Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque, et les oasis d'Audjelah et de Maradèh

Part 39

Chapter 393,092 wordsPublic domain

Le principal de ces tombeaux est construit sur un rocher taillé carrément. Il est orné à son sommet d’une frise du même style que celles que nous avons observées dans la Nécropolis de Cyrène. Il forme intérieurement une galerie, ayant de chaque côté cinq caisses ou caveaux dont les entrées sont ornées de frises simples, mais d’un bon goût. Au- dessus des caveaux est un second étage divisé en plusieurs pièces. Les autres tombeaux ou masses carrées que l’on aperçoit auprès de celui dont nous venons de parler, sont formés par des rochers isolés, dans l’intérieur desquels on a taillé une ou plusieurs chambres. L’extérieur est taillé à peu près en carré d’une manière assez grossière.

PLANCHE LXXI.

PLAN, COUPE INTÉRIEURE ET DÉTAILS DU GRAND TOMBEAU, SITUÉ A L’OUEST DE PTOLÉMAÏS.

_Voyez_ Relation, pages 180 et 181.

PLANCHE LXXIII.

INSCRIPTION GRAVÉE SUR UNE CASERNE ANTIQUE A PTOLÉMAÏS.

PLANCHES LXXIV, LXXV, LXXVI, LXXVII, LXXVIII.

(_Cette dernière porte par erreur le no LXXIX._)

INSCRIPTIONS DE PTOLÉMAÏS.

PLANCHE LXXIX.

INSCRIPTIONS GRAVÉES SUR LES TOMBEAUX DE PTOLÉMAÏS.

PLANCHES LXXX, LXXXI, LXXXII, LXXXIII, LXXXIV, LXXXV, LXXXVI.

INSCRIPTIONS TROUVÉES A TEUCHIRA.

PLANCHE LXXXVII.

ENCEINTE DE L’ANCIENNE VILLE DE TEUCHIRA.

Les ruines de cette ville sont entourées d’une muraille d’enceinte, formant un carré irrégulier de deux milles environ de circonférence. Cette muraille, d’une belle conservation, et flanquée de tours à ses angles, a été redressée avec des matériaux d’édifices anciens.

_a._ Bassins taillés dans la roche et creusés à leurs parois en grottes sépulcrales.

_b._ Grande tour au centre de laquelle est un puits.

_c._ Tours quadrangulaires qui servaient à défendre la ville.

_d._ Côté de l’enceinte qui côtoie les bords de la mer ; il est presque totalement détruit.

PLANCHE LXXXVIII.

VUE D’UNE GROTTE SÉPULCRALE, APPARTENANT AU MOYEN AGE, ET FAISANT PARTIE DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.

PLANCHE LXXXIX.

RUINES D’UN GRAND MONUMENT SARRASIN A LADJEDABIAH.

PLANCHE XC.

VUE D’UN CHATEAU SARRASIN A LADJEDABIAH.

On trouve ces ruines à treize lieues du cap Carcora, à trois des bords de la mer. _Voyez_ Relation, pages 268 et 269.

PLANCHE XCI.

VUE D’UN VILLAGE EN BRANCHES DE PALMIERS, A L’OASIS DE MARADÈH.

A peu près au centre de Maradèh proprement dite est un rocher sur lequel sont les ruines d’un village, ayant un mur d’enceinte, et construit en pierres et terre : de ce point, on aperçoit toute l’étendue de l’Oasis au Nord de ces ruines ; derrière une petite chaîne de monticules ou rochers, qui divisent cette Oasis en deux parties, sont les ruines d’un autre hameau construit de la même manière que le précédent, ayant au milieu une espèce de tour carrée, comblée maintenant, et qui a dû servir de lieu de défense aux anciens habitants. Les nomades des environs de la Syrte viennent chaque année y recueillir les dattes ; mais n’osant résider dans les villages ruinés, livrés au pouvoir des esprits, ils se sont construit séparément des habitations en branches de palmiers.

PLANCHE XCII.

VUE DE L’OASIS DE LECHKERRÈH, VOISINE D’AUGILES.

Dans cette Oasis, de même qu’à Maradèh, il n’y a point de village bâti, ce sont des huttes en branches de palmiers, entourées d’une enceinte de même nature. Les Arabes de Barcah y viennent séjourner en été avec leurs bestiaux, y sèment un peu d’orge, et recueillent les dattes, pour lesquelles ils paient un tribut au pacha de Tripoli. Je n’y ai trouvé qu’une dixaine d’hommes qui y sont domiciliés, et dont les ressources consistent en quelques chèvres. Ces habitants sont loin d’offrir l’aspect malheureux de ceux de Maradèh. On voit à Lechkerrèh un grand carré, ou enceinte fermée par un mur peu élevé, construit en pierres et terre, et ayant intérieurement à chaque angle une espèce de tour dont l’entrée est au-dessus du niveau du sol. Cette bâtisse et une autre d’une moins grande dimension qui est à côté, quoique toutes les deux fort ruinées, m’ont paru avoir été faites par les Arabes.

PLANCHE XCIII.

NÉGRESSE DU SOUDAN.

Cette planche représente un groupe de jeunes négresses du Soudan, contrée de l’Afrique intérieure, avec lesquelles j’ai eu l’occasion de traverser des zones de sable : la régularité de leurs traits, la douceur animée de leurs grands yeux noirs, et la svelte souplesse de leur taille sont loin de présenter ces difformités du nez et des lèvres qui caractérisent la plupart des africaines.

PLANCHE XCIV.

DROMADAIRE BICHARIÈH, AVEC SES HARNAIS NUBIENS.

PLANCHE XCV.

_Céraste._

PLANCHE XCVI.

_Geranium uniflorum_ (n. s.).

_Ornithogalum sessile_.

PLANCHE XCVII.

_Senecio orientalis_.

_Echium cyrenaïcum_.

PLANCHE XCVIII.

_Stachis latifolia_.

_Euphrasia cyrenaïca_.

PLANCHE XCIX.

_Ranunculus asiaticus_.

PLANCHE C.

_Nouveau genre de la famille des cyprès ; il croît auprès de la fontaine d’Apollon._

FIN DE L’EXPLICATION DES PLANCHES.

[Note 393 : L’auteur de la Relation n’a d’autre mérite, pour la plupart des planches, que d’avoir pris sur les lieux, aussi fidèlement qu’il lui a été possible, les croquis qui ont servi, sous sa direction, à MM. Courtin et Adam fils à faire les dessins qui composent cet Atlas.]

NOTES SUR LES INSCRIPTIONS DE LA CYRÉNAÏQUE,

=PAR M. LETRONNE.=

* * * * *

Parmi les inscriptions rapportées par M. Pacho, il n’en est qu’un petit nombre qui présentent de l’intérêt sous le rapport de l’histoire ou de la langue. Le reste n’offre que des noms propres. Un travail assez étendu sur ces inscriptions, que j’avais remis à M. Pacho, quelque temps avant sa mort, ne s’est point retrouvé. Dans les instans de trouble et d’égarement d’esprit qui ont précédé cette horrible catastrophe, cet infortuné voyageur a brûlé indistinctement, à ce qu’il paraît, un grand nombre de papiers, et mon manuscrit y a passé avec d’autres choses sans doute plus importantes. N’en ayant pas gardé de copie, je devrais le recommencer ; mais le temps me manque. On ne trouvera donc ici que le fragment que j’en avais détaché et publié dans le Journal des Savans, mars et mai 1828, et qui heureusement concerne les plus intéressantes de ces inscriptions. Pour les autres, comme elles ne renferment le plus souvent que des noms propres, on voudra bien se contenter d’une indication sommaire. Il en est même que je passerai tout-à-fait sous silence, parce que les copies de M. Pacho m’ont paru pouvoir suffire au lecteur instruit : on aura donc à peu près tout ce que mon travail pouvait offrir de réellement utile ; on ne perdra que quelques rapprochemens paléographiques ou chronologiques d’un médiocre intérêt.

CYRÈNE.

PL. LXII.

No 1. Cette inscription est la seule qui soit en vers ; c’est une épitaphe en vers élégiaques qui, par son sujet et son mérite, peut enrichir l’anthologie grecque.

En voici le texte restitué et la traduction[394] :

L. ~ΚΘ~. Τῖτος Πετρώνιος

Καπίτων, ἐτῶν ~ΔΚ~.

Βαιόν σοι τὸ μεταξὺ βίου θανάτοιό τ’ ἔθηκε

καὶ τύμβου, Καπίτων, καὶ θαλάμοιο, Τύχη,

Νύκτα μίαν ψεύϛιν, καὶ ἀνηλέα, τὴν ἄνις αὐλῶν,

τὴν δίχα σοι παϛῶν, τὴν ἄτερ εἰλαπίνης·

Αἲ, Αἲ τὴν ἐπὶ πέπλα, καὶ εἰς ἀμύριϛα πεσοῦσαν

ϛέμματα, καὶ βίβλους σεῖο, πρόμοιρε, τέφρην.

Οἲ θρήνοισι βοητὸν ὑμήναον· οἲ προκελεύθους

λαμπάδας ὑϛατίου καὶ κενεοῖο λέχους.

L’an XXIX. Titus Petronius Capiton, âgé de 24 ans.

La Fortune, Capiton, n’a mis pour toi, entre la vie et la mort, entre l’hymen et la tombe, que l’intervalle d’une seule nuit, trompeuse, impitoyable, sans instrumens de fête, pour toi sans lit nuptial, sans festin. Infortuné jeune homme ! La poussière est tombée sur tes vêtemens de noce, tes bandelettes non encore parfumées, tes couronnes de biblus. Ah ! des gémissemens ont été ton chant d’hyménée ! Ah ! Hélas ! les flambeaux t’ont conduit à la couche dernière, que personne ne doit partager.

Selon l’usage des inscriptions funéraires qu’on trouve en Cyrénaïque, on a exprimé la date de la mort en années du règne du prince, mais sans indiquer le nom de ce prince. Cet usage singulier, et dont je ne puis m’expliquer le but, jette beaucoup d’obscurité sur l’époque de ces monumens. Ici, il n’y a point d’incertitude ; les noms Titus Petronius annoncent l’époque romaine, et l’année 29 ne peut convenir qu’à Auguste, puisque le règne d’aucun autre empereur n’a duré 29 ans. Le monument est donc de l’an 3 de notre ère.

L’épitaphe suit l’énoncé de la date. Les lettres numérales ~ΔΚ~ sont placées en sens inverse, comme dans les inscriptions de Syrie. J’en ai vu plusieurs exemples parmi celles de la Cyrénaïque ; je n’en connais pas un seul sur les monumens de l’Égypte. Si j’en ai bien compris les détails, Titus Petronius Capiton est mort la nuit même qui devait être celle de ses noces. De là une opposition assez touchante entre les cérémonies nuptiales et les cérémonies funèbres. Il y a dans l’Anthologie une épigramme de Méléagre sur une jeune fille, morte aussi la veille de son mariage[395] ; elle l’emporte en grace et en correction ; mais je ne sais si l’inscription de Cyrène n’est pas d’une tournure plus ingénieuse.

Il n’y eut qu’une _seule nuit_ (νὺξ μία), faible intervalle (βαιὸν τὸ μεταξὺ) entre l’hymen et la tombe (θαλάμου καὶ τύμβου) : les épithètes ψεύϛιν [_trompeuse_] et ἀνηλέα [_impitoyable_] semblent convenir mieux à la _fortune_, auteur du mal, qu’à la _nuit_, qui n’en a été que le témoin. La forme ψεῦϛις, pour le féminin de ψεύϛης, n’est pas connue ; on ne trouve que ψεύϛρια ou ψεύϛειρα. Cette nuit malheureuse fut ἄνις αὐλῶν _sine tibiis_, c’est-à-dire, qu’on n’entendit pas retentir le son des flûtes (αὔλημα τὸ γαμήλιον) qui accompagnait la marche des jeunes époux le jour de la noce[396] ; aussi la veille de ce jour s’appelait- elle προαύλια[397] ; et c’est pour cela que Philippe de Thessalonique dit de Vénus qu’elle aime λιγυρῶν αὐλῶν ἡδυμελεῖς χάριτας[398].

Τὴν δίχα σοι παϛῶν. Le παϛὸς était proprement l’alcôve du lit, ou l’ensemble des rideaux qui l’enveloppaient[399] ; ce mot est ici pris comme synonyme de θάλαμος ; et δίχα παϛῶν est pour δίχα παϛοῦ : le pluriel est commun en ce cas. Ainsi, Méléagre, dans son épigramme déja citée : καὶ θαλάμων ἐπλαταγεῦντο θύραι[400] ; dans une adespote, on lit : πρόσθεν ἐμῶν θαλάμων[401] ; dans une de Persès : ὡραίους ἤγαγεν εἰς θαλάμους[402] ; ailleurs les deux mots sont réunis : ἐκ δ’ ἐμὲ παϛῶν νύμφην κἀκ θαλάμων ἥρπασ’ ἄφνως Ἀΐδας[403] ; enfin, dans une épigramme d’Agathias le scholastique : οὐδ’ ἐπὶ παϛοὺς ἠγάγετο[404]. C’est ce vers qui montre que Capiton était mort avant d’avoir conduit sa nouvelle épouse au domicile conjugal où se donnait le banquet de noces.

Αἲ, αἲ τὴν... τέφρην. Ainsi Méléagre : Αἲ, αἲ τὰς μαϛῶν ψευδομένας χάριτας[405] ; et Philippe de Thessalonique : αἲ, αἲ πέτρον ἐκεῖνον[406]. Les leçons πεσοῦσαν et βίβλους pour βίβλου me semblent certaines ; et le pronom σεῖο se rapporte aux mots qui précèdent, et non pas à τέφρην.

Voilà pour la syntaxe de ces deux vers ; mais les mots et le sens présentent plus d’une difficulté. Qu’est-ce que la _cendre_ TOMBÉE _sur ses voiles, ses bandelettes ou guirlandes_, etc. Cela se rapporte-t-il à quelque usage inconnu ! Je ne le pense pas. Il n’y a là, je crois, qu’une impropriété d’expression.

D’abord, il me semble que πέπλα, ϛέμματα et βίβλοι σεῖο, désignent les vêtemens et les ornemens que portait Capiton. Nous voyons dans Chariton[407], que Callirhoé, nouvelle mariée, fut mise dans la tombe, couverte de toute sa parure de noce et de la couronne qui avait orné son front le jour de son mariage ; ce qui rappelle l’usage encore subsistant en Épire, où les époux sont parés, le jour de l’enterrement, de leurs couronnes nuptiales, quand ils n’ont pas changé de lien[408]. C’est, je pense, la parure de noce de Capiton que désignent les mots πέπλα, ϛέμματα et βίβλοι. Le premier désigne, par une expression spécifique, le vêtement en général, la ϛολὴ ou ἐσθὴς νυμφικὴ de Chariton, la γαμικὴ χλανὶς d’Aristophane[409], la robe préparée pour la noce, et que Chariton n’avait pu revêtir. Admète, dans Euripide, emploie le même mot, quand, après les funérailles d’Alceste, il rentre seule dans son palais : il compare les habits de deuil, μέλανες ϛολμοὶ, qu’il porte maintenant, aux vêtemens blancs, λευκὰ πέπλα, qui le paraient le jour qu’il y conduisit son épouse chérie[410]. Les ϛέμματα pourraient être des guirlandes ; je crois plutôt que ce sont les _bandelettes_ (λημνίσκοι, _infulæ coronarum_) des couronnes qui devaient parer la tête de Capiton ; et βίβλοι doit désigner ces couronnes elles-mêmes : les mots ταινίαι et ϛέφανοι se trouvent souvent ensemble[411]. Il y avait une espèce de _biblus_ appelée ϛεφανωτρὶς, dont on tressait des couronnes. Agésilas, en Égypte, s’en était servi au témoignage de Théopompe[412] ; et Appien dit de Pharnace : βίβλον τις πλατεῖαν φέρων ἐξ ἱεροῦ ἐϛεφάνωσεν αὐτὸν ἀντὶ διαδήματος[413]. La fleur du biblus était-elle, en Cyrénaïque, employée spécialement aux couronnes nuptiales ? je l’ignore. Βίβλοι signifie donc ϛέφανοι ἐκ βίβλου, comme λωτοὶ, dans Méléagre[414], signifie des _flûtes_, αὐλοὶ ἐκ λωτοῦ, parce qu’on faisait avec le lotus une espèce de flûtes qu’Euripide appelle λίβυς λωτὸς[415], et qu’il nomme ailleurs λίβυς αὐλός[416]. L’épithète ἀμύριϛα jointe à ϛέμματα annonce qu’on n’avait pas eu le temps de parfumer ni les bandelettes, ni les couronnes ; ce qui s’explique par un passage d’Aristophane, où l’on voit qu’on ne les parfumait qu’au moment de conduire la mariée.... οὔτε μύροισιν μυρίσαι ϛακτοῖς ὁπόταν νύμφην ἀγάγησθον[417].

Maintenant que signifie : « Hélas ! la cendre _tombée_ sur les vêtemens, les bandelettes, etc. ! » Cela ferait-il allusion à quelque usage inconnu, pour nous, de jeter de la cendre sur le linceul et les ornemens du mort ! L’expression πεσοῦσα me fait croire que τέφρη, cendre, par une impropriété d’expression peu surprenante dans cette épitaphe, a le sens de κόνις, employé souvent pour γῆ ou χθών. Ainsi : κούφη τοι γὰρ ἐμοὶ πέλεται κόνις[418] ; et ἀλλὰ τὰ [sc. ὀϛέα] μὲν κεύθει μικρὰ κόνις ἀμφιχυθεῖσα[419]. Le mot κόνις étant un synonyme de τέφρη, dans l’acception de _cendre_, le poète a cru que τέφρη pouvait se prendre pour un synonyme de κόνις dans le sens de _poussière_. Si τέφρη est pris ici pour κόνις, on voit que ἡ ἐπὶ πέπλα πεσοῦσα τέφρη revient à ἡ ἐπὶ π. πεσ. χθὼν ou γῆ et se rapporte à la _terre_, à la _poussière_ qui _tombe_, que l’on _jette_ sur le cadavre du mort, ce qui est exactement analogue à l’expression d’Euripide : κούφα σοι | χθὼν ἐπάνω ΠΈΣΕΙΕ, γύναι[420] ; et à cet autre du même : κακοῖς δ’ ἔφ’ ἔρμα ϛερεὸν ῈΜΒΆΛΛΟΥΣΙ γῆς[421]. Je crois que c’est là le sens que notre poète a donné à ces deux vers.

Οἲ θρήνοισι βοητὸν ὑμήναον : le poète, ayant besoin d’un dactyle, a suivi ; pour ce mot, une orthographe singulière, en écrivant ὑμήναον au lieu de ὑμέναιον. On peut citer, pour son excuse, un passage de Sapho, cité par Héphestion, où de bons critiques ont laissé ὑμήναον[422]. On ne connaît que les composés ἀμφιβόητος, διαβόητος, ἐπιβόητος, περιβόητος et ἀβόητος[423]. Le simple βοητὸς ne s’est encore trouvé nulle part ; mais il n’a rien d’illégitime. L’expression rappelle le βοάσατ’ εὖ τὸν ὑμέναιον, ὦ, | μακαρίαις ἀοιδαῖς | ἰακχαῖς τε νύμφαν d’Euripide[424]. Quant à la pensée, on en retrouve l’équivalent dans le θρῆνος ὀ ὑμέναιος d’Achilles Tatius[425], le εἰς δὲ γόους ὑμέναιος ἐπαύσατο de Parménion[426] et le θρῆνος δ’ εἰς ὑμέναιον ἐκώμασεν de Philippe[427]. Mais ici la tournure est plus vive et plus expressive. L’_hyménée_ se chantait surtout après le festin de noce, lorsque les deux époux étaient conduits dans l’appartement conjugal[428] ; et de là, cette ingénieuse expression, dans l’épitaphe d’une jeune fille : οὐ δ’ ὑμέναιον | ᾖσέ τις οἰνοχαρὴς πρόσθεν ἐμῶν θαλάμων[429]. Capiton, conduit, non pas au lit nuptial, mais à la tombe, a eu des gémissemens pour chant d’hyménée.

Il y a encore dans la dernière phrase une dilogie ingénieuse qui repose sur ce que la marche des jeunes époux, comme le cortége funéraire, était précédée par des flambeaux, désignés ici d’une manière pittoresque par les mots προκέλευθοι λαμπάδες λέχους. Les flambeaux d’hymen conduisaient au lit nuptial ; les flambeaux funèbres, à la couche dernière, idée exprimée dans l’épigramme de Méléagre : αἱ δ’ αὐταὶ καὶ φέγγος ἐδᾳδούχουν παρὰ παϛῷ | πεῦκαι, καὶ φθιμένᾳ νέρθεν ἔφαινον ὁδόν.

Il se pourrait que κενὸν (λέχος) signifiât simplement _vain, inutile, stérile_, comme κενεαὶ ὠδῖνες dans Méléagre[430], et κενεὸς τάφος dans Grégoire le théologien[431]. Mais je crois que l’auteur lui a donné le sens propre de _vide, désert, solitaire_ ; Euripide fait dire à Admète : πέμπουσί μ’ ἔσο λέκτρων κοίτας ἐς ἐρήμους[432] ; et à la place du mot ἔρημος, il emploie κενὸς, un peu plus bas, γυναικὸς εὐνὰς εὖτ’ ἂν εἰσίδω κενάς[433]. Au lieu d’être conduit au lit nuptial, où devait se trouver la jeune mariée, Capiton est porté au lit funèbre qu’il occupe tout seul. D’ailleurs, s’il avait été marié, ce lit funèbre aurait été partagé un jour par sa femme, parce que la femme et le mari étaient le plus souvent renfermés dans le même tombeau : mais la couche dernière de Capiton est et sera toujours solitaire. C’est ce double sens qui me paraît compris dans le mot κενός.

No 2. C’est la seule peut-être de toute la collection qui soit antérieure aux Lagides ; elle ne contient malheureusement que des noms propres, sans même qu’on sache à quelle affaire ils se trouvent liés, et quel est l’objet du monument.

PL. LXIII.

No 1. Fragment d’inscription latine destinée, à ce qu’il paraît, à mentionner la dédicace ou l’érection d’un portique faisant partie d’un _Cesareum_, ou monument consacré à Jules César : l’inscription doit être du règne d’Auguste. (V. le voyage, p. 219 et suiv.)

No 2. Cette inscription est placée au-dessus d’une fontaine d’Apollon ; il faut la lire :

L. ~ΙΓ~ Διονύσιος Σώτα, ἱερειτεύων[434] τὰν κράναν ἐπεσκεύασε. « L’an XIII. Dionysius, fils de Sotas, exerçant la prêtrise, a réparé la fontaine. »

Cette fontaine est tout près de ruines considérables qui ont appartenu à un temple. Ce sont la fontaine et le temple d’_Apollon_, si célèbres à Cyrène[435] ; les doutes à cet égard sont levés par le fragment de dédicace impériale. (no 10 de cette même pl.) M. Pacho l’a copié d’après sur une bande de marbre blanc, courbée comme l’arc d’un hémicycle et dont il occupe la courbe intérieure. Je soupçonne que ce bloc faisait partie du dossier d’un _exèdre_ qui a dû être fort grand ; car le bloc qui a deux pieds de long, est très-légèrement courbé. Cet édifice fut élevé en face du temple d’Apollon, avec l’argent fourni par les prêtres, comme le dit l’inscription dont il ne reste que ceci.

·------------------------------------------------+ · ΤΩ ΣΕΒΑΣΤΩ ΑΡΧΙΕΡΕΩΣ ΣΩΤΕΡΙΑΣ ΚΟΙΝΤΟΣ ΛΟΥΚΑΝΙΟ | · | · ΤΟ ΣΕΚΤΑΣΙΩΝ ΤΩ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΙΕΡΕΩΝ ΕΠΙΔΟΣΙΟ | · | · ΑΝΕΘΗΚΕΝ. | ·------------------------------------------------+

Les mots ΤΩ ΣΕΒΑΣΤΩ ΑΡΧΙΕΡΕΟΣ qui commencent la seconde ligne annoncent qu’il s’agit d’Auguste. La place du mot ἀνέθηκεν qui a dû correspondre au milieu de l’inscription indique qu’il manque aux deux lignes précédentes trente-deux à trente-quatre lettres. Ces indications suffisent pour rétablir la première ligne ; quant à la seconde, cela est tout-à-fait impossible, puisque la lacune a dû être remplie par les titres de Quintus Lucanus qu’on ignore, et par le nom de l’édifice qu’on ne connaît pas davantage. Voici la lecture de ce qui existe encore, et la restitution de ce qu’il est possible de rétablir sans arbitraire.

+-------------------------------------+--------------------------------+ |Ὑπὲρ τῆς αὐτοκράτορος Καίσαρος, θεῶ ὑ|ιῶ, Σεβαϛῶ, ἀρχιερέως, σωτηρίας,| | |Κόϊντος Λουκάνιος | | | | |. . . . . . . . . . . . . . . . . . .|. . . ἐκ τᾶς τῶν Ἀπόλλωνος | | |ἱερέων ἐπιδόσιος | | | | | |ἀνέθηκεν. | +-------------------------------------+--------------------------------+

« Pour le salut de l’empereur César, fils du dieu [César], Auguste, grand pontife, Quintus Lucanius [. . . . . . . . a élevé ce . . . . . . . .], avec la contribution fournie par les prêtres d’Apollon. »

Le seul changement que je me sois permis, c’est de faire un ι du τ au commencement de la première ligne, pour avoir la fin du mot υἱῶ (dor. pour υἱοῦ). Le mot ἐπίδοσις a le sens de _erogatio publicè facta_.

No 3. Κλαυδία Βενόστα Κλαυδίου Καρτισθένους Μελίορος θυγάτηρ τὰν Κόραν καὶ τὸν ναὸν ἐκ τῶν ἰδίων ou bien ἐκ τῶν ἰδίων καὶ τὸν ναόν. « Claudia Venusta, fille de Claude Cartisthène Melior, [a élevé] à ses frais [la statue de] Proserpine en ce temple. »

Inscription du temps de l’empereur Claude ou de Néron. L’expression τὰν Κόραν pour τὸ τᾶς Κόρας ἄγαλμα a été expliquée ailleurs[436]. Claudia Venusta avait fait élever à ses frais et _la statue et le temple_. Ainsi dans une inscription de Syrie[437] ... τὸν ναὸν καὶ τὸ ἄγαλμα ἐκ τῶν ἰδίων ἀνέθηκεν. Ce qui distingue celle de Cyrène, c’est que le verbe manque, sans qu’il en résulte la moindre équivoque.

La même observation s’applique à celle du No 4, qui constate que la même _Claudia Venusta_ avait élevé une _statue et un temple_ à Bacchus. Κλαυδία Βενόστα Κλαυδίου Καρτισθένους Μελίορος θυγάτηρ Διόνυσον ἐκ τῶν ἰδίων σὺν τῷ ναῷ.

Νo 5. Κλαυδίαν Ἀρατὰν Φιλίσκω θυγατέρα, φύσει δὲ Εὐφάνους, ματέρα Κλαυδίας Ὀλυμπιάδος, αἰωνίω γυμνασιαρχίδος, ἀρετᾶς ἕνεκα, Κυραναῖοι. « Les Cyréneens [ont honoré par ce monument], à cause de sa vertu, Claudia Arété, fille de Philiscus par adoption, d’Euphanès par nature, mère de Claudia Olympias gymnasiarque perpétuelle. »

Cette inscription est du même temps que les deux précédentes. Ἀρατὰ pour Ἀρετή, dorisme comme Ἄρταμις, τράχω, ἅτερος pour Ἄρτεμις, τρέχω, ἕτερος.

Φύσει δὲ, _par nature_, ce qui indique que Philiscus n’était que père adoptif. La même formule se lit ailleurs[438]. D’autres fois, on nommait le premier le père naturel, comme ἐπὶ ἱερέως Μέμονος τοῦ Ὀρεστείδου, κατὰ δὲ ποίησιν Εὐωνύμου[439].

La fonction de gymnasiarque était aussi exercée par les femmes[440] ; mais la forme γυμνασίαρχος sert ordinairement pour les deux genres.

No 7. Le nom propre est estropié : il paraît être celui d’une femme, Σαλυΐα, _Salvia_. L’inscription n’est remarquable que par le monogramme qu’on pourrait prendre pour celui du Christ, puisqu’il offre réellement les lettres ΧΡ, ce qui, avec les trois autres lettres ΑΙΝ, donne le mot χάριν (εὐνοίας). C’est le seul exemple que j’en connaisse.

No 8. Fragment de l’inscription funéraire de Lucius Vibius Cattabus, fils de Lucius (Vibius Cattabus) ; il paraît y avoir eu [_faciendum_] _coeravit_ (pour _curavit_) : la même inscription était répétée en grec au bas. Il paraît y avoir Λεύκιος ὁ ὑὸς Λευκίου Κάτταβος... ὃς ἐποίησε. Ce n’est pas la seule fois que _faciendum curavit_ a été rendu par ἐποίησε.

No 9. Inscription chrétienne d’un bas temps, pleine de fautes d’orthographe : κῖτε pour κεῖται, est fréquent dans les monuments de cette époque, de même que κὲ pour καὶ, τέθικαν pour τέθεικαν, iotacisme ; θεῶ pour θεοῦ, reste de dorisme.

Διμιτρία θυγάτηρ Γαίου τοῦ ὠνησαμένου τὸ μνῆμα τοῦτο ἐνθάδε κῖτε μετὰ τοῦ υἱοῦ αὐτῆς θεῶ δούλου· οὗτοι ἐτελεύτησαν ἐπὶ.... Μαξίμου γενομένου· τέθικαν αὐτοῖς Κάλλιππος ὁ ἀνὴρ αὐτῆς κὲ υἱὸς αὐτοῦ Γαῖος κὲ γαμβρὸς αὐτοῦ Πανύβουλος καὶ μνήθητο αὐτῶν· ἐντὸς πηχῶν.

Démétria, fille de Gaius, qui a acheté ce monument, repose ici, avec son fils, serviteur de Dieu.