Part 24
M. Charles Richet, physiologiste remarquable, écrit: «Résignons-nous, par avance, à ne rien connaître du vaste monde, vraiment rien, malgré nos efforts. Au seuil de toutes nos universités, si fières de leur triste savoir, il faut inscrire cette décourageante devise: _nous ignorons!_...» (_Revue des Deux-Mondes_, 15 août 1913.)
Et M. Nordmann, directeur de l’observatoire de Paris, renchérit: «Nous vivons des heures de malaise moral où la désespérance et la lassitude étendent sur les êtres leurs ailes de plomb.» (_Revue des Deux-Mondes_, 1er juillet 1913.)
Et voilà où les patriciens de la pensée, de la science et de l’art ont abouti, depuis que l’homme est en révolte contre Dieu!
Mais vous, pauvres hommes, pauvres femmes qui, le cœur vide, l’âme gelée, tâtonnez encore à travers ces mornes ténèbres, détournez-vous des chimères qui vous mirent parfois au bord du suicide. Dans le silence de vos nuits d’insomnie, alors que l’angoisse vous tenaille, à cause de vos proches ingrats ou débauchés, à cause d’un amour perdu ou d’un espoir écroulé, prêtez l’oreille: vous entendrez une voix murmurer au fond de votre conscience:--Moi seul te reste, moi que tu as méconnu; donne-moi tes fautes, donne-moi tes regrets et tes remords, et je te donnerai en retour mon grand Cœur brûlant d’amour pour toi...
Ne l’étouffez pas, cette voix: c’est le bon Maître qui vous parle. Laissez-le faire: il déposera dans votre âme une toute petite semence qui s’appelle «le royaume des cieux». Cette graine germera sous l’influence de sa Grâce, et elle montera et elle deviendra l’arbre magnifique qui porte les trois fruits surnaturels: foi, espérance, charité. Et alors vous saurez ce que c’est que le bonheur.
Et nous, ô catholiques, mes frères, songeons qu’il se fait temps de _tout instaurer dans le Christ_, selon l’admirable parole de Pie X. Au lieu de nous dénigrer, de nous déchirer, de nous haïr les uns les autres, sous prétexte de divergences politiques, unissons-nous pour l’amour de la Croix.
Sainte Térèse disait aux Carmélites de sa réforme: «Mes filles, ayez une foi virile!» Nous aussi, nous devons avoir une foi virile. Plutôt que de la dissimuler dans des coins obscurs, affirmons-la au grand soleil, fièrement, joyeusement, intrépidement.
Car la Révolution, qui mit la société française en poussière, n’a pas abdiqué. Le Très Bas qui l’inspire prépare de nouvelles attaques contre Notre-Seigneur.
Un crépuscule sanglant, traversé de lueurs sulfureuses, s’étendra, peut-être bientôt sur le monde. Les ennemis du Sauveur se rassemblent pour tenter un assaut contre l’Église.
Mais nous, dormirons-nous au Jardin des Olives? Fuirons-nous en reniant notre Maître, le prétoire de Pilate? Fournirons-nous les verges pour flageller l’Agneau de Dieu?
Non, nous nous armerons, nous aussi, pour la bataille...
L’Église a besoin d’apôtres, l’Église a besoin de Saints, l’Église a besoin de martyrs.
Nous les lui donnerons.
Abbaye de Sainte-Marie de Lérins, 21 novembre 1913, fête de la Présentation de la Sainte Vierge.
TABLE DES MATIÈRES
PRÉFACE 9
J.-K. Huysmans 17 Paul Verlaine 113 Paul Lœwengard 163 Paul Claudel 235 Un mercredi des cendres il arriva que... 249 Une embuscade de l’Évangile 317 Un marin vogue vers la sainteté 339
CONCLUSION 405
ACHEVÉ D’IMPRIMER le vingt-cinq février mil neuf cent quatorze par BUSSIÈRE A SAINT-AMAND (CHER) pour le compte de A. MESSEIN éditeur 19, QUAI SAINT-MICHEL, 19 PARIS (Ve)