Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte)

Part 44

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Celui-ci avait divisé le Ras el Ouad en six provinces, _ạmel_. Chacune d’elles se composait d’une des tribus ou fractions de tribus principales, que gouvernait son chikh avec le titre de qaïd : ce magistrat avait de plus dans son ressort, surtout en ce qui concernait leurs rapports avec le sultan, les tribus voisines moins considérables, ou celles dont la dépendance n’était pas complète. C’est ainsi que le qaïd des Menâba avait dans son ạmel les Aït Iiggas et les Talkjount d’une part, les Indaouzal de l’autre. Les six ạmels étaient :

1o Rḥala (Ida ou Gemmed).

2o Rḥala (Aït Ououlouz et Ida ou Tift).

3o Menâba.

4o Oulad Iaḥia.

5o Aït Semmeg (sur l’Ouad el Amdad ; versant sud du Grand Atlas).

6o Mentaga (dans le massif du Grand Atlas).

RHALA. — Tribu occupant les deux rives de l’Ouad Sous. Tous les villages en sont sur les bords mêmes du fleuve. Elle se divise, comme nous l’avons vu, en Ida ou Gemmed, Aït Ououlouz, Ida ou Tift. Deux chikhs héréditaires, portant aujourd’hui le titre de qaïd, les gouvernent : ce sont le qaïd Ḥaïda ould El Ḥasen ou Aḥman, résidant à Tagenza : il a sous son autorité les Ida ou Gemmed ; le qaïd Ọmar el Aoulouzi, demeurant à Agadir n Iblaz : il commande aux Aït Ououlouz et aux Ida ou Tift. Deux marchés chez les Rḥala, le Ḥad Aoulouz et l’Arbạa Aoulouz. Cinq mellaḥs.

MENABA. — Tribu occupant la rive droite de l’Ouad Sous ; elle forme une bande étroite le long du fleuve et ne s’étend pas dans l’intérieur de la vallée. Elle est gouvernée par Qaïd El Ạrbi, résidant à Igli ; la maison de celui-ci, vaste demeure avec grandes dépendances, s’appelle El Mkhatir. Trois marchés dans la tribu, Ḥad Igli, Djemạa Tinzert et Tlâta Aït Ioub : ce dernier, connu sous le nom de Tlâta Menâba, est le marché le plus important du Ras el Ouad. Il y a 12 mellaḥs chez les Menâba.

INDAOUZAL. — C’est une grande et puissante tribu située sur la rive gauche de l’Ouad Sous ; sur les bords immédiats du fleuve, elle n’occupe qu’une faible longueur ; mais au delà elle s’étend au loin, bornée à l’est par les Aït Iaḥia et les Aït Semmeg, au nord par les Rḥala et les Menâba, à l’ouest par les Oulad Iaḥia, au sud et au sud-ouest par diverses petites tribus indépendantes : toute la plaine qui s’étend au sud des Menâba et des Rḥala lui appartient, ainsi que les premières pentes du Petit Atlas sur une assez grande profondeur ; le Tizi n Sous est sur son territoire. Elle a deux chikhs héréditaires résidant, l’un à Akchtim, l’autre dans un village appelé de son nom, Ould Sidi Malek. De plus, les localités des Indaouzal limitrophes des Aït Iaḥia se sont rangées sous l’autorité du chef de ces derniers, le chikh d’Arfaman. Pour leurs rapports avec le sultan, les Indaouzal dépendent du qaïd El Ạrbi, d’Igli. Cette tribu, en paix en ce moment, a été longtemps désolée par des querelles intestines : depuis une époque très ancienne, elle est divisée en deux partis, presque toujours en guerre l’un contre l’autre ; dans ces luttes, chaque parti eut constamment pour soutien son voisin, l’un les Aït Semmeg, l’autre les Oulad Iaḥia. A la longue ils prirent les noms de ces alliés, en sorte qu’aujourd’hui une moitié des Indaouzal est dite Aït Semmeg, l’autre Oulad Iaḥia.

La tribu est chleuḥa et sédentaire ; elle possède un grand nombre de villages : nous en avons cité quelques-uns sur l’Ouad Sous ; ce sont presque les seuls qui soient arrosés par une rivière ; la plupart des autres n’ont que des sources ou des citernes ; voici les noms des principaux :

Tidnes, Agni n Fad, Kouilal, Tabia n Imaoun, Taourirt el Mrabṭin, Aït Ious, Aït Djamạ, Akchtim, Amalou, Assaïn, Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamalalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn.

Distances : d’Arfaman (Aït Iaḥia) à Tidnes 1 h. 1/2.

de Tidnes à Agni n Fad (forêt de Dou Ouzrou) 3 heures.

d’Agni n Fad à Assaïn 1 heure.

d’Assaïn à Tassoumat 3/4 d’heure.

Aït Bazmad, Aït Bou Iạzza, Tamallalt, Amari, Es Sebt, Imi el Ạïn sont groupés autour d’Assaïn.

Deux marchés : l’un se tient le samedi, au village appelé pour ce motif Es Sebt ; l’autre est l’Arbạa Aït Ạbd Allah ou Mḥind.

Deux mellaḥs.

OULAD IAHIA. — Très grande tribu, la plus considérable du bassin du Sous. Elle s’étend sur la rive droite du fleuve de Taroudant aux Aït Iiggas, sur sa rive gauche de Tamast à Taroudant. Sur toute cette longueur, la vaste plaine située entre le Grand Atlas d’une part, le Petit Atlas de l’autre, lui appartient. Elle occupe la vallée dans toute sa largeur, au lieu de ne comprendre, comme les Rḥala et les Menâba, que les bords de l’ouad. Elle est gouvernée par un chikh héréditaire, portant aujourd’hui le titre de qaïd ; il se nomme Ould El Djeïdli ; sa résidence est Timdouin : c’est un homme riche et puissant. Il y a quelques années, avant la soumission du Ras el Ouad, ayant eu l’imprudence d’aller à Taroudant, il y fut saisi et incarcéré par ordre du sultan : moyen de lui faire donner une partie de ses richesses. Il demeura près de 6 ans en prison, et ne fut relâché que sur les instances de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr, chef de la zaouïa de Tamegrout, lors d’un voyage que ce saint personnage fit à Taroudant.

Le principal marché de la tribu est le Tenîn Timdouin. Trois mellaḥs.

MENTAGA. — Tribu soumise au sultan, que gouverne, avec le titre de qaïd, son chikh héréditaire, Ạli ou Malek. Il réside à Sidi Mousa. Les Mentaga habitent sur les pentes du Grand Atlas. Une seule rivière, à laquelle ils donnent leur nom, arrose leur territoire : elle prend sa source à la crête même de la chaîne ; on ne peut me dire où elle se jette. Deux marchés, le Tlâta et l’Arbạa Mentaga.

=AFFLUENTS.= — L’Ouad Sous en a un grand nombre : voici les principaux : l’Ouad Tazioukt, s’y jetant à Tasdṛemt ; l’Ouad el Amdad, s’y jetant à Ida ou Qaïs ; l’Ouad Bou Srioul, s’y jetant à Oulad Ḥasen ; l’Ouad Talkjount, s’y jetant à Igli. Il reçoit tous ces cours d’eau sur sa rive droite.

OUAD TAZIOUKT. — Il sort du désert d’Iger n Znar, qui s’étend entre son cours et le district d’Ouneïn. Il arrose successivement les villages suivants :

Tagoulemt, Tanfit, Agersaf, Takemmou, Bou Maziṛ, Iḥouzin, Tlemkaïa.

Leur ensemble forme le district de Tazioukt ; il dépend du qaïd d’Aoulouz.

L’Ouad Tazioukt a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Distance : de Tasdṛemt à Tagoulemt 3 heures.

Largeur du désert d’Iger n Znar 3 heures.

OUAD EL AMDAD. — Dans son haut cours, on l’appelle souvent Ouad Ouneïn. Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas ; en descendant, il entre d’abord dans le district d’Ouneïn : il y arrose un grand nombre de villages, dont les principaux sont :

Adouz, Irazin, Anzi, Taleouin.

De là il passe dans la tribu des Aït Semmeg ; il y arrose successivement beaucoup de villages : les principaux sont :

Sidi ou Ạziz, Aït Bou Bekr (groupe de plusieurs villages), Aouftout, Touloua.

Durant tout ce temps, il reste en montagne. Ensuite il débouche en plaine par le kheneg d’Imi n ou Asif : il entre là dans la vallée du Sous ; il y traverse, dans sa partie orientale, la tribu des Talkjount ; puis il sert de limite pendant quelque temps entre les Rḥala et les Menâba, et enfin il se jette dans l’Ouad Sous, entre Ida ou Qaïs et Ạïn n Ougeïḍa.

A Imi n ou Asif se trouve un grand village avec marché, Khemîs Sidi Moḥammed ou Iạqob.

L’Ouad el Amdad a de l’eau sur tout son cours et en toute saison.

Distance : d’Aderdour à Ouneïn 1 jour.

Le district d’Ouneïn est fort peuplé ; il se compose non seulement des villages arrosés par l’Ouad el Amdad, mais encore de plusieurs autres à proximité : il est gouverné par un chikh. Ce district a fait sa soumission en même temps que tout le Ras el Ouad : auparavant le Genṭafi s’était efforcé à plusieurs reprises de le réduire sous son autorité : il n’avait jamais pu y réussir. Un mellaḥ dans l’Ouneïn.

Les Aït Semmeg sont une nombreuse tribu habitant les bords de l’Ouad el Amdad et la région voisine : ils n’ont rien de commun avec les Aït Semmeg de l’Ouad Zagmouzen. Ceux que nous trouvons ici forment un des 6 ạmels du Ras el Ouad. Ils sont gouvernés par le qaïd Ọmar ben Bacha, résidant à Aouftout. Un mellaḥ sur leur territoire. Deux marchés : le Khemîs Sidi ou Ạziz et le Tenîn Aït Bou Bekr.

Ce nom d’Aït Bou Bekr rappelle une triste histoire. En août 1880, un jeune Autrichien, M. Joseph Ladeïn, quittait Merrâkech avec l’intention de gagner Taroudant par l’Atlas : c’est une route ordinairement sûre : il ne prit pas de travestissement, n’emmena point d’escorte, se pensant assez protégé en se joignant à une caravane. Un domestique israélite le suivait. Il remonta l’Ouad Nfis, traversa l’Ouneïn, entra chez les Aït Semmeg : jusque-là tout allait bien. Mais le malheureux ne devait pas dépasser les Aït Bou Bekr : cheminant sur leur territoire, il arriva au village d’Hierk, chez les Aït Ben Mançour, non loin de la zaouïa de Sidi Bou Nega. Il voulut s’y arrêter quelques instants et demanda à boire : on lui tendit un vase d’eau : au moment où il le portait à ses lèvres, on se jeta sur lui et on l’égorgea. Dans la suite, les Aït Ben Mançour furent, dit-on, condamnés à une forte amende pour ce crime. Quel en avait été le mobile ? Ce n’était point le vol : le voyageur n’avait que des effets de peu de valeur ; rien dans son équipage ne dénotait qu’il fût riche. Tous ceux qui me racontèrent le fait me dirent qu’on l’avait tué parce qu’il était chrétien.

OUAD BOU SRIOUL. — Il prend sa source aux crêtes du Grand Atlas, non loin de celle de l’Ouad el Genṭafi, auprès du Djebel Aṛbar. Il passe d’abord dans diverses fractions, puis entre sur le territoire des Gezoula : c’est une nombreuse tribu, restée insoumise au sultan ; de là, la rivière débouche en plaine et traverse successivement les terres des Talkjount et celles des Menâba.

L’Ouad Bou Srioul a toujours de l’eau dans son lit.

Distance : d’Oulad Ḥasen au Djebel Aṛbar 1 jour.

OUAD TALKJOUNT. — Il prend sa source au Djebel Titouga ; puis il entre chez les Ida ou Zeddaṛ, grande tribu soumise au makhzen : de là il débouche en plaine, et traverse d’abord le territoire des Talkjount, puis celui des Menâba.

L’Ouad Talkjount a de l’eau pendant la plus grande partie de l’année.

Distance : d’Igli au Djebel Titouga 1 jour.

4o. — ITINÉRAIRES.

1o _DE L’OUAD TIFNOUT AU TELOUET_. — Un chemin mène de l’un à l’autre : on remonte l’Ouad Tifnout jusqu’auprès de sa source ; de là, une côte douce conduit à un col et au bassin opposé. Point de pentes raides ; route facile.

2o _DE TAZENAKHT AUX AIT OUBIAL_. — La distance est d’un jour de marche. De Tazenakht, on remonte d’abord l’ouad du même nom, puis l’Ouad Ta n Amelloul jusqu’à sa source. On franchit le désert de Ta n Amelloul ; celui-ci s’étend entre les Aït Ouaṛrda et les Aït Oubial ; on se trouve à cette dernière tribu dès qu’on l’a traversé.

Distances : de Tazenakht à Imdṛeṛ 3 heures.

d’Imdṛeṛ au Khela Ta n Amelloul 3 heures.

Traversée du Khela Ta n Amelloul 1 h. 1/2.

3o _DE TAZENAKHT AUX AIT TEDRART_. — On gagne les Aït Oubial, puis les Aït Ọtman ; là on laisse l’Ouad Zagmouzen à Outoura, et on monte vers le nord dans les montagnes qui en forment le flanc droit : elles s’appellent à ce point Djebel Ḥeddi et forment un désert dangereux. On y chemine jusqu’aux Id ou Illoun : il y a 2 heures entre leur territoire et Outoura. On traverse l’Ouad Id ou Illoun ; on entre dans un nouveau désert, celui de Teddref : après l’avoir franchi, on se trouve à l’Ouad Aït Tedrart. Une heure entre les Id ou Illoun et Aglagal.

4o _DE TAZENAKHT AUX AIT TAMELDOU_. — Il y a deux chemins principaux ; les voici :

I. — Gagner d’abord le territoire des Id ou Illoun, puis celui des Aït Tedrart ; de là passer aux Aït Tameldou, qui n’en sont qu’à 1 heure de distance. On marche tout le temps en pleine montagne.

II. — De Tazenakht, on gagne les Ikhzama à Tesakoust (Ouad Iriri). De là on va à Amasin (Ikhzama) et on remonte l’ouad de ce nom jusqu’à sa source, au Tizi n Ougdour. On franchit ce col : c’est un passage facile ; il forme la limite entre les bassins du Dra et du Sous. De là on s’engage dans le désert d’Igisel, où l’on marche durant 5 heures, jusqu’au village de Tittal, le premier des Aït Tameldou.

5o _DE TAMAROUFT A TINFAT (SEKETANA)_. — On compte 1 jour de marche entre ces deux points. On gagne le Khela Tasṛirt en passant par Aït Mesri : on marche une demi-journée dans ce désert : on en sort à Iṛri, sur l’Ouad Sidi Ḥaseïn. Iṛri n’est qu’à une demi-heure de marche de Tinfat.

Distance : de Tamarouft au Khela Tasṛirt 4 heures.

6o _D’IRIL N ORO AUX SEKETANA_. — On suit les rives de l’Ouad Zagmouzen jusqu’à Iṛil Mechtiggil (Zagmouzen). Là on le quitte et, marchant vers le sud, on s’engage dans le Petit Atlas. Au bout d’une heure de marche, on atteint le territoire des Seketâna : on passe d’abord à Tizgi, puis aussitôt après on trouve Tirikiou. De là, si on veut se rendre chez les Seketâna proprement dits, on prend à l’ouest ; si on veut gagner soit les Imadiden, soit les Imskal, on se dirige vers l’est. Ces deux fractions sont en face l’une de l’autre, du même côté et presque à même distance de Tirikiou.

Distances : d’Iṛil n Oro à Iṛil Mechtiggil 3/4 d’heure.

d’Iṛil Mechtiggil à Tirikiou 1 h. 1/4.

7o _DES AIT IAHIA (OUAD ZAGMOUZEN) A TATTA_. — Il y a un chemin partant du territoire des Aït Iaḥia, remontant l’Ouad Aït Semmeg jusqu’à sa source, puis gagnant Tatta.

8o _D’IRIL N ORO A MERRAKECH_. — On compte 5 jours et demi de marche :

_1er jour._ — D’Iril n Oro à Tinmekkoul, en descendant l’Ouad Zagmouzen.

_2e jour._ — On gagne Tlemkaïa sur l’Ouad Tazioukt ; on remonte cette rivière jusqu’à Tanfit. Là on la quitte, et on s’engage dans le désert d’Iger n Znar qui s’étend au delà de sa rive droite. On y marche durant trois heures ; puis on atteint à Taleouin (district d’Ouneïn) l’Ouad el Amdad : on le remonte jusqu’à Adouz.

_3e jour._ — On quitte l’Ouad el Amdad à Adouz : on s’engage dans une vaste plaine ; au bout de 3 heures, on atteint un groupe formé de 2 villages : le premier est Tamsellount, le second Tamdroust : ils comptent dans le district d’Ouneïn. En sortant de Tamdroust, on entre dans le désert montagneux d’Ouichdan : côtes raides, chemin parfois difficile : au milieu de ce désert est le col où l’on franchit la crête supérieure du Grand Atlas. On chemine dans le Khela Ouichdan jusqu’à la fin de la journée : le soir, on parvient au village d’Alla où l’on s’arrête : on y entre sur le territoire des Genṭafa. Alla est sur l’Ouad El Genṭafi, qui, à quelques pas plus bas, s’unit à l’Ouad Agoundis. La jonction de ces deux cours d’eau forme l’Ouad Nfis.

_4e jour._ — D’Alla on gagne, à très peu de distance, Dar El Genṭafi, où se trouve le confluent des deux rivières. Dar El Genṭafi, appelée aussi Tagentaft, est un gros village, résidence du qaïd des Genṭafa. A partir de là, on descend le cours de l’Ouad Nfis : jusqu’au soir, on ne cesse d’en longer les bords. C’est une vallée très encaissée, ressemblant à celle de l’Ouad Iounil : les flancs en sont des murailles à pic presque partout infranchissables : on ne peut passer qu’au fond ; là, pas un point désert : tout est couvert de cultures et de villages ; voici les principaux de ceux qu’on traverse successivement : Imeṛraoun, Takherri, Iḥenneïn, Targa Aït Iraṭ, Iger n Kouris, Toug el Khir, Tigourramin, Talat n As, Imidel, Imgdal, Tagadirt el Bour, Ouirgan, Imaṛiren. On passe la nuit à Imaṛiren. Là s’arrêtent le territoire des Genṭafa et l’autorité de leur puissant qaïd.

_5e jour._ — On quitte l’Ouad Nfis, on gravit le flanc gauche de sa vallée, et on sort de celle-ci. Au bout de 3 heures de marche, on atteint un village, Asdṛem Kik : on entre là sur un nouveau territoire, soumis au qaïd El Gergouri ; on passe ensuite à Agdour Kik, Ouizil, Tigzit : ces quatre villages font partie de la fraction de Kik, portion de la tribu où nous sommes. Au delà, on en traverse encore deux du ressort d’El Gergouri, Agergour et Fres. A Fres s’arrête son autorité et commence la juridiction du bacha de Merrâkech. Jusqu’au soir, on continue à cheminer en rencontrant de fréquents villages : les principaux sont Tala Moumen, Toukhribin, Agadir Aït Teççaout, Akreïch. C’est dans ce dernier qu’on passe la nuit. De toute la journée, on n’a pas aperçu une seule rivière sur la route. (D’Asdṛem Kik à Agergour, 2 heures. — Agergour et Fres se touchent. — De Fres à Tala Moumen, 1 heure. — De Tala Moumen à Agadir, 1 heure. — D’Agadir à Akreïch, 2 heures.)

_6e jour._ — D’Akreïch à Merrâkech il n’y a que 4 heures de marche : durant tout ce temps on est en plaine et sous bois : cet espace entier est occupé par une forêt de grands arbres, lieu désert et dangereux, d’ordinaire infesté de brigands.

9o _DE L’OUAD TIFNOUT A MERRAKECH_. — On gagne Dou Ougadir : de là on remonte l’Ouad Izgrouzen jusqu’à sa source. Celle-ci se trouve à la crête du Grand Atlas, au Tizi n Tamejjout. On franchit la chaîne à ce col et on débouche dans la vallée de l’Ouad Agoundis. On en descend le cours en traversant un grand nombre de villages, dont voici les principaux : Tizi n Idikel, Tizi n Glouli, Igisel, Iṛal n Ṛbar, Iberziz, Azgrouz, Agoundis, Taourbart, Dar el Mrabṭin, Ijjoukak, Dar El Genṭafi. De là on suit la vallée de l’Ouad Nfis : le reste de l’itinéraire est le même qu’à l’article précédent.

Le cours de l’Ouad Agoundis est sous l’autorité de Qaïd El Genṭafi. Ce personnage, dans la famille de qui le pouvoir est héréditaire depuis de longues générations, est célèbre dans tout le Maroc par ses immenses richesses : plusieurs légendes ont cours sur leur origine : les uns disent qu’il existe une mine d’or sous son château, d’autres prétendent qu’il a trouvé la pierre philosophale. Pendant longtemps le Genṭafi a été insoumis. Il y a quelques années, Moulei El Ḥasen résolut de faire une expédition contre lui. Le Genṭafi n’osa résister ; il préféra désarmer le sultan par des présents : à son approche, il alla au-devant de lui, se faisant précéder par des cadeaux dont voici l’énumération : 100 nègres, 100 négresses, 100 chevaux, 100 vaches avec leurs veaux, 100 chamelles avec leurs petits. Devant de tels dons, Moulei El Ḥasen se tint pour satisfait. Il reçut la soumission du chikh et lui laissa son pouvoir, en lui donnant le titre de qaïd. Seulement il emmena deux de ses filles, dont il fit ses épouses : le Genṭafi a ainsi l’honneur d’être beau-père du sultan. Mais, de son côté, celui-ci a des otages précieux qui lui répondent de la fidélité du puissant qaïd. Lorsque ce dernier vient à Merrâkech, il y est fort bien reçu, mais il ne lui est permis ni de voir ni d’entretenir ses filles.

10o _DE TINTAZART (TATTA) A MERRAKECH_. — Tintazart, Afra, Imi n ou Aqqa (kheneg désert), Ti n Iargouten (qçar des Aït Ḥamid, Chellaḥa vassaux des Aït Jellal) ; Aït el Ḥazen (tribu formée de plusieurs villages situés sur la rivière du même nom ; versant nord du Petit Atlas) ; Arbạa Ammeïn (village avec marché le mercredi ; il fait partie d’Ammeïn, groupe de plusieurs villages situés sur l’Ouad Aït Semmeg) ; Tizi n Sous (c’est le col dont nous avons parlé plus haut, celui où se trouve la qoubba de Sidi Bou Reja) ; Aoulouz ; on gravit la montagne d’Aougeddimt, et on gagne le village de Taleouin ; on traverse l’Ouneïn ; de l’Ouneïn on entre dans le désert, où l’on franchit le mont Ouichdan, très haut massif dont le sommet est presque toujours couronné de neige. De là on passe à l’Ouad Nfis : on le descend assez longtemps, puis on gagne successivement Tagadirt el Bour, Kik, Ouizil, Akreïch, Merrâkech.

Distances : de Tintazart à Imi n ou Aqqa comme de Tintazart à Foum Meskoua.

d’Imi n ou Aqqa à Talella comme de Tintazart à Foum Meskoua.

de Talella aux Aït Ḥamid comme de Tintazart à Tiiggan.

des Aït Ḥamid aux Aït el Ḥazen comme de Tintazart à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).

des Aït el Ḥazen à Arbạa Ammeïn comme de Tintazart à Foum Meskoua.

d’Arbạa Ammeïn à Tizi n Sous comme de Tintazart à Foum Meskoua.

de Tizi n Sous à Aoulouz comme de Tintazart à Foum Meskoua.

d’Aoulouz à Taleouin comme de Tintazart à Aqqa.

de Taleouin à Djebel Ouichdan comme de Tizi n Tzgert à l’Ouad Tatta (sur la route d’Aqqa).

de Tagadirt el Bour à Kik comme de Tintazart à Aqqa.

de Kik à Ouizil comme de Tintazart à Adis.

d’Ouizil à Akreïch comme de Tintazart à Adis.

d’Akreïch à Merrâkech comme de Tintazart à Foum Meskoua.

IV.

SAHEL.

=Tribu des Haha.=

Le pays des Ḥaḥa est merveilleux de fertilité et encore assez riche, bien qu’après avoir été pressuré par Ould Bihi (le dernier d’une famille de qaïds héréditaires qui a longtemps été à la tête de la tribu), désolé par Anflous (serviteur d’Ould Bihi qui usurpa le pouvoir après que ce dernier eut été empoisonné par le sultan, et qui fut, lui aussi, pris par trahison et mis à mort), il soit aujourd’hui horriblement opprimé par le makhzen. A chaque pas, on voit des ruines, des maisons détruites, des tours à demi renversées : ce sont les traces qu’a laissées la courte domination d’Anflous. A chaque pas, on entend les plaintes des habitants sur les déprédations des représentants actuels du sultan : un homme a-t-il quelque bien, on le dépouille aussitôt. Aussi beaucoup de Ḥaḥa (on dit Ḥaḥa en arabe, et Iḥaḥan en tamaziṛt) cherchent-ils à obtenir la protection de consuls chrétiens de Mogador. Malgré tant de maux, le pays est assez prospère : demeures nombreuses ; beaux troupeaux ; vastes cultures. Mais le terrain labourable qui reste inculte occupe une immense étendue : on pourrait ensemencer une surface presque double de celle qu’on cultive.

Les Ḥaḥa se divisent en 12 fractions, auxquelles M. El Ḥasen, depuis leur soumission récente (après avoir été longtemps indépendants, ils viennent d’être en révolte durant plusieurs années), a préposé 4 qaïds. Ces qaïds ont sous leurs ordres des chikhs et des ạamels. Les chikhs sont ici les gouverneurs des fractions : il y en a un pour chacune des douze ; les ạamels sont chargés de percevoir les impôts pour le sultan : ils sont en plus grand nombre.

Les 12 fractions sont :

Ida ou Gerṭ, Ikenafen, Ida ou Isaṛen, Ida ou Gelloul, Ida ou Tromma, Aït Ạmer, Ida ou Ạïssi, Ida ou Zenzen, Ida ou Khelf, Ida ou Bou Zia, Ida ou Mada.....[118].

Les quatre premières sont les plus importantes.

Les Ḥaḥa sont serviteurs de plusieurs marabouts : ils paient des redevances aux Geraga et à Sidi Ạbd Allah d Aït Iaḥia : nous avons dit que celui-ci était originaire d’Ez Zaouïa, à Tisint. Quant aux Geraga, c’est une célèbre famille de religieux, originaire du Chiadma, où elle a encore sa principale zaouïa, entre Mogador et Safi.

La tribu des Ḥaḥa est sédentaire ; elle parle le tamaziṛt, mais l’arabe y est assez répandu[119].

Pas de Juifs chez les Ḥaḥa en dehors des deux villes qui sont sur leur territoire sans appartenir à leur tribu, Mogador et Agadir Iṛir.

=District de Tidsi.=

Le district de Tidsi se compose de 3 grands villages : Tidsi (300 fusils), El Qaçba (200 fusils), Oumsedikht (700 fusils) ; ils sont à peu de distance les uns des autres. Le Tidsi est gouverné par un seul chikh, en même temps marabout ; il s’appelle Sidi El Ḥanafi. Le Tidsi reconnaît le sultan, mais n’est point administré par lui : les mkhaznis n’y entrent point, et il n’y a ni qaïd ni ạamel nommé par Moulei El Ḥasen ; mais le chikh héréditaire, tout en ne tenant son autorité que de son sang et de la volonté de ses concitoyens, reconnaît le sultan et va chaque année apporter un tribut à Taroudant.