Recueil de chansons en patois de la Bresse

Part 3

Chapter 33,613 wordsPublic domain

Bons payjons, pe gardau l'Espezhanche, Gardins la foi dè cha simplicitau; Pe mezetau de tui la confianche, Gardin nous biè de mèti, de trompau; Pe zh'ètre amau, ne sheurshin pau la gara; A cè qu'on fon, baillin on peu de pon; Efin pe zh'étre èdèpèdè su tara, Meu bon j'amis, demeuzhin payjon. (_bis_)

6

Bons Paysans, pour garder l'Espérance, Gardons la foi dans sa simplicité; Pour mériter de tous la confiance, Gardez-nous de mentir, de tromper; Pour être aimé, ne cherchons pas la guerre; A ceux qui ont faim, donnons un peu de pain; Enfin pour être indépendant sur terre, Mes bons amis, restons paysan. (_bis_)

LOU BATÉMOU D'ON GACHON

LE BAPTÊME D'UN GARÇON

De plazi de pardou la téta On me bateye on greu gachon, E fau qu'on fache tui biè la fèta, Api qu'on bave ou plein pouchon.

De plaisir je perds la tête On me baptise un gros garçon, Il faut qu'on fasse tous bien la fête, Et puis qu'on boive un plein tonneau.

REFRAIN

Leu bon brachon font la ripaille Pe lou batémou d'on gachon, Pe tui biè fauzhe bredifaille, Que la vieula ch'aqueurde } (_bis_) Avoua neutra shèchon. }

REFRAIN

Les bons bressans font la ripaille Pour le baptême d'un garçon, Pour tous bien faire bredifaille, Que la vieille s'accorde } (_bis_) Avec notre chanson. }

2

Quezenizhe qu'on che dèpashe D'allau quezhi vé lou beushi, Reuti de vé, frecacha de vashe, Pi de poulaille u poulali.

2

Cuisinières que l'on se dépêche D'aller chercher vers le boucher, Rôti de veau, fricassée de vache, Puis des poules au poulailler.

3

Pe cheti voui, point de quatrouille, Point de pa, point de j'hazbicau, Point d'échcargou, point de renouille Et faut qu'on reboute u fricau.

3

Pour aujourd'hui point de pommes de terre, Point de pois, point d'haricots, Point d'escargots, point de grenouille Il faut qu'on «reboute»[3] au fricot.

4

De j'ole chon rèzhia è fache Du foua, d'on grou fagou bredau, Etèdivou frejoulau la cache, La frecacha vou monte u nau.

4

Des marmites sont rangées en face Du feu, d'un gros fagot bridé, Entendez-vous rissoler la poèle, La fricassée vous monte au nez. 5

Zheunou magna, zeune female, Shètau, dêchau, faite des fos, Pèdè qu'allietau su jo chale, Tin qu'à demon bezhon leu vios.

5

Jeunes magnats, jeune femelles, Sautez, dansez, faites les fous, Pendant que collés sur leur chaise, Jusqu'à demain boiront les vieux.

6

Coumèzhe, aku don de froumaille Su la marmaille, à plin-ne mon; Pi l'è que vin à neutre z'époujaille, Y dèchezhon lou rigoudon.

6

Commère, jette donc des dragées Sur la marmaille, à pleines mains; Puis l'an qui vient à nos épousailles, Ils danseront le rigodon.

[3] «Rebouter»—renoncer pour ne plus pouvoir manger.

LEU PAŸON VAILLON BIN LEU MONSU

LES PAYSANS VALENT BIEN LES MESSIEURS

1

On di qu'è ya de monsu pe zh'a prède D'è mou é fo de ruja è crétins. E païjon pe pouva è revèdre, E fau ma fa che révelie matin. (_bis_) Honnête et franc, méprijè la carrouta, Pre lui l'honneu pache avè leu z'écu. Pi sé chazi de baille na calouta, Leu payjons vaillon bin leu monsu.

1

On dit qu'il y a des messieurs pour apprendre De l'esprit aux fous de la ruse aux crétins. Aux paysans pour pouvoir en revendre, Il faut ma foi se réveiller matin. (_bis_) Honnête et franc, méprisant la carrotte, Pour lui l'honneur passe avant les écus. Puis s'il s'agit de donner une calotte, Les paysans valent bien les messieurs.

2

Qué, à douje è d'allauva à l'écœula, D'apreniva, lou valin dé shemin, A goulattau à biè fauzhe la reuva; Què on monsu me traiti de gamin. (_bis_) Y m'appeli: Païjon la beshache. L'y répondi: te m'au l'air d'on canu. On s'épegni tui deu pe la tegnache, Leu païjon vaillon bin leu monsu.

2

Quand, à 12 ans, j'allais à l'école, J'apprenais, le long des chemins, A colleter à bien faire la roue; Quand un monsieur me traita de gamin. (_bis_) Il m'appela: Paysan la besace. Je lui répondis: Tu m'as l'air d'un canut. On s'empoigna tous deux par la tignasse, Les paysans valent bien les messieurs.

3

Vé meu quinjê, d'ava zhia lou vezazhou Garni de pa, nazhayè chou lou nau; E n'ave pau, dè tou lou vezenazhou, On ga ple dra, on cadé mio plètau. (_bis_) De pourtauva mon shapé su l'ourellie, Mio qu'on préfet ne peurte chon cournu; Sè le parlau, d'amauva zhia fellie. Leu païjon vaillon bin leu monsu.

3

Vers mes quinze ans, j'avais déjà le visage Garni de poils, noircissant sous le nez; Il n'y avait pas dans tout le voisinage, Un gars plus droit, un cadet mieux planté. (_bis_) Je portais mon chapeau sur l'oreille, Mieux qu'un préfet ne porte son cornu; Sans leur parler, j'aimais déjà les filles. Les paysans valent bien les messieurs.

4

Mé à vingt è, é fu bin autre seuje; N'ava biè sui pau mon métie à Pazhi. De fu noumau pe ma taille, ma feuche, Lou peurte-drapeau des conchcri du paï (_bis_) De tui leu lion, toute le zheune fellie E me va-yé m'avalauvon dè z'u, Ne sezhe t'eu que pe zhouhie à le guellie, Leu païjon vaillon bin leu monsu.

4

Mais à vingt ans, ce fut bien autre chose; Je n'avais bien sûr pas mon maître à Paris. Je fus pommé pour ma taille, ma force, Le porte-drapeau des conscrits du pays (_bis_) De tout côté, toutes les jeunes filles En me voyant m'avalaient des yeux, Ne serait-ce que pour jouer aux quilles, Les paysans valent bien les messieurs.

5

On peu ple ta, què vin sizhon le garre, Qu'on éclatau, pe la révolution; E combattè, dè toute le bagarre, D'ézha touzhou placha u premi ron (_bis_) Pédè cho tin, è deri le vatezhe Sharrayovon leu monsu trou vètru, Dè leu comba lèchau me vou zeu dezhe, Leu païjon vaillon bin leu monsu.

5

Un peu plus tard, quand arrivèrent les guerres, Qui ont éclaté, pour la Révolution; En combattant dans toutes les bagarres, J'étais toujours placé au premier rang (_bis_) Pendant ce temps, en arrière, les voitures Traînaient les messieurs trop ventrus, Dans les combats, laissez-moi vous le dire, Les paysans valent bien les messieurs.

6

Mé, meu z'éfè, la feuche, lou couzhazhou, Qu'avon de ma fè on preu, on vaillè Ou déclinau, de sintou que de plaïou Chou mon pa blanc, chou meu quatrou-vin-z è (_bis_) Mé che pretè quèbrin zh'ai de bequellie, Quéque monsu me dije: T'é foutu; D'amezha greu li fretau le j'ouzhellie. Leu païjon vaillon bin leu monsu.

6

Mais, mes enfants, la force, le courage, Qui avaient de moi fait un preu, un vaillant Ont décliné, je sens que je plie Sous mes cheveux blancs, sous mes 80 ans (_bis_) Mais si pourtant, quoique j'aie des béquilles, Quelque monsieur me disait: Tu es fichu; J'aimerais bien lui frotter les oreilles. Les paysans valent bien les messieurs.

LA CHOUP' È VIN

LA SOUPE AU VIN

1

L'èzhon bin nava tra coumèzhe Vè la Maria, vè la Maria, Que che dejon yena à l'autra, Eya pedia, éya pedia Eya pri mau à la Liaudinna, Cheti matin, cheti matin, Fin li don vivamè na choup'è, Na choup'è vin, na choup'è vin.

1

Elles étaient une fois trois commères Chez la Maria, chez la Maria, Qui se disaient l'une à l'autre, Il y a pitié, il y a pitié Il a pris mal à la Claudine, Ce matin-ci, ce matin-ci, Faisons lui vivement une soupe, Une soupe au vin, une soupe au vin.

2

Commèze, de si bin malada, Eya grè tein, éya grè tein, E me fa greu mau dè l'estouma, Pi dè le rein, pi dè le rein; Pretè ne vu ne médecena, Ne médecin, ne médecin; D'amezha mio n'écouala plin-na De choup'è vin, de choup'è vin.

2

Commère, je suis bien malade, Il y a longtemps, il y a longtemps, Il me fait grand mal dans l'estomac, Puis dans les reins, puis dans les reins; Pourtant je ne veux ni médecine, Ni médecin, ni médecin; J'aimerais mieux une écuelle pleine De soupe au vin, de soupe au vin.

3

L'è buzhon shotiëna d'écouala, Dra lou matin, dra lou matin; A midi l'è buzon encouzhe Ne sai combin, ne sai combin. Lou chà, metizhon su la traubla Lou grè tepin, lou grè tepin, Pi lou buzhon bien plein shotiëna De choup'è vin, de choup'è vin.

3

Elles en burent chacune une écuelle, Dès le matin, dès le matin; A midi elles en burent encore Je n' sais combien, je n' sais combien. Le soir, elles mirent sur la table Le grand pot, le grand pot, Puis le burent plein chacune De soupe au vin, de soupe au vin.

4

A ta sétau, neutra vézenà, Ba on bon co, ba on bon co, Pi que le rein, pi que l'estoumà Che peurte mio, che peurte mio. Vramè, què dèvale la goutta, Le fa de bin, le fa de bin; Pe la sétau, vive l'écouala De choup'è vin, de choup'è vin.

4

A ta santé, notre voisine, Bois un bon coup, bois un bon coup, Puis que les reins, puis que l'estomac Se portent mieux, se portent mieux. Vraiment, quand descend une goutte, Elle fait du bien, elle fait du bien; Pour la santé, vive l'écuelle De soupe au vin, de soupe au vin.

5

Le che dijon, pe le sharizhe, E s'én 'alè, è s'èn' alè: Cheu co nou chin vramè trou grije, Tenien nou biè, tenien nou biè, De nou, tou lou mondou ch'amouije Què nou brèlin pe leu shemin. Nou z-é che bin vedià l'écouala De choup'è vin, de choup'è vin.

5

Elles se disaient, par les charrières, En s'en allant, en s'en allant: Cette fois nous sommes vraiment trop grises, Tenons-nous bien, tenons-nous bien, De nous, tout le monde s'amuse Quand nous branlons par les chemins. Nous avons si bien vidé l'écuelle De soupe au vin, de soupe au vin.

6

Pretè, che quauthion nou demède D'u nou venien, d'u nou venien, Nou chazhin pro que leu repondre, Nou leu dezhin, nou leu dezhin: Eya pri mau à la Liaudin-na, Cheti matin, cheti matin; L'ezhe fouthia sè che n'écouala De choup'è vin, de choup'è vin.

6

Pourtant, si quelqu'un nous demande D'où nous venons, d'où nous venons, Nous saurons assez que leur répondre, Nous leur dirons, nous leur dirons: Il y a pris mal à la Claudine, Ce matin, ce matin; Elle était fichue sans son écuelle De soupe au vin, de soupe au vin.

LA BOUILLAUDA DE SÈ NEZI

LA BOUILLAUDE DE St NIZIER

1

A Sè Nezi on dit qu'èya Na bouillauda malada Alle malada dè chon lia, Sè chava la rajon prequa.

1

A Saint-Nizier on dit qu'il y a Une bouillaude malade Elle est malade dans son lit, Sans savoir la raison pourquoi.

2

Et faut allau à Shalamon Pe quezhi monsu Marlou, Cho mèdecin cougnatra bin Tie que la maladie che tin.

2

Il faut aller à Chalamont Pour quérir Monsieur Merle, Ce médecin connaîtra bien Où la maladie se tient.

3

Què monsu Marlou l'u toteau Y di à la bouillauda, Che n'ami vou ja margoutau E lui qu'azha fait tout lou mau.

3

Quand Monsieur Merle l'eut tâtée Il dit à la bouillaude, Si un ami vous a margottée C'est lui qui aura fait tout le mal.

4

Ne crayou pau que me n'ami M'aïe rèdia malada, Depi si ma que le moudau Ne l'y ai jamai reparlau.

4

Je ne crois pas que mon ami M'ait rendue malade, Depuis six mois qu'il est parti Je ne lui ai jamais reparlé.

5

Ne sezhe teu pau de cho tein Que la maladi poche? Contau me cè, ne cashau rien, De vu chava de qui le vin.

5

Ne serai-ce pas de ce temps Que la maladie pousse? Contez-moi ça, ne cachez rien, Je veux savoir d'où elle vient.

6

E lou cha de la sè nezi Que deri neutra buzhe Pe pouva mio nou margouton Nou j'allizhin nou premenau.

6

C'est le soir de la St Nizier Que derrière notre écurie Pour pouvoir mieux nous margoter Nous allâmes nous promener.

7

Qué y m'u margoutau chon seu Y me cali pe tarra, Pi s'y cali tou quemè ma Sè dezhe la rajon prequa.

7

Quand il m'eut margottée son saoul Il me jeta par terre, Puis s'y jeta tout comme moi Sans dire la raison pourquoi.

8

Eye sè que d'ava pèchau Marmouti monsu Marlou, Pe mezhi sè n'a pau de mau Eyè n'a greu pe vou mariau.

8

C'est ce que j'avais pensé Marmotta Monsieur Merle, Pour mourir, il n'y a pas de mal Il y en a gros pour vous marier.

9

De cho que vou j'a cazhècha Faut dèveni la fena N'autrou sezhe pézhe è tra ma Sè chava la rajon prequa.

9

De celui qui vous a caressée Faut devenir la femme Un autre serait père en trois mois Sans savoir la raison pourquoi.

10

Què vou z'izha vou premenau, Vou j'autre, zheune felie, Ne vou lachau pau margoutau E n'a rè que fa té de mau.

10

Quand vous irez vous promener, Vous autres, jeunes filles, Ne vous laissez pas margotter Il n'y a rien qui fasse tant de mal.

TRAVAS DU MARIAZHOU

TRAVERS DU MARIAGE

1

Dè lou tin que d'ezha servaita, D'ava toute seurte d'amis; Lou cha venivon à ma peurta, Leu z'ébaudis, leu menétris. Mè depi que de si mariau Pleni me peuvra Liauda, La nai, lou zhou dai la téta cachau, Eya don bin shezhia d'ébauda.

1

Dans le temps que j'étais servante, J'avais toutes sortes d'amis; Le soir venaient à ma porte, Les ébaudis, les ménétriers. Mais depuis que je suis mariée Plaignez-moi pauvre Claudine, La nuit, le jour j'ai la tête cassée, Cela a bien changé d'ébaude.

2

Tui leu matin què de me livou, Què bin n'ai ré dremi la nai, E faut que me dépasha vitou A levau tui meu cachcazhè. Eya de mardea leu plein lia, Dè leu crë, su la traubla; Eya on zhou que d'ava fournaya, L'on sheyà dè ma pauta.

2

Tous les matins, quand je me lève, Quand même je n'ai rien dormi de la nuit, Il faut que je me dépêche vite A lever tous mes marmots. Il y a de la m... les pleins lits, Dans les berceaux, sur la table; Il y a un jour que je faisais au four, Ils ont ch... dans ma pâte.

3

Cheteu levau, che la marmaille Brame la cha, brame la fon; On che quere va na bataille A leur va chautau su lou pon, Leu jon demêdon de paria, D'autrou vedron de tautra; L'avalezhon de mardea frecacha Chon deje qué de dauba.

3

Sitôt levée, cette marmaille Pleure la faim; On croirait voir une bataille En les voyant sauter sur le pain, Les uns demandent de la confiture, D'autres voudraient de la tarte; Ils avaleraient de la ... fricassée Si on disait que c'est de la daube.

4

Pe comblou de malheu, zh'ai n'houmou Que ne déjartzhe jamais. Touta la zhournau, l'a lou coudou Su le trauble dè cabazhé; N'ai pau cheteu deu seu gaugna, Qu'y pachon pe cha gueula. Hola! grè Dieu, de ma prenni pedia, De si trou malezheuja.

4

Pour comble de malheur, j'ai un homme Qui ne désaltère jamais. Toute la journée, il a le coude Sur les tables des cabarets; Je n'ai pas sitôt deux sous gagnés, Qu'ils passent par sa gueule. Hélas! grand Dieu de moi prenez pitié, Je suis trop malheureuse.

5

Equetau bié, zheune female Che troumètau de vous mariau, Ne chayau don pau mé che fouale, Evio cè galons premenau, Pèdè qu'y vou parlon d'amou, E n'a rè de ple chazhou; On co mariau, che fouton bien de vou, Pi de veutron moin-nazhou.

5

Écoutez bien, jeunes femmes Si tourmentées de vous marier, Ne soyez donc pas si folles, Envoyez ces galants promener, Pendant qu'ils vous parlent d'amour, Il n'y a rien de plus sage; Une fois marié, ils se fichent de vous, Et puis de votre ménage.

LOU BOUË DE NOUYE

LE BŒUF DE NOËL

_Air: «La grè velia»_

1

Nou zin on grè beuschi vè nou, Quemè è né n'a po pretou, Ne tuvè jamé que de vache, Lou bon gachon Achoume chele peuvre carnes A co de ron.

1

Nous avons un grand boucher chez nous Comme il n'y en a pas partout, Ne tuant jamais que des vaches, Le bon garçon Assomme ces pauvres carnes A coup de balais.

2

Che t'eyè, pe fozhe Nouyé, L'a tiau; u mouatè de la nai, On boue, qu'a ètèdre seu dezhe, Ezhe she greu Qui pourre ferni tra quemenes Quemè Marbeu.

2

Cette année, pour faire Noël, Il a tué, au milieu de la nuit, Un bœuf, qu'a entendre son dire, Etait si gros Qu'il pourrait fournir trois communes Comme Marboz.

3

On co cho fameu bouë saigna, Conlio pèdu, pi depouilla, Y l'uvrit vitou la vètraille. Peuvrou nouyé! N'ave t'y po dê le z'étrailles On pete vè.

3

Une fois ce fameux bœuf saigné, Gonflé, pendu et dépouillé, Il lui ouvrit vite la ventraille. Pauvre noël! N'avait-il pas dans les entrailles Un petit veau.

4

Non pau d'écroutau cho meurnè, I fu découpo ê moucè, Pi debraye dê na chodizhe Avouai leu bouè Pe z'ètre betau è chaussiches, E n'autezhé.

4

Au lieu d'enfouir ce mort-né, Il fut découpé en morceaux, Puis broyé dans une chaudière Avec les boyaux Pour être mis en saucisses, En fricandeaux.

5

On co que tout fu fabreco; Y couzhi fozhe tebourno, Que cè qu'on fauta de zhezheule Alon vé lui; Y leu z'è vêdra de fameuje, L'ê-na pre tui.

5

Une fois que le tout fut fabriqué; Il courut faire tambourner, Que ceux qui ont besoin de saucisses Aillent chez lui; Il leur en vendra des fameuses, Il en a pour tous.

6

Lou lèdemon, tout cho fricau, Pe lou paï fut débito. L'è vèdi à toute le fene Dé z'èvezhon; Pe zh'étre mezhia dè le freme, U rèvelion.

6

Le lendemain, tout ce fricot, Par le pays fut débité. Il en vendit à toutes les femmes Des environs; Pour être mangé dans les fermes, Au réveillon.

7

Avouai l'équema du belion, Ecrim-mo su che l'avourton, Neutron beuschi, houmou pratique E-n'a fondu De grè cizhou qua la fabrique, L'a tui vèdu.

7

Avec l'écume du bouillon, Ecrémée sur cet avorton, Notre boucher, homme pratique En a fondu De grands cierges qu'à la fabrique, Il a tous vendus.

8

La servèta qu'ave tout vu N'è pouvè po crazhe seu zu, Pe lou bou raconti la seujha, Sè mau pècho, Sè comprede que sha pazheula Sezhe péjo.

8

La servante qui avait tout vu N'en pouvant pas croire ses yeux, Par le bourg raconta la chose, Sans mal penser, Sans comprendre que sa parole Serait pesée.

9

Dhotion bin libaou de seu gout, Mè d'espézhon greu que vè nous, On frecachezha de catrouille A l'aveni, Pleteu qu'alo a la fripouille Vé lou beuchi.

9

Chacun est bien libre de ses goûts, Mais j'espère fort que chez nous, On fricassera des pommes de terre A l'avenir, Plutôt que d'aller à la fripouille Chez le boucher.

10

Quy teu qu'a fait chela sèchon? E yon que n'a po leu blévon, Po lamê leu fils à la lingua Què é shazi De fozhe paschau la verguinnea D'on greu beuschi.

10

Qui est-ce qui a fait cette chanson? C'est un qui n'a pas les blevons[4], Ni même les fils à la langue Quand il s'agit De faire passer la rancune D'un gros boucher.

[4] Mal de gorge et de la langue.

PETITE SCÈNE DE LA VIE

Vé lou Barbi

Allon meu j'ami, quemè è vous voyé bauliau vous éte l'air de vou j'amouije su veutre chale quemè ch'amouijezhon na frelia de gouafon qu'on fazhe banië dè on leni d'étale, é fau que vous raconta quauque seuja pe zh'assuizhe de vou j'èdremi.

Me n'affauzhe che pache vè on barbi—de Veria.

Pe pouva, à tui, vou fauzhe avalau mon boucon sè trou vou freni de chocha, è fau que de vou deya que neutron barbi, on grè dépèdia de zhèzheule ch'apale Grégueula (on niom que convin vra bien a chela seurta de profession tië, pichqu'éye convenu, dè tou pay, qu'on rajo de pauva parlau leu zhou èti sè lamè prède lou tein de che moushië d'on bin d'allau chequeurre cha quelauta).

D'ézha don vè lui dimeshe matin pe m'y fauzhe émoutau pe lou premi co, leu deu z'u tra pa fo que me catelion la pé chou lou nau, què Liaudou Troupréchau, Bena Binlaizi, Piarou Crainlabise, Tienou Goubaleuzha, pi na troupa d'autrou que ne cougnashon pau l'amè y étrizhon azhi pe che fauzhe décayonnau devè la grèmecha.

Allon, vetia don mon Grègueula que, pe ne pau lèche èdremi tui cè j'houmou su chon bon, quemèche, quemè font touzhou cè que velion parlau pe ne rè dezhe, à parlau de la plouzhe pi du bon tin, deyè quemè cè, è che veriè du lion de la peurta pe zh'i consultau lou tin qu'éyave l'air de fauzhe: Eh bin! que dit-on de cho tin, é dè lou ca de fauzhe bon cheti voui sé ne pleut pau.

—Oh! éyeu faudre bin que repond lon pézhe Crainlafra, éye greu ple dreulou de chequeurre la pocha de cha quelauta que de rauliau la gueullie de che caboute.

—Oh! bon pe la pocha, que reprè Baptista Quamerizhe, mè à part cè, ma vou deyon que na peteta reujau shauda fa touzhou de bin tie que le déroushe: de pourra mèmou vou z'en prouvau pichque la derizhe qu'à deravatau vè nou a fait repochau tin qu'à le poume rin-nette de neutra métrecha—quemê vou zete vu sê douta.

_1er Refrain_

Dè tou pays què la dimèshe On tin d'aprède lou nouvé Vé lou barbi è faut che rèdre } _bis_ E vé lui qu'è s'è di lou mé. }

SCÈNE II

Allon pèzhe Binlaisi de crayou qu'éye t'a veutron tou; veni va que de vou rauselia on peu che la vieillie pé de beya pédé que Piarou Crainlabise va nou dezhe s'èye vra va qui che décide cheu co à mariau cha fellie.