Reconnaissance au Maroc, 1883-1884 (Texte)
Part 38
Tamegrout est le siège d’une des plus grandes zaouïas du Maroc. C’est l’une des cinq dont l’influence politique aussi bien que religieuse s’étend au loin et peut acquérir par les circonstances une importance énorme : ces cinq zaouïas sont : celle d’Ouazzân (Moulei Ạbd es Selam), celle de Bou el Djạd (Sidi Ben Daoud), celle du Metṛara (Chikh Moḥammed el Ạrabi el Derkaoui), celle de Tamegrout (Sidi Moḥammed ou Bou Bekr), celle du Tazeroualt (Sidi El Ḥoseïn). En ce moment, l’influence des quatre premières est surtout religieuse, celle de la cinquième surtout politique. Le pouvoir de Sidi Ben Nacer est immense dans toute la vallée de l’Ouad Dra, dans celle du Sous, dans celles des ouads Dâdes et Idermi ; il s’étend jusqu’à Tatta et Agadir Iṛir à l’ouest, jusqu’à moitié chemin du Tafilelt à l’est. Cette zone, qui comprend une grande partie de la tribu des Berâber, presque tout le groupe des Aït Atta, est entièrement à sa dévotion. On vient en pèlerinage à Tamegrout de bien plus loin encore, de Mogador, du Sahel, du Tafilelt : le nom de Sidi Moḥammed ou Bou Bekr est connu et vénéré dans tout le Maroc. Le sultan marque en toute occasion le plus grand respect pour ce saint.
=VI. — Qtaoua.=
En sortant du Fezouata, l’Ouad Dra entre dans un désert appelé _El Kheneg_ : plus de cultures, plus de palmiers, ni dans son lit ni sur ses bords : le désert est absolu ; mais il n’est pas long. La longueur en est égale à deux fois la distance de Tamnougalt à Ourika. C’est à l’extrémité de ce désert que le fleuve traverse le Bani : il perce la chaîne au kheneg appelé Foum Taqqat. Cette trouée par laquelle l’Ouad Dra débouche dans le Sahara proprement dit, au sud de la digue si étrange du Bani, a une grande célébrité chez les Berâber. Ils la regardent comme le lieu de leur origine première, comme leur berceau commun, et y font chaque année des pèlerinages et des sacrifices. Après avoir passé Foum Taqqat, on arrive bientôt au district du Qtaoua.
Le Qtaoua, qu’on appelle aussi _El Azrar_, est borné au nord par le petit désert d’El Kheneg et au sud par celui de Bou Selman. Il se compose des qçars suivants, situés sur les bords de l’Ouad Dra : voici leur énumération, en descendant le fleuve :
RIVE DROITE :
Beni Semgin (debiḥa sur les Ignaouen). 100 fusils
Qçâbi Oulad Bou Ḥerira (debiḥa sur les Ignaouen). 40
Regba (debiḥa sur les Ignaouen). 60
Insrad (debiḥa sur les Ignaouen). 1000
Beni Ḥaïoun (debiḥa sur les Ignaouen). 600
Qaçba er Remla (debiḥa sur les Ilemsan). 50
Ikhchouan (debiḥa sur les Ilemsan). 200
Beni Henaït (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 200
Zaouïa Sidi Çaleḥ.
Beni Sbiḥ (debiḥa sur les Aït b ou Iknifen). 400
Aït Rebạ (debiḥa sur les Ignaouen). 80
Zaouïa Sidi Ạbd el Ạli.
Zaouïa el Berrania.
Distances : de Qçâbi Izligen à Beni Semgin comme de Tamnougalt à Tesaouant.
De Beni Semgin à Insrad comme de Tamnougalt à Ouriz.
D’Insrad à Beni Ḥaïoun comme de Tamnougalt à Takatert.
De Beni Ḥaïoun à Beni Sbiḥ comme de Tamnougalt à Ouriz.
De Beni Sbiḥ à Zaouïa el Berrania comme de Tamnougalt à Ouriz.
La population du Qtaoua est la même et se trouve dans les mêmes conditions que celle du Fezouata. Elle se compose de Draoua (Ḥaraṭîn) se gouvernant à leur fantaisie dans leurs murs, mais tributaires des Berâber : un certain nombre de ces derniers habitent parmi eux, à titre d’étrangers ; ils ont des maisons dans les qçars, y vivent une partie de l’année, et l’autre errent sous la tente. En dehors des Draoua et des Berâber, il y a une troisième classe de personnes : celle des cherifs et des marabouts : ils sont, comme presque partout, indépendants.
Il existe trois très grands qçars dans le Qtaoua : Insrad, Beni Ḥaïoun et Beni Sbiḥ.
Insrad est remarquable par l’instruction et la piété de sa population : presque tous les hommes sont ṭalebs ou ḥadjs. Le qçar est administré par un chikh : le chikh actuel s’appelle Er Rijel ; c’est un Draoui des plus noirs. Insrad n’a qu’une seule porte ; quiconque pénètre dans la ville y dépose ses armes en entrant.
Beni Ḥaïoun est gouverné par son chikh, El Bechra ould Mellouk. C’est l’homme le plus puissant du Qtaoua. Il a sous son autorité plusieurs autres qçars : Beni Henaït, Ikhchouan, Qaçba er Remla, Zaouïa Sidi Çaleḥ. Beni Ḥaïoun, sa résidence, forme ainsi la capitale d’une petite confédération : c’est pourquoi on donne parfois à ce qçar le nom d’El Qtaoua. Chikh El Bechra est, comme ses voisins, vassal des Berâber. Il est célèbre par ses richesses et son luxe ; il possède un immense jardin où sont enfermés des mouflons, des gazelles, des autruches et d’autres animaux du désert. Outre ses marchés hebdomadaires, Beni Ḥaïoun a un marché permanent au milieu du qçar.
Beni Sbiḥ est un grand qçar, rival de Beni Ḥaïoun et souvent en guerre avec lui ; il a pour chikh un Draoui, Chikh El Ạziz. Beni Sbiḥ possède six mosquées et un marché permanent. L’enceinte du qçar n’a que deux portes.
Les marchés du Qtaoua sont, outre les marchés permanents mentionnés : le ḥad et le khemîs de Beni Ḥaïoun, le ḥad et le khemîs de Beni Sbiḥ.
Deux mellaḥs, l’un à Beni Ḥaïoun, l’autre à Beni Sbiḥ.
=VII. — El Mhamid.=
El Mḥamid, ou, comme on l’appelle pour le distinguer d’autres lieux du même nom, Mḥamid el Ṛozlân, est le dernier district du pays de Dra. Entre le Qtaoua et lui se trouve un court désert, Khela Bou Selman. Le fleuve le traverse, les rives stériles. Il en sort pour entrer dans El Mḥamid, où ses bords se couvrent de nouveau de palmiers et de qçars ; voici les noms de ces derniers, dans l’ordre où on les rencontre en descendant le fleuve :
RIVE GAUCHE :
Oulad Dris (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 400 fusils.
Bou Nou (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 80
Tleḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 100
El Mḥarza (debiḥa sur les Ignaouen). 50
Qcîba Aït Ạïssa ou Brahim (Aït Ạïssa ou Brahim). 100
Oulad Ḥamed (debiḥa sur les Ignaouen). 300
El Beṭḥa (debiḥa sur les Aït Bou Daoud). 80
Cendouga (debiḥa sur les Ignaouen). 40
Oulad Mhiia (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 200
Qcîba Chiadma (pas de debiḥa. Les Chiadma sont 200 Arabes et indépendants).
Qcîba Sidi Zaoui (debiḥa sur les Aït Ạlouan). 100
Distances : de Zaouïa el Berrania à El Beṭḥa comme de Tamnougalt à Tesaouant.
D’El Beṭḥa à Oulad Ḥamed 600 mètres.
D’Oulad Ḥamed à Cendouga comme de Tamnougalt à Takatert.
De Cendouga à Qcîba Chiadma 800 mètres.
D’Oulad Ḥamed à Oulad Dris comme de Tamnougalt à Ouriz.
D’Oulad Dris à El Beṭḥa comme de Tamnougalt à Ouriz.
D’Oulad Mhiia à Cendouga 800 mètres.
La population d’El Mḥamid est semblable à celle du Qtaoua et du Fezouata et se trouve dans les mêmes conditions : Draoua tributaires des Berâber, possédant les qçars, et se gouvernant dans chacun d’eux isolément et à leur guise ; Berâber de passage ; cherifs indépendants.
Point d’autre marché que le marché permanent d’Oulad Ḥamed.
Un mellaḥ.
Au sortir d’El Mḥamid, l’Ouad Dra s’enfonce dans le désert : il y reste jusqu’à l’Océan.
=VIII. — Affluents de l’Ouad Dra.=
Voici les noms de quelques-uns des affluents de l’Ouad Dra, entre le Kheneg Tarea et El Mḥamid. Affluents de la rive droite :
_Ouad Imider._ — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ (Mezgîṭa). Il ne traverse que le désert.
_Ouad Tamtsift._ — Il a son confluent au-dessus d’Ouriz. Il arrose successivement la qoubba de Tarourt, Tasla Aït Brahim, Aït Semgan (appelé aussi Amenrirka), Tesaouant, Ourika. A Ourika, se jette sur sa rive gauche un ruisseau prenant sa source à Aïnach, zaouïa avec dattiers et cultures située à quelque distance dans la montagne.
_Ouad Agni Ouremd._ — Il a son confluent au-dessus d’Aremd ; il ne traverse que le désert.
_Ouad Bou Lougeïn._ — Il a son confluent à Argioun. Cette localité est à égale distance de Tamnougalt et d’Ourika.
_Ouad Alemt._ — Il a son confluent au-dessus de Tamkasselt ; il ne traverse que le désert : c’est un cours d’eau d’une assez grande longueur.
_Ouad Tansikht._ — Il a son confluent au-dessus d’Aït Oussiḥi ; c’est un cours d’eau assez long, mais ne traversant que le désert.
_Ouad Alemta._ — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ Aït Mimoun ; il ne traverse que le désert, bien qu’assez long. Alemta est le nom d’une montagne d’où descendent plusieurs rivières.
_Ouad Tasminert._ — Il a son confluent entre Aqebt et Oulad Mesạd. Il vient du Khela Tasminert et demeure pendant tout son cours dans le désert.
_Ouad. . . . ._ — Il a son confluent au-dessus de Zaouïa Amadaṛ ; il ne traverse que le désert.
_Ouad Mhit._ — Il a son confluent au-dessus de Timskalt. Il ne traverse que le désert.
_Ouad. . . . . ._ — Il a son confluent sous Zaouïa el Feggouç. Il ne traverse que le désert.
_Ouad Nfid._ — Il a son confluent sous Qaçba el Kạba. Il ne traverse que le désert.
_Ouad El Betha el Beïda._ — Il a son confluent au-dessus de Taṛzout. Il ne traverse que le désert.
_Ouad Grenzar._ — Il a son confluent au-dessus d’El Meqaṭra. Il ne traverse que le désert.
_Ouad Abd Allah._ — Il a son confluent au-dessus de Rebaṭ el Ḥadjer. Il ne traverse que le désert.
_Ouad Mergou._ — Il a son confluent au-dessus d’El Ạroumiat. Il ne traverse que le désert.
_Ouad el Feïja._ — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa el Baraka : c’est un cours d’eau long, mais désert.
_Ouad el Miet._ — Il a son confluent au-dessous d’Oulad Brahim. Il ne traverse que le désert.
_Ouad Zerri._ — Il a son confluent au-dessus d’Anagam. Il ne traverse que le désert.
Affluents de la rive gauche :
_Ouad Idili._ — Il a son confluent au-dessous de Tiniṛil. Il prend sa source dans le Saṛro : le cours en est désert.
_Ouad Tara Melloul_. — Il a son confluent au-dessous de Taleouin. Le cours en est désert.
_Ouad Abdi._ — Il a son confluent au-dessus de Talat : il ne traverse que le désert. Il prend sa source dans le Djebel Kisan et n’est qu’un ravin très court : au contraire, les cours d’eau précédents sont longs.
_Ouad Aït Aïssa ou Daoud._ — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun ; il ne traverse que le désert.
_Ouad Tangarfa._ — Il a son confluent au-dessous d’Aït Khelfoun : il ne traverse que le désert, et se jette au-dessous du cours d’eau précédent.
_Ouad Ousreït._ — Il a son confluent au-dessous d’Abernous ; il ne traverse que le désert.
_Ouad Tamellalt._ — Il a son confluent au-dessous de Zaouïa Sidi Dris ; il ne traverse que le désert.
_Ouad. . . . . ._ — Il a son confluent entre Taaqilt et Ifriouin ; il ne traverse que le désert.
_Ouad. . . . . ._ — Il a son confluent entre Ifriouin et Timesla ; il ne traverse que le désert.
_Chaba Moulei Iaqob._ Il — a son confluent au-dessus d’Aït Ạbd Allah ou Mimoun ; il ne traverse que désert.
_Chaba Moulei Bou Fers._ — Il a son confluent au-dessus d’Akhellouf ; il ne traverse que le désert.
_Chaba. . . . . . . ._ — Il a son confluent au-dessus d’El Douirat. Il ne traverse que le désert. Ce cours d’eau, ainsi que les quatre précédents, prend sa source dans le Khela Bou Zeroual.
_Chaba. . . . . . . ._ — Il a son confluent sous Tafroust ; il ne traverse que le désert. On appelle Tazenakht l’endroit où il se jette dans le fleuve.
_Ouad el Miet._ — Il a son confluent sous Bou Zergan : c’est une rivière longue ; elle ne traverse que le désert.
_Ouad el Farer._ — Il a son confluent entre Zegoura et Zaouïa el Ftaḥ. Il prend sa source à Foum Tenia Tafilelt. Il ne traverse que le désert.
La plupart des rivières que nous venons d’énumérer sont presque toujours à sec.
3o. — BASSIN INFÉRIEUR DU DRA.
L’Ouad Dra, des derniers palmiers d’El Mḥamid à l’Océan, coule dans le désert. Sur sa rive droite, c’est une plaine ondulée s’étendant jusqu’au Bani, plaine rayée par endroit de collines basses, et partout telle que nous l’avons vue au sud de Tintazart. Sur la rive gauche, on trouve, après avoir gravi un talus, une plaine semblable à celle de droite : sol ondulé, avec de petits cours d’eau, et de la végétation au printemps. On appelle ces deux plaines les _Feïja_. La dernière a, en moyenne, une journée de marche en profondeur ; un nouveau talus, visible de Tatta, la borne au sud. Si l’on monte sur ce talus, on trouve le ḥamada, vaste plateau où rien ne borne plus l’horizon : sol plat, dur et pierreux, sans eau ni végétation. Le ḥamada s’étend au loin vers le sud : c’est le commencement du grand désert.
Si les bords du fleuve ne sont pas habités, les trois déserts qui l’entourent servent de terrains de parcours à diverses tribus nomades ; ce sont :
Les _Tajakant_, tribu religieuse, dont tous les membres sont marabouts. Elle est établie dans le ḥamada, au sud des Ida ou Blal et des Aït ou Mrîbeṭ ; elle a des tentes, et un qçar, Tindouf.
Les _Arib_, tribu nomade possédant un qçar, Zạïr, et des tentes : leurs campements s’étendent parfois fort loin, dans le ḥamada à l’est des Tajakant, dans la Feïja méridionale en face des Berâber, et dans le désert compris entre le sud du Tafilelt et le sud du Dra : d’ordinaire ils sont massés au sud du Debạïa. Cette tribu, jadis considérable, est déchue aujourd’hui de son antique puissance. Les Ạrib se disent Arabes : ils sont blancs de peau et ne parlent que l’arabe.
Les _Berâber_, ou du moins certaines parcelles d’entre eux, surtout des portions des Aït Ạlouan (les Aït Ạlouan font partie des Aït Atta) ; ils campent dans la Feïja septentrionale, en face de la région occupée par les Ạrib ; ils ont pour limites : au nord le Bani, à l’est et au sud l’Ouad Dra, à l’ouest les Ida ou Blal.
Les _Ida ou Blal_ ; ils occupent les deux Feïja, celle de la rive gauche comme celle de la rive droite, entre les Ạrib et les Berâber à l’est et les Aït ou Mrîbeṭ à l’ouest.
Les _Aït ou Mrîbet_ ; ils occupent aussi les deux Feïja, entre les Ida ou Blal d’une part, et de l’autre des tribus du Sahel sur lesquelles je n’ai pu recueillir de renseignements.
Au milieu de ces tribus nomades, on ne trouve que cinq qçars, isolés dans le désert ; ce sont :
_Tindouf_, sur le ḥamada, au sud de l’Ouad Dra. Ce qçar, de fondation récente, appartient aux Tajakant. Il est important comme centre religieux et plus encore comme point de départ et d’arrivée de caravanes annuelles du Soudan.
_Zaïr_, sur la rive gauche du Dra, à quelque distance de son lit. Ce qçar a été construit, il y a peu d’années, par les Ạrib. La population, appartenant toute à cette tribu, en est d’environ 500 fusils. Il est arrosé par des sources et possède quelques plantations de dattiers. Sa distance au lit du Dra est celle de Tamnougalt à Ouriz ; sa distance au qçar le plus méridional d’El Mḥamid est celle de Tesaouant à Ouriz.
_Qçar Khsa_, situé sur la rive droite du Dra, à 3 ou 4 heures de son lit. Il appartient aux Khsa, fraction des Oulad Iaḥia ; la population en est d’environ 400 fusils ; il est arrosé par un canal qui lui apporte l’eau du Dra ; point de dattiers. Sa distance à Zạïr est deux fois celle de Tamnougalt à Ourika ; sa distance à l’Ouad Dra est à peu près la même.
_El Mhazel_, sur la rive droite du Dra, à une certaine distance de son lit. C’est un grand qçar de 400 feux habité par les Aït Sidi Ạbd en Nebi, marabouts descendant du saint de ce nom, dont la qoubba est dans le qçar : la zaouïa est importante. El Mḥazel est arrosée par des sources ; point de dattiers. Elle est au sud-ouest de Qçar Khsa, à une distance qui est une fois et un tiers celle de Tesaouant à Tamnougalt.
_Mrimima_, où nous avons séjourné.
A côté de ces tribus nomades et de ces quelques qçars, se trouvent deux petits groupes de marabouts vivant côte à côte sous la tente, en des lieux invariables, au nord du Debạïa : avec eux finit la liste des populations qui occupent les déserts du Dra inférieur. Ces deux groupes sont :
_Oulad Sidi Amer_, marabouts campant à quelque distance au nord du Debạïa, dans les collines de Soussia.
_Mrabtin Hamirin_, marabouts campant non loin des précédents, dans les mêmes collines de Soussia.
Ainsi que nous l’avons dit en parlant des mạders, l’Ouad Dra est presque toujours à sec dans son cours inférieur : certaines années seulement, ses eaux dépassent El Mḥamid et s’écoulent jusqu’à la mer ; encore cette crue ne dure-t-elle que quelques jours. En dehors de ces rares périodes, il n’a point d’eau, sauf le peu que lui apportent en temps de pluie ses principaux affluents. Son lit est, dans cette portion, presque partout sablonneux : ce fond, lorsqu’il est arrosé, devient très fertile : il produit une végétation abondante et, si on l’ensemence, de superbes récoltes. Ces parties cultivables du Dra sont, d’abord, le Debạïa ; puis, plus bas, différents tronçons portant le nom de mạder. Le Debạïa et les mạders sont seuls labourables dans le Dra inférieur : le reste est stérile.
Le _DEBAIA_. — Le Debạïa est une plaine de sable, longue de 2 jours de marche et large de 1 jour 1/2. L’Ouad Dra passe au milieu, la traversant dans sa longueur. Une partie de cette plaine se cultive chaque année : les tribus voisines s’en sont partagé les terres ; tous les automnes, elles viennent y passer deux ou trois semaines, arrosent au moyen de canaux dérivés du Dra, et labourent ce qu’elles peuvent. Si l’année est pluvieuse et la crue forte, les eaux du fleuve couvrent tout le Debạïa durant plusieurs jours : sinon, les canaux seuls s’emplissent : enfin, s’il a fait très sec, l’eau manque entièrement et la semence est perdue. Les tribus qui cultivent dans le Debạïa sont : les Ạrib, les Aït Ạlouan (Aït Atta), les Khsa (Oulad Iaḥia), les Oulad Chaouf (Oulad Iaḥia), les Nesasda (Oulad Iaḥia), les Aït Ạbd en Nebi, les Oulad Sidi Ạmer, les Mrabṭîn Ḥamirin.
Le Debạïa a son extrémité orientale à hauteur de Zạïr.
Les _MADER_. — Il y a une grande différence entre le Debạïa et les mạders : le premier est une plaine traversée par le Dra, les seconds sont le lit même du fleuve ; l’un est arrosé par les eaux propres du Dra, les autres ne le sont habituellement que par celles de ses affluents ; le Dra forme celui-là, les rivières qui s’y jettent produisent ceux-ci. Le Debạïa est situé de telle façon qu’il reçoit tout l’excédant des eaux du Dra. Les mạders sont chacun au confluent d’un tributaire du fleuve et se fertilisent du surplus de leurs eaux. Point de cours d’eau important se jetant dans le Dra qui n’y forme un mạder ; point de mạder qui ait une origine différente. Plus la rivière est forte, plus la portion arrosée est considérable, plus le mạder est grand. Ces différents mạders sont séparés entre eux et du Debạïa par des portions stériles ; parfois, dans les grands mạders, les cultures sont entrecoupées de courts tronçons impropres au labourage.
Nous n’avons plus à décrire les mạders, auxquels nous avons fait une visite racontée plus haut : les eaux du haut Dra, arrêtées au Debạïa, y viennent rarement : on ne compte point sur elles pour la récolte, la terre s’arrosant assez par l’eau qu’y déversent les rivières qui les forment. On y cultive de l’orge, un peu de blé et du maïs. Ce dernier devient d’une taille prodigieuse : les tiges en sont, dit-on, plus hautes qu’un cavalier monté ; les épis en ont près d’une coudée de long. Les années 1878, 1879, 1880, on a cultivé les mạders ; on ne l’a point fait en 1881 ni en 1882 : on n’ensemence que quand des nuages apparaissent en automne, donnant l’espoir d’un hiver pluvieux, non qu’on ait besoin de pluie dans les mạders mêmes, mais il faut qu’il en tombe dans la montagne pour remplir les rivières qui les arrosent.
Il y a six mạders : le Mạder Ida ou Blal, le Mạder Tatta, le Mạder Aqqa, le Mạder Tizgi, le Mạder Icht, le Mạder Imi Ougadir ; ces mạders sont séparés entre eux par des portions stériles plus ou moins longues. Le premier est arrosé par les ouads Zgiḍ et Kheneg eṭ Ṭeurfa, les cinq derniers par les rivières qui leur ont donné à chacun leur nom. Les Ida ou Blal et les habitants de Tisint labourent le Mạder Ida ou Blal ; les Ida ou Blal, les gens de Tatta et les Aït ou Mrîbeṭ, le Mạder Tatta ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens d’Aqqa, le Mạder Aqqa ; les Aït ou Mrîbeṭ et les gens des oasis voisines, les trois derniers. Dans le Mạder Ida ou Blal, le terrain est imprégné de sel ; l’eau, quand il y en a, est salée ; si l’on creuse des puits, c’est de l’eau salée qu’on trouve. Le meilleur des six mạders, comme terrain, est le Mạder Aqqa ; le plus vaste de beaucoup est le Mạder Ida ou Blal. Ce dernier se divise en plusieurs portions ayant des noms distincts et séparées entre elles par de courts espaces stériles : voici ces portions dans l’ordre où elles se présentent lorsqu’on descend le fleuve :
Zbar[114] } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Aqqa Iṛen. Zouaïa } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Aqqa Igiren. Bou Ḥalg } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Trit. Tingaï } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Trit. Steïla } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Qaçba el Djouạ à Trit. Djemạ } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. Bel Lebḥan } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Qaçba el Djouạ à Trit. Bou Ṛioul } entre eux est un espace stérile long comme la } distance de Tisint à Aqqa Aït Sidi. Chelkha Djedeïd } id. Rist Djedeïd } id. Bou Arbạïn } id. Ḥedeb Bou Naïla } id. Khrouf } id. Bou Ạbd Allah } id. Ta Bou Ạbd Allah } id. Ṭiba Maṛnia } id. Qçar Chạïr } id. Lebdia
Distances : de Zbar à Tingaï comme de Tintazart à Qaçba el Djouạ.
de Tingaï à Rist Djedeïd comme de Tintazart à Aqqa Igiren.
de Rist Djedeïd à Lebdia comme de Tintazart à Qoubba Sidi El Ḥoseïn.
de Tisint à Tingaï comme de Tisint à Kheouïa.
de Tisint à Zbar comme de Tisint à Kheouïa.
Quant au Mạder Tatta, il est d’une pièce et n’est coupé d’aucune place stérile : la longueur en est égale à la distance de Qaçba el Djouạ à Tisint. Il est séparé de Lebdia, dernier point du Mạder Ida ou Blal, par un désert : il faut, pour parcourir ce dernier, le même temps que pour aller de Tisint à Aqqa Igiren.
=AFFLUENTS.= — D’El Mḥamid au Sahel, l’Ouad Dra reçoit successivement un grand nombre d’affluents dont les principaux sont les suivants :
Affluents de la rive droite :
_Ouad Hamsaïlikh._
_Ouad Zgid_, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal).
_Ouad Bou Tamat_, s’y jetant à Tingaï (Mạder Ida ou Blal).
_Ouad Henina_, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal).
_Ouad el Qcib_, s’y jetant à Rist Djedeïd (Mạder Ida ou Blal).
_Ouad Kheneg et Teurfa_, s’y jetant à Bou Arbạïn (Mạder Ida ou Blal).
_Ouad Bent en Nas_, s’y jetant à Khrouf (Mạder Ida ou Blal).
_Ouad Tatta_, s’y jetant à Areg Souir (Mạder Tatta).
_Ouad Meskaou_, s’y jetant à Souekh (Mạder Tatta).
_Ouad Aqqa_, s’y jetant à Qoubba Sidi Ạmara (Mạder Aqqa).
_Ouad Tizgi el Haratîn_, s’y jetant à Mạder Tizgi.
_Ouad Icht_, s’y jetant à Mạder Icht.
_Ouad Imi Ougadir_, s’y jetant à Mạder Imi Ougadir.
Affluent de la rive gauche :