Part 2
Imaginez un tronc sans tête, hérissé comme un porc-épic de porte-plumes: l'Administration.
Leur gouvernement: le hasard; les événements: leurs ministres.
La Tour Eiffel, précoce commémoration des fils de fer barbelés.
1914: immense Magic-City se terminant par son grotesque jeu de massacre.
Tant de morts n'ont-ils pas mérité la mort du militarisme.
En guerre, le choix des armes n'est pas égal, car c'est l'agresseur qui les choisit.
Les hommes politiques sont trop souvent incompétents dans les grandes circonstances parce que, étant limités par le quotidien de leur profession, ils ne trouvent plus en eux l'envergure d'une improvisation, histrions et non créateurs des premiers rôles.
Que ne nomme-t-on un plébiscite pour le Rhin, un plébiscite de Loreleys?
Ces instigateurs du nationalisme qui font la guerre en chapeau haut de forme.
Ceux qui ne pensent pas pensent comme l'_Echo de Paris_, ceux qui pensent ne savent pas ce qu'ils doivent penser.
Si l'on voit les poètes se prêter à l'action, c'est que l'action est montée sur leur sommet et qu'ils peuvent en tirer tout le lyrisme qu'ils réclament.
De ces juifs dépossédés qui semblent pâlir encore de l'agonie d'un dieu, qui ont accepté l'opprobre et l'héritage de la couronne d'épines;--mais toutes les couronnes sont peut-être des couronnes d'épines!
L'égalité: un niveau d'infériorité.
Pour assagir les profiteurs, que ne réduit-on leurs profits au «statu quo»?
Si ceci se pouvait, on verrait ces capitalistes enclins à des «pourparlers» immédiats.--Il y a aussi des jusqu'auboutistes du profit.
Cette rage de posséder m'étonne.--Quelle sagesse de n'être propriétaire de rien. On possède simplement, parce qu'on sait regarder, parce qu'on sent bien ce que l'on peut faire vivre en soi. Le propriétaire perd ce qu'il possède par l'habitude et l'ennui, ou il en devient le gardien, et, sans même le lui enlever le passant le lui prend.
Le propriétaire échappe rarement à sa possession, mais la possession échappe presque toujours à son propriétaire!
Tant de pays et tant de femmes aussi sont en souffrance, mal possédés: exproprier les propriétaires--sans prendre leur place.
Ils disent: «J'aime le poisson, et ne tiens pas à ce que le poisson m'aime!» Argument prussien qu'ils crèvent donc d'une arête--même le poisson mort a de la défense!
... Et qui de nous, parmi ses proches, N'a pas de gens du genre boche?
Les Belges nés d'un méridional blond et d'une Allemande sympathique--encore sympathique.
Ces réfugiés, avec des yeux d'un bleu qui ne se fait plus en France, ce bleu strié des vitraux en rosace, le bleu de Chartres, devenu introuvable? ... Et va-t-on retrouver avec l'affluence des autres races chez vous, des pigments perdus, des procédés et des combinaisons d'êtres oubliés, des types assez anciens pour sembler nouveaux. Il faut se renouveler pour retrouver même le passé.
_Certains réfugiés._ Misérables d'une misère qui n'a fait que changer de place; quitter une pauvreté navrante et régulière pour une pauvreté pleine de nouveautés et de divertissements, est peut-être pour eux une façon inespérée de voyager.
Le primitif amour de l'aventure (plutôt qu'une fortitude envers l'adversité) fait supporter aux peuples des calamités, à la condition qu'elles soient excessives et inattendues, et délivrent pour un peu des calamités et des laideurs quotidiennes et habituelles.
NOTES SUR LE COURAGE
Autant de différentes sortes de sensibilités, autant de sortes de courages.
Remy de Gourmont a dit: «Le courage se mesure sur la sensibilité.» Mais la sensibilité, sur quoi se mesure-t-elle?
Rien n'a l'air aussi simple ni n'est aussi complexe--et souvent faux--que les différenciations et classements.
«Courage physique»: les animaux sont courageux pour un besoin; les hommes sont courageux pour les mêmes raisons, ou par besoin de le paraître: courageux par peur.
«Courage moral»: et ses excès, intrépidité, fanatisme, amour du danger, etc...
L'excès est un attribut du courage, mais la prudence, et même la peur ne sont pas incompatibles avec un certain courage:
«Oh! mon Dieu, que cette coupe puisse m'être épargnée!»
On peut être courageux à contre-cœur et sans entraînement ni exaltation, pour ainsi dire en contradiction avec soi-même, ayant mis son courage, son but ou son plaisir dans autre chose. Ceux qui _aiment_ la guerre manquaient d'un amour ou d'un sport adéquat, manquaient de l'art de vivre. C'est une calamité, pire, un dérangement, pour ceux qui ont trouvé.
Redevenir anonyme: prendre sa place dans l'épopée.
Lovelace, en partant combattre, dit à sa belle cette parole peu consolante pour elle: «I could not love you, dear, so much, loved I not honour more.»
Ce sophisme rend évident qu'il préférait la griserie de la bataille incertaine aux ébats d'un amour triomphant. C'est toujours humiliant de se voir préférer même l'honneur et c'est d'un Don Juanisme peu galant de le clamer.
L'homme, qui a une tendance à accepter les sentiments tout faits et qui les préfère même résumés en clichés, trouve dans le mot: honneur, une incitation au courage. Ce mot, sans autre excuse, masque presque toujours un intérêt parfois collectif ou simplement une des voluptés de la haine. Les femmes, plus véridiques en ce qui est essentiel, souvent le dédaignent.
On dit des Anglais, qu'ils se laissent tuer «comme des mouches».
S'exposer est souvent un manque de prévoyance plutôt qu'un signe de courage: ne pas craindre un obus sur la tête prouve une atrophie de l'imagination.
On peut aussi être cité à l'«Ordre du Jour» sans pour cela être un héros. A la guerre surtout, il y a la bravoure par entraînement, par inadvertance, sans réflexion ni choix, «la fuite en avant». Il faut en certains cas, un grand courage pour déserter--y être tenté et résister, se surmonter et surmonter l'instinct de la préservation, pour un but collectif et peut-être douteux, s'offrir résolument et consciemment en sacrifice, par esprit de corps, par esprit de pays ou par esprit de rien, est peut-être plus courageux que de ne jamais peser l'inutilité du risque.
Napoléon n'a-t-il pas dit que l'homme le plus courageux fut, selon lui, un soldat belge mort de peur à son poste?
En temps ordinaire il est difficile d'être courageux sans être trop remarqué; la guerre permet qu'on le soit d'une façon qui passe à peu près inaperçue.
Abdiquer de soi.
«They also serve who simply stand and wait.»
--Rôle de la femme pendant la guerre, courage muet, presque inactif, rempli seulement à faire silencieusement et sans honneurs de petites besognes navrantes: voir blessé ou mort ce qu'elle avait créé vivant, bien portant, et devant ce gâchis se donner encore, se donner toujours; sa tentation, son instinct, comme celui de l'homme de se battre, courage égal, mais le sien passe inaperçu d'être ce qu'on appelle naturel, cela rabaisse son courage à un rang animal, dont l'homme se différencie en combattant pour un idéal, pour une fausse valeur, ou pour le plaisir.
Suivre sa personnalité, le «to thine own self be true» d'_Hamlet_; mais j'oppose à cela cette vérité: «Céder à certaines tentations demande un terrible courage.»
L'être courageux n'est pas celui qui a fait une chose courageuse; mais dont toute la vie a été une chose de courage.
Admettre une idée, toutes les idées incitatrices au courage.
Leur courage est d'autant plus admirable qu'il est individuel et non collectif.
Je propose une croix civile pour ceux qui n'ont ni recherché, ni fui trop ardemment le danger,--pour tous ceux qui ont supporté la guerre avec un ahurissement sobre et sans paroles.
Qui ne se sont pas rués vers des besognes pour lesquelles ils étaient impropres.
Qui ont pris des coupons de l'Emprunt, et porté leur or au Trésor, sans espoir de le revoir jamais.
Qui n'ont pas recherché un brassard, ni un accoutrement, ni une occupation de guerre.
Qui, sous des prétextes fallacieux, n'ont pas essayé de voir le front, mais qui, avec sérénité, ont attendu ou créé la chose qu'ils pouvaient faire avec compétence.
En attendant que l'humanité redevienne humaine--le rester; garder un équilibre civil et personnel, dans le désarroi et l'ennui, est faire acte de bon citoyen, ce qui, égalant une croix de fer ou de bois, est une distinction en soi.
_«Gloire à notre France immortelle_, _Gloire à ceux qui sont morts pour elle,_ _Aux martyrs, aux vaillants, aux forts_, _A ceux qu'enflamme leur exemple_, _Qui veulent place dans le Temple._ _Et qui mourront comme ils sont morts._»
Monotonie de l'héroïsme, prestige de l'uniformité...
Ne sortiront-ils jamais de ce cercle de mort que chaque génération lègue, sous forme de service militaire, à la génération suivante?
Marraine d'un inconnu? J'aurais trop peur de ne pouvoir le négliger comme un ami.
Une jambe ou un bras de moins est devenu un insigne moral,--on les reconnaît par ce qui leur manque.
Ne reculons pas avec notre temps. Il ne suffit pas que les réalités soient pour avoir raison.
J'exulte de n'être d'aucune utilité.
Les soldats sont des figurants exaltés parfois, obligés toujours de suivre le char de César.
Si l'esprit se soumet, il n'est pas nécessairement en «déroute».
C'est parce que vous n'aimez pas la vie,--la vie qu'il faut travailler comme une belle matière ingrate--que la guerre vous enchante.
«Ne pas se boucher le nez devant l'épopée.» --Ni la renifler non plus, comme une hyène affamée.
«C'est aussi un peu grosse caisse, terne carnaval horrifique, mêlez-y vos fifres subtils, et de plus près! (la belligérante est à Nice).
Vous attendez d'être émue pour une France «suppliciée».--C'est vous qui êtes distraite, il vous faut donc l'épreuve pour voir, aimer, savoir? L'épopée est continuelle... C'est la vie qui est la grande aventure guerrière.
Et il en sera comme pour madame de Genlis qui, dans ses «Mémoires», déplore la Révolution française parce que, lors d'une émeute, son cabinet d'histoire naturelle a été bousculé, et qu'on lui a dérobé une sardoine de grand prix.
BAS COTÉS
En parler est ennuyeux. N'en pas parler est ennuyeux.
2 août:
Elle est là, la guerre! Avec quel visage? Personne n'en semble ni ivre, ni craintif, ni amoureux.
Un mobilisé:--«Ce n'est pas que j'aie peur, mais c'est dommage tout de même».
Un jeune homme, en quittant une femme:--«Puisque je te dis qu'il n'y a pas de danger...»
Ils partent tous avec le vent qui sonne la charge.
Une affiche de casino annonçant une représentation de «Boccace» reste sur une plage déserte.--Flagellé par l'orage, un vieillard s'abrite derrière une cabine de bains à roulettes.
La mer claque et montre ses dents.
Tous les petits papiers roses, bleus, rouges et blancs, que semblaient les gens au loin, sont balayés de la plage.
Il ne reste de la saison ni petits chevaux, ni baigneurs, ni casinos éclairés, ni femmes constellées et vénales, ni sportsmen occupés à suivre des petites balles, ni aéroplanes se maintenant, ou ne se maintenant pas, dans les airs mal faits pour eux; il ne reste de la saison que la saison, avec ses tempêtes, ses marées, ses grandes étendues de sables libres ou couchées sous les vagues.
PETITES RÉPERCUSSIONS
Littérature.--Si nous sommes anéantis, vous trouverez toutes mes lettres inédites dans l'armoire de mon grenier, la postérité ... etc. ...
Sport.--«Je n'ai plus un rond», me dit un petit jockey de quarante-cinq kilos, qui devait monter _Radium_ aux courses de Deauville, hier.
Confiserie.--La vendeuse de «Topsy», exilée parmi ses bonbons, n'a pas pu s'acheter une côtelette, ni une boîte de sardines, faute de monnaie.
Milliardaire, sans bagages.--«Je me couche pendant qu'on me blanchit.»
Recherche d'emploi des immobilisées. Mendicités des oisifs.
Toute cette camelote des sentiments...
La «mouche du coche», qu'importe!... mais la mouche de l'ambulance!...
Elles réveillent leurs malades plusieurs fois dans a même nuit pour leur demander s'ils n'ont besoin de rien.
Quêteuses d'aventures, ou vampires sadiques, auprès des blessés!
On prépare des lits dans les salles de jeu...
"Tas de chiennes en rut, mangeant des cataplasmes." ARTHUR RIMBAUD.
L'Hôtel, transformé en hôpital militaire, est prêt, avec ses quatre cents lits, pour l'énorme accouchement. Ces dames des plages, déguisées en sages-femmes, attendent là, impatientes et toutes blanches, avec leur croix rouge au front et leurs belles mains ignorantes et sublimées. Et voici l'arrivage des hommes de souffrance, couchés au fond des autos, étendus sur des brancards; camionnés sous la pluie, des Marocains grelottent et voilent leurs faces par pudeur. Un casque de Prussien est entre les bras d'un soldat qui n'a plus de jambes. Le petit caniveau qui sépare la rue de l'entrée de l'hôtel fait grimacer de douleur un officier. Proie étendue sur le large poitrail d'une dame âgée, un zouave, avec les trois quarts du visage qui lui restent, fume une cigarette pour se donner une contenance. Celles qui n'étaient pas de service à la gare s'abattent, du balcon, où elles guettaient, sur les moribonds de premier choix.
Les trois grands bateaux arrivent de Dunkerque avec leur cargaison de guerriers qui chantent. Ils font vibrer de leur poids les cordages et les mâts. Tout est cris et couleurs. Et les bateaux, grandissant, entrent dans le petit port avec leurs hommes rouges et bleus et bruns. Parmi eux un clair Anglais, vêtu de blond, répond en souverain courtois aux «Vive l'Angleterre» qui l'acclament de la jetée. Tandis que les soldats français jettent de petits drapeaux belges à la foule, qui offre en échange cigarettes, chocolat, biscuits, fromages, fleurs, des filles jolies arrachent et donnent leurs collets de dentelle et leurs mouchoirs et leurs gants en gage d'un amour anonyme et généreux. Et lorsque les soldats vident les ponts et descendent à terre, on dirait que les bateaux se déshabillent.
Leurs fusils croisés forment de petits squelettes de tentes sur la place de Honfleur. Les soldats tendent avidement leurs mains aux paysans, aux fillettes qui arrivent, leurs tabliers pleins d'un bon pain chaud, qu'un caporal couvre de confiture. Des femmes et des garçons apportent, en courant, des bouteilles de cidre, des hôteliers envoient les bonnes avec le café destiné à leur clientèle. «Même celui qui n'a rien, donne ce qu'il a», résume quelqu'un derrière moi. Après qu'ils ont rempli leur bouche, les soldats remplissent leurs sacs et la poche arrière de leur uniforme avec des provisions dont l'avarice normande a su les combler,--car l'avarice seule peut avoir la ressource de telles prodigalités. On apporte après, des cartes postales et les fleurs rondes des dahlias qui semblent des décorations militaires. Chacun s'en empare avec la même avidité. Un prêtre aux gestes grandiloquents, entouré de trois dévotes, attend, de toute sa patience ecclésiastique, son tour. Ayant épuisé les autres ressources et amusements, on commence à l'entourer. Il se rengorge de contentement, mais la foule est déjà distraite, et en se détournant le laisse cloué sur place, comme un pingouin.
L'Hôpital est près de la côte de Grâce. Des lits bien nets et des femmes de toutes espèces attendent les blessés qui leur sont promis et qui se font désirer. Je rentre au laboratoire où des sœurs et des jeunes filles, des hobereaux et des cuisinières se font vacciner par une étudiante en médecine, en prévision des fléaux anticipés. Je regarde dans un bocal un fœtus de cinq mois; ses jambes croisées, sa grosse petite tête lui donnent l'air d'un sage en ivoire: malgré le grand tuyau qui le rattachait à la vie, il a su ne pas naître!
On parle tous les jours à table, de spicas, d'extractions déballés, de gangrène, de pus bleu, etc..., etc...
Nous apprenons également tout un vocabulaire militaire nouveau, survivant aux communiqués:
Mobilisation. Mulhouse. Réquisition. Brillantes contre-attaques. Ultimatum. Guillaume. Offensive. Leurs grosses pièces d'artillerie Défensive. donnent peu de résultats. Les atrocités. Destruction de Louvain. Le théâtre de la guerre. La Prusse orientale. Quand les Cosaques viendront... Ils veulent tous retourner au feu. Nos alliés. Nous reculons, c'est exprès. Evacuation. Aucun changement sensible. Conseil de guerre. Un Taube à survolé Paris, jetant des Les droits de La Haye. bombes; aucun dégât sérieux. «Pas de nouvelles depuis quinze Un aéroplane allemand a détruit un jours!... hôpital. Les blessés arrivent. Nous progressons en Lorraine La Croix-Rouge. Les Allemands à Reims. «Abas Ali Abas. Chiffon de papier. Spica. Le Gouvernement à Bordeaux. Marocains, Turcos. M. Poincaré félicite nos troupes. L'aile gauche fléchit. Le Tsar embrasse la France en la Notre artillerie... personne de M. Paléologue. L'aile droite se maintient. Grandes occasions pendant les Attaquer le centre. hostilités. Dégarnir le front. Automobiles blindés. Prendre contact. Leurs pertes décrites par eux-mêmes. Autrichiens en déroute. Trente mille prisonniers. Les familles P, T, V, et X. rescappées Evacuation de Przemysl. de Varedde, sont en sécurité à L'effectif russe. Carpentras, et demandent des Héroïsme d'un soldat belge contre nouvelles des familles A. B, C, D, dix uhlans. leurs fils, neveux et frères. Trois zeppelins capturés. Nouvelles atrocités. Exploits d'un aéroplane français. Ordre du jour. Respecter sa neutralité. Mort d'un éclat d'obus au fémur. La Turquie s'arme-t-elle? Morts à l'ennemi: le caporal X... La flotte anglaise aurait coulé Sur le champ d'honneur. trois vaisseaux marchands. Promotions pour faits d'armes. Succès de nos troupes. Ils auraient employé des balles Leur moral est bon. dum-dum. Les réformés, munis des certificats Plus d'essence. de leur médecin, se présenter au «Saufs-conduits». Ministère de la Guerre. Benzol ou essence minérale mêlé à Mobilisation des territoriaux. l'éther ou à l'eau de Cologne La classe 1915, se présenter à la fait des ratés, mais peut servir mairie entre 9 heures du matin et pour fuites. 10 heures du soir. Tous les pneus réquisitionnés. Appel aux volontaires. «Permis de séjour». Nous nous replions sur Paris: Télégrammes visés. stratégie voulue. Cartes postales militaires. Ils manqueraient de vivres et de Les lettres de nos combattants munitions. n'arrivent pas. Bombardement de Senlis. L'État-Major. Appel aux habitants de D... Retard des correspondances, Matinée de gala au bénéfice des plaintes des familles. blessés. Lettres de Sa Majesté Georges V Les uhlans se retirent en désordre, pour féliciter M. Poincaré de son poursuivis par les Anglais. anniversaire. Evacuation des blessés de Il ne faut pas alarmer les Saint-Quentin et de Dieppe. populations. La Bataille de la Marne. Réponse de M. Poincaré à Sa Majesté Meaux. Georges V. Bataille de l'Aisne. Ceux qui répandent de fausses nouvelles On demande de vieux habits pour les seront arrêtés et poursuivis. blessés du Casino, leurs uniformes Ils tâchent de déborder notre aile étant en réparation. gauche d'un mouvement circulaire. L'Amérique envoie à la France une L'Italie exprime sa sympathie et cargaison de tomates. chante la _Marseillaise._ Un train de blessés s'est précipité Les uhlans sont entrés dans le village dans la Marne. X... et ont brûlé, fusillé, violé et On fait sauter les ponts. mutilé tous les habitants, Devenu fou sous les drapeaux. Nous progressons légèrement. Enfermé à la prison de ... La cathédrale de Reims est en flammes. Les puissances protestent. Nous avons presque anéanti et fait Quatre architectes, réunis à Rome, prisonnier un régiment, près de ... votent un blâme. Ils achèvent les leurs. Les intellectuels. Grands succès pour nos armes; Leur «Kultur». Ils avouent sept mille morts dans Mort de Pie X. la quinzaine après l'Yser. Le nouveau pape désapprouve Nous progressons sur tout le front. également le tango. Nous avons repris La Bassée. Le kronprinz serait blessé. Nous reculons légèrement près de Notre front ne bouge pas. Vailly. Anvers pris. Sans importance pour nous, puisque Aucune importance au point de vue l'action est au nord. stratégique. Le Kaiser leur aurait donné l'ordre Le gouvernement belge au Havre. de prendre Calais. Aide auxiliaire. Sur la Lys. Dans les tranchées. Ce roi admirable qui n'a pas hésité L'heure de l'armistice. à sacrifier son peuple et son pays Il n'est pas encore appelé, à l'honneur, au droit. La chasse aux embusqués. Ils abandonnent l'Yser. La guerre scientifique et non Notre patience inébranlable. artistique. Rien à signaler, qu'une violente Leurs canons s'enlisent. canonade. Notre Joffre a le caractère ferme Alternatives d'avance et de recul. et haut. Le front prend la forme d'une Nos blessés. énorme scie. Nous progressons en Woëvre et en Argonne.
QUESTIONS QUI SE POSENT
Cela va-t-il leur remettre du sang dans les veines de le verser?
C'est peu de mourir pour ce qu'on aime, mais c'est beaucoup de mourir vainement.
Ceux qui ont trop tenu à la vie pour la risquer, l'ont perdue plus que les autres?
Une alliance valait mieux qu'un rapt?
Il n'est pas dit qu'Abel se soit défendu.
Être victime est aussi une volupté,--une volupté de Dieu.
Les Français sont pourtant habitués aux mariages de raison.
Le sang français, ce précieux vin de Bourgogne, devient chaque jour plus rare.
Périr, mais sans avoir mélangé ou souillé son crû?
«Songeons à refaire des enfants à la France», s'écrient déjà d'insouciants et stériles journalistes et politiciens.
«Luttons pour l'espèce»:
Après la maternité forcée ou artificielle, la couveuse artificielle, le lait artificiel, le sang artificiel, il restait à inventer ... la mort artificielle.
Il n'est pas français de craindre le mélange.
Cette «race finie»,--qui recommence.
Europe: tonneau des Danaïdes.
Leur champ d'honneur: une fosse commune.
Les peuples neutres, peuples ternes, badauds, disqualifiés d'être restés dans le bon sens:--le bon sens n'est pas toujours bon.
La terre n'a-t-elle pas une digestion assez solide pour assimiler l'ennemi et même l'allié,--elle a déjà assimilé le Franc, le Saxon, le Celte, le Latin, etc?...
--L'araignée attire la mouche au centre de ses fils et s'en repaît.