Rapport sur un voyage botanique en Algérie, de Philippeville à Biskra et dans les Monts Aurès, entrepris en 1853 sous le patronage du Ministère de la guerre

Part 13

Chapter 133,255 wordsPublic domain

La race kabyle a été l’objet de trop d’études pour que nous puissions espérer ajouter aux connaissances déjà acquises ; mais nous comprenons trop l’importance de la force humaine, comme principal agent de l’agriculture, pour hésiter à entrer ici dans quelques considérations sur des faits que l’exercice de la médecine dans les tribus nous a permis de constater de la manière la plus authentique. Malgré leur civilisation déjà avancée et leurs instincts laborieux, les Kabyles de l’Aurès ne s’en livrent pas moins à tous les débordements d’un déplorable libertinage, cause puissante de dépopulation et d’abâtardissement[32] pour une race remarquable par la beauté de son type, et qui, par ses caractères généraux, se rapproche beaucoup de celle du centre de l’Europe.

Ce n’est pas sans regret que nous quittons la charmante vallée de l’Oued Abdi ; mais nous sommes pressés d’aller explorer le Djebel Cheliah, dont nous voyons dans le lointain les vastes forêts de Cèdres. Nous descendons la pente rapide d’un ravin qui nous conduit à El Hdour (environ 1,610 mètres d’altitude), à la source de l’un des affluents de l’Oued El-Abiad ; les montagnes des environs sont couvertes de bois composés de Chênes-verts (_Quercus Ilex_ et var. _Ballota_) et de _Fraxinus dimorpha_, entre lesquels se montrent de nombreux pieds de _Juniperus thurifera_, espèce d’Espagne et d’Orient qui n’avait pas encore été observée en Algérie ; ce dernier arbre descend jusque dans la vallée, et, vu de loin, il rappelle un peu, par la grosseur de son tronc et la disposition de ses branches, les Saules blancs étêtés qui entourent les prairies du centre de la France ; dans le fond de la vallée sont d’assez vastes champs de Blé entourés de murs et bien arrosés. Au sud, la montagne d’Iche-moul montre la partie supérieure de ses pentes couvertes d’arbres de forme pyramidale, que nos guides nous assurent être des Cèdres. — De Hdour à Em-Medinah, nous suivons une vallée creusée de ravins argilo-schisteux, dont les pentes présentent des bois clairsemés, et dans lesquels le _Juniperus Oxycedrus_ vient remplacer le _J. thurifera_ ; dans ces mêmes bois se voient également quelques pieds de _Pinus Halepensis_.

La vallée de Em-Medinah (environ 1,390 mètres d’altitude), assez vaste et bien arrosée, s’étend à la base du Djebel Cheliah, dont l’immense massif la limite au nord-est ; d’autres montagnes beaucoup moins élevées complètent le cirque qui la circonscrit ; de nombreuses ruines romaines, qui ont fait donner son nom à la vallée (_Em-Medinah_, la ville), montrent qu’elle fut jadis un centre important de population ; des ruisseaux, origine de l’Oued El-Abiad, en fertilisent les cultures ; de riches moissons de Blé, qui ne sont pas encore parvenues à maturité (9 juin), occupent une assez grande étendue de ce sol fertile. Les Arabes n’ont pas d’établissement fixe à Em-Medinah, et n’y viennent camper que pendant l’été et l’automne pour y faire paître leurs troupeaux, et se livrer aux travaux de la culture ; pendant les froids de l’hiver, alors que la vallée est le plus souvent couverte par la neige, ils vont établir leurs douars dans les pâturages de la région saharienne. En raison de l’altitude, les champs n’ont besoin que d’irrigations assez rares, et seulement lorsque les épis sont déjà formés ; la moisson a lieu en août, et l’on retrouve ici les habitudes sahariennes : la paille est coupée à peu de distance des épis, et le dépicage du Blé et de l’Orge est pratiqué au moyen de chevaux ou de mulets. Les mêmes champs ne sont jamais cultivés deux années de suite, comme ceux de la vallée de l’Oued Abdi, qui, par les soins des habitants, sont devenus de véritables jardins constamment en culture. — Dans les pâturages dominent les espèces suivantes, la plupart européennes :

*Ranunculus macrophyllus Desf.

Nasturtium officinale R. Br.

Capsella Bursa-pastoris DC.

Arenaria serpyllifolia L.

*Cerastium Atlanticum DR.

Malope stipulacea Cav.

Geranium dissectum L.

Medicago Cupaniana Guss.

— sativa L.

Trifolium pratense L.

— repens L.

— resupinatum L.

— fragiferum L.

— campestre Schreb.

Lotus corniculatus L.

Hippocrepis unisiliquosa L.

Vicia sativa L.

*Echinops spinosus L.

*Silybum eburneum Coss. et DR.

Cirsium Monspessulanum All.

Evax Heldreichii Parlat.

Micropus bombycinus Lagasc.

Artemisia campestris L.

*Senecio giganteus Desf.

Nonnea micrantha Boiss. et Reut.

Veronica Anagallis L.

Mentha Pulegium L.

Rumex crispus L.

*Euphorbia luteola Coss. et DR.

— Nicæensis All.

Zannichellia macrostemon J. Gay. — Ruisseaux.

Juncus glaucus Ehrh.

Carex divisa Huds.

— distans L.

Alopecurus pratensis L. _var._ ventricosus.

Poa trivialis L.

Festuca arundinacea Schreb.

Brachypodium distachyum Rœm. et Sch.

Hordeum secalinum Schreb.

Dans les moissons et dans les terrains anciennement cultivés, la végétation spontanée est également constituée en grande partie par des espèces européennes :

_Liste des plantes observées dans les moissons et les terrains anciennement cultivés de la vallée de Em-Medinah_.

Ceratocephalus falcatus Pers.

*Ranunculus macrophyllus Desf.

Delphinium Orientale J. Gay.

Papaver Rhœas L.

Hypecoum pendulum L.

Ranunculus chærophyllos L. _var._ flabellatus.

Sisymbrium crassifolium Cav.

Erysimum Orientale R. Br.

Alyssum campestre L.

Neslia paniculata Desv.

Camelina sativa Cr. _var._ pubescens.

Rapistrum Linnæanum Boiss. et Reut.

Reseda alba L.

— Luteola L. _var._ crispata.

Cerastium dichotomum L.

Malva sylvestris L.

Erodium cicutarium L’Hérit.

Geranium dissectum L.

Ruta montana L.

Ononis Natrix L.

Medicago apiculata Willd.

— sativa L.

Lotus corniculatus L.

*Paronychia Aurasiaca Webb.

Eryngium campestre L.

Caucalis leptophylla L.

Turgenia latifolia Hoffm.

Scandix Pecten-Veneris L.

Asperula arvensis L.

Galium verum L.

*Valerianella fallax Coss. et DR.

— discoidea Lois.

*Carduncellus Atlanticus Coss. et DR.

*Silybum eburneum Coss. et DR.

Picnomon Acarna Cass.

Cirsium echinatum DC.

Carduus macrocephalus Desf.

Onopordon macracanthum Schousb.

*Centaurea acaulis L.

— pullata L.

— Nicæensis All.

— Calcitrapa L.

Micropus supinus L.

— bombycinus Lagasc.

Scolymus maculatus L.

Leontodon hispidus L.

Urospermum Dalechampii Desf.

Echium Italicum L.

Nonnea nigricans DC.

Anchusa Italica Retz.

Rochelia stellulata Rchb.

Salvia Verbenaca L.

Phlomis Herba-venti L.

Plantago albicans L.

— Lagopus L.

— Coronopus L.

Polygonum Bellardi All.

*Passerina virescens Coss. et DR.

Phalaris truncata Guss.

Phleum pratense L. _var._ nodosum

Echinaria capitata Desf.

Trisetum flavescens P. B.

Avena barbata Brot.

— sterilis L.

Poa trivialis L.

Bromus tectorum L.

— maximus Desf.

Lolium perenne L.

*Triticum hordeaceum Coss. et DR.

Hordeum murinum L.

— maritimum With.

— secalinum Schreb.

Ægilops ventricosa Tausch.

Les coteaux, au sud de la vallée, présentent le _Fraxinus dimorpha_, et des pieds de _Juniperus thurifera_ d’un beau développement. Les pentes des montagnes plus élevées qui dominent ces coteaux sont occupées par d’assez beaux bois, dont les essences principales sont le Chêne-vert (_Quercus Ilex_), le _Juniperus Oxycedrus_, et le _Pinus Halepensis_, et où le _Calycotome spinosa_ et l’_Anthyllis erinacea_ avec le _Buplevrum spinosum_ forment des buissons peu élevés. Dans un champ enclavé dans ces bois, nous trouvons pour la première fois une espèce nouvelle du genre _Brassica_ des mieux caractérisées (_Brassica dimorpha_) avec d’autres plantes intéressantes. — Les clairières de ces mêmes bois nous offrent le _Catananche cærulea_, des touffes non fleuries du _Scabiosa crenata_, les _Festuca triflora_ et _cynosuroides_, etc.

_Liste des plantes observées sur les coteaux au sud-est de la vallée de Em-Medinah_.

Adonis æstivalis L. — Moissons.

*Brassica dimorpha Coss. et DR. — Moissons.

Arabis auriculata Lmk.

Alyssum serpyllifolium Desf.

Helianthemum rubellum Presl.

Polygala rosea Desf.

Silene inflata Sm.

Calycotome spinosa Link.

Ononis Cenisia L.

— Columnæ All.

Anthyllis erinacea L.

*— Numidica Coss. et DR.

Hippocrepis scabra DC.

*Hedysarum pallidum Desf. — Moissons.

Sedum acre L.

Buplevrum spinosum L.

— paniculatum Brot.

*Selinopsis montana Coss. et DR.

Pimpinella Tragium DC.

Asperula hirsuta Desf.

Galium erectum Huds.

Crucianella angustifolia L.

Scabiosa crenata Cyrill.

*Othonna cheirifolia L.

Jurinæa humilis DC. _var._ Bocconi.

Onopordon macracanthum Schousb.

Carduus macrocephalus Desf.

Centaurea alba L.

— pubescens Willd.

*Atractylis cæspitosa Desf.

Inula montana L.

Catananche cærulea L.

Seriola lævigata L.

Hieracium Pilosella L.

*Fraxinus dimorpha Coss. et DR.

Convolvulus lineatus L.

— Cantabrica L.

— arvensis L.

*Veronica rosea Desf.

Calamintha alpina Lmk.

Salvia Verbenaca L.

Brunella alba Pall.

*Passerina virescens Coss. et DR.

Quercus Ilex L.

— — _var._ Ballota.

Juniperus Oxycedrus L.

— thurifera L.

Pinus Halepensis Mill.

Asphodelus ramosus L.

Muscari comosum Mill. — Moissons.

Carex Halleriana Asso.

Stipa barbata Desf.

— gigantea Lagasc.

Ampelodesmos tenax Link.

Avena pratensis L.

Cynosurus elegans Desf.

Bromus tectorum L.

Festuca triflora Desf.

— cynosuroides Desf.

La pente nord du Djebel Cheliah est coupée de ravins profonds, espacés, creusés par les ruisseaux qui se jettent dans l’Oued Essora. En longeant l’un de ces ravins les plus rapprochés d’Em-Medinah, nous traversons de beaux bois composés de _Fraxinus dimorpha_, de Chênes-verts (_Quercus Ilex_ et var. _Ballota_), de _Juniperus Oxycedrus_, qui s’élève seulement à quelques centaines de mètres au-dessus de la base de la montagne ; les branches de ce dernier arbre présentent fréquemment de véritables bouquets de l’_Arceutholobium Oxycedri_. Au-dessus des bois, jusqu’à la base du premier pic, s’étendent des pâturages ras analogues à ceux que nous retrouvons dans la partie déboisée du pic principal. Le seul arbre que nous observions dans ces pâturages, au-dessus de 1,800 mètres d’altitude, est un pied de _Juniperus thurifera_, que nous n’avons pas retrouvé ailleurs sur le versant nord de la montagne. Les pentes qui nous conduisent à la crête nous offrent des touffes de _Cratægus monogyna_ var. _hirsuta_, _Sarothamnus purgans_, _Anthyllis erinacea_ et d’_Artemisia campestris_, entre lesquelles croissent les _Ononis Cenisia_, _Vicia glauca_, _Helichrysum lacteum_, _Evax Heldreichii_, _Catananche montana_, etc. — Une exploration rapide des sommités du Djebel Cheliah jusqu’à la base du pie principal nous présente les plantes de la région montagneuse supérieure, entre autres les _Scorzonera pygmæa_, _Brassica humilis_, _Senecio Gallerandianus_, _Potentilla Pensylvanica_, etc. L’approche de la nuit nous force, à cause du voisinage des lions, de gagner notre campement, et de remettre au lendemain une nouvelle ascension de la montagne pour l’exploration du pic principal. L’un des profonds ravins qui s’étendent de ce pic vers la vallée de l’Essora nous conduit aux sources d’Aïn-Turck, près desquelles sont dressées nos tentes (environ 1,500 mètres d’altitude). Le fond de la vallée de l’Oued Essora, au-dessous de notre campement, est occupé par des pâturages et quelques moissons.

_Liste des plantes observées dans les pâturages et les moissons de la vallée de l’Oued Essora_[33].

Adonis æstivalis L. — Ch.

Ranunculus repens L. — Pât.

*— macrophyllus Desf. — Pât.

Papaver Rhœas L. — Ch. Pât.

Erysimum Orientale R. Br. — Ch.

Sinapis pubescens L. — Pât.

Neslia paniculata Desv. — Ch.

Rapistrum Linnæanum Boiss. et Reut. — Ch. Pât.

Reseda alba L. — Pât.

Silene inflata Sm. — Pât.

— muscipula L. — Ch.

*Cerastium Atlanticum DR. — Lieux humides.

— Boissieri Gren. — Pât.

— dichotomum L. — Pât.

Malope stipulacea Cav. — Pât.

Hypericum tomentosum L. — Pât.

Ononis Cenisia L. — Pât.

— Columnæ All. — Pât.

Medicago sativa L. — Pât. Ch.

— minima Lmk. — Pât. Ch.

Melilotus parviflora Desf. — Ch.

*Trifolium sphærocephalum Desf. — Pât.

— pratense L. — Pât.

Tetragonolobus siliquosus Roth. — Pât.

Astragalus Glaux L. — Pât.

Arthrolobium scorpioides DC. — Pât.

Hippocrepis scabra DC. — Pât.

— unisiliquosa L. — Ch.

Vicia sativa L. — Pât.

Poterium Magnolii Spach. — Ch.

Paronychia Aurasiaca Webb. — Pât.

Eryngium campestre L. — Pât.

Œnanthe peucedanifolia Poll. — Pât.

Turgenia latifolia Hoffm. — Pât.

Caucalis leptophylla L. — Pât.

Scandix Pecten-Veneris L. — Pât.

Smyrnium Olusatrum L. — Pât.

Bifora testiculata L. — Pât.

Sherardia arvensis L. — Ch.

Asperula arvensis L. — Ch.

Galium tricorne With. — Pât. Ch.

Valerianella discoidea Lois. — Ch.

Knautia arvensis Coult. — Pât. Ch.

Scabiosa maritima L. — Ch.

Xeranthemum inapertum Willd. — Pât.

*Centaurea acaulis L. — Pât.

— Nicæensis All. — Pât.

— pullata L. — Ch.

Kentrophyllum lanatum DC. — Pât.

Carduncellus pinnatus DC. — Pât.

Onopordon macracanthum Schousb. — Pât.

Cynara Cardunculus L. — Ch.

Carduus pycnocephalus L.

Picnomon Acarna Cass. — Ch.

Evax Heldreichii Parlat. — Pât.

Micropus supinus L. — Pât.

Pallenis spinosa Cass. — Ch.

Scolymus grandiflorus Desf. — Ch.

Rhagadiolus stellatus Gærtn. — Ch.

Hedypnois rhagadioloides L. — Pât.

Catananche cærulea L. — Pât.

*— montana Coss. et DR. — Pât.

Cichorium Intybus L. — Ch.

Tragopogon crocifolius L. — Pât.

Taraxacum obovatum DC. — Pât.

Sonchus oleraceus L. — Pât.

Chlora grandiflora Viv. — Pât.

Convolvulus arvensis L. — Pât.

Borrago officinalis L. — Pât.

Anchusa Italica L. — Pât.

Thymus ciliatus Benth. _var._ — Pât.

Salvia Verbenaca L. — Pât.

— patula Desf. — Pât.

Brunella alba Pall. — Pât.

Ajuga Chamæpitys Schreb. — Pât.

Plantago Coronopus L. — Pât.

Beta vulgaris L. — Ch.

Polygonum Bellardi All. — Pât.

Euphorbia Nicæensis All. — Pât.

Daphne Gnidium L. — Pât.

Gladiolus Ludoviciæ Jan. — Ch.

Ornithogalum Narbonense L. — Pât.

Allium roseum L. — Ch.

Juncus lamprocarpus Ehrh. — Pât.

— valvatus Link _var._ caricinus. — Pât.

Carex distans L. — Pât.

Phalaris truncata Guss. — Ch.

Phleum pratense L. _var._ nodosum. — Pât.

Avena sterilis L. — Pât. Ch.

— barbata Brot. — Pât. Ch.

Arrhenatherum elatius Mert. et Koch _var._ bulbosum. — Pât.

Glyceria fluitans R. Br. _var._ plicata. — Pât.

Festuca arundinacea Schreb. — Pât.

Bromus mollis L. — Pât.

— tectorum L. — Ch.

Lolium perenne L. — Pât.

Ægilops ventricosa Tausch. — Pât.

Equisetum ramosissimum Desf. — Pât.

La partie inférieure de la montagne est couverte de bois, dont les Chênes-verts (_Quercus Ilex_ et var. _Ballota_) et le _Fraxinus dimorpha_ constituent les principales essences ; le _Juniperus Oxycedrus_ s’y rencontre en assez grande abondance, et on y voit aussi des buissons souvent assez élevés du _Cratægus monogyna_ var. _hirsuta_, et de rares pieds du _Prunus Insititia_ ; quelques Cèdres descendent jusque dans la vallée, mais seulement le long des ravins. — Au voisinage du campement d’Aïn-Turck, et au bord des ruisseaux, s’étendent des pâturages ras et déboisés circonscrits par les bois de la partie inférieure de la montagne, et par la forêt de Cèdres qui, au-dessus, en occupe le versant. — Les bords du ravin que nous gravissons dans la forêt de Cèdres nous présentent, vers 1,800-1,900 mètres d’altitude, l’If (_Taxus baccata_), que nous verrons s’élever jusqu’à la limite supérieure du Cèdre ; mais cet arbre, quoiqu’il atteigne d’assez grandes proportions, ne se rencontre que par individus isolés. L’_Acer Monspessulanum_, dont nous n’avions rencontré que quelques pieds épars, entre, sur ce point seulement, pour une assez grande part dans la composition de la forêt. Les _Cotoneaster Fontanesii_ et _Berberis vulgaris_ var. _australis_ forment des buissons dans les clairières, où l’on voit des touffes rabougries et hémisphériques du _Juniperus nana_, et où nous recueillons plusieurs espèces intéressantes : _Linaria heterophylla_, _Paronychia Aurasiaca_, _Vicia glauca_, _Lamium longiflorum_, _Viola gracilis_, _Selinopsis montana_, _Iberis Pruitii_, _Scorzonera pygmæa_, _Scabiosa crenata_, _Brassica humilis_, etc. — Vers 2,150 mètres d’altitude, on arrive à la limite supérieure de la forêt de Cèdres, qui se termine brusquement, comme au Djebel Tougour, par des Cèdres aussi développés que ceux de la partie inférieure. — Une vallée étroite nous sépare encore de la base du pic ; les deux versants de cette vallée sont également couverts de Cèdres. — Les pâturages, qui s’étendent presque jusqu’aux sources situées à peu de distance du sommet, nous présentent en abondance les : _Draba Hispanica_, _Scorzonera pygmæa_, _Buplevrum spinosum_, _Senecio Gallerandianus_, _Potentilla Pensylvanica_ (déjà observé en Espagne par M. Reuter dans des stations analogues), etc. ; on y observe aussi le _Prunus prostrata_, et quelques pieds rabougris de l’_Acer Monspessulanum_. — Aux environs des sources, dans les endroits frais ou arrosés, croissent les _Barbarea intermedia_, _Arabis ciliata_, _Viola gracilis_, _Valeriana tuberosa_, etc. — La pente rocailleuse peu étendue qui nous sépare du sommet est en grande partie couverte par d’énormes touffes de _Sarothamnus purgans_ ; là nous recueillons un _Jasione_ non encore fleuri, et voisin de certaines formes du _Jasione perennis_. — L’étroit plateau pierreux qui forme le point culminant du Djebel Cheliah s’étend de l’est à l’ouest. Des murs en pierres sèches, construits sur la partie la plus élevée, nous servent de refuge contre le vent pour nos observations thermométriques et barométriques.

De ce point, le plus élevé de toute l’Algérie, se déroule un magnifique panorama ; au sud et près de nous, les pentes blanchâtres, abruptes, nues et accidentées, des montagnes qui limitent la vallée de l’Oued El-Abiad, et dans le lointain les plaines du Sahara ; à l’ouest, les sommets de nombreuses montagnes, et aux limites de l’horizon le Djebel Tougour et la chaîne des Ouled-Sultan ; au nord des pentes boisées, et au delà les vastes plaines des hauts-plateaux, et leurs chotts aux surfaces miroitantes ; à l’est, les montagnes accidentées et les vallées profondes de l’Aurès oriental.

Le versant sud du Djebel Cheliah, dont nous n’explorons la pente rocheuse que jusqu’à quelques centaines de mètres au-dessous du sommet, nous offre dans les fissures des rochers l’_Amelanchier vulgaris_ et le _Ribes Grossularia_, et dans les rocailles qui couvrent le sol les : _Erodium montanum_, _Helichrysum lacteum_, _Campanula rotundifolia_, _Anthoxanthum odoratum_, _Asplenium Ruta-muraria_, _Rhamnus alpinus_, _Catananche montana_, etc. — Cette pente est trop abrupte et trop dépourvue de terre végétale pour pouvoir être régulièrement boisée ; aussi les Cèdres n’y occupent-ils généralement que les ravins, et n’arrivent-ils qu’à une altitude bien inférieure à celle qu’ils atteignent sur la pente nord ; la plupart d’entre eux présentent les caractères de la vétusté, et leurs sommets ont été brisés par le vent ou par les éboulements de rochers. — Plusieurs pentes méridionales des montagnes élevées qui environnent le Djebel Cheliah ou qui en dépendent sont, au contraire, couvertes de Cèdres presque jusqu’au sommet ; mais ces arbres, dont la cime s’étale généralement en parasol, présentent un moins beau développement que ceux des pentes tournées vers le nord.

Qu’il nous soit permis d’exprimer ici nos craintes sur la conservation des magnifiques forêts de l’Aurès. Les nombreux débris des Cèdres, qui jadis formaient la limite des forêts, indiquent que cette limite a déjà notablement baissé par suite des déprédations des Arabes, qui souvent, au voisinage de leurs pâturages ou de leurs campements, mettent le feu au pied des plus beaux arbres. Il serait à désirer que des règlements sévères vinssent mettre un terme à ces désordres dans des contrées où la conservation de la végétation arborescente est une des conditions indispensables de la richesse du pays ; car la dénudation du sol et l’éboulement des rochers viendrait stériliser les vallées, et apporter à la longue un trouble profond dans la distribution des eaux, en convertissant les cours d’eau, source de fertilité, en des torrents dévastateurs. Pour protéger les forêts d’une manière plus complète, il faudrait aussi empêcher la mutilation des arbres, à laquelle les Arabes ne sont que trop portés, et soumettre à une réglementation l’extraction de la résine, qui, avec l’écorçage, ne sont pas de moindres causes de destruction[34]. Le but ne peut être atteint, néanmoins dans les montagnes élevées et à pentes rapides, que par l’interdiction absolue du pacage dans les pâturages des sommités ; car, par la destruction des jeunes plants et la vétusté de la forêt qui en est la conséquence, les troupeaux contribuent beaucoup à abaisser le niveau d’altitude atteint par la végétation arborescente. La rapidité du développement des arbres dans les pays chauds viendra bientôt, du reste, récompenser les soins de l’administration, ainsi que le prouvent par un exemple frappant les forêts des environs de Batna soumises au régime forestier, et qui sont en voie de réparer leurs pertes. Dans le rapport sur notre voyage dans la province d’Oran, nous avons déjà appelé l’attention sur les résultats importants obtenus aux environs de Saïda, par la surveillance de l’autorité militaire, pour l’amélioration des bois qui couvrent le revers septentrional de la chaîne qui sépare le Tell des hauts-plateaux ; cet exemple démontre que l’autorité militaire peut, par une répression efficace, obtenir des indigènes, sans surcroît de dépenses et sans l’organisation d’un personnel nombreux, la stricte observation des mesures nécessaires pour empêcher le déboisement du pays.

_Liste des plantes observées sur le Djebel Cheliah_[35].

=Renonculacées.=

THALICTRUM saxatile Schleich. — F. moy. (Eur. centr.).

RANUNCULUS millefoliatus Vahl. — Plat. sup. (Tun. It. Græc.).

demissus DC. ? — F. moy. Pât. sup. (Hisp. ? Or.).

repens L. — F. inf. (Eur. Am. bor.).

*macrophyllus Desf. — F. inf.

=Berbéridées.=

BERBERIS vulgaris L. _var._ australis Boiss. — F. moy. sup. Pât. Turck. S. (Hisp. Cors. Sard. Sic. Or.).

=Papavéracées.=

PAPAVER Rhœas L. — Pât. sup. (Tun. Eur. As. Can.).

=Crucifères.=

BARBAREA intermedia Bor. (B. angustana Boiss.). — Pât. sup. (Gall. Helv.).

ARABIS auriculata Lmk. — Pât. sup. Somm. (Eur. centr. austr. Tauri.).

ciliata R. Br. — Pât. sup. S. (Eur.).

Thaliana L. — Pât. sup. (Eur. Sib.).

ALYSSUM Atlanticum Desf. — N. Pât. Pât. sup. Somm. (Hisp. Cret.).

serpyllifolium Desf. — Pât. Turck. (Hisp.).

DRABA Hispanica Boiss. — Pât. Pât. sup. Somm. S. (Hisp. austr.).

verna L. — Pât. sup. (Eur. Am. bor.).

THLASPI perfoliatum L. — Pât. Pât. sup. (Eur. Tauri. Æg. Pers.).

CAPSELLA Bursa-pastoris DC. — N. (Eur. As.).

HUTCHINSIA petræa R. Br. — Pât. Pât. sup. (Eur. centr. austr.).

IBERIS Pruitii Tin. — F. sup. Pât. Pât. sup. Somm. S. (Hisp. austr. Sic.).

pectinata Boiss. — Turck. (Hisp.).

SISYMBRIUM Alliaria Scop. — F. moy. (Eur. Or.).

ERYSIMUM australe J. Gay _var._ (E. longifolium Guss.). — F. inf. moy. Pât. Pât. sup. S. (Tun. Gall. It.).

ÆTHIONEMA saxatile R. Br. — N. (Eur. centr. austr. Or.).

BRASSICA humilis DC. — Pât. (Hisp. Gall. austr. Ped. Tauri.).

Gravinæ Ten. — Pât. (Tun. It. Sic.).

SINAPIS pubescens L. — F. inf. moy. N. Pât. sup. Somm. (Tun. Hisp. Sic.).

=Cistinées.=

HELIANTHEMUM rubellum Presl. — Pât. N. (Hisp. Sic.).

glaucum Pers. _var._ croceum. — F. moy. sup. Pât. sup. (Hisp. Sard. It. Sic.).

=Violariées.=

VIOLA odorata L. — F. moy. (Eur. Sib. Can.).

gracilis Sibth. et Sm. — F. sup. Pât. Pât. sup. S. (It. Sic. Or.).

=Caryophyllées.=

DIANTHUS sylvestris Wulf. _var._ — S. (Eur. austr. Helv.).

SILENE conica L. — Pât. Pât. sup. (Eur. centr. austr. Or.).

nocturna L. — Pât. (Med.).

Italica DC. _var._ — F. moy. (Tun. Med.).

ciliatæ affinis absque flore. — Pât. Pât. sup.

LYCHNIS macrocarpa Boiss. et Reut. — N. (Tun. Hisp. Or.).

ARENARIA grandiflora L. — Pât. F. sup. S. (Eur. centr. austr.).