Nouvelles histoires extraordinaires
Chapter 21
Et alors, du naufrage et du chaos des sens naturels parut s'élever en moi un sixième sens, absolument parfait. Je trouvais dans son action un étrange délice,--un délice toujours physique toutefois, l'intelligence n'y prenant aucune part. Le mouvement dans l'être animal avait absolument cessé. Aucune fibre ne tremblait, aucun nerf ne vibrait, aucune artère ne palpitait. Mais il me semblait que dans mon cerveau était né _ce quelque chose_ dont aucuns mots ne peuvent traduire à une intelligence purement humaine une conception même confuse. Permets-moi de définir cela: vibration du pendule mental. C'était la personnification morale de l'idée humaine abstraite du _Temps_. C'est par l'absolue égalisation de ce mouvement,--ou de quelque autre analogue,--que les cycles des globes célestes ont été réglés. C'est ainsi que je mesurai les irrégularités de la pendule de la cheminée et des montres des personnes présentes. Leurs tic-tac remplissaient mes oreilles de leurs sonorités. Les plus légères déviations de la mesure juste--et ces déviations étaient obsédantes,--m'affectaient exactement comme parmi les vivants les violations de la vérité abstraite affectaient mon sens moral. Quoiqu'il n'y eût pas dans la chambre deux mouvements qui marquassent ensemble exactement leurs secondes, je n'éprouvais aucune difficulté à retenir imperturbablement dans mon esprit le timbre de chacun et leurs différences relatives. Et ce sentiment de la _durée_, vif, parfait, existant par lui-même, indépendamment d'une série quelconque de faits (mode d'existence inintelligible peut-être pour l'homme),--cette idée,--ce sixième sens, surgissant de mes ruines, était le premier pas sensible, décisif, de l'âme intemporelle sur le seuil de l'Éternité.
Il était minuit; et tu étais toujours assise à mon côté. Tous les autres avaient quitté la chambre de Mort. Ils m'avaient déposé dans la bière. Les lampes brûlaient en vacillant; cela se traduisait en moi par le tremblement des chants monotones. Mais tout à coup ces chants diminuèrent de netteté et de volume. Finalement, ils cessèrent. Le parfum mourut dans mes narines. Aucunes formes n'affectèrent plus ma vision. Ma poitrine fut dégagée de l'oppression des Ténèbres. Une sourde commotion, comme celle de l'électricité, pénétra mon corps et fut suivie d'une disparition totale de l'idée du toucher. Tout ce qui restait de ce que l'homme appelle sens se fondit dans la seule conscience de l'entité et dans l'unique et immuable sentiment de la durée. Le corps périssable avait été enfin frappé par la main de l'irrémédiable Destruction.
Et pourtant toute sensibilité n'avait pas absolument disparu; car la conscience et le sentiment subsistants suppléaient quelques-unes de ses fonctions par une intuition léthargique. J'appréciais l'affreux changement qui commençait à s'opérer dans la chair; et, comme l'homme qui rêve a quelquefois conscience de la présence corporelle d'une personne qui se penche vers lui, ainsi ma douce Una, je sentais toujours sourdement que tu étais assise près de moi. De même aussi, quand vint la douzième heure du second jour, je n'étais pas tout à fait inconscient des mouvements qui suivirent; tu t'éloignas de moi; on m'enferma dans la bière; on me déposa dans le corbillard; on me porta au tombeau; on m'y descendit; on amoncela pesamment la terre sur moi, et on me laissa, dans le noir et la pourriture, à mes tristes et solennels sommeils en compagnie du ver.
Et là, dans cette prison qui a peu de secrets à révéler, se déroulèrent les jours, et les semaines, et les mois; et l'âme guettait scrupuleusement chaque seconde qui s'envolait, et sans effort enregistrait sa fuite,--sans effort et sans objet.
Une année s'écoula. La conscience de _l'être_ était devenue graduellement plus confuse, et celle de _localité_ avait en grande partie usurpé sa place. L'idée d'entité s'était noyée dans l'idée de lieu. L'étroit espace qui confinait ce qui avait été le corps devenait maintenant le corps lui-même. À la longue, comme il arrive souvent à l'homme qui dort (le sommeil et le monde du sommeil sont les seules figurations de la _Mort_), à la longue, comme il arrivait sur la terre à l'homme profondément endormi, quand un éclair de lumière le faisait tressaillir dans un demi-réveil, le laissant à moitié roulé dans ses rêves,--de même pour moi, dans l'étroit embrassement de _l'Ombre_, vint cette lumière qui seule peut-être avait pouvoir de me faire tressaillir,--la lumière de _l'Amour_ immortel! Des hommes vinrent travailler au tombeau qui m'enfermait dans sa nuit. Ils enlevèrent la terre humide. Sur mes os poudroyants descendit la bière d'Una.
Et puis, une fois encore, tout fut néant. Cette lueur nébuleuse s'était éteinte. Cet imperceptible frémissement s'était évanoui dans l'immobilité. Bien des lustres se sont écoulés. La poussière est retournée à la poussière. Le ver n'avait plus rien à manger. Le sentiment de l'être avait à la longue entièrement disparu, et à sa place,--à la place de toutes choses,--régnaient suprêmes et éternels autocrates, le _Lieu_ et le _Temps_. Pour _ce_ qui _n'était pas_,--pour ce qui n'avait pas de forme,--pour ce qui n'avait pas de pensée,--pour ce qui n'avait pas de sentiment,--pour ce qui était sans âme et ne possédait plus un atome de matière,--pour tout ce néant et toute cette immortalité, le tombeau était encore un habitacle,--les heures corrosives, une société.
CONVERSATION D'EIROS AVEC CHARMION
_Je t'apporterai le feu._ Euripide.--_Andromaque_.
EIROS.--Pourquoi m'appelles-tu Eiros?
CHARMION.--Ainsi t'appelleras-tu désormais. Tu dois oublier aussi mon nom terrestre et me nommer Charmion.
EIROS.--Ce n'est vraiment pas un rêve!
CHARMION.--De rêves, il n'y en a plus pour nous;--mais renvoyons à tantôt ces mystères. Je me réjouis de voir que tu as l'air de posséder toute ta vie et ta raison. La taie de l'ombre a déjà disparu de tes yeux. Prends courage, et ne crains rien. Les jours à donner à la stupeur sont passés pour toi; et demain je veux moi-même t'introduire dans les joies parfaites et les merveilles de ta nouvelle existence.
EIROS.--Vraiment,--je n'éprouve aucune stupeur,--aucune. L'étrange vertige et la terrible nuit m'ont quittée, et je n'entends plus ce bruit insensé, précipité, horrible, pareil à _la voix des grandes eaux_. Cependant mes sens sont effarés, Charmion, par la pénétrante perception du _nouveau_.
CHARMION.--Peu de jours suffiront à chasser tout cela;--mais je te comprends parfaitement, et je sens pour toi. Il y a maintenant dix années terrestres que j'ai éprouvé ce que tu éprouves,--et pourtant ce souvenir ne m'a pas encore quittée. Toutefois, voilà ta dernière épreuve subie, la seule que tu eusses à souffrir dans le Ciel.
EIROS.--Dans le Ciel?
CHARMION.--Dans le ciel.
EIROS.--Oh! Dieu!--aie pitié de moi, Charmion!--Je suis écrasée sous la majesté de toutes choses,--de l'inconnu maintenant révélé,--de l'Avenir, cette conjecture, fondu dans le Présent auguste et certain.
CHARMION.--Ne t'attaque pas pour le moment à de pareilles pensées. Demain nous parlerons de cela. Ton esprit qui vacille trouvera un allégement à son agitation dans l'exercice du simple souvenir. Ne regarde ni autour de toi ni devant toi,--regarde en arrière. Je brûle d'impatience d'entendre les détails de ce prodigieux événement qui t'a jetée parmi nous. Parle-moi de cela. Causons de choses familières, dans le vieux langage familier de ce monde qui a si épouvantablement péri.
EIROS.--Épouvantablement! épouvantablement! Et cela, en vérité, n'est point un rêve.
CHARMION.--Il n'y a plus de rêves.--Fus-je bien pleurée, mon Eiros?
EIROS.--Pleurée, Charmion?--Oh! profondément. Jusqu'à la dernière de nos heures, un nuage d'intense mélancolie et de dévotieuse tristesse a pesé sur ta famille.
CHARMION.--Et cette heure dernière,--parle m'en. Rappelle-toi qu'en dehors du simple fait de la catastrophe je ne sais rien. Quand, sortant des rangs de l'humanité, j'entrai par la Tombe dans le domaine de la Nuit,--à cette époque, si j'ai bonne mémoire, nul ne pressentait la catastrophe qui vous a engloutis. Mais j'étais, il est vrai, peu au courant de la philosophie spéculative du temps.
EIROS.--Notre catastrophe était, comme tu le dis, absolument inattendue; mais des accidents analogues avaient été depuis longtemps un sujet de discussion parmi les astronomes. Ai-je besoin de te dire, mon amie, que, même quand tu nous quittas, les hommes s'accordaient à interpréter, comme ayant trait seulement au globe de la terre, les passages des Très-Saintes Écritures qui parlent de la destruction finale de toutes choses par le feu? Mais, relativement à l'agent immédiat de la ruine, la pensée humaine était en défaut depuis l'époque où la science astronomique avait dépouillé les comètes de leur effrayant caractère incendiaire. La très-médiocre densité de ces corps avait été bien démontrée. On les avait observés dans leur passage à travers les satellites de Jupiter, et ils n'avaient causé aucune altération sensible dans les masses ni dans les orbites de ces planètes secondaires. Nous regardions depuis longtemps ces voyageurs comme de vaporeuses créations d'une inconcevable ténuité, incapables d'endommager notre globe massif, même dans le cas d'un contact. D'ailleurs ce contact n'était redouté en aucune façon; car les éléments de toutes les comètes étaient exactement connus. Que nous dussions chercher parmi elles l'agent igné de la destruction prophétisée, cela était depuis de longues années considéré comme une idée inadmissible. Mais le merveilleux, les imaginations bizarres, avaient dans ces derniers jours, singulièrement régné parmi l'humanité; et, quoiqu'une crainte véritable ne pût avoir de prise que sur quelques ignorants, quand les astronomes annoncèrent une _nouvelle_ comète, cette annonce fut généralement reçue avec je ne sais quelle agitation et quelle méfiance.
»Les éléments de l'astre étranger furent immédiatement calculés, et tous les observateurs reconnurent d'un même accord que sa route, à son périhélie, devait l'amener à une proximité presque immédiate de la terre. Il se trouva deux ou trois astronomes, d'une réputation secondaire, qui soutinrent résolument qu'un contact était inévitable. Il m'est difficile de te bien peindre l'effet de cette communication sur le monde. Pendant quelques jours, on se refusa à croire à une assertion que l'intelligence humaine, depuis longtemps appliquée à des considérations mondaines, ne pouvait saisir d'aucune manière. Mais la vérité d'un fait d'une importance vitale fait bientôt son chemin dans les esprits même les plus épais. Finalement, tous les hommes virent que la science astronomique ne mentait pas, et ils attendirent la comète. D'abord, son approche ne fut pas sensiblement rapide; son aspect n'eut pas un caractère bien inusité. Elle était d'un rouge sombre et avait une queue peu appréciable. Pendant sept ou huit jours nous ne vîmes pas d'accroissement sensible dans son diamètre apparent; seulement sa couleur varia légèrement. Cependant les affaires ordinaires furent négligées, et tous les intérêts, absorbés par une discussion immense qui s'ouvrit entre les savants relativement à la nature des comètes. Les hommes le plus grossièrement ignorants élevèrent leurs indolentes facultés vers ces hautes considérations. Les savants employèrent _alors_ toute leur intelligence,--toute leur âme,--non point à alléger la crainte, non plus à soutenir quelque théorie favorite. Oh! ils cherchèrent la vérité, rien que la vérité,--ils s'épuisèrent à la chercher! Ils appelèrent à grands cris la science parfaite! La _vérité_ se leva dans la pureté de sa force et de son excessive majesté, et les sages s'inclinèrent et adorèrent.
»Qu'un dommage matériel pour notre globe ou pour ses habitants pût résulter du contact redouté, c'était une opinion qui perdait journellement du terrain parmi les sages; et les sages avaient cette fois plein pouvoir pour gouverner la raison et l'imagination de la foule. Il fut démontré que la densité du noyau de la comète était beaucoup moindre que celle de notre gaz le plus rare; et le passage inoffensif d'une semblable visiteuse à travers les satellites de Jupiter fut un point sur lequel on insista fortement, et qui ne servit pas peu à diminuer la terreur. Les théologiens, avec un zèle enflammé par la peur, insistèrent sur les prophéties bibliques, et les expliquèrent au peuple avec une droiture et une simplicité dont ils n'avaient pas encore donné l'exemple. La destruction finale de la terre devait s'opérer par le feu,--c'est ce qu'ils avancèrent avec une verve qui imposait partout la conviction; mais les comètes n'étaient pas d'une nature ignée,--et c'était là une vérité que tous les hommes possédaient maintenant, et qui les délivrait, jusqu'à un certain point, de l'appréhension de la grande catastrophe prédite. Il est à remarquer que les préjugés populaires et les vulgaires erreurs relatives aux pestes et aux guerres,--erreurs qui reprenaient leur empire à chaque nouvelle comète,--furent cette fois choses inconnues. Comme par un soudain effort convulsif, la raison avait d'un seul coup culbuté la superstition de son trône. La plus faible intelligence avait puisé de l'énergie dans l'excès de l'intérêt actuel.
»Quels désastres d'une moindre gravité pouvaient résulter du contact, ce fut là le sujet d'une laborieuse discussion. Les savants parlaient de légères perturbations géologiques, d'altérations probables dans les climats et conséquemment dans la végétation, de la possibilité d'influences magnétiques et électriques. Beaucoup d'entre eux soutenaient qu'aucun effet visible ou sensible ne se produirait,--d'aucune façon. Pendant que ces discussions allaient leur train, l'objet lui-même s'avançait progressivement, élargissant visiblement son diamètre et augmentant son éclat. À son approche, l'Humanité pâlit. Toutes les opérations humaines furent suspendues.
»Il y eut une phase remarquable dans le cours du sentiment général; ce fut quand la comète eut enfin atteint une grosseur qui surpassait celle d'aucune apparition dont on eût gardé le souvenir. Le monde alors, privé de cette espérance traînante, que les astronomes pouvaient se tromper, sentit toute la certitude du malheur. La terreur avait perdu son caractère chimérique. Les coeurs des plus braves parmi notre race battaient violemment dans les poitrines. Peu de jours suffirent toutefois pour fondre ces premières épreuves dans des sensations plus intolérables encore. Nous ne pouvions désormais appliquer au météore étranger aucunes notions _ordinaires_. Ses attributs _historiques_ avaient disparu. Il nous oppressait par la terrible _nouveauté_ de l'émotion. Nous le voyions, non pas comme un phénomène astronomique dans les cieux, mais comme un cauchemar sur nos coeurs et une ombre sur nos cerveaux. Il avait pris, avec une inconcevable rapidité, l'aspect d'un gigantesque manteau de flamme claire, toujours étendu à tous les horizons.
»Encore un jour,--et les hommes respirèrent avec une plus grande liberté. Il était évident que nous étions déjà sous l'influence de la comète; et nous vivions cependant. Nous jouissions même d'une élasticité de membres et d'une vivacité d'esprit insolites. L'excessive ténuité de l'objet de notre terreur était apparente; car tous les corps célestes se laissaient voir distinctement à travers. En même temps, notre végétation était sensiblement altérée, et cette circonstance prédite augmenta notre foi dans la prévoyance des sages. Un luxe extraordinaire de feuillage, entièrement inconnu jusqu'alors, fit explosion sur tous les végétaux.
»Un jour encore se passa,--et le fléau n'était pas absolument sur nous. Il était maintenant évident que son noyau devait nous atteindre le premier. Une étrange altération s'était emparée de tous les hommes; et la première sensation de _douleur_ fut le terrible signal de la lamentation et de l'horreur générales. Cette première sensation de douleur consistait dans une constriction rigoureuse de la poitrine et des poumons et dans une insupportable sécheresse de la peau. Il était impossible de nier que notre atmosphère ne fût radicalement affectée; la composition de cette atmosphère et les modifications auxquelles elle pouvait être soumise furent dès lors les points de la discussion. Le résultat de l'examen lança un frisson électrique de terreur, de la plus intense terreur, à travers le coeur universel de l'homme.
»On savait depuis longtemps que l'air qui nous enveloppait était ainsi composé: sur cent parties, vingt et une d'oxygène et soixante-dix-neuf d'azote. L'oxygène, principe de la combustion et véhicule de la chaleur, était absolument nécessaire à l'entretien de la vie animale, et représentait l'agent le plus puissant et le plus énergique de la nature. L'azote, au contraire, était impropre à entretenir la vie, ou combustion animale. D'un excès anormal d'oxygène devait résulter, cela avait été vérifié, une élévation des esprits vitaux semblable à celle que nous avions déjà subie. C'était l'idée continuée, poussée à l'extrême; qui avait créé la terreur. Quel devait être le résultat _d'une totale extraction de l'azote?_ Une combustion irrésistible, dévorante, toute-puissante, immédiate;--l'entier accomplissement, dans tous leurs moindres et terribles détails, des flamboyantes et terrifiantes prophéties du Saint Livre.
»Ai-je besoin de te peindre, Charmion, la frénésie alors déchaînée de l'humanité? Cette ténuité de matière dans la comète, qui nous avait d'abord inspiré l'espérance, faisait maintenant toute l'amertume de notre désespoir. Dans sa nature impalpable et gazeuse, nous percevions clairement la consommation de la Destinée. Cependant, un jour encore s'écoula,--emportant avec lui la dernière ombre de l'Espérance. Nous haletions dans la rapide modification de l'air. Le sang rouge bondissait tumultueusement dans ses étroits canaux. Un furieux délire s'empara de tous les hommes; et, les bras roidis vers les cieux menaçants, ils tremblaient et jetaient de grands cris. Mais le noyau de l'exterminateur était maintenant sur nous;--même ici, dans le Ciel, je n'en parle qu'en frissonnant. Je serai brève,--brève comme la catastrophe. Pendant un moment, ce fut seulement une lumière étrange, lugubre, qui visitait et pénétrait toutes choses. Puis,--prosternons-nous, Charmion, devant l'excessive majesté du Dieu grand!--puis ce fut un son, éclatant, pénétrant, comme si c'était LUI qui l'eût crié par sa bouche; et toute la masse d'éther environnante, au sein de laquelle nous vivions, éclata d'un seul coup en une espèce de flamme intense, dont la merveilleuse clarté et la chaleur dévorante n'ont pas de nom, même parmi les Anges dans le haut Ciel de la science pure. Ainsi finirent toutes choses.»
OMBRE
En vérité, quoique je marche à travers de la vallée de l'_Ombre..._ _Psaumesde DAVID (XXIII)
Vous qui me lisez, vous êtes encore parmi les vivants; mais moi qui écris, je serai depuis longtemps parti pour la région des ombres. Car, en vérité, d'étranges choses arriveront, bien des choses secrètes seront révélées, et bien des siècles passeront avant que ces notes soient vues par les hommes. Et quand ils les auront vues, les uns ne croiront pas, les autres douteront, et bien peu d'entre eux trouveront matière à méditation dans les caractères que je grave sur ces tablettes avec un stylus de fer.
L'année avait été une année de terreur, pleine de sentiments plus intenses que la terreur, pour lesquels il n'y a pas de nom sur la terre. Car beaucoup de prodiges et de signes avaient eu lieu, et de tous côtés, sur la terre et sur la mer, les ailes noires de la Peste s'étaient largement déployées. Ceux-là néanmoins qui étaient savants dans les étoiles n'ignoraient pas que les cieux avaient un aspect de malheur; et pour moi, entre autres, le Grec Oinos, il était évident que nous touchions au retour de cette sept cent quatre-vingt-quatorzième année, où, à l'entrée du Bélier, la planète Jupiter fait sa conjonction avec le rouge anneau du terrible Saturne. L'esprit particulier des cieux, si je ne me trompe grandement, manifestait sa puissance non-seulement sur le globe physique de la terre, mais aussi sur les âmes, les pensées et les méditations de l'humanité.