richardet qu’il aimait comme un frère. Roger fut aussi le bienvenu par égard pour lui. Cependant Aldigier ne vint pas à leur rencontre avec l’air joyeux qui lui était habituel. Son visage, au contraire, était triste, car il avait reçu le jour même une nouvelle qui l’avait fort affligé.
Au lieu de salut, il aborda ainsi Richardet: «--Frère, nous avons une nouvelle qui n’est pas bonne. J’ai su aujourd’hui, par un messager très sûr, que l’infâme Bertolas de Bayonne s’est entendu avec la cruelle Lanfuse, et lui a donné de riches présents, pour qu’elle lui livrât tes bons cousins Maugis et Vivian.
«Depuis le jour où Ferragus les a faits prisonniers, elle les a toujours tenus en un lieu secret et sombre. Enfin elle vient de conclure ce traité déloyal et cruel avec celui dont je te parle. Elle doit les livrer demain au Mayençais, sur les confins de ses domaines et de ceux de Bayonne. Bertolas viendra en personne lui payer le prix du plus illustre sang qui soit en France.
«J’en ai immédiatement avisé notre Renaud par un courrier que j’ai fait partir à francs étriers, mais je ne crois pas qu’il puisse arriver à temps, car il a trop de chemin à faire. Je n’ai pas avec moi assez de gens pour tenter une sortie. Mon envie est grande de les secourir, mais je ne puis rien. Cependant une fois que le traître les aura en son pouvoir, il les fera mourir. De sorte que je ne sais que faire et que dire.--»
La fâcheuse nouvelle déplut fort à Richardet, et, par cela même, contraria vivement Roger. Les voyant tous deux se taire et ne prendre aucun parti, il leur dit avec feu: «--Soyez tranquilles; je prends sur moi toute cette entreprise. Mon bras ira, à travers mille épées, rendre la liberté à vos frères.
«Je ne veux le concours ni l’aide de personne. Je crois que je suffirai seul à terminer cette affaire. Je vous demande seulement quelqu’un qui me conduise à l’endroit où doit se faire l’échange. Je vous ferai entendre jusqu’ici les cris de ceux qui seront présents à ce honteux marché.--» Ainsi il dit, et ce n’était pas chose nouvelle pour un des deux frères, qui avait eu des preuves de sa valeur.
L’autre l’écoutait, mais comme on écoute quelqu’un qui parle beaucoup sans savoir de quoi il parle. Mais Richardet, le prenant à part, lui raconta comment il avait été sauvé du bûcher par lui, et lui certifia qu’il ferait, en temps et lieu, beaucoup plus que ce dont il se vantait. Aldigier lui prêta alors une plus grande attention, et lui prodigua les marques du plus grand respect et de la plus grande estime.
Puis, à sa table, où régnait l’abondance la plus copieuse, il lui donna la place d’honneur, comme il eût fait à son suzerain. Là, il fut convenu que, sans chercher l’aide de personne, on délivrerait les deux frères. Enfin le sommeil vint fermer les yeux aux maîtres et aux valets. Roger seul ne dormit pas; une pensée importune lui pesait sur le cœur et le tenait éveillé.
La nouvelle du siège qu’avait à soutenir Agramant, nouvelle qu’il avait apprise le jour même, lui tenait au cœur. Il voyait bien que le moindre retard apporté à voler à son secours était pour lui un déshonneur. De quelle infamie, de quelle honte ne se couvrira-t-il pas, s’il s’en va avec les ennemis de son maître? Ne lui reprochera-t-on pas comme une lâcheté, comme un grand crime, de s’être fait baptiser en un pareil moment?
En tout autre temps, on aurait pu facilement croire que la vraie religion l’a seule touché. Mais maintenant qu’Agramant assiégé a plus que jamais besoin de son aide, chacun croira plutôt qu’il a cédé à la crainte, à une coupable lâcheté, qu’à l’entraînement d’une croyance meilleure. Voilà ce qui agite et tourmente le cœur de Roger.
D’un autre côté il souffrait à l’idée de s’éloigner sans la permission de sa reine. Ces deux pensées contraires le plongeaient tour à tour dans le doute et l’incertitude. Il avait d’abord espéré revoir Bradamante au château de Fleur-d’Épine, où ils devaient aller ensemble, comme je l’ai dit plus haut, pour secourir Richardet.
Puis il se souvint qu’elle lui avait promis de se retrouver avec lui à Vallombreuse. Il se dit que si elle y était allée, elle avait dû s’étonner de ne l’y point trouver. S’il pouvait au moins lui envoyer une lettre ou un messager, afin qu’elle ne se tourmentât point de ce que non seulement il lui avait désobéi, mais de ce qu’il était parti sans lui en faire part!
Après avoir combiné divers projets, il pense que le mieux est de lui écrire tout ce qui lui était arrivé, et bien qu’il ne sache pas comment il pourra lui faire parvenir sa lettre, il ne veut pas tarder davantage. Peut-être trouvera-t-il sur son chemin quelque messager fidèle. Sans plus de retard, il saute hors du lit, et se fait apporter du papier, de l’encre, des plumes et de la lumière.
Les camériers discrets et prévenants donnent à Roger ce qu’il demande, et il commence sa lettre. Les premières lignes sont consacrées aux salutations d’usage. Puis il raconte les avis qu’il a reçus au sujet de son roi qui réclame son aide. Il ajoute que s’il tarde à lui porter secours, Agramant périra ou tombera aux mains de ses ennemis.
Il poursuit en disant qu’en cette circonstance et en présence d’un appel si pressant, elle verra elle-même quel blâme énorme il encourrait, s’il refusait l’aide qu’on lui demande; que devant être son mari, il devait se garder de toute tache, car il ne fallait pas qu’elle, si pure en tout, fût souillée par la moindre faute.
Si jamais il s’est efforcé d’acquérir, par ses œuvres, un nom illustre, et si, après l’avoir gagné, il en est fier, il doit chercher à le conserver intact. C’est ce qu’il fait en ce moment. Il est avare de la pureté de ce nom, puisqu’il doit le partager avec elle. Elle sera sa femme, et leurs deux corps ne devront avoir qu’une âme.
Aussi, ce qu’il lui avait déjà dit de vive voix, il le lui redisait encore par cette lettre: lorsque l’heure sera venue où il sera dégagé de sa foi envers son roi, s’il n’est pas mort auparavant, il se fera chrétien de fait comme il l’est déjà d’intention. Puis il ira la demander pour femme à son père, à Renaud et à ses autres parents.
«--Je désire--ajoutait-il--qu’il vous agrée que j’aille faire lever le siège autour de mon seigneur, afin que la foule ignorante se taise et n’ait pas le droit de dire: Pendant qu’Agramant fut puissant, Roger ne l’abandonna ni jour ni nuit; maintenant que la fortune se déclare en faveur de Charles, il porte sa bannière vers le vainqueur.
«Quinze ou vingt jours, je pense, me suffiront pour dégager le camp des Sarrasins des ennemis qui l’assiègent. Pendant ce temps, je chercherai des raisons convenables pour me retirer. Je vous demande de m’accorder ce délai au nom de mon honneur. Puis le reste de ma vie sera tout à vous.--»
Roger se répand en semblables propos que je ne saurais vous dire jusqu’au bout. Il en ajoute beaucoup d’autres, et ne termine sa lettre que lorsqu’il voit la feuille toute remplie. Puis il plie la lettre, la scelle et la met sur sa poitrine, dans l’espoir que le jour suivant il trouvera quelqu’un qui puisse la porter secrètement à sa dame.
La lettre close, il se jette de nouveau sur son lit où il peut enfin fermer les yeux et trouver quelque repos. Le sommeil vient en effet secouer sur son corps fatigué ses rameaux trempés dans l’eau du Léthé. Il repose jusqu’à ce que les nuages roses et blancs viennent parsemer de fleurs les contrées joyeuses du lumineux orient, et que le jour s’élance de sa demeure dorée.
Dès que les oiseaux, dans les vertes branches, eurent commencé à saluer le jour naissant, Aldigier qui voulait servir de guide à Roger et à son compagnon, et les conduire à l’endroit où ils devraient empêcher ses deux frères d’être livrés aux mains de Bertolas, fut le premier sur pied. Les deux autres chevaliers, à son appel, sautèrent également hors du lit.
Après qu’ils se furent habillés et bien armés, Roger se mit en route avec les deux cousins; il les avait longtemps priés, mais en vain, de le laisser se charger tout seul de l’entreprise. Mais il leur eût semblé manquer aux lois de la courtoisie que de le laisser aller seul au secours de leurs frères. Ils se montrèrent en cela fermes comme des rocs, et ne consentirent pas à le laisser partir seul.
Ils arrivèrent à l’endroit où Maugis devait être échangé contre des présents. C’était une vaste plaine tout exposée aux rayons du soleil. On n’y voyait ni myrtes, ni cyprès, ni frênes, ni hêtres. Quelques humbles plantes poussaient sur le gravier nu, où jamais houe ni charrue n’avait passé.
Les trois vaillants guerriers s’arrêtèrent dans un sentier qui traversait cette plaine. Là ils aperçurent un chevalier dont l’armure était damasquinée d’or et qui, pour insignes, portait, sur un champ de sinople, le bel oiseau qui vit plus d’un siècle[19]. En voilà assez, seigneur; je me vois arrivé à la fin de ce chant, et je demande à me reposer.
FIN DU TOME DEUXIÈME.
NOTES DU TOME DEUXIÈME
CHANT XV
[1] Page 2, ligne 3.--_C’est ainsi que votre victoire fut digne d’éloges._--Allusion à la victoire que le cardinal Hippolyte d’Este, à la tête de trois cents cavaliers et autant de fantassins, remporta sur les Vénitiens près de Volano.
[2] Page 3, ligne 12.--_Roi des îles Fortunées._--Les anciens nommaient ainsi les îles Canaries.
[3] Page 5, ligne 23.--_La Chersonèse d’or._--La presqu’île de Malacca, ainsi nommée par les anciens à cause de sa prodigieuse fertilité.
[4] Page 11, ligne 16.--_Il chevaucha le long du fleuve Trajan._--Une carte hollandaise de 1629 indique un fleuve de ce nom comme un des affluents du Nil. Quelques commentateurs croient que le poète a voulu désigner par là le canal que l’empereur Trajan fit creuser du Nil à la mer Rouge.
CHANT XVI
[5] Page 33, lignes 17 et 18.--_Sur la montagne que soulève Typhée._--La montagne d’Ischia, île près du cap Misène, à l’entrée du golfe de Naples.
[6] Page 34, lignes 19 et 20.--_Jamais vous n’avez vu à Padoue de bombarde assez grosse_...--Allusion au siège de Padoue par les Autrichiens en 1509, auquel assistait le cardinal Hippolyte d’Este.
CHANT XVII
[7] Page 51, lignes 20 et 21.--_Ceux-ci ont appelé des bois ultramontains d’autres loups plus affamés._--Jules II, après la défaite de Ravenne, fit appel aux Suisses qui couvrirent de sang et de ruines les plaines de la Lombardie.
CHANT XIX
[8] Page 142, lignes 1 et 2.--_Celle qu’Énée et Didon, fuyant l’orage, rendirent jadis témoin fidèle de leurs secrets._--_Énéide_, chant IV.
[9] Page 142, ligne 20.--_Morgane le donna jadis à Ziliant._--Épisode du _Roland amoureux_ de Boïardo.
CHANT XX
[10] Page 160, ligne 5.--_Arpalice et Camille sont fameuses._--Arpalice, fille du roi de Thrace, défendit vaillamment le royaume de son père contre Néoptolème, fils d’Achille.--Camille, fille du roi des Volsques, donna son appui à Turnus, roi des Rutules, contre Énée.
[11] Page 161, ligne 24.--_Le chevalier qui tua Almonte._--Roland.
[12] Page 161, ligne 26.--_Et celui qui donna la mort à Clariel et à Mambrin._--Renaud.
[13] Page 181, lignes 14 et 15.--_Et la fille de Lycaon avait à peine fait disparaître sa charrue des champs du ciel._--Caliste, fille de Lycaon, et sa fille Arcade, qu’elle eut de Jupiter, avaient été changées en deux constellations boréales: la Grande Ourse et la Petite Ourse. L’une et l’autre ont l’apparence de charrue ou de char, et sont visibles jusqu’au lever de l’aube.
CHANT XXI
[14] Page 200, ligne 30.--_Mais l’Acrocéron au nom maudit._--Promontoire d’Épire qui s’avançait dans la mer Ionienne, et renommé pour la fréquence des naufrages qui avaient lieu dans ses parages. C’est aujourd’hui le cap de Chimera.
CHANT XXII
[15] Page 215, ligne 15.--_La renommée d’Hypermnestre n’est pas moins belle parce qu’elle a eu des sœurs iniques_:--Hypermnestre fut la seule parmi les Danaïdes qui épargna son époux.
CHANT XXV
[16] Page 306, lignes 2 et 3.--_La foudre seule pouvait l’égaler, ou bien le grand diable._--Nom donné à un canon de calibre extraordinaire, appartenant au duc Alphonse d’Este.
[17] Page 306, lignes 12 et _13.--Falérine avait forgé la cruelle épée._--Voir dans Boïardo l’épisode de la fabrication de Balisarde.
[18] Page 310, lignes 16, 17 et 18.--_Elle lui dit qu’elle était née en Afrique, sur le bord de la mer, dans la cité d’Arzille._--C’est la _Zilia_ de Pline; aujourd’hui Arxilla, dans le Maroc.
[19] Page 327, ligne 16.--_Le bel oiseau qui vit plus d’un siècle._--Le phénix.
FIN DES NOTES DU TOME DEUXIÈME
TABLE DES MATIÈRES DU TOME DEUXIÈME
ROLAND FURIEUX Pages
Chant XV.--Pendant le tumulte de l’assaut donné à Paris, Rodomont pénètre dans les murs de la ville.--Astolphe, qui a reçu de Logistilla un livre mystérieux et un cor doué d’une vertu singulière, prend congé d’elle et débarque dans le golfe de Perse. Il passe en Égypte et y fait prisonnier le féroce Caligorant. Puis il va à Damiette, où il voit Orrile, voleur et magicien, qu’il trouve aux prises avec Aquilant et Griffon. Il va avec ces derniers à Jérusalem, gouvernée par Sansonnet au nom de Charles. Griffon y apprend des nouvelles déplaisantes de sa maîtresse Origile, et va en secret la trouver. 1
Chant XVI.--Griffon rencontre près de Damas Origile et son nouvel amant; il croit à leurs paroles mensongères.--Renaud arrive sous les murs de Paris avec le secours de l’armée anglaise. De part et d’autre se produisent des preuves d’une grande valeur. Grand carnage et graves incendies dans Paris, du fait de Rodomont; Charles y court avec une troupe d’élite. 27