Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte)
Part 51
de Qaçba Messoun à Gersif comme de Taourirt (Ouad Za) à Qaçba el Ạïoun.
_OUAD ZA_. — Il prend sa source dans la partie du Ḍahra parcourue par les Aït Bou Ouchchaouen, auprès d’un groupe de puits appelé Tisreïn. Pendant plusieurs journées, son cours se poursuit dans le Ḍahra, c’est-à-dire sur un immense plateau désert.
Il y reste jusqu’à Tegafeït. De sa source à ce point, il n’a qu’un seul lieu habité sur ses bords,
Qaçba Ras el Ạïn Beni Matar. 100 fusils.
Sauf ce petit qçar, isolé dans la plaine solitaire, l’Ouad Za est désert jusqu’à Tegafeït. Là il change brusquement d’aspect. Le Ḍahra cesse ; la rivière entre dans une étroite vallée, resserrée entre le Djebel Beni Bou Zeggou à droite, le Djebel Oulad Ạmer et le Djebel Mergeshoum à gauche. Les bords, arides jusque-là, se couvrent de champs et de jardins, et resteront tels jusqu’au confluent de la rivière avec la Mlouïa ; de Tegafeït à ce point, l’Ouad Za n’est qu’un long verger : c’est cette riche partie de son cours qu’on appelle _blad Za_. Elle se divise en deux portions : la première, de Tegafeït à Qaçba Beni Qoulal ; l’Ouad Za reste en montagne, resserré entre les deux massifs que nous avons nommés ; la deuxième, de Beni Qoulal à la Mlouïa ; il coule en plaine, ruban vert se déroulant le long des sables de l’Angad.
Tant qu’il est en montagne, l’Ouad Za, bien que garni de superbes cultures, n’est pas très peuplé. Les tribus auxquelles appartiennent champs et jardins, tribus qui ne vivent que sous la tente, habitent le flanc de sa vallée et non le fond. Nous parlerons plus tard de ces tribus. Dans cette partie, le Za n’a que quelques tentes dispersées au milieu des cultures, et deux villages :
Tegafeït. 100 fusils.
Qaçba Beni Qoulal. 50
Mais aussitôt qu’il entre en plaine, il devient très habité. Les Kerarma, qui possèdent cette dernière partie de son cours, résident sur ses rives mêmes, leurs tentes disséminées au milieu des cultures. Ils n’ont point de maisons ; il n’existe que deux constructions dans cette portion du Za :
Dar Chikh Ech Chaoui.
Taourirt (appelée aussi Qaçba Moulei Ismạïl).
On voit donc que le cours de l’Ouad Za se divise en deux parties distinctes : l’une, de sa source à Tegafeït, aride, inculte, déserte ; l’autre, de Tegafeït à son confluent avec la Mlouïa, cultivée, garnie de jardins, aussi riche que la précédente était désolée, aussi verdoyante qu’elle était aride. Ces deux portions sont si différentes l’une de l’autre que les indigènes donnent à chacune un nom particulier. De Tisreïn à Ras el Ạïn Beni Matar, ils appellent la rivière Ouad Charef ; de Ras el Ạïn Beni Matar à la Mlouïa, ils la nomment Ouad Za. Ils n’étendent jamais la signification de ces deux termes et n’emploient pas l’un pour l’autre. Le point de Ras el Ạïn Beni Matar, qu’ils ont choisi comme marquant le lieu de changement dans la manière d’être de l’ouad, est remarquable à un double titre : c’est le premier lieu habité qui se trouve sur le cours de la rivière depuis sa source, et c’est à partir de là que l’Ouad Za a de l’eau d’une façon permanente ; au-dessus de ce point, il n’a que des ṛedirs qui se remplissent au moment des pluies ; au-dessous, il a de l’eau partout, en toutes saisons. De ce dernier fait vient le nom de Ras el Ạïn donné à la qaçba des Beni Matar.
Distances : de Tisreïn à Ras el Ạïn Beni Matar comme de Misour à Debdou.
de Tisreïn à Debdou comme de Taourirt, (Kerarma) à Lalla Maṛnia.
de Ras el Ạïn Beni Matar à Tegafeït comme de Dar Ech Chaoui à Qaçba el Ạïoun.
de Tegafeït à Qaçba Beni Qoulal comme de Qaçba el Ạïoun à Oudjda.
de Qaçba Beni Qoulal à Taourirt (Kerarma) comme la 1/2 distance de Lalla Maṛnia à Oudjda.
de Taourirt (Kerarma) au confluent de l’Ouad Za et de la Mlouïa comme de Lalla Maṛnia à Oudjda.
=POINTS HABITÉS DU COURS DU ZA.= — Voici quelques détails sur ces localités, déjà énumérées, et au nombre de 5 seulement :
_Ras el Aïn Beni Matar_ est une qaçba appartenant par moitié aux Beni Matar et aux Mhaïa. Elle est sur la rive de l’ouad, au milieu du désert, en plein Ḍahra. Il s’y trouve une source très abondante et ne tarissant jamais, dont les eaux forment l’Ouad Za.
_Tegafeït_ est un village appartenant à un marabout qui l’habite, Ould Sidi Ḥamza.
_Qaçba Beni Qoulal._ Elle se compose d’une enceinte où les Beni Qoulal serrent leurs grains et d’un certain nombre d’habitations. Elle appartient aux Beni Qoulal.
_Dar Chikh Ech Chaoui._ C’est une maison unique, demeure de Chikh Ben Ech Chaoui, qaïd des Kerarma.
_Taourirt._ C’est une qaçba construite par Moulei Ismạïl ; elle est en partie ruinée et sert aux Kerarma à emmagasiner leurs grains. Nous avons vu Taourirt, ainsi que Dar Chikh Ech Chaoui, en allant de Debdou à Qaçba el Ạïoun.
=TRIBUS DU COURS DE L’OUAD ZA.= — De sa source à Ras el Ạïn Beni Matar, l’Ouad Za, coulant dans le Ḍahra, traverse les terres de parcours de toutes les tribus qui fréquentent ce désert, mais n’arrose en particulier aucune d’elles. Nous ne parlerons pas ici de ces tribus, dont il sera question plus bas en même temps que du Ḍahra. Les tribus possédant des terres sur les rives de l’Ouad Za sont les suivantes, dans l’ordre où on les trouve en descendant la rivière : Oulad Ạmer, Beni Chebel, Oulad el Mîdi, Beni Qoulal, Kerarma. Les quatre premières habitent dans le massif du Djebel Oulad Ạmer et du Djebel Mergeshoum ; la portion de l’Ouad Za comprise entre Tegafeït et Qaçba Beni Qoulal leur appartient. La dernière possède les rives du Za de Qaçba Beni Qoulal à la Mlouïa, et les habite. Toutes cinq, bien que sédentaires, vivent sous la tente. Pas de Juifs dans aucune d’elles. Deux marchés : Souq el Arbạa Beni Qoulal et Souq et Tenîn Kerarma. Ce dernier, qui se tient à Dar Ech Chaoui, est fort important.
_Oulad Amer._ — Tribu séparée, soumise au sultan, du ressort du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le massif du Djebel Oulad Ạmer, situé à gauche de l’Ouad Za. Langue tamaziṛt. 1000 fusils. 50 chevaux.
Distance : de Debdou aux Oulad Ạmer comme d’Oudjda à Lalla Maṛnia.
_Beni Chebel._ — Tribu séparée, soumise au sultan, sous l’autorité du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum situé à gauche de l’Ouad Za. Langue tamaziṛt. 70 fusils.
_Oulad el Midi._ — Tribu séparée, soumise au sultan, dépendant du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum. Langue tamaziṛt. 200 fusils.
_Beni Qoulal._ — Tribu séparée, soumise au sultan, du ressort du qaïd Ḥamada des Beni Bou Zeggou. Elle habite le Djebel Mergeshoum et les rives du Za, où elle possède Qaçba Beni Qoulal. Langue tamaziṛt. 150 fusils.
_Kerarma._ — Tribu séparée. Elle est soumise au sultan, qui lui a donné pour qaïd son propre chikh héréditaire, Ben Ech Chaoui, résidant à Dar Chikh Ech Chaoui. Elle habite les bords de l’Ouad Za entre le confluent de cette rivière avec la Mlouïa et Qaçba Beni Qoulal. Dar Chikh Ech Chaoui et Taourirt lui appartiennent. Langue arabe. 500 fusils.
=AFFLUENT.= — L’Ouad Za, au-dessus de Ras el Ạïn Beni Matar, dans la portion de son cours où on l’appelle Ouad Charef, reçoit l’Ouad el Ạououdj venant de l’est et se jetant sur sa rive droite. Cet affluent est une rivière sans eau, comme l’Ouad Charef.
_OUAD EL QCEB_. — Il prend sa source dans le Djebel Beni Iạla, perce la chaîne des Beni Bou Zeggou et des Zekkara, traverse le désert d’Angad, où il passe auprès de Qaçba el Ạïoun, et enfin se jette dans la Mlouïa. Cette rivière n’a d’eau que les années pluvieuses et pendant quelques jours.
Distances : de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Iznâten comme de Lalla Maṛnia à Oudjda ou un peu moins.
de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Iạla comme de Qaçba el Ạïoun à Oudjda.
de Qaçba el Ạïoun au Djebel Beni Bou Zeggou, 5 heures de marche.
de Qaçba el Ạïoun au Djebel Zekkara, 5 heures de marche.
Le Djebel Beni Iạla, où l’Ouad el Qceb prend sa source, est au sud des djebels Beni Bou Zeggou et Zekkara, à hauteur du milieu environ de la chaîne.
=AFFLUENT.= — L’Ouad el Qceb reçoit un affluent, l’Ouad Mesegmar, prenant sa source dans le Djebel Beni Bou Zeggou et se jetant sur sa rive gauche.
4o. — TRIBUS DE LA VALLÉE DE LA MLOUIA.
Les tribus qui occupent ou parcourent la vallée de la Mlouïa sont, en la descendant : les Beni Mgild, les Aït Ạïach, les Aït ou Afella, les Oulad Khaoua, les Aït Ioussi, les Aït Tseṛrouchen, les Oulad el Ḥadj, les Houara, les Ḥallaf et les Beni Oukil. Nous allons dire un mot de chacune d’elles.
_BENI MGILD_. — Puissante tribu limitée au nord par les Beni Mṭir, à l’est par les Aït Ioussi, à l’ouest par les Zaïan et les Akebab, au sud par trois fractions des Aït Iafelman, les Aït Iaḥia, les Aït Ạïach et les Aït Izdeg. Les Beni Mgild sont indépendants ; ils sont de race et de langue tamaziṛt.
_AIT AIACH_. — Ils sont Berâber et forment une des fractions des Aït Iafelman. Ils sont limités au nord par le Djebel El Ạïachi, à l’est par Aït Izdeg et les Aït ou Afella, à l’ouest par les Aït Iaḥia (autre fraction des Aït Iafelman) et les Beni Mgild, au sud par les Beni Mgild. Les Aït Ạïach sont partie sédentaires, partie nomades, ces derniers étant les plus nombreux. Ils ne possèdent que 4 qçars et des tentes.
Les 4 qçars sont ceux qui se trouvent sur l’Ouad Aït Ạïach ; la population en est de 300 fusils.
Les tentes sont dans la vallée de l’Ouad Aït Ạïach, sur l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg au-dessous du confluent des deux rivières, et parfois sur la Mlouïa au-dessous du confluent de l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg.
Les Aït Ạïach forment 800 fusils et 40 chevaux.
Ils sont indépendants.
Langue tamaziṛt, comme tous les Berâber.
Ni marché, ni Juifs.
_AIT OU AFELLA_. — Les Aït ou Afella sont une subdivision des Aït Izdeg. Ils sont bornés au nord par la crête supérieure du Grand Atlas, au sud par la Mlouïa et le district de Qçâbi ech Cheurfa, à l’est par les Oulad Khaoua et les Aït Tseṛrouchen, à l’ouest par le district d’Ouṭat Aït Izdeg, les Aït Ạïach et les Beni Mgild.
Les Aït ou Afella sont sédentaires et n’habitent que des qçars ; leurs principaux qçars sont :
Dans la plaine entre le Grand Atlas et la Mlouïa : Zebzat, Bou Ạïach, Entrit.
Sur la Mlouïa : Aḥouli et Tamdafelt.
Sur l’Ouad Ouṭat Aït Izdeg : Aït ou Afella.
Ces six qçars contiennent environ 460 fusils : les Aït ou Afella en forment 600. Point de chevaux.
Bien que fraction des Aït Izdeg, les Aït ou Afella ne comptent pas actuellement avec eux. Ils en sont séparés politiquement. Depuis l’installation d’un qaïd à Qçâbi ech Cheurfa, les Aït ou Afella sont soumis au sultan. Le reste des Aït Izdeg est resté indépendant. De là, séparation et hostilités.
Ni marché, ni Juifs.
_OULAD KHAOUA_. — Ils sont une fraction des Oulad el Ḥadj ; mais, comme les Aït ou Afella, et depuis plus longtemps qu’eux, ils sont séparés de leur tribu d’origine. Ils sont bornés au nord par la Mlouïa et les Oulad el Ḥadj, et à l’ouest par les Aït ou Afella ; au sud et à l’est, ils s’étendent jusqu’au pied du Grand Atlas et du Rekkam, où commencent les terres des Aït Tseṛrouchen : cette tribu, qui occupe ces deux massifs, les limite ainsi de deux côtés.
Les Oulad Khaoua sont partie sédentaires, partie nomades ; ceux-ci sont les plus nombreux.
Leurs qçars sont au nombre de quatre : deux sur la Mlouïa, Megdoul et El Bridja ; deux sur l’Ouad Ouizert, Tikoutamin et Ouizert. A eux quatre, ils contiennent 250 à 260 fusils.
Leurs tentes sont dispersées dans la plaine, au sud de la Mlouïa et près de l’Ouad Ouizert.
Ils forment 600 à 700 fusils. Ils ont environ 30 chevaux.
Appartenant aux Oulad el Ḥadj, les Oulad Khaoua sont de race et de langue arabe. Politiquement, ils sont, avons-nous dit, séparés de leur tribu. Cette séparation date de très loin. Il y a bien des années, les Oulad Khaoua, ayant eu des querelles avec les autres fractions des Oulad el Ḥadj, les abandonnèrent et s’allièrent aux Aït Izdeg ; leur union avec les Aït Izdeg dure toujours depuis cette époque ; aujourd’hui encore, bien que d’origine étrangère, ils comptent comme faisant partie de cette tribu. Lors de l’installation d’un qaïd à Qçâbi ech Cheurfa, ils ont fait leur soumission au sultan ; depuis ce temps, ils sont blad el makhzen ; le qaïd d’El Qçâbi les a, ainsi que les Aït ou Afella, dans son ressort. Le fait de leur soumission, contrairement à ce qui est arrivé pour les Aït ou Afella, ne les a point brouillés avec les Aït Izdeg. Ils leur sont toujours étroitement unis.
Ni marché, ni Juifs.
_AIT IOUSSI_. — C’est une grande tribu chleuḥa occupant toute la région qui s’étend entre Qçâbi ech Cheurfa et Sfrou. Elle est bornée au nord par Sfrou, au sud par la Mlouïa, à l’ouest par les Beni Mgild, à l’est par les Beni Ouaṛaïn, les Aït Tseṛrouchen et les Oulad el Ḥadj.
Les Aït Ioussi se divisent en trois fractions à peu près d’égale force :
Reṛraba (au sud de Sfrou).
Aït Ḥelli (au sud des Reṛraba).
Aït Mesạoud ou Ạli (au sud des Aït Ḥelli, entre la Mlouïa et le Djebel Oumm Djeniba).
Ils sont soumis au sultan et ont trois qaïds, un pour chaque fraction. Ils sont de race et de langue tamaziṛt. Partie sédentaires, partie nomades, ils ont des villages et des tentes.
Ni marché, ni Juifs sur leur territoire.
Les Aït Ioussi sont une tribu de montagne : ils possèdent à la vérité une grande plaine, la moitié de la vallée de la Mlouïa sur une longue étendue ; mais ils n’y descendent presque jamais : de loin en loin, on y voit apparaître quelques-uns de leurs douars ou de leurs troupeaux ; mais ils ne font que passer et bientôt regagnent les hauteurs. Tout le reste de leur territoire est montagneux ; les diverses chaînes qui le traversent sont nommées indifféremment Djebel Aït Ioussi. Les principales d’entre elles sont le Moyen Atlas et celle que nous appelons chaîne Oulmess-Ṛiata. On y remarque aussi le plateau montueux du Fezaz, qui sépare les Aït Ioussi des Beni Mgild.
_Moyen Atlas._ — Cette haute chaîne, dont nous avons vu au mois de mai presque toute la crête couverte de neige, commence au sud du Tâdla et se prolonge par les monts Debdou jusqu’aux Hauts Plateaux où elle expire. Dans sa portion comprise entre les Beni Mgild et la Mlouïa, on y remarque trois sommets principaux : à l’ouest, le Djebel Tsouqt, sur le territoire des Aït Ioussi ; à l’est, le Djebel Oulad Ạli (portant aussi les noms de Djebel Beni Ḥassan, de Djebel Tirnest et de Djebel Oulad el Ḥadj), occupé partie par de petits groupes isolés de Chellaḥa, partie par les Oulad el Ḥadj ; entre les deux, le Djebel Oumm Djeniba, dont le versant ouest est habité par les Aït Ioussi, le versant est par les Aït Tseṛrouchen. Entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba, la chaîne est toute sur le territoire des Aït Ioussi ; du Djebel Oumm Djeniba au Djebel Oulad Ạli, le versant septentrional en appartient aux Beni Ouaṛaïn, le versant méridional aux Aït Tseṛrouchen.
Le chemin de Qçâbi ech Cheurfa à Fâs, par Sfrou, passe entre le Djebel Tsouqt et le Djebel Oumm Djeniba. Sur cette route se remarque la ḍaïa d’Ifraḥ, grand étang situé dans la montagne.
_Chaîne Oulmess-Riata._ — Commençant à l’ouest d’Oulmess, se continuant dans le Djebel Ṛiata et se prolongeant jusqu’en Algérie par les monts Beni Bou Zeggou et Zekkara, cette chaîne traverse le territoire des Aït Ioussi au nord de la précédente, à laquelle elle est à peu près parallèle. Entre les Aït Ioussi et la Mlouïa, elle appartient, le versant nord aux Ṛiata, le versant sud aux Beni Ouaṛraïn.
_Fezaz._ — C’est un plateau élevé, montueux, allant du Moyen Atlas à la chaîne Oulmess-Ṛiata ; sa direction est perpendiculaire à celle de ces deux chaînes entre lesquelles il est comme un trait d’union. Il forme limite entre les Aït Ioussi et les Beni Mgild.
_AIT TSERROUCHEN_. — Les Aït Tseṛrouchen sont une puissante tribu tamaziṛt composée de deux grandes fractions, l’une sédentaire, l’autre nomade. Les Aït Tseṛrouchen sont connus sous trois noms : on les appelle indifféremment Aït Tseṛrouchen, Mermoucha, et Oulad Moulei Ạli ben Ạmer ; ils se font donner ce dernier nom parce qu’ils prétendent descendre du cherif Moulei Ạli ben Ạmer qui serait leur souche commune[122].
Particularité rare, les deux fractions des Aït Tseṛrouchen vivent complètement isolées l’une de l’autre, sans aucune relation ensemble, leurs territoires séparés par d’autres tribus. L’une d’elles habite le versant sud du Moyen Atlas, la seconde le revers nord du Grand Atlas et le Ḍahra. Toute la vallée de la Mlouïa, avec ses vastes plaines et les tribus qui les occupent, les séparent. Ces deux fractions ne sont pas moins différentes de mœurs qu’isolées de territoires : la première est composée de montagnards sédentaires, la seconde de nomades. Nous allons les étudier l’une après l’autre.
Les _Aït Tserrouchen du nord_ sont bornés : à l’ouest, par les Aït Ioussi ; au sud, par la plaine déserte, appartenant aux Aït Ioussi, qui forme la vallée de la Mlouïa de Qçâbi ech Cheurfa à Misour ; à l’est, par les groupes isolés de Chellaḥa qui, d’Almis à Feggouç, occupent les dernières pentes du Moyen Atlas, le long de la vallée de la Mlouïa ; au nord, par les Beni Ouaṛaïn : la ligne de faîte du Moyen Atlas forme frontière entre cette dernière tribu et les Aït Tseṛrouchen du nord. Ceux-ci sont donc entièrement cantonnés dans le massif montagneux que forme le versant sud du Moyen Atlas et que limite à l’est et au sud la vallée de la Mlouïa. Cette fraction est sédentaire et n’habite que des villages. Elle peut lever environ 2000 fusils. Point de Juifs sur ses terres.
Les _Aït Tserrouchen du sud_ occupent le revers septentrional du Grand Atlas au nord des Oulad Khaoua, les deux versants de la chaîne à l’est de cette tribu, et une partie du Ḍahra. La plupart d’entre eux sont nomades ; cependant ils possèdent un certain nombre de qçars. Ces qçars sont : Azdad (5 qçars) et El Kaf, sur le revers nord du Grand Atlas, Taoura, non loin de Tanslemt, qui leur appartiennent en entier ; Zriouila, Ạïat, Tagenza, situés dans la même région, qu’ils habitent en commun avec d’autres tribus ; de plus ils résident dans la localité de Sạïda, dans le district de Qçâbi ech Cheurfa, et ont quelques individus dispersés dans les qçars de Beni Mesri.
Voici la décomposition des Aït Tseṛrouchen du sud :
Aït Sạïd (nomades, vivant habituellement entre Beni 200 fusils. Tzit et Talsit).
Aït Bou Ouchchaouen (ou Aït Bou Oussaouen) (nomades, 1000 vivant habituellement près d’Anoual, dans le Ḍahra).
Aït Sạïd ou El Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). 200
Aït Ḥeddou ou Bel Ḥasen (nomades, vivant dans le 200 Ḍahra).
Aït Bou Mariem (mi-sédentaires, mi-nomades, 600 possèdent Azdad et ont des tentes).
Aït Ạli Bou Mariem (mi-sédentaires, mi-nomades, 80 quelques-uns d’entre eux sont dispersés dans les qçars de Beni Mesri. Les autres vivent sous la tente).
Aït Ben Ouedfel (mi-sédentaires, mi-nomades, 120 possèdent le qçar de Taoura et des tentes).
Aït Ḥaseïn (nomades, vivant aux environs de l’Ouad 800 Gir).
Aït Ḥammou Bel Ḥasen (nomades, vivant dans le Ḍahra). 60
Point de marché, ni de Juifs chez eux.
Tous les Aït Tseṛrouchen sont indépendants et sans relation avec le sultan. On a cru quelquefois que les Aït Tseṛrouchen étaient une fraction des Aït Iafelman ; c’est une erreur : les Aït Tseṛrouchen ne sont point des Berâber. Ils forment une tribu à part. Ils sont Chellaḥa. Leur langue est le tamaziṛt.
_OULAD EL HADJ_. — Puissante tribu arabe, moitié nomade, moitié sédentaire ; elle occupe les deux rives de la Mlouïa et la vaste plaine qui en forme la vallée depuis Misour jusqu’à Oulad Ḥamid. Plusieurs des qçars situés sur les premières pentes du Moyen Atlas lui appartiennent ; les autres sont ses alliés. Enfin elle possède le Rekkam et une partie du Djebel Debdou. Les Oulad el Ḥadj sont Arabes de race et de langue. Autrefois ils étaient, de nom plutôt que de fait, soumis au sultan et avaient un qaïd nommé par lui. Depuis 1882, ils ne reconnaissent plus ni sultan ni qaïd et sont indépendants.
Voici leur décomposition :
Ṭoual (nomades) 100 fantassins. 30 cavaliers.
Oulad Bou Qaïs (nomades, toujours unis 100 fantassins. 40 cavaliers. aux Ṭoual)
Oulad Sidi Aïssa (marabouts sédentaires, 300 fantassins. habitant Tiissaf)
Oulad Ḥamid (nomades et sédentaires ; 300 fantassins. 40 cavaliers. ces derniers habitent Oulad Ḥamid sur la Mlouïa)
Ahel Tirnest (sédentaires, habitant le 600 fantassins. groupe de qçars de ce nom)
Oulad Jerrar (nomades et sédentaires ; 800 fantassins. 60 cavaliers. ces derniers habitent divers qçars de la Mlouïa)
Oulad Daoud (nomades, ils campent dans 200 fantassins. 30 cavaliers. le voisinage de Debdou)
Beni Ṛiis (sédentaires, habitant des 600 fantassins. villages dans le Djebel Debdou)
Ahel Rechida (marabouts sédentaires, 350 fantassins. habitant Rechida et Beni Khelften).
Oulad Admer (marabouts sédentaires, 100 fantassins. habitant Admer)
Oulad El Bekri (nomades et sédentaires 120 fantassins. 30 cavaliers. habitant à Ouṭat Oulad el Ḥadj)
Oulad Ạbd el Kerim (sédentaires, 90 fantassins. habitant dans les qçars d’Oulad El Feḍil, Oulad Ạbd el Malek, El Angab, El Hamouziin, etc.)
El Ạrzan (sédentaires, habitant le 250 fantassins. 50 cavaliers. groupe de qçars de ce nom)
Oulad Mellouk (sédentaires, habitant les 300 fantassins. qçars de ce nom)
Beni Bou Ḥi (sédentaires, habitant Ouṭat 150 fantassins. Oulad el Ḥadj)
El Ḥarar (sédentaires, habitant le qçar 50 fantassins. de ce nom à Ouṭat Oulad el Ḥadj).
El Kechchacha (sédentaires, résidant 30 fantassins. dans la localité de ce nom à El Ouṭat).
enfin, et pour mémoire seulement :
Oulad Khaoua 650 fantassins. 30 cavaliers.
Cette dernière fraction des Oulad el Ḥadj s’est séparée de ses frères et n’a plus de commun avec eux que l’origine ; elle compte depuis longtemps avec les Aït Izdeg.
Trois autres fractions, les Beni Ṛiis, les Ahel Rechida et les Oulad Admer, sont en ce moment en dehors du concert des Oulad el Ḥadj. Pendant que ceux-ci sont insoumis, elles reconnaissent le sultan et obéissent au qaïd de Tâza.
Il n’y a qu’un mellaḥ chez les Oulad el Ḥadj, celui d’El Ouṭat.
Deux marchés, tous deux à Oulad Ḥamid, tlâta et djemạa.
_HOUARA_. — Tribu nomade se disant de race arabe. La langue en est l’arabe. La principale installation et les cultures les plus importantes en sont sur les deux rives de la Mlouïa, entre Refoula et le gros des Ḥallaf. Elle cultive aussi dans le Fḥama. Ce sont les seuls labourages qu’elle possède. Quant à ses troupeaux, elle les fait paître dans l’Angad, dans le Fḥama, dans le Jell et jusque dans le Ḍahra.
Les Houara ne vivent que sous la tente, mais ils ont trois qaçbas qui leur servent de magasins ; ce sont : Gersif (ou Agersif), sur la Mlouïa.
Qaçba Oulad Ḥammou ou Mousa, sur la Mlouïa.
Qaçba Messoun, sur l’Ouad Messoun.
Les Houara sont une forte tribu, ils peuvent lever 1500 fantassins et 500 chevaux. Ils se décomposent en 6 fractions :
Ạtamna, Oulad Sedira, Mezarcha, Zergan, Oulad Mesạoud, Oulad Ḥammou ou Mousa.
Les Houara sont soumis au sultan et ont quatre qaïds ; ceux-ci sont en ce moment :
Ạli El Ḥamar, gouvernant les Ạtamna.
Mḥammed bel Ḥadj El Korradi, gouvernant les Oulad Sedira et les Mezarcha.
Chikh Ṭîb El Ḥafi, gouvernant les Zergan et les Oulad Mesạoud.
Mḥammed ould Qaddour ben Djilali, gouvernant les Oulad Ḥammou ou Mousa.
Deux marchés, le khemîs et le ḥad de Gersif. Point de mellaḥ ; des Israélites de Debdou viennent, sans emmener leur famille, passer une partie de l’année dans la tribu pour trafiquer.
_HALLAF_. — Tribu nomade, de race et de langue arabe. Elle se divise en deux groupes : les Ahel Refoula et les Ḥallaf proprement dits. Les premiers ont une qaçba sur la Mlouïa, Refoula, et habitent à l’entour sous la tente. Ils forment environ 100 fusils.