Renan, Taine, Michelet: Les maîtres de l'histoire
Chapter 17
M. Saisset disait de son côté: «M. Taine a déployé dans les expositions orales un esprit net, souple, fertile en ressources, parfaitement doué pour l'enseignement. Dans l'épreuve des dissertations écrites, M. Taine est encore au premier rang par le nombre et le mérite de ses travaux. J'ai cru y reconnaître un désir sincère et un effort énergique pour se corriger de son défaut principal, qui est un goût excessif pour l'abstraction. Ses dernières compositions montrent un sentiment plus vif de l'observation et de la réalité des choses, et le style a perdu sa raideur et sa sécheresse pour acquérir du mouvement, de l'animation et une certaine élégance. M. Taine a besoin d'être encouragé et tenu en bride. Il est l'espoir du prochain concours.»]
[16: Ce rapport n'a pu être retrouvé ni au ministère de l'Instruction publique, ni aux Archives nationales; les dossiers de Taine ont également disparu. On trouvera, dans le beau livre de M. Griard sur _Prévost-Paradol_ (Paris, 1894), une lettre de Paradol du 7 septembre 1851, où il raconte en détail les péripéties de l'examen, et une protestation contré le jugement du jury parue dans la _Liberté de Penser_, t. VIII, p. 600.]
[17: Je tiens tous ces détails d'un des membres du jury, M. Bénard. Paradol, dans la lettre citée plus haut, parle avec admiration de cette «brillante et savante leçon»;--«je ne le connaissais pas encore, dit-il, si souple, si nerveux, si clair et surtout si à son aise. Il était là le maître, et il y avait un peu de respect dans l'attention qu'on lui prêtait. Il a la parole très régulière et cependant très animée; il y a dans son débit une chaleur contenue, une flamme intérieure qui donne la vie à tout ce qu'il touche.»]
[18: Ces lignes du 24 mars 1852 se trouvent dans une lettre de remerciement à M. E. Havet qui lui avait envoyé à Nevers son édition des _Pensées_ de Pascal: «Votre livre vient de me rendre pour une journée à la vie et au monde... Ce sont là les livres nécessaires. C'est faire oeuvre politique et travail de convertisseur que les écrire; c'est montrer de nouveau, comme dit Michelet, la face pâle de Jésus crucifié. On masque et on défigure le monde passé, et il n'y a que ceux qui ont vécu dans les poudreux in-folios des Pères, qui le connaissent dans toute son horreur. Les Jansénistes sont les vrais écrivains du christianisme... Ce sont les fidèles disciples de saint Augustin et de saint Paul, et Pascal, en homme sincère, parle comme eux de cette masse de perdition, de cette prédestination fatale, de cette infection de la nature humaine. Nous frissonnons en lisant Dante, et le Dante est doux et modéré, en comparaison des effroyables traités de saint Augustin sur la Grâce, et de cette dialectique invincible qui précipite le monde dans l'Enfer. Je ne sais si vous y avez pensé, mais votre livre est un admirable traité de polémique.»]
[19: Il écrit encore le 18 janvier: «Voici un paysan sur sa terre; il est stupide et l'ensemence mal. Moi, qui suis savant, je lui conseille avec toute raison de faire autrement. Il s'obstine et gâte sa récolte: je fais une injustice si j'essaie de l'en empêcher. Voici un peuple qui décide de son gouvernement. Comme il est bête et ignorant, il le remet à un homme d'un nom illustre qui a fait une mauvaise action et qui le conduira aux abimes, et de plus il s'ôte lui-même ses libertés, ses garanties, le moyen de s'instruire et de s'améliorer. Je suis désolé et indigné; je fais par mon vote tout ce que je puis contre une pareille brutalité. Mais ce peuple s'appartient à lui-même, et je fais une injustice si je vais contre la chose sainte et inviolable, sa volonté». Il conclut le 5 février 1852: «Tu vois maintenant que l'homme qui règne a des chances pour durer. Il s'appuie très ingénieusement sur le suffrage universel qui ne lui demandera pas de liberté, mais du bien-être. Il a le clergé et l'armée; ajoute le nom de son oncle, la crainte du socialisme, les opinions opposées entre elles des partis ennemis. _Par conséquent, la vie politique nous est interdite pour dix ans peut-être_. Le seul chemin est la science pure ou la pure littérature.»--On trouvera dans le livre de M. Gréard les lettres éloquentes où Paradol discute avec Taine ces questions de politique et de morale.]
[20: Lettre du 28 mars 1852. «Un polisson de seize ans, noble et jésuite, qui l'an dernier était le premier, étant tombé au-dessous du dixième, s'amuse à dire que j'ai fait l'éloge de Danton en classe, et venge sa vanité blessée par des calomnies. Les cancans brodent là-dessus et je suis obligé de me justifier auprès du recteur. Il est vrai que mes quinze autres élèves m'aiment, ont demandé au recteur de me conserver jusqu'à la fin de l'année, et auraient voulu rosser l'Escobar au maillot. Mais ce petit coquin est un trou à ma cuirasse, et quoique je fasse, je serai bientôt blessé par toutes les flèches qu'il me tirera.»]
[21: Lettres à Paradol du 25 avril, du 2 juin et du 1er août 1852.]
[22: «Plus d'agrégation pour moi cette année. Donc je fais mes thèses. J'ai écrit tout le plan de la française... Je fais de la psychologie et de l'observation pure; pour le fond je m'autorise d'Aristote... Je souhaite de passer s'il est possible, au commencement d'août. Le doctorat vaut pour deux ans de service... Je crois avoir trouvé plusieurs choses et une théorie sûre, surtout des faits palpables sur la nature de l'âme. Sera-ce trop hardi?» Lettre à Paradol du 25 avril 1852.]
[23: Lettre du 24 juin 1852: «Je viens de lire la _Philosophie de l'Histoire_ de Hegel. C'est une belle chose, quoique hypothétique et pas assez précise.»]
[24: Lettre à Paradol du 1er août 1853.]
[25: Lettre au même du 2 juin 1852.]
[26: Expression de Paradol dans un article de la _Revue de l'Instruction publique_ (12 juin 1856) sur l'_Essai sur Tite-Live_.]
[27: Lettre à Paradol du 3 juin 1854.]
[28: Mort en 1857. M. Hachette avait publié de lui une _Histoire de la Chevalerie_, et fait composer par Paradol un _Essai d'Histoire universelle_.]
[29: About, Paradol, Gréard, Sarcey, Villetard, Caro, Mézières, Assolant, Weiss, etc., etc.]
[30: Lettre à Havet, 29 avril 1864.]
[31: Après la mort de Woepke en 1864 il lui rendit un émouvant hommage dans le _Journal des Débats_. Cet article est réimprimé dans les _Nouveaux essais de critique et d'histoire_.]
[32: Les articles de Taine qui ne rentraient pas dans le plan des _Philosophes français au XIXe siècle_ et dans l'_Histoire de la littérature anglaise_ ont formé les deux volumes d'_Essais de critique et d'histoire_ (1858), et de _Nouveaux Essais de critique et d'histoire_ (1865). La première édition des _Essais_ contient quelques articles sur des écrivains anglais contemporains qui ont été remplacés par d'autres dans l'édition de 1874, parce qu'ils avaient pris place en 1867 dans le dernier volume de la _Littérature anglaise_. Un volume de _Derniers essais de critique et d'histoire_ a paru en 1894.]
[33: Voyez, sur l'esprit dans lequel furent écrits les _Philosophes français_, la préface de la seconde édition, de 1860.]
[34: _Revue de l'Instr. publ._, 29 mai 1856.]
[35: _Ibid_, 12 juin 1856.]
[36: _Débats_, 26 et 27 janvier 1857.]
[37: 9 et 16 mars 1857.]
[38: _Le Panthéisme dans l'histoire_, 1er avril 1857.]
[39: _L'Idée de Dieu dans une jeune école_, 15 juin 1857.]
[40: _M. Taine et la critique scientifique_, 1858. Réimprimé dans les _Mélanges de critique religieuse_ sous le titre: _M. Taine et la critique positiviste_.]
[41: Une troisième édition, plus profondément retouchée, parut en 1868, sous le titre: _les Philosophes classiques du XIXe siècle en France_.]
[42: Le rapport de M. Villemain est curieux à relire. Il porte la trace de l'amusant embarras où se trouvait cet homme d'esprit. Tout en rendant hommage «à cet important travail d'érudition et d'esprit, oeuvre inégale et forte d'un savant et d'un écrivain», M. Villemain déclarait qu'à cette oeuvre «était attachée une erreur que le talent ne pouvait corriger et dont parfois il aggravait la portée. C'est la doctrine qui n'explique le monde, la pensée, le génie que par les forces vives de la nature... Toute opinion n'a pas le droit de se faire indifféremment accepter pour un honneur public. La liberté qu'on se donne... doit prévoir et tolérer la libre contradiction, et la libre contradiction peut refuser son suffrage à l'oeuvre habile et brillante dont elle juge le principe erroné... Cette erreur, sans cesse et à tout propos reproduite, était trop inséparable du livre. Une redite aussi fréquente n'a pas semblé seulement un défaut de composition, et l'Académie, dans la négation de vérités nécessaires, a vu pour elle l'impossibilité de couronner le talent qui les méconnaît. Elle a décidé qu'on ne donnerait pas le prix cette année.»]
[43: Il fit quelques leçons en 1871, avant et après la Commune. En 1877, il fut remplacé par M. G. Berger, qui fit un cours sur l'art français.]
[44: Ils furent réunis en deux volumes in-8, cette même année 1866.]
[45: Nous en avons la preuve dans une lettre à E. Havet, du 29 avril 1864.
«Tout bourgeois, commerçant, rentier, tout homme qui est capable de lire un journal est pour l'unité de l'Italie et pour la monarchie constitutionnelle unitaire. Les Italiens ont un grand sens politique et il n'y a peut-être pas sur quinze un républicain. Aucune racine pour le socialisme et pour les idées niveleuses dans ce pays. Cela n'est pas dans le tempérament de la nation, et il y a une sorte de bonhomie générale, de familiarité ancienne entre les riches et les pauvres, entre les nobles et les roturiers, qui ne laisse aucun avenir à Mazzini et aux idées de 93. Je ne crois pas non plus au provincialisme. Ils sentent tous que, tant qu'ils ne seront pas une grande nation armée, ils seront, comme autrefois, à la merci de tout envahisseur. Une partie considérable de la noblesse, même dans les anciennes provinces papales, est constitutionnelle et libérale. Ce sont seulement quelques grands seigneurs arriérés, parents de tel ou tel cardinal, qui sont pour le pape. À Spolète, par exemple, on en compte deux. Seule, la grande noblesse de Rome, à l'exception de quatre familles, est papaline. Joignez à cela la majorité du clergé, la foule des protégés qui vivent par ces grandes familles, et dans les provinces, la majorité des paysans, sortes de sauvages énergiques, bien plus incultes que les nôtres. C'est de ce côté que se tournent tous les efforts de la bourgeoisie gouvernante. Ils comptent pour une recrue tout homme qui apprend à lire. C'est pourquoi ils établissent partout des écoles communales. Les Italiens s'instruisent très vite. On a établi par expérience qu'un Napolitain peut apprendre à lire et à écrire en trois mois, même lorsqu'il est adulte. Deux autres institutions fort puissantes agissent dans le même sens, la garde nationale et l'armée. L'homme du peuple y prend des idées d'honneur, des habitudes de propreté, une sorte d'éducation. J'oubliais de dire qu'ils comptent beaucoup, surtout à Naples, sur l'augmentation de la richesse publique. Dès que le paysan a quelque argent ou un peu de terre, il prend les idées d'un bourgeois. La plantation du coton, les grands travaux qui se font de toutes parts, l'élan nouveau de l'activité privée et publique, la vente des biens ecclésiastiques contribuent à ce grand changement. Si pendant dix ans encore la France empêche l'Autriche d'envahir l'Italie, ils comptent que le nombre des libéraux sera doublé et que la nation sera faite. Voilà ce que je crois avoir démêlé... en causant avec des gens de toute classe.»]
[46: Il avait pourtant défini l'histoire «une géométrie vivante».]
[47: _Graindorge_ fut publié en volume en 1868.]
[48: Il écrivait à Havet, le 18 novembre 1885: «Je n'ai pas d'opinions arrêtées sur le présent; je cherche à m'en faire une; mais probablement je n'en aurai jamais, parce que les documents, l'éducation, la préparation me manquent. J'entends une opinion scientifique; pour ce qui est de mes impressions, j'en fais bon marché; elles sont sans valeur, comme celles de tout particulier et de tout public. Mon but est d'être collaborateur dans un système de recherches qui, dans un demi-siècle, permettra aux hommes de bonne volonté autre chose que des impressions sentimentales ou égoïstes sur les affaires publiques de leur temps. C'est dans ce but que nous avons fondé l'_École des sciences politiques_. Visiblement une pareille méthode, qui est une sorte d'anatomie sociale, choquera, dans ses premières comme dans ses dernières conclusions, beaucoup de sentiments généreux et respectables. Mais les partisans de l'expérience sont trop libres d'esprit pour ne pas accordera l'outil précieux dont ils connaissent les services, la permission de travailler partout, même au vif de leurs plus chères convictions.»]
[49: Un travail préparatoire, la traduction des lettres d'une Anglaise, témoin de la Révolution de 1792 à 1795, parut en 1872. _(Un séjour en France de 1792 à 1795)_. Le volume de l'_Ancien régime_ est de 1875, les trois volumes sur _la Révolution_ se succédèrent en 1878, 1881, 1884; le premier volume du _Régime nouveau_ parut en 1891; le second, laissé inachevé, a paru en 1893.]
[50: _Histoire de France_, II, 80.]
[51: Sa morale, nous l'avons dit, était celle de Marc-Aurèle: vivre conformément à la nature, et il dit que cette morale dépasse toutes les autres en hauteur et en vérité, qu'elle est d'accord avec notre science positive (_Nouveaux Essais de critique et d'histoire_, p. 310). Mais dans son Essai sur Jean Reynaud (_Ibid._, p. 40), il insiste sur la nécessité de ne pas mêler la morale et la religion à la recherche scientifique. Il ne faut pas que celle-ci soit gênée par des préoccupations étrangères, ni subordonner aux conceptions philosophiques la règle impérative du devoir.]
[52: Une indiscrétion a permis au _Figaro_ de publier ces sonnets au lendemain de la mort de Taine. Nous espérons qu'ils recevront une publicité plus durable que celle d'un journal; car ils méritent d'être conservés, par leur beauté propre et pour la lumière qu'ils jettent sur le caractère et les idées de leur auteur. Ce sont les seuls vers qu'il ait écrits. Leur perfection nous permet d'apprécier les dons extraordinaires d'assimilation d'un écrivain auquel plus d'un critique a refusé la facilité, trompé par sa puissance.]
[53: M. Jules Simon a consacré à Michelet une très intéressante notice, pleine de souvenirs personnels, dans le volume intitulé: _Mignet, Michelet, Henri Martin_. On trouvera aussi une étude biographique sur Michelet dans les _Études biographiques et littéraires_ de M. O. d'Haussonville.]
[54: Michelet, _Histoire de France_, II, page 80.]
[55: _Le Peuple_, page 22.]
[56: _Le Peuple_, page 26.]
[57: _Le Peuple_, page 30.]
[58: Guizot ne lui fut jamais sympathique. Ils eurent des relations assez suivies vers 1830; et quand Guizot devint ministre en 1833, il prit Michelet pour son suppléant à la Faculté des lettres. Mais le bon accord dura peu. Dès 1835, Guizot lui préféra un catholique fervent, M. Ch. Lenormant. Les hardiesses de Michelet l'effrayaient. Celui-ci, de son côté, ne goûta jamais le talent de Guizot. Il lui reprochait d'être peu français dans sa tournure d'esprit, trop anglais dans ses idées politiques, et surtout de manquer du sens de la vie. Un jour, à l'Académie, dans une discussion sur les poèmes de l'Inde, dont Guizot critiquait l'exubérance, Michelet éclata tout à coup: «Vous ne pouvez les comprendre, s'écria-t-il, vous avez toujours haï la vie.»]
[59: Dans d'intéressants articles de la _Revue politique et littéraire_ (15, 22 et 29 août 1874), M. Despois a cité un passage du cours de Michelet à la Faculté des lettres en 1835, où il expliquait comment l'historien, pour bien comprendre le passé, devait apporter à son étude, non une froideur impartiale, mais une sympathie chaleureuse, capable de s'éprendre successivement de toutes les manifestations les plus diverses de l'esprit humain. Je donne en entier ce passage curieux, dont M. Despois n'a cité que quelques lignes. On avait reproché à Michelet d'être partial en faveur de Luther. «On pourrait me reprocher également, répliqua-t-il, d'être partial en faveur des Vaudois, comme plus tard en faveur de sainte Thérèse et de saint Ignace de Loyola. C'est cependant pour l'histoire une condition indispensable que d'entrer dans toutes les doctrines, que de comprendre toutes les causes, que de se passionner pour toutes les affections. Une idée ne se produit qu'à la condition d'être dans l'esprit humain et d'aider au développement général de l'humanité. Aussi est-elle toujours bonne, toujours utile, toujours nécessaire. L'histoire déroule une vaste psychologie qui embrasse dans un ordre successif toutes les notions, toutes les facultés qui constituent l'intelligence de l'homme; chaque notion, chaque faculté se révèle tour à tour sous la forme d'un parti, d'une nation, d'une doctrine, et fait à travers les événements sa fortune dans le monde. Comment s'étonner que l'histoire trouve des sympathies pour l'homme tout entier, pour sa raison, son imagination, son coeur, pour la liberté et pour la grâce, pour le dogme et pour la morale? Qu'il recueille çà et là les parties afin de reconstruire l'ensemble et qu'il les honore et les aime toutes, puisque dans toutes il voit se refléter cette image sacrée de lui-même que Dieu a jetée dans l'homme seulement.» (_Journal de l'instruction publique_, 25 janvier 1835.)]
[60: J. Grimm fut toujours pour lui le type accompli du savant. Après la guerre de 1870, navré de la dureté que les Allemands avait montrée dans la victoire, il me disait: «Si Grimm avait été là, je suis sûr qu'il aurait protesté au nom de l'humanité et de la justice. Mais il n'y a plus de Grimm en Allemagne.» Je doute beaucoup, pour ma part, que Grimm eût protesté.]
[61: Quinet, poète, historien, philosophe, enseignait l'histoire des littératures du midi de l'Europe. Mickiewicz, le grand poète polonais, occupait la chaire de langue et de littérature slaves.]
[62: Quinet et Michelet avaient pris l'un et l'autre _les Jésuites_ pour sujet de leur cours, et firent paraître ce volume en commun, les idées développées par Michelet dans ce cours n'étaient pas nouvelles chez lui. Nous les retrouvons dans des notes de l'École normale de 1831. Il faut renoncer à la légende qui nous montre Michelet devenant hostile au catholicisme parce qu'il a été attaqué par l'abbé Des Garets.]
[63: Michelet avait fait un dépouillement très complet des registres de la Commune, détruits depuis par les incendies de mai 1871. Il en a tiré une foule de renseignements curieux qui ne se trouvent pas dans les autres histoires de la Révolution. Il avait aussi attentivement étudié les archives de Nantes pour la guerre de Vendée.]
[64: On trouvera plus loin une étude spéciale sur Michelet éducateur.]
[65: _La Sorcière_, chap. VII, au sujet du jour des morts.]
[66: _Nos Fils_, page 422. Ce culte pour les morts se montrait chez lui par des traits touchants. Il souffrait à la vue d'une tombe mal soignée, et quand il allait visiter les siens au Père-Lachaise, il lui arrivait souvent de faire orner de fleurs les tombes voisines de celles de ses proches. Il fit même une fois refaire la grille brisée du tombeau d'une personne qui lui était entièrement inconnue. Grâce à la libéralité de la Ville de Paris et à une souscription à laquelle la France entière a contribué, un admirable monument, dû au ciseau du sculpteur Mercié, honore la mémoire de Michelet, dans ce cimetière du Père-Lachaise, qui était une de ses promenades favorites.]
[67: _Le Peuple_, page 352.]
[68: Sully Prudhomme].
[69: _Histoire de la Révolution_, 2e édition, page 4.]
[70: On a dit que Michelet avait commencé, comme Victor Hugo, par être royaliste fervent. Cela est inexact. On en trouvera la preuve dans notre premier appendice sur le Journal intime de Michelet. Il appartenait à l'école libérale de la Restauration, tout en se défiant plus qu'elle du bonapartisme. Il admirait l'empereur, mais se souvenait qu'il avait ruiné son père et la France. Il évita longtemps de rien écrire sur Napoléon, se sentant trop partial contre lui. Quand, à la fin de sa vie, il entreprit l'histoire de Bonaparte, on a vu la force de ses ressentiments. Ce qui a fait croire au royalisme de Michelet, c'est qu'il donna des leçons à la fille du duc de Berry, plus tard duchesse de Parme, alors âgée de huit ans, et ressentit pour elle une tendresse dont il aima toujours à se souvenir. «Elle a ému mes entrailles de père», disait-il.--Il avait d'ailleurs un sens historique trop profond pour s'associer aux étroitesses intellectuelles des hommes de parti. Les dernières paroles qu'il a prononcées avant de mourir en sont un curieux témoignage. Sortant d'une demi-torpeur, il dit tout à coup: «On eût dû faire manger à Henri V des coeurs de lion.--Pourquoi? lui demanda-t-on.--Parce qu'il aurait eu le tempérament plus militaire.» Sans vouloir attacher un sens trop précis à ces paroles, ne semble-t-il pas que Michelet ait eu à ce moment le sentiment que la faiblesse de la France contemporaine vient de la rupture de toutes ses traditions historiques? N'a-t-il pas éprouvé un vague regret, regret d'historien et d'ami de la vieille France, en pensant qu'Henri V eût pu peut-être renouer ces traditions, s'il avait été capable de comprendre les aspirations légitimes et les besoins du monde moderne?]
[71: Sa plus vive admiration était Virgile. «Je suis né, disait-il, de Virgile et de Vico.» Il méditait un commentaire sur Virgile. Il fit en 1841 un voyage en Lombardie pour voir les lieux où Virgile a vécu et qu'il a chantés. Nous trouvons dans le _Peuple_ un témoignage éloquent de cette prédilection pour Virgile, prédilection du coeur plus encore que de l'esprit: «Tendre et profond Virgile! moi qui ai été nourri par lui et comme sur ses genoux, je suis heureux que cette gloire unique lui revienne, la gloire de la pitié et de l'excellence du coeur... (Michelet vient de parler des beaux vers de Virgile sur le boeuf de labour, et des vers à Gallus: _nec te poeniteat pecoris_). Ce paysan de Mantoue, avec sa timidité de vierge et ses longs cheveux rustiques, c'est pourtant, sans qu'il l'ait su, le vrai pontife et l'augure, entre deux mondes, entre deux âges, à moitié chemin de l'histoire. Indien par sa tendresse pour la nature, chrétien par son amour de l'homme, il reconstitue, cet homme simple, dans son coeur immense, la belle cité universelle dont rien n'est exclu qui ait vie, tandis que chacun n'y veut faire entrer que les siens». P. 232. Voyez aussi dans le _Banquet_, l'admirable chapitre sur Virgile.]
[72: _Le Peuple_, page 228.]
[73: Il fut ce _bon maître_ pour plus d'un. Il avait toujours avec lui des oiseaux, il les emmenait en voyage. Il y avait un pinson surtout à qui toute la maison obéissait.]
[74: _L'Oiseau_, page 57.]
[75: _Bible de l'humanité_, page 486.]
[76: «L'empereur Nicolas, disait-il, suffirait pour me faire croire à la vie future.»]
[77: Il eut pourtant vers dix-huit ans une période de mysticisme et de foi; n'ayant pas reçu le baptême dans son enfance, il se fit volontairement baptiser en 1816. Mais, dans ses premiers écrits, on voit que, s'il conserve du respect pour l'Église, il n'a plus la foi. Sa foi même n'a jamais été précise. Elle était plus mystique et sentimentale que dogmatique. Les dogmes n'ont jamais été pour lui que des symboles. (Voyez l'appendice).]
[78: _Mémoires de Luther_, préface.]
[79: Page 361.]
[80: Chose curieuse; à l'École normale, en 1830, il montrait dans l'avènement du christianisme le premier triomphe d'une religion de liberté sur les religions fatalistes de l'Orient. La Grâce représentait à ses yeux le libre arbitre en opposition à la loi qui était la fatalité. Combien les généralisations de ce genre, faites d'imagination et de passion, sont arbitraires et superficielles.]
[81: _Bible de l'humanité_, préface.]
[82: _Nos Fils_, page 35.]
[83: _La Montagne_, p. 344.]
[84: _Ibid_.]