Part 12
Dans Goya, le graveur aux caprices hardis, On voit se détacher sur un fond de taudis Près d'une atroce vieille à l'œil d'oiseau de proie, Une fraîche beauté, tirant son bas de soie, Avec ces mots écrits: «Toilette de sabbat.» Pour plus d'un pauvre enfant dont la pudeur combat, Par une mère au mois, sorcière en tartan rouge, Cette toilette-là se fait au fond d'un bouge. A l'Opéra, chaque ange est flanqué d'un démon Qui lui souffle à l'oreille un ignoble sermon, Et les gnômes hideux, grâce aux diables femelles, Trouvent, s'ils ont de l'or, les sylphides sans ailes!
SINCLAIR.
Je comprends.
GEORGES.
Lord Maddock au diable marchandait Un ange,--un petit rat que sa mère vendait!-- Une enfant de treize ans, ton âge, ô Juliette, Quand la première fois au milieu d'une fête, Roméo t'apparut chez Capulet!--Comment Était sorti d'un monstre un être si charmant, Ce bleu myosotis de cette mandragore, De ce fumier vivant cette perle, on l'ignore; La nature parfois, de la difformité, Comme par repentir, fait naître la beauté. Ce qu'on pouvait penser de mieux, c'est que la vieille Avait dans son berceau volé cette merveille. En voyant tant d'attraits menacés par ce Lord, Par ce libertin sombre, heureux de souiller l'or, Et de mettre une tache à toute belle chose, Limace qui se traîne en bavant sur la rose, Une pitié me prit pour ton œuvre, ô mon Dieu! Je venais de gagner beaucoup d'argent au jeu, Et je voulus sauver, car l'enfance est sacrée, Sa candeur d'un amour qui rappelle Caprée. J'enchéris sur Maddock de trente mille francs; La vieille émerveillée ouvrit ses yeux tout grands, Et je pus arriver, grâce à ce chiffre énorme, Au rocher d'Angélique avant l'Orque difforme.
SINCLAIR.
Tu fis bien, et cet or est mieux placé cent fois Qu'à des souscriptions pour les petits Chinois. Racheter une blanche est œuvre méritoire, Quoique moins à la mode!.... Et la fin de l'histoire?
GEORGES.
Angélique est sauvée et Roger amoureux.
SINCLAIR.
Un amour de vieillard! diable, c'est dangereux, Car à trente ans, selon le calcul ordinaire, Quand on a vécu triple, on est nonagénaire.
GEORGES.
Mon amour, quoique Dieu me l'ait envoyé tard, N'est pas, je t'en réponds, d'allure de vieillard. Jamais feux plus ardents n'ont brûlé ma jeunesse, J'ai l'étourdissement d'une première ivresse, Je vivrais d'un sourire et je mourrais d'un mot; J'aime comme un enfant, comme un fou, comme un sot!
SINCLAIR.
Ces sentiments sont-ils connus de la petite?
GEORGES.
Dans un fauteuil auprès du lit de Marguerite Gœthe nous montre Faust assis et contemplant En silence la chambre et le petit lit blanc. Comme Faust arrêté sur un seuil sans défense, J'ai dans son sommeil pur su respecter l'enfance, Attendant le réveil de ce cœur endormi Pour ôter à l'amant le masque de l'ami. Jusqu'à présent Alice en moi n'a vu qu'un frère.
SINCLAIR.
Tant pis! ce précédent à l'amour est contraire. J'ai bien peur que tu sois pour ta discrétion Prématurément pris en vénération, Et que la belle enfant qui t'eût aimé peut-être, Dans ton fauteuil de Faust voie un fauteuil d'ancêtre.
GEORGES.
J'espère bien que non.
SINCLAIR.
Je le désire aussi. Mais je n'approuve pas ce système transi.
GEORGES.
Au Théâtre-Français, voyant jouer Molière, Il me vint une idée absurde et singulière, Quoique l'expérience ait eu peu de succès; Je voulus me créer comme Arnolphe une Agnès, Et faire un nouvel acte à l'_École des femmes_. Las d'actrices, plus las encor de grandes dames, Il me plut, en dehors du monde et de sa loi, D'aimer un être unique et fait pour moi--par moi.
SINCLAIR.
Pour un ancien roué, la fantaisie est rare! Don Juan continuer Arnolphe!
GEORGES.
Moins bizarre Qu'on ne pense; Don Juan, à travers tout, poursuit Et demande au hazard l'idéal qui le fuit. Arnolphe, à la maison, auprès de lui l'élève Les moyens sont divers, mais c'est le même rêve: Un type souhaité hors de qui rien n'est bon. Comme j'avais l'Agnès, j'imitai le barbon.
SINCLAIR.
Est-elle au moins capable, en sa candeur extrême, De mettre au corbillon cette tarte à la crème Qui semblait détestable à monsieur le Marquis, Et qu'Arnolphe charmé trouvait d'un goût exquis?
GEORGES.
Je ne suis pas encor tout-à-fait un Géronte Et dégrader un être ainsi m'aurait fait honte; Son éducation a reçu tous mes soins; Si je l'ai fait pour moi, comme Arnolphe, du moins Je n'ai pas écrasé, précaution infâme, Sur le front de Psyché le papillon de l'âme! J'ai voulu que son cœur fût grand, afin qu'un jour Avec plus de pensée il y tînt plus d'amour, Et j'ai remis les clefs de toutes les serrures A ses petites mains qui n'en sont pas moins pures. Elle lit dans Shakspear, Raphaël et Mozart, Je lui fais cultiver le luxe comme un art, Comme une fleur de plus dont sa grâce est parée, Et dans cette humble enfant, de la fange tirée, Dont Lord Maddock offrait un misérable prix, Pétrarque verrait Laure et Dante Béatrix. Célimène naïve, Agnès spirituelle, Elle est intelligente, elle est chaste, elle est belle!
SINCLAIR.
A ce monstre charmant fait de perfections Je voudrais un défaut comme une ombre aux rayons; Quand elle est accomplie une femme m'alarme, Ce n'est pas naturel!
GEORGES.
O moment plein de charme Et d'angoisse, où le cœur palpite à se briser, Quand la création va se réaliser! Enfin Pygmalion a fait sa Galathée, Et Pandore muette est devant Prométhée. L'un a prié Vénus, l'autre a volé le feu, Et tous deux sont tremblants, le mortel et le Dieu! Comme eux j'ai modelé le rêve de mon âme, Et fait une statue où sommeille une femme; La verrai-je vivante et rouge d'embarras Quitter son piédestal pour tomber dans mes bras?
SINCLAIR.
Quand d'une femme il a les traits, le marbre même Est fantasque, et surtout le marbre que l'on aime. Mais ce bel idéal que l'on ne connaît pas Où donc l'as-tu caché? Bien loin?
GEORGES.
Non, à deux pas. Et la maison voisine abrite sa retraite. De son logis au mien une porte secrète Communique, que j'ai par un ouvrier sûr, Comme feu Richelieu, fait pratiquer au mur. Dans ce nid, arrangé pour que l'amour s'y plaise, Elle vit seule avec sa gouvernante anglaise; On croit que ses parents dont seule elle hérita, Elle étant à Paris, sont morts à Calcutta, N'ayant pas dans ce long et périlleux voyage Osé de leur amour risquer l'unique gage; Puis un tuteur l'a fait sortir de pension Pour achever ici son éducation. Seule, elle se connaît et sait sa vraie histoire, Qu'elle-même parfois a de la peine à croire. Je ne vais pas chez elle, et, le soir, ce salon Nous réunit une heure après un jour bien long, Et si, l'heure écoulée, à rentrer elle hésite, Et, debout sur le seuil, prolonge sa visite, Ou retourne la tête avec un regard doux, Je sens mon cœur pâmer et trembler mes genoux!
SINCLAIR.
Pour ton meilleur ami, trois ans de défiance, Ah! c'est mal!
GEORGES.
J'attendais que mon expérience Fut menée à bon port,--amour-propre d'auteur.-- Et puis j'étais honteux de faire le tuteur, Et je craignais d'avoir aux yeux mauvaise grâce De copier Arnolphe ayant l'âge d'Horace. Mais je t'aurais tout dit bientôt, et mon aveu, Tes instances n'ont fait que l'avancer un peu. Alice ce soir même a seize ans; son œil brille, Son front rêve; hier enfant, aujourd'hui jeune fille, La discrète amitié, chaste sœur de l'amour, Se retire, et l'amant enfin aura son tour. A l'instant, pour sortir du doute qui me tue Je vais porter la flamme au flanc de ma statue!
SINCLAIR.
Adieu; Laura, Fanny, m'attendent au foyer; Laura doit avoir faim et Fanny s'ennuyer, Sur la table déjà le homard se prélasse Et le vin trop frappé se morfond dans la glace; Je m'en vais.--Bonne chance! au sortir du festin Je reviendrai tantôt pour savoir ton destin.
APPENDICE
APPENDICE[7]
I
Nous avons trouvé le brouillon de la lettre suivante: (autographe de Théophile Gautier).
MONSIEUR LE MINISTRE DE LA GUERRE
Monsieur le ministre,
Le soussigné voulant se fixer comme colon en Algérie, a, d'après les meilleurs renseignements sur les terres actuellement disponibles de la province de Constantine, qu'il a ultérieurement visitée, choisi des terrains qui se trouvent dans le périmètre civil de Philippeville, vallée de Zerhmana: il vient donc vous demander une concession de quatre-vingt-dix-neuf hectares dans la localité ci-dessus désignée.
Et au dos de cette lettre se trouvaient, sans aucune indication de titre, les vers suivants, qui révèlent la date vers laquelle cette curieuse lettre aurait été écrite (1846 très-probablement).
* * * * *
Sur la montagne de la vie, Au plateau de trente-cinq ans, Soufflent mes coursiers, haletants, De la chimère poursuivie. Je reste là quelques instants Brisé, mais l'âme inassouvie, Promenant mon regard glacé Sur l'avenir et le passé.
[7] Nous avons réuni à cette place les divers morceaux qu'il nous a paru impossible de publier sans aucune explication.
II
AUX MANES DE L'EMPEREUR[8]
15 DÉCEMBRE 1840
Quand sous l'arc triomphal où s'inscrivent nos gloires Passait le sombre char couronné de victoires Aux longues ailes d'or, Et qu'enfin Sainte-Hélène, après tant de souffrance, Délivrait la grande ombre et rendait à la France Son funèbre trésor,
Un rêveur, un captif derrière ses murailles, Triste de ne pouvoir, aux saintes funérailles Assister, l'œil en pleurs, Dans l'étroite prison sans échos et muette, Mêlant sa note émue à l'ode du poëte, Épanchait ses douleurs.--
[8] Ce morceau n'est rien autre chose que la traduction _littérale_, en vers, d'un morceau de prose. Nous avons placé chaque strophe en face de chaque paragraphe, pensant que le public verrait avec intérêt comment le poëte a fait entrer, dans chacune de ses strophes, chaque phrase et pour ainsi dire chaque mot du prosateur.
«Citadelle de Ham, 15 décembre 1840.
«Sire, vous revenez dans votre capitale, et le peuple en foule salue votre retour, mais moi, du fond de mon cachot, je ne puis apercevoir qu'un rayon du soleil qui éclaire vos funérailles.
«N'en veuillez pas à votre famille de ce qu'elle n'est pas là pour vous recevoir.
«Votre exil et vos malheurs ont cessé avec votre vie; mais les nôtres durent toujours! Vous êtes mort sur un rocher, loin de la patrie et des vôtres, la main d'un fils n'a point fermé vos yeux. Aujourd'hui encore, aucun parent ne conduira votre deuil.
«Montholon, lui que vous aimiez le plus parmi vos dévoués compagnons, vous a rendu les soins d'un fils; il est resté fidèle à votre pensée, à vos dernières volontés; il m'a rapporté vos dernières paroles; il est en prison avec moi!
«Un vaisseau français conduit par un noble jeune homme est allé réclamer vos cendres; mais c'est en vain que vous cherchiez sur le pont quelques-uns des vôtres; votre famille n'y était pas.
«Sire, vous revenez dans votre capitale, Et moi qu'en un cachot tient une loi fatale Exilé de Paris, J'apercevrai de loin, comme sur une cime, Le soleil descendant sur le cercueil sublime, Dans la foule aux longs cris.
Oh! non! n'en veuillez pas, Sire, à votre famille, De n'avoir pas formé, sous le rayon qui brille, Un groupe filial Pour recevoir au seuil de son apothéose, Comme Hercule ayant fait sa tâche grandiose, L'ancêtre impérial!
Vos malheurs sont finis; toujours durent les nôtres. Vous êtes mort là-bas, enchaîné loin des vôtres, Titan sur un écueil, Pas de fils pour fermer vos yeux que l'ombre inonde, Même ici, nul parent,--oh! misère profonde!-- Conduisant votre deuil!
Montholon, le plus cher comme le plus fidèle Jusqu'au bout, du vautour subissant le coup d'aile, Vous a gardé sa foi. Près du dieu foudroyé, qu'un vaste ennui dévore, Il se tenait debout, et même il est encore En prison avec moi.
Un navire, conduit par un noble jeune homme, Sous l'arbre où vous dormiez, Sire, votre long somme Captif dans le trépas, Est allé vous chercher avec une escadrille; Mais, votre œil sur le pont cherchait votre famille; Qui ne s'y trouvait pas.
«En abordant le sol français, un choc électrique s'est fait sentir; vous vous êtes soulevé dans votre cercueil; vos yeux, un moment, se sont rouverts: le drapeau tricolore flottait sur le rivage, mais votre aigle n'y était pas.
«Le peuple se presse comme autrefois sur votre passage, il vous salue de ses acclamations comme si vous étiez vivant; mais les grands du jour, tout en vous rendant hommage, disent tout bas:
«Dieu! ne l'éveillez pas!
«Vous avez enfin revu ces Français que vous aimiez tant; vous êtes revenu dans cette France que vous avez rendue si grande; mais l'étranger y a laissé des traces que toutes les pompes de votre retour n'effaceront pas!
«Voyez cette jeune armée: ce sont les fils de vos braves; ils vous vénèrent, car vous êtes la gloire; mais on leur dit: croisez vos bras!»
«Sire, le peuple, c'est la bonne étoffe qui couvre notre beau pays; mais ces hommes que vous avez faits si grands et qui étaient si petits, ah! sire, ne les regrettez pas.
Quand la nef aborda, France, ton sol antique, Votre âme réveillée, à ce choc électrique, Au bruit des voix, des pas, De sa prunelle morte entrevit dans l'aurore Palpiter vaguement un drapeau tricolore, Où l'aigle n'était pas.
Comme autrefois le peuple autour de vous s'empresse; Cris d'amour furieux, délirantes tendresses, A genoux, chapeau bas! Dans l'acclamation, les prudents et les sages Disent au demi-dieu, faisant sa part d'hommages: «Dieu! ne l'éveillez pas!»
Vous les avez revus--peuple élu de votre âme-- Ces Français tant aimés que votre nom enflamme, Héros des grands combats; Mais sur son sol sacré, patrie autrefois crainte, Du pas de l'étranger on distingue une empreinte Qui ne s'efface pas!
Voyez la jeune armée, où les fils de nos braves, Avides d'action, impatients d'entraves, Voudraient presser le pas; Votre nom les émeut, car vous êtes la gloire! Mais on leur dit: «Laissez reposer la victoire, Assez! croisez les bras!»
Sur le pays, le peuple, étoffe à trame forte, S'étend, Sire; le chaud, le froid, il les supporte Mieux que les meilleurs draps; Mais ces grands si petits, chamarrés de dorures, Qui cachaient leur néant sous de riches parures, Ne les regrettez pas.
«Ils ont renié votre évangile, vos idées, votre gloire, votre sang; quand je leur ai parlé de votre cause, ils nous ont dit: Nous ne la comprenons pas!
«Laissez-les dire, laissez-les faire; qu'importent, au char qui monte, les grains de sable qui se jettent sous les roues? ils ont beau dire que vous êtes un météore qui ne laisse pas de traces! Ils ont beau nier votre gloire civile; ils ne vous déshériteront pas!
«Sire, le 15 décembre est un grand jour pour la France et pour moi. Du milieu de votre somptueux cortége, dédaignant certains hommages, vous avez un instant jeté vos regards sur ma sombre demeure, et, vous souvenant des caresses que vous prodiguiez à mon enfance, vous m'avez dit: _Tu souffres pour moi, ami, je suis content de toi_.
«LOUIS-NAPOLÉON.»
Comme ils ont renié, troupe au parjure agile, Votre nom, votre sang, vos lois, votre évangile, Pour vous suivre trop las! Et quand j'ai devant eux plaidé pour votre cause, Comme ils ont dit, outrant le dédain de leur pose: Nous ne comprenons pas!
Laissez-les dire et faire, et sur eux soit la honte. Qu'importent pierre ou sable au char qui toujours monte Et les broie en éclats! En vain vous nomment-ils fugitif météore. Votre gloire est à nous, elle rayonne encore; Ils ne la prendront pas.
Sire, c'est un grand jour que le quinze décembre! Votre voix, est-ce un rêve? a parlé dans ma chambre: «Toi, qui souffres pour moi Ami, de la prison le lent et dur martyre, Je quitte mon triomphe et je viens pour te dire: Je suis content de toi!»
Avril 1869.
III
QUATRAINS
1
Improvisé sur un portrait
DE Mlle SIONA-LÉVY
Enfant, doublement applaudie, Tu chantes et tu fais des vers; Et ton masque de tragédie Est couronné de lauriers verts.
1851.
2
Improvisé sur un portrait
DE Mme MADELEINE BROHAN
Type charmant et pur dont le ciel est avare, Et que d'un fin crayon l'artiste copia, Scribe salue en vous sa reine de Navarre, Musset sa Marianne, et Belloy sa Pia.
1857.
3
Improvisé et placé en tête d'un exemplaire de: _Émaux et Camées_.
A CLAUDIUS POPELIN, MAÎTRE ÉMAILLEUR
Ce livre où j'ai mis des _Camées_ Sculptés dans l'agathe des mots, Pour voir ses pages acclamées Eût eu besoin de tes _Émaux_!
Août 1863.
4
Improvisé
SUR UNE ROBE ROSE A POIS NOIRS
Dans le ciel l'étoile dorée Ne luit que par l'ombre du soir; Ta robe, de rose éclairée, Change l'étoile en astre noir!
5
AU VICOMTE DE S. L.[9]
Moderne est le palais, mais le blason ancien Peint par Van Eyck au coin des portraits de famille Rangés en ex-voto sur le vieil or qui brille, Le jeune hôte du lieu le revendique sien.
Octobre 1872.
[9] Ces quatre vers sont les derniers qu'ait écrits Théophile Gautier. Ils devaient être le premier quatrain d'un sonnet que le poëte n'a pas eu la force d'achever.
IV
AVE MARIA
CHANT[10]
_Ave Maria!_ Reine des cieux! Vers toi s'élève ma prière: Je dois trouver grâce à tes yeux, C'est en toi, Vierge sainte, en toi que j'espère! Mon fils consolait ma misère: Il souffre hélas! il est mourant! Comprends mes pleurs, toi qui fus mère; Rends-moi, rends-moi mon pauvre enfant!
_Ave Maria_, mon fils est beau Et de lui je suis déjà fière; Bénis son modeste berceau. C'est mon bien, mon unique bien sur la terre! Si Dieu me frappe en sa colère Protège du moins l'innocent! Exauce-moi, c'est une mère Qui veut mourir pour son enfant!
_Ave Maria!_ mais: ô bonheur! L'enfant renaît à sa prière Ainsi qu'une brillante fleur! Doux bienfait!--Touchante bonté.--Saint mystère! «Regarde-moi pour que j'espère; Mon fils! ton front est souriant!» Merci, merci, divine mère, C'est toi qui sauves mon enfant!
[10] Autant que nos souvenirs sont fidèles, nous nous rappelons que Théophile Gautier en nous remettant l'autographe de cette pièce, nous aurait dit qu'elle était une traduction destinée à être adaptée à l'_Ave Maria_ de Schubert. Le rhythme et les rimes en auraient été déterminés par la forme de la pièce originale et par les nécessités de la musique.
V
Une personne, qui signe: «_Un étudiant de Grenoble_», a adressé au journal _Le Gaulois_ une pièce qu'elle affirme avoir copiée, sur un album, à Genève. Nous avons, vainement jusqu'à présent, fait chercher à Genève l'autographe de cette pièce. Nous ne l'imprimons donc que sous toutes réserves.
Je sais un nid charmant et tendre Où niche l'oiseau bleu du cœur, L'oiseau dont nul ne peut entendre Sans tressaillir, l'accent vainqueur;
Nid plein de grâces sans pareilles, Qui, sous un rayon de gaieté, Scintillent comme des abeilles Dans l'or des aurores d'été.
Formé de fleurs fraîches écloses, OEuvre admirable de l'amour, Des perles, des feuilles de roses, Dessinent son riant contour.
Écrins délicieux que dore La jeunesse en traits éclatants; D'où s'échappe, ailée et sonore, La vive chanson du printemps;
D'où sort une divine haleine, Comme d'un calice vermeil Qui livre aux souffles de la plaine Son sein tout baigné de soleil.
Nid séducteur où rit l'ivresse, Cachant ses secrètes ardeurs, Comme une coupe enchanteresse Dont les bords sont voilés de fleurs.
Plus mignon qu'un nid d'oiseau-mouche, Plus frais qu'un cœur de rose-thé,-- Ce nid ravissant... c'est ta bouche, Doux paradis de volupté,
Où les désirs, ramiers fidèles, Volent toujours inapaisés, Et vont provoquer à coups d'ailes L'essaim palpitant des baisers!
_Signé_: THÉOPHILE GAUTIER
TABLE
LA COMÉDIE DE LA MORT, 1838
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POÉSIES DIVERSES, 1838-1845
Sur un album 53 A la princesse Bathilde 55 Oui, Forster, j'admirais.... 57 Prière 58 A une jeune Italienne 59 A trois Paysagistes (_Salon de 1859_) 60 Fatuité 65 Les Matelots 66 La Fuite 68 Gazhel 70 Dans un baiser, l'onde.... 72 Sultan Mahmoud 74 Le Puits mystérieux 76 L'Esclave 77 Les Taches jaunes 78 L'Ondine et le Pêcheur. (Fant. IX) 80 J'ai tout donné pour rien. (Fant. XVII) 82 A des amis qui partaient 85 Ambition. (Fant. XVI) 86
ESPAÑA, 1845