Nouveau manuel complet de marine, seconde partie: manoeuvres
Part 6
L'anneau de brague _s_ anneau qui tient à la culasse et au bouton. (Quelques canons n'en ayant pas encore, la brague passe alors dans une cosse estropée au collet.)
_Pour la Caronade._
La caronade a les mêmes parties que le canon, moins celles marquées d'un astérisque (*), et il faut y ajouter les suivantes:
L'encampanement (_fig._ 2) _t_ entrée évasée de l'âme pour appuyer le boulet en l'introduisant lors de la charge.
Le trou de vis de pointage _u_ percé dans le bouton de culasse.
Le support à tourillons _v_ maintient la pièce sur l'affût au moyen d'un boulon, dit boulon-tourillon.
Ces pièces sont portées sur des espèces de chariots nommés affûts qui servent à les manoeuvrer, et dont suivent également les parties en bois ou en fer dont ils se composent.
_Affût du Canon._ (Parties en bois.)
2 flasques (_fig._ 3) _a_ pièces principales où sont les encastremens de tourillons.
Le croissant _b_ placé en travers des flasques en avant pour faciliter le pointage, et composé de deux pièces dont une à charnière.
L'entretoise _c_ joint et maintient les deux flasques dans le sens de la hauteur, et sert d'appui au croissant.
2 essieux _d_ supportent les flasques.
4 roues _e_ sur lesquelles reposent les essieux.
La sole _f_ est située entre les flasques et joint les essieux entre eux.
_Affût de Canon._ (Parties en fer.)
Le boulon d'assemblage et son écrou _g_ réunissent les flasques et l'entretoise.
2 charnières du croissant _h_ pour rendre une partie du croissant mobile.
2 clous à rivet de tête de flasques _i_ pour empêcher les flasques de se fendre.
2 sus-bandes et clavettes _j_ maintiennent les tourillons en dessus.
2 chevilles à mentonnet avec écrou et rosettes _k_ retiennent les sus-bandes et fixent l'essieu d'en avant aux flasques.
2 chevilles à tête ronde _l_ contiennent le bois des flasques (près du premier adent).
2 chevilles à tête carrée _m_ fixent l'essieu d'en arrière aux flasques.
2 pitons de manoeuvre _n_ sur le dernier adent pour la manoeuvre de la pièce et pour la mettre à la serre, ou l'assujettir de mauvais temps.
2 pitons de côté _o_ contre les flasques pour amarrer la pièce à garans doublés.
2 anneaux de brague _p_ pour servir de conduite à la brague.
4 esses et leurs viroles _q_ pour retenir les roues dans leurs essieux.
2 fourrures d'anspect _r_ sous les flasques en arrière de l'essieu pour le garantir de l'action des leviers appelés pince et anspect.
Piton carré de manoeuvre { pour le pointage à l'aide de Piton rond de manoeuvre { l'anspect et de la pince.
Piton de retraite contre l'essieu de derrière pour crocher le palan de retraite.
_Affût de la Caronade._ (Parties en bois.)
La semelle (_fig._ 4.) _a_ reçoit et supporte la caronade.
Le châssis _b_ porte la semelle qui se meut dans sa coulisse.
Les supports de châssis _c_ taquets qui supportent le châssis.
_Parties en fer de la Semelle._
Le boulon-tourillon _d_ est passé dans le support pour servir de tourillon.
2 crapaudines _e_ placées en avant et reçoivent le boulon-tourillon.
4 boulons d'assemblage _f_ deux placés en avant, et deux fixant les anneaux de la brague; tous les quatre maintiennent la semelle.
2 boucles de brague avec plaque _g_ aux deux tiers de la longueur; elles servent à passer la brague et diminuer l'effort qui fait basculer la pièce lors du tir; elles peuvent servir à palanquer la semelle.
Plaques de levier et de vis de pointage avec leurs rivets _k_ placées contre le derrière, le dessus et le dessous de l'affût, pour prévenir les dégradations des leviers et vis de pointage.
Le pivot _l_ traverse le châssis et facilite son mouvement de rotation.
_Parties en fer du Châssis._
La cheville ouvrière, sa plaque, etc _j_ pour mouvoir obliquement la tête du châssis, tout en la maintenant contre le bord.
Le piton de cheville ouvrière sa tête reçoit la cheville ouvrière, et sa tige traverse le bord; il maintient le châssis au moyen de la cheville ouvrière.
Le boulon d'assemblage pour maintenir le bois du châssis et le manoeuvrer.
4 boulons de support fixent le châssis sur le support.
Le briquet avec rivets Plaque de fer qui reçoit le choc du pivot et de la rondelle, et qui empêche l'écartement des deux côtés opposés.
La plaque du levier de pointage comme celle de la semelle. (Dans les grandes obliquités on peut pointer par le châssis, ce qui diminue l'obliquité de la semelle, et par conséquent l'effort qui en résulte sur le châssis lors du tir.)
Les canons, les caronades et leurs affûts sont manoeuvrés ou retenus à bord au moyen de divers cordages et palans, dont l'ensemble constitue le gréement de la pièce. Outre ce gréement, chaque pièce nécessite encore l'usage de divers ustensiles qui servent à son service et à son pointage, et qui sont connus sous le nom d'armement.
_Gréement du Canon._
La brague fort cordage qui retient la pièce après l'effet du recul.
2 palans de côté pour manoeuvrer le canon et le contenir au roulis.
Le palan de retraite pour tenir le canon au recul après le tir, le mettre hors de batterie et à la serre.
La croupière pour accrocher le palan de retraite.
L'estrope de culasse pour accrocher le palan de retraite quand le canon est à la serre.
Le raban de volée pour assujettir la volée au fronteau de volée, quand on met le canon à la serre.
L'aiguillette pour brider la brague avec les palans de côté, quand on met les canons à la serre.
L'itague, le palanquin et deux rabans pour ouvrir et tenir fermé le mantelet de sabord.
_Gréement de la Caronade._
La brague fort cordage qui maintient la pièce contre le sabord et l'empêche de reculer. (C'est ce qu'on appelle brague fixe; l'installation de la brague du canon s'appelle à brague courante.)
_Armement du Canon._
Le coussin, 2 coins de mire sur la sole de l'affût pour élever le canon au pointage.
L'anspect ou levier sert au servant de gauche pour pointer.
La pince sert au servant de droite pour pointer.
Le tire-bourre et la cuillère pour décharger la pièce.
La platine ou batterie ressort à l'instar de celui du fusil pour mettre le feu à la pièce.
La boîte à capsules et les capsules la capsule est un petit tuyau fait d'une légère feuille de cuivre, contenant de la poudre fulminante pour mettre le feu à la charge au moyen de platines à piston ou à percussion.
La corne d'amorce étui qui contient la poudre d'amorce pour les platines à pierre, ou pour les cas où l'on n'a plus de platines.
Le dégorgeoir pour dégager la lumière et crever la gargousse.
L'épinglette pour diriger la poudre dans la lumière.
La boîte à étoupille et les étoupilles l'étoupille est un tuyau de plume plein d'artifice, destiné à mettre le feu à la charge.
Le doigtier forte peau que le chef de pièce met à son doigt pour pouvoir boucher la lumière quand la pièce est très-chaude.
Le couvre-lumière et ses rabans pour couvrir la lumière quand la pièce est au repos. (La lumière est en outre fermée par un bouchon d'étoupe garni de suif, nommé étoupillon.)
La tape pour fermer la bouche de la pièce.
Le gargoussier boîte dans laquelle on apporte de la soute, la gargousse ou le sac contenant la charge de poudre.
Le boute-feu avec sa tresse pour mettre le feu à la pièce si on amorce avec de la poudre.
Les valets pelotes en fil de carret pour assujettir le boulet dans la pièce.
L'écouvillon pour nettoyer l'intérieur de la pièce quand elle a fait feu.
Le refouloir pour enfoncer la charge. (Pour les calibres de 12 et au-dessous, l'écouvillon et le refouloir, la cuillère et le tire-bourre, sont sur la même hampe; alors la tête de l'écouvillon est tournée du côté de la culasse pendant le service de la pièce.)
La baille (contenant de l'eau) pour mouiller la poudre qui peut tomber sur le pont, et pour rafraîchir la pièce au besoin.
Le faubert pour le service de la baille ci-dessus.
_Armement de la Caronade._
La vis de pointage pour élever et abaisser la pièce au pointage. (Des coins de mire sont alloués pour suppléer la vis au besoin.)
Le levier en fer tient à la semelle par une goupille pour lui donner la direction convenable. (Des anspects et des pinces sont allouées afin de suppléer le levier au besoin.)
Le tire-bourre, la cuillère, etc. comme pour l'armement du canon.
En outre des objets d'armement ci-dessus, le dernier servant de droite pour les canons, et le servant de gauche pour les caronades, ont devant eux un petit tablier contenant des pierres à feu de rechange (si les platines sont à pierres), et du vieux linge pour nettoyer la platine: une corne d'amorce garnie est allouée en cas de besoin pour chaque pièce, et elle est suspendue dans les batteries le long du bord, entre les baux, ou disposée à la sainte-barbe.
Enfin, dans les grands bâtimens, deux canonniers par batterie ont un grand sac contenant un vilebrequin, quatre vrilles, un tournevis, quatre platines, des capsules, des étoupilles s'il y a lieu, de la ligne pour platine, et du vieux linge pour obvier aux accidens. Sur les bricks et bâtimens au-dessous il n'y a qu'un grand sac.
CHAPITRE II.
_Des Projectiles et de la Charge._
On donne le nom de projectiles à tous les corps lancés dans l'espace, mais plus particulièrement à ceux qui le sont par l'explosion de la poudre.
Dans la marine, les projectiles sont les boulets ronds, ou simplement les boulets; les boulets ramés, les grappes de raisin ou la grosse mitraille, et les boîtes ou paquets de mitraille; ces derniers, connus aussi sous le nom de petite mitraille, ne s'emploient plus guère que dans les pierriers.
Les boulets ronds sont en fer fondu, et autant que possible sans aspérités ou cavités; leur destination principale est de percer la muraille des vaisseaux et d'abattre les mâts.
Le diamètre d'un boulet et en général de tout projectile, est un peu plus petit que celui de la pièce, afin d'y pouvoir entrer librement; la petite différence qui existe entre ces deux diamètres s'appelle le vent du boulet.
Le vent ne doit pas dépasser certaines limites qui sont fixées pour chaque calibre; il faut donc que chaque projectile ait le diamètre prescrit; et l'on appelle calibrer, l'opération par laquelle on s'en assure: elle se fait au moyen de deux lunettes en métal, dont l'une a trois points de plus, et l'autre six points de moins que le boulet réglementaire.
On rejette tout boulet qui ne passe pas en tous sens par la première, ou qui passe dans un sens quelconque dans la seconde. Le boulet de 36 a 2 lignes 6 points de vent, ceux de 30 et de 24 2 lignes 3 points, et ensuite en diminuant de trois points par calibre; le vent est d'une ligne 6 points pour les boulets de toutes les caronades; plus un boulet a de vent, plus la poudre perd de son action, et moins la pièce a de portée et de justesse dans le tir.
Les boulets ramés sont deux lentilles de fonte réunies par une tige en fer dont la longueur a deux diamètres du boulet; leur forme s'oppose à ce qu'ils portent aussi loin que les boulets ronds, et à ce qu'ils pénètrent la muraille des gros vaisseaux; mais ils peuvent produire de grands effets sur la mâture et le gréement de l'ennemi, et quand le peu d'éloignement du bâtiment ennemi, ou la faiblesse de ses murailles, permettent qu'ils entrent à bord, ils y occasionnent des éclats considérables.
Les grappes de raisin sont un assemblage de balles de fontes assujetties autour d'une tige de fer qui tient à une plaque ronde de même métal; celle-ci, qui sert de base au projectile, est du diamètre du boulet, et ces balles sont retenues par une espèce de coiffe en grosse toile peinte, liée en plusieurs sens: il en résulte une grappe à-peu-près cylindrique, dont le poids et la longueur sont réglés par un tarif. La portée des grappes de raisin est environ les deux tiers de celle des boulets ramés; leurs balles ou biscaïens rompent leur enveloppe au sortir de la pièce; elles divergent et elles sont très-propres de près (à deux encâblures par exemple) à couper des manoeuvres ou à détruire des hommes au sabord, et sur les ponts quand on se bat sous le vent, ou que ces hommes sont faiblement abrités.
Les boîtes de mitraille se composent d'une boîte cylindrique de fer-blanc dont la base a le diamètre du boulet et qui contient de petites balles; la longueur de la boîte est déterminée par un tarif. La portée de cette mitraille est à-peu-près celle des grappes de raisin; mais ces petites balles, après leur échappement, ont encore moins d'action que les biscaïens; elles ne peuvent être efficaces que contre des embarcations ou contre des hommes entièrement à découvert.
La charge se compose d'une gargousse, d'un ou de deux projectiles, et d'un valet.
La gargousse est un sac du calibre de la pièce, et dans lequel est contenu la poudre destinée à faire l'explosion; cette quantité de poudre est réglée ainsi qu'il suit: pour éprouver un canon, la moitié du poids du boulet de même calibre; pour le combat, le tiers dudit poids; pour salut ou pour signaux, le quart. Quand les pièces doivent rester chargées, on met sur la gargousse un valet qui est attaché à cette gargousse, pour pouvoir la retirer facilement, s'il y a lieu. La charge de la caronade pour le combat est de 1/9 du poids du boulet, et pour salut le 1/12; celle du pierrier est le 1/5, et celle de l'espingole le 1/10.
Les gargousses aujourd'hui ne sont plus ordinairement préparées à bord des bâtimens; ceux-ci les reçoivent du magasin, conformément au réglement, et la poudre qui est ainsi préparée et délivrée par les magasins, s'appelle l'apprêtée.
Lorsqu'une pièce a tiré plusieurs fois de suite, elle s'échauffe, la presque totalité de la poudre s'embrase, et l'on en diminue alors par précaution la quantité; c'est ce qu'on appelle saigner la gargousse; ainsi l'on conserve à-peu-près la même portée qu'auparavant, l'on préserve la pièce du danger d'éclater, et les affûts ainsi que les bâtimens sont moins fatigués.
On met dans les canons, un, deux ou trois projectiles. Ce dernier cas doit être fort rare et peu répété tout de suite, car il y aurait danger que le canon n'éclatât; d'ailleurs la portée se trouvant par là très-diminuée, on ne doit l'employer que de fort près et sur un ordre supérieur.
Il y a toujours inconvénient à charger un canon avec deux projectiles de différente espèce, à cause de l'inégalité des portées; mais alors en se réglant sur la différence des vitesses de ces projectiles, on introduit le boulet ramé avant le boulet rond, et de même la boîte de mitraille, ou la grappe de raisin avant le boulet ramé. La brague des caronades devant être très-ménagée, on ne doit charger ces pièces avec deux projectiles que rarement, et pour ainsi dire jamais avec trois.
Au surplus, quand on traitera de l'exercice, on indiquera plus particulièrement quelle est exactement la manière de procéder pour charger une pièce.
_Remarques._
Ceux qui ont écrit sur la portée des charges à plusieurs projectiles ne sont nullement d'accord sur leur résultat et leur emploi. Nous allons rapporter quelques expériences.
Dans les épreuves exécutées en France en 1783, deux boulets ronds de 36 lancés à la fois par 12 livres de poudre, sous un angle de projection de 17°, ont porté à 1,200 toises; et dans les mêmes circonstances la portée d'un boulet de même calibre, tiré seul, fut de 1,450 toises.
La portée de deux boulets ronds de 24, lancés par 8 livres de poudre sous le même angle de 17°, a été de 1,090 toises, et celle d'un seul boulet de 24, de 1,360 toises. Les canons des autres calibres en usage dans la marine, tirés alternativement aussi avec un et deux boulets, ont offert des résultats analogues, et confirmés d'ailleurs par des épreuves de même nature, qui furent exécutées en Angleterre en 1793.
La divergence des boulets tirés ensemble paraît très-fondée lorsque le but est éloigné; ainsi on ne doit pas les permettre au-delà de 300 toises. Mais de très-près, et lorsqu'on tire sur des navires offrant par leur gréement et leur voilure une grande surface, il est assurément très-avantageux de tirer deux boulets au lieu d'un, surtout s'ils sont de gros calibre; car non-seulement ils auront la force de traverser les murailles les plus épaisses, et ils feront deux trous au lieu d'un, mais encore chacun d'eux enlèvera plus d'éclats.
En outre, lorsqu'on est à bout portant, comme dans certains passages à poupe, ou dans l'instant d'un abordage, il convient extrêmement de charger tous les canons avec trois projectiles, dirigeant ceux du petit calibre contre les bastingages, et les autres contre la partie du navire ennemi dont l'élévation correspond à la leur[3].
[3] De Montgéry, règles de pointage.
Des expériences faites à Brest prouvent que les balles de nos fusils de munition, avec leur charge de poudre accoutumée, et tirées de 20 à 50 toises de distance, possèdent plus que la force nécessaire pour traverser les bastingages les plus épais qui se trouvent généralement à bord des bâtimens[4]. Or trois boulets d'une livre lancés par 6 onces de poudre, étant animés chacun d'une plus grande quantité de mouvement que les balles susdites, et pouvant s'enfoncer davantage dans un corps solide, traverseront, à plus forte raison, avec une extrême facilité toute espèce de bastingage usité. Les boulets d'une livre sont au reste les plus petits qu'on emploie à bord des navires français; ce sont ceux de pierriers. Donc aussi les boulets des autres bouches à feu peuvent être tirés avec succès trois à la fois contre les bastingages, et même contre la muraille des gaillards, qui a rarement plus de 8 à 10 pouces d'épaisseur[4].
[4] Procès-verbal de ces expériences.
Si la divergence des boulets ronds tirés ensemble est considérable, elle l'est encore bien davantage si la charge se compose d'un boulet rond et d'un boulet ramé. Voici ce que dit à ce sujet M. Cornibert: «J'assurerai que pendant deux ans que j'ai été inspecteur de la fonderie de Nevers, il a été tiré plus de deux mille coups de canon à plusieurs boulets ronds et ramés pour épreuves ordinaires et extraordinaires des bouches à feu fabriquées dans cet établissement. Les canons et caronades placés sur des traîneaux et plateaux très-solides, reposant sur la terre, quelquefois molle, dans toute leur longueur, étaient pointés, avec tout le soin possible, contre une butte distante de 150 toises au plus du lieu de départ des boulets, et d'ailleurs assez large pour n'être jamais manquée dans le tir ordinaire. Malgré toutes les précautions prises et la régularité du pointage, que quelquefois j'ai fait rectifier avec un cordeau, la moitié et plus des boulets manquait la butte; un boulet frappait au pied, tandis que l'autre allait frapper plus loin, en passant par-dessus. Ces irrégularités ne pouvaient certainement être occasionnées que par le choc de projectiles l'un contre l'autre dans la pièce en en sortant. Aux épreuves à outrance, on s'est servi de boulets ramés, bien justes dans leurs dimensions, fabriqués soigneusement et avec du bon fer aux forges de Guérigny; presque tous se sont cassés sortant des pièces; rarement ils ont atteint la butte, et des morceaux ont été trouvés très-écartés à droite et à gauche de la direction du tir.»
Au reste, l'emploi du boulet ramé doit être peu fréquent; mis dans la pièce avec un boulet rond, comme il s'abaisse davantage que celui-ci, à distances égales, il arrivera que si l'on veut endommager le gréement, le boulet rond passera par-dessus ou n'y fera que peu d'avaries en ne rencontrant que des manoeuvres élevées; que si au contraire le boulet rond rencontre les bas mâts et les basses vergues, le boulet ramé rencontrera la coque qu'il est incapable de traverser.
La charge composée d'un boulet et d'un paquet de mitraille est sujette aux mêmes inconvéniens et ne doit être employée que de très-près.
La charge à double projectile avec boulets ronds ne doit pas être employée au-delà de 300 toises; et celles composées d'un boulet rond et d'une mitraille, ou un boulet ramé, au-delà d'une encâblure.