"Præterita": souvenirs de jeunesse
Part 4
Je voulais par entêtement, mais poussé aussi par mon instinct naturel (sans attacher d'ailleurs la moindre importance aux urnes, ni à leur contenu), mettre l'accent sur _de_, et ce ne fut, comme je l'ai dit, qu'au bout de trois semaines d'efforts que ma mère réussit à me le faire alléger sur _de_ et renforcer sur _cendres_. Mais eût-il fallu trois ans, elle y fût parvenue. Ne l'eût-elle pas fait, je ne sais trop ce qui serait arrivé; en tous cas, je lui suis très reconnaissant de sa persévérance.
Je viens d'ouvrir ma Bible, la plus vieille, celle dont je me sers de temps immémorial; c'est un petit volume imprimé très fin, très serré, édité à Édimbourg par Sir D. Hunter Blair[7] et J. Bruce, imprimeurs du Roi, en 1816. Toute jaunie maintenant par l'usage, elle n'est ni salie, ni déchirée; seuls les coins de pages du huitième chapitre du Premier Livre des Rois et du XXXIIe du Deutéronome, un peu noircis et affinés, témoignent de la peine que j'ai eue à me mettre ces deux chapitres dans la tête. La liste des chapitres que j'ai appris ainsi par cœur, et sur lesquels ma mère posait les fondements de ma vie morale[8], vient de s'échapper des feuillets jaunis du vieux livre.
Je demande au lecteur, que cela l'intéresse ou non, la permission de transcrire cette liste, que le hasard remet ainsi sous mes yeux:
Exode..................... Chapitre 15e et 20e.
Samuel, II................ — Ier du 17e V. à la fin.
Les Rois, I............... — 8e.
Psaumes................... — 23e 32e 90e 91e 103e 112e 119e 139e.
Proverbes................. — 2e 3e 8e 12e.
Isaïe..................... — 58e.
Matthieu.................. — 5e 6e 7e.
Actes..................... — 26e.
Ire aux Corinthiens....... — 13e 15e.
Saint Jacques............. — 4e.
Apocalypse................ — 5e et 6e.
En vérité, si j'ai glané, ici et là, quelques connaissances supplémentaires en mathématiques, météorologie ou autres, dans le courant de ma vie, si je dois beaucoup à des maîtres excellents, l'insistance maternelle à me rendre cette littérature familière, à en pénétrer mon esprit, est ce qui m'apparaît comme l'acquisition la plus précieuse qu'il m'ait été donné de faire; c'est, sans contredit, la partie _essentielle_ de toute mon éducation.
Peut-être est-ce le moment de récapituler ce qu'en bien et en mal les circonstances avaient pu, jusqu'à cet âge de sept ans, laisser en moi de traces indélébiles.
Commençons par les bienfaits (ce qu'un ami, qui ne manquait pas de sagesse, me recommandait toujours, tandis que j'ai la très mauvaise habitude de me lamenter pour la plus petite épine que je m'enfonce dans le doigt, au lieu de me dire qu'une épine est peu de chose, et que j'aurais pu, par exemple, me casser la main).
Parmi les plus pures et les plus précieuses bénédictions, il me faut compter celle d'avoir appris à connaître l'exacte signification du mot Paix, en pensée, en action, en parole.
Je n'avais jamais entendu entre mon père et ma mère une discussion où ils eussent élevé la voix; je ne me souviens pas avoir jamais surpris un regard irrité, ou seulement offensé, dans les yeux de l'un ou de l'autre. Je n'avais jamais entendu gronder ou réprimander sévèrement un domestique, jamais observé le moindre désordre dans les choses de la maison, rien de fait à la hâte ou à une heure où cela ne devait pas être fait.
Je ne soupçonnais pas l'existence d'un sentiment comme l'anxiété. Les petits accès de mauvaise humeur de mon père, quand il rentrait avec une commande de douze fût alors qu'il avait compté sur une de quinze, ne se manifestaient jamais devant _moi_; simple question d'amour-propre d'ailleurs; il s'agissait de savoir si son nom serait plus ou moins honorablement placé sur la liste annuelle des exportateurs de sherry; car, ne dépensant jamais plus de la moitié de son revenu, il aurait supporté facilement une petite diminution dans ses bénéfices.
Je n'avais jamais fait le mal, du moins consciemment, si ce n'est parfois, en omettant d'apprendre par cœur quelque verset édifiant pour observer une guêpe sur le carreau de la fenêtre ou un oiseau dans le cerisier; et je ne savais pas ce que c'était que d'avoir du chagrin.
En même temps que ce don inappréciable de la Paix, j'avais pénétré le sens profond et de l'Obéissance et de la Foi. J'obéissais au doigt et à l'œil; un geste de mon père ou de ma mère suffisait, comme le navire répond au gouvernail; et non seulement sans l'ombre d'une résistance, mais avec le sentiment que cette direction faisait partie de ma vie, était ma force, que c'était une loi salutaire qui m'était aussi nécessaire au point de vue moral que la loi de la pesanteur l'est à quiconque saute.
Quant à mon expérience en matière de Foi, elle fut bientôt complète: jamais de promesses fallacieuses; ce qui était promis était donné sur l'heure; jamais de menaces vaines, jamais de mensonges.
La paix, l'obéissance, la foi, tels étaient les principaux bienfaits; venait ensuite l'habitude de l'attention, attention de l'esprit et attention des yeux, mais je ne m'y arrêterai pas ici, cette faculté étant certainement celle qui m'a été le plus utile dans le cours de ma vie, celle qui faisait dire à Mazzini, un ou deux ans avant sa mort--la conversation m'a été textuellement rapportée--que j'avais «le cerveau le plus analytique d'Europe». Opinion, dans la mesure où je connais l'Europe, que je suis tout disposé à partager.
Je noterai, enfin, une très grande délicatesse du palais et des autres sens: odorat, ouïe. Ce que je dois à l'interdiction absolue de toute espèce de gâteaux, vins, sucreries et même, sauf certaines circonstances exceptionnelles, de fruits; et au soin avec lequel étaient préparés les plats que je mangeais.
J'estime que ce sont là les principales bénédictions de mon enfance. Voyons maintenant quelles en ont été les plus grandes calamités.
Premièrement, je n'avais rien à aimer.
Mes parents étaient pour moi des puissances visibles de la nature; je ne les aimais ni plus ni moins que le soleil ou la lune: j'aurais seulement été extrêmement ennuyé ou embarrassé si l'un ou l'autre s'était éclipsé, éteint (je le sens cruellement aujourd'hui que tous deux ont disparu derrière un nuage). J'aimais encore moins Dieu; non que je me fusse querellé avec Lui ou que j'en eusse peur, mais uniquement parce que les devoirs qu'on me disait qu'il fallait Lui rendre me paraissaient ennuyeux, et parce que le livre que l'on me disait être Son livre ne m'amusait pas. Je n'avais aucun camarade avec qui me disputer, personne à aider et personne à remercier. Les domestiques avaient ordre de ne jamais s'occuper de moi en dehors de leur service strict; et pourquoi aurais-je témoigné de la reconnaissance à la cuisinière pour faire la cuisine, au jardinier pour s'occuper de son jardin, quand l'une n'osait même pas me donner une pomme de terre cuite au four sans permission, et que l'autre ne pouvait pas laisser mes fourmis en repos sous le prétexte qu'elles abîmaient les allées? Il n'arriva pas, cependant, ce qui aurait fort bien pu arriver, que je devinsse égoïste, sec, peu affectueux. Seulement, quand les sentiments tendres s'éveillèrent en moi, ils me submergèrent: ce fut un véritable torrent que je fus incapable de maîtriser, de diriger, moi qui n'avais jusque-là rien eu à diriger.
Car (seconde des grandes calamités) je n'avais pas appris à souffrir, tout m'avait été épargné: dangers, douleurs m'étaient également inconnus; jamais je n'avais occasion d'exercer ma force, ni mon courage, ni ma patience. Non que je fusse facilement effrayé: ni les revenants, ni le tonnerre, ni les animaux ne me faisaient peur; je me souviens même que le jour où, tout enfant, je fus le plus tenté de me rebeller contre l'autorité supérieure, ce fut une fois que je voulais jouer avec les petits lionceaux de la ménagerie de Wombwell.
Troisièmement. On ne m'enseigna pas les bonnes manières, les manières du monde; il suffisait, quand il y avait des invités à la maison, que je ne fusse pas gênant et que je répondisse sans timidité quand on m'adressait la parole: la timidité m'est venue plus tard et elle a augmenté à mesure que j'ai pris conscience de ma gaucherie. Il me fut impossible de jamais acquérir aucune souplesse dans les exercices physiques, aucune adresse à aucun jeu et même la moindre aisance dans l'ordinaire de la vie.
Enfin, et ce fut le plus grand de tous mes maux, on ne s'appliqua jamais à développer en moi l'indépendance, la volonté d'agir[9], ni le jugement sur ce qui est bien et ce qui est mal, car on ne me débarrassa jamais ni de la bride, ni des œillères.
Les enfants devraient avoir, comme les soldats, des moments où ils ne seraient pas de service, et, l'habitude de l'obéissance une fois donnée, l'enfant devrait, très jeune, être livré à lui-même, à certaines heures, abandonné à ses caprices, obligé de se débattre contre lui-même et de se vaincre. L'autorité qui a incessamment veillé sur mes jeunes années m'a longtemps rendu incapable; et lorsque, enfin, je me suis trouvé lancé dans le monde, je n'ai pu faire autre chose que me laisser emporter par ses tourbillons.
Le jugement qu'à l'heure actuelle je serais tenté de porter sur l'ensemble de mon éducation, c'est d'avoir été à la fois trop formaliste et trop luxueuse, imprimant sa marque sur mon caractère, mais au moment très important où il se formait, le laissant plutôt comprimé que discipliné: si j'étais innocent, c'était par protection et non par vertu. Ma mère s'en rendit compte, elle ne le vit que trop clairement par la suite, et chaque fois qu'il m'arrivait de faire quelque chose d'injuste, de stupide ou d'inhumain (et souvent ce fut tout cela à la fois) elle ne manquait jamais de me dire: «C'est que vous étiez trop gâté.»
Jusqu'ici, sauf certaines omissions voulues, je n'ai guère réimprimé que ce que j'avais déjà dit dans _Fors_; je crains que la suite du récit n'ait point autant d'intérêt. Ce qui me reste à dire ne gagnera pas à être développé et sera encore moins amusant. Dans _Fors_, j'ai tenté de présenter les choses de façon un peu piquante; je tâcherai au contraire, ici, que mon récit soit aussi simple que possible. Suis-je arrivé dans _Fors_ à écrire avec esprit? Je ne sais. Ce qui est certain, c'est que j'ai été souvent fort obscur et que la description que j'ai donnée plus haut de Herne Hill demande à être faite en termes moins exagérés.
La hauteur de la longue crête de Herne Hill, au-dessus de la Tamise ou plutôt du niveau de la Tamise, à Camberwell Green, n'a pas, j'imagine, plus de cent cinquante pieds; mais la descente sur les deux versants est rapide, s'étageant sur un quart de mille du côté est, aussi bien que du côté ouest, à travers une succession de parcs et de jardins; route très vite séchée après l'averse, et que les enfants dégringolaient en courant; mais aussi quel courage il fallait pour remonter la pente avec son cerceau! Du sommet, avant qu'il n'y eût de chemins de fer, la vue était absolument délicieuse; vers le soir, du côté du couchant, elle était même grandiose, embrassant une longue succession de pentes boisées.
La Tamise elle-même se cachait derrière les arbres; pas d'espaces libres, pas de prairies, si ce n'est directement au-dessous; sur une étendue de vingt milles carrés, rien que des frondaisons verdoyantes et des bosquets. De l'autre côté, vers l'est et le sud, s'allongeaient les collines de Norwood, plantées de bouleaux et de chênes, coupées de landes, hérissées d'ajoncs et de ronces d'un vert sombre, avec, ici et là, des pentes gazonnées qui faisaient deviner déjà toute la beauté rurale du Surrey et du Kent et d'une ondulation si large qu'elles donnaient l'illusion de la montagne. Association d'idées qui paraît absolument invraisemblable aujourd'hui que le Palais de Cristal, sans parvenir à suggérer l'idée de grandeur et sans avoir plus de majesté lui-même qu'une cloche à melon posée entre deux tuyaux de cheminées, réussit pourtant, grâce au voisinage de sa bête de masse creuse, à donner des airs de pygmées aux collines environnantes, qui ressemblent aujourd'hui à trois gros tas d'argile prêts à être livrés à un entrepreneur de construction. Mais, en ce temps-là, le Norwood ou Northwood, comme on disait à Croydon, par opposition avec le Southwood des plateaux du Surrey, montait en demi-cercle sur une étendue de cinq milles autour de Dulwich vers le sud, coupé ici et là par de petits sentiers rapides bordés de haies tels que Gipsy Hill et autres; du sommet, le regard s'étendait dans la direction de Dartford et sur la plaine de Croydon. C'est devant ce spectacle qu'un jour j'épouvantai ma mère, en m'écriant que «je sentais mes yeux me sortir de la tête». Elle crut que j'avais attrapé un coup de soleil.
Herne Hill était au centre de cet amphithéâtre, et l'un de ses principaux charmes consistait en ce qu'après avoir longé le faîte des collines, en venant de Londres, au milieu des marronniers d'Inde, des lilas et des pommiers dont les branches pendaient au-dessus des palissades des deux côtés, le pays se découvrait soudain et on se trouvait à l'extrémité d'une grande plaine qui dévalait vers le sud jusque dans la vallée de Dulwich, prairie semée de boutons d'or où paissaient des vaches avec, tout au fond, les beaux pâturages et les avenues séculaires de Dulwich, et à l'horizon le demi-cercle des collines de Norwood. Sur la gauche, un sentier auquel on accédait par une barrière et qui était si abrité que les convalescents venaient s'y promener dès le mois de mars; il était si paisible et si solitaire que, lorsque j'étais en mal d'écrire, que j'avais besoin de calme et de réflexion, j'y venais, le préférant au jardin. De simples balises en bois, hautes de quatre pieds, séparaient la route de la prairie; elles n'étaient là que pour empêcher les vaches de s'échapper. Hélas! depuis le temps où j'allais méditer dans le petit sentier, que de perfectionnements! Le besoin d'une nouvelle église s'étant fait sentir, on a bâti, en bordure de la prairie, une pauvre église gothique grêle dont le clocher n'est là que pour l'ornement; derrière, s'élève le presbytère, si bien que ces deux constructions bouchent les trois quarts de la vue. Ensuite, ce fut le Palais de Cristal, qui gâte irrémédiablement tout le panorama d'où qu'on l'aperçoive et qui, les jours de fête, attire une foule de piétons et de fumeurs dont le pauvre sentier gardait la trace toute la semaine. Puis ce fut le tour des chemins de fer qui vomissaient, par chaque train de plaisir, tous les voyous de Londres, et l'on sait que le plus grand plaisir de ces messieurs consiste à démolir les barrières, à effrayer les vaches et à casser les pauvres branches fleuries qui ont l'imprudence de s'avancer au-dessus des clôtures. Ce que voyant, les propriétaires en bordure firent élever un mur de briques pour se protéger.
Le joli sentier, devenu intolérable de chaleur et de saleté, fut bientôt abandonné aux rôdeurs, que l'on se contentait de faire surveiller de loin par un policeman placé à l'entrée. Enfin, cette année, c'est le comble! On a élevé en face du mur une palissade en planches de deux mètres de haut, si bien que le malheureux excursionniste est réduit à goûter de la campagne, comme air et comme vue, ce qui peut lui en arriver soit par-dessus le mur, soit par-dessus la palissade; il marche, avec l'odeur d'un mauvais cigare en avant, un autre en arrière, un troisième dans la bouche.
Je serais désolé que ce livre prît des allures maussades, des airs grognons, car ma disposition naturelle, dont je voudrais qu'il fût l'écho, est le plus souvent aimable--que l'on me pardonne cette apparence de fatuité--surtout quand on ne me contrarie pas. Je grognerai ailleurs, quand il faudra absolument que je grogne, et je note seulement en passant le tort fait aux habitants et aux promeneurs de Herne Hill, parce que les questions de droit de passage sont à l'ordre du jour et que, dans la plupart des cas, le _passage_ est le moindre du vieux _droit_ bien compris. Le droit devrait s'étendre à la jolie vue et au bon air.
Je tiens aussi à faire remarquer que, bien que l'on ait toujours en Angleterre la Grande Charte à la bouche, il y a peu d'Anglais qui sachent que l'une de ses principales clauses est l'interdiction de trafiquer[10] de la loi. Or, il me semble que la loi anglaise pourrait conserver Banstead et autres terrains aux pauvres de l'Angleterre sans me faire payer, comme elle vient de le faire, deux mille cinq cents francs pour l'exécution temporaire de ce devoir d'ailleurs gratuit.
Il me faudra revenir plus tard sur ces années d'enfance afin de combler quelques lacunes, mais je tiens à expliquer ici (ce qui pourra paraître un peu fastidieux) que lorsque j'ai dit que «dans le jardin de Herne Hill tous les fruits étaient défendus», j'ai simplement voulu dire: défendus en dehors de certaines circonstances, car les cueillettes de fruits, selon les saisons, étaient de véritables fêtes, et la défense maternelle, sous son apparente sévérité, avait de grands avantages: la pêche que ma mère me donnait quand elle était certaine qu'elle fût mûre à point, la tarte dont j'avais trié les cerises une à une, afin de m'assurer qu'elles étaient bien rouges de tous les côtés, avaient pour moi une saveur qu'elles n'auraient pas eue pour un enfant habitué à manger des fruits à sa fantaisie; mais le plaisir absolument pur, le vrai bonheur était de voir le verger en fleur; je préférais mille fois ses fleurs à ses fruits. Quant aux jouissances gastronomiques, pommes de terre bien rissolées, petits pois fondants, grosses fèves ayant juste le degré d'amertume voulu, et les bocaux de prunes de Damas ou de groseilles, pour le remplissage annuel desquels on comptait encore plus sur le fruitier que sur le jardinier, me paraissaient d'une importance mille fois supérieure à la douzaine de brugnons dont on me donnait quelques bribes, ou aux deux ou trois boisseaux de poires que l'on gardait pour l'hiver. Si bien que, de très bonne heure, mes réflexions sur les arbres m'avaient amené à la conclusion donnée cinquante ans plus tard dans _Proserpine_, à savoir que graines et fruits n'étaient là que pour les fleurs, et non pas les fleurs pour les fruits. C'étaient les perce-neige qui me donnaient ma première joie de l'année; la seconde, la plus intense, je la devais aux amandiers en fleur; à partir de ce moment, c'était chaque jour, dans le jardin ou dans les bois, des plaisirs variés, une suite ininterrompue de fleurs brillantes ou de feuilles rougissantes; et pendant de longues années, ce que j'ai demandé au Ciel avec le plus d'ardeur, c'est qu'à l'époque de la floraison la gelée épargnât les amandiers!
[Note 3: Dans l'Histoire de Croydon, on remarque que ce nom a longtemps embarrassé les archéologues; on le retrouve souvent aux environs des anciens camps romains.]
[Note 4: Ce dessin est encore au-dessus de la cheminée de ma chambre à coucher à Brantwood.]
[Note 5: Comparer le 52e paragraphe du Chapitre III de la _Bible d'Amiens_.]
[Note 6: Un nouveau printemps ravivera-t-il Les cendres de l'urne?]
[Note 7: Cet éditeur étant devenu Lord Provost (maire) d'Édimbourg, reçut le titre de Baronet (Note du traducteur).]
[Note 8: Cette expression dans _Fors_ a paru signifier à quelques lecteurs que ma mère m'avait rendu très évangéliquement religieux. Il n'en était rien. J'ai voulu dire simplement qu'elle avait posé les fondements de ma vie à venir, fondements pratiques aussi bien que spirituels. (Voir le paragraphe suivant.)]
[Note 9: Remarquez que je parle ici de l'_action_, car en _pensée_ je n'étais que trop indépendant, comme on a pu le voir plus haut.]
[Note 10: «To no one will We sell, to no one will We deny or defer, Right or Justice.»
(On ne vendra, on ne refusera, on ne déniera à personne le droit ou la justice.)]
CHAPITRE III
LES RIVES DE LA TAY
Le lecteur a remarqué, je l'espère, que, dans mon récit, j'ai surtout insisté sur les circonstances favorables qui ont entouré l'enfant dont j'ai entrepris de raconter l'histoire, et sur la docilité, la tranquillité de son tempérament pourtant très impressionnable.
Je ne lui ai attribué aucun talent, aucun don particulier; car, en réalité, il n'en possédait pas, en dehors de cette patience dans l'observation, de cette précision dans la sensation qui, plus tard, avec le travail, a constitué ma faculté d'analyse. En dehors de ces dispositions, je n'avais aucune de celles qui sont la condition du génie. Ma mémoire n'était que moyenne et je n'ai jamais vu un enfant plus incapable de jouer la comédie, ou de raconter une histoire; d'autre part, je n'en ai jamais connu un dont le goût pour le fait, la chose vue, fût à la fois aussi ardent et aussi méthodique.
Mais je m'aperçois que, dans le récit qui précède, et que j'aurais voulu extrêmement modeste, je me vante assez sottement de mon goût pour la grande littérature comme si elle avait été exclusivement l'objet de mes premières études. J'aurais dû dire que l'_Iliade_ et ce qui était à ma portée dans la Genèse et dans l'Exode ne m'ont guère occupé avant l'âge de dix ans. Ma littérature de lait, si l'on peut dire, n'était pas toujours aussi austère. Je lisais la _Dame Wiggins of Lee_, _The Peacock at Home_ et autres contes pour les enfants, ou encore le _Frank_ et _Harry et Lucy_ de Miss Edgeworth, ou les _Dialogues scientifiques_ de Joyce. Les premières tentatives, marquant un mouvement quelconque des molécules de mon cerveau, sont six «poèmes» qui m'ont été inspirés par ces lectures; entre le quatrième et le cinquième, ma mère a écrit: janvier 1826. Cet opuscule, commencé au mois de septembre ou d'octobre 1826, a été terminé en janvier 1827. Il était écrit en caractères d'imprimerie: j'étais alors dans ma septième année. Je vois encore le petit cahier rouge réglé en bleu, et ses quarante ou cinquante pages écrites au crayon de chaque côté; le titre, qui a été assez exactement reproduit à la page suivante, était écrit à l'intérieur sur le cartonnage même. Des quatre volumes annoncés, il semble bien (selon une habitude à laquelle je suis resté fidèle jusqu'ici) que je n'en aie écrit qu'un seul. Sur les quarante pages, il y en avait deux consacrées aux «gravures», dont celle qui avait la prétention de représenter la «nouvelle route d'Harry». C'est, je crois, la première fois que j'aie essayé de dessiner une montagne. Le dernier paragraphe de ce premier volume me semble, pour différentes raisons, mériter d'être conservé. Je l'imprime tel que, avec ses interlignes et ses différents caractères.
Quant à la ponctuation, nous la laisserons aux soins du lecteur. Les espaces, on voudra bien le remarquer, étaient destinés à égaliser les lignes, non que l'on y soit jamais arrivé; et les interlignes inégaux concourent au même effet.
HARRY AND LUCY
FIN
DERNIÈRE PARTIE
DE
PREMIÈRES LEÇONS
en quatre volumes
vol I
avec gravures
IMPRIMÉ et composé par un petit garçon dessiné par lui aussi.
[Figure 05]