Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2
Part 17
TRANSPERCER, v. a. Mouiller d'outre en outre, mouiller jusqu'aux os, percer entièrement. _Cette pluie battante nous a transpercés._ Dans le nord de la France on dit: _Trapercer_.
TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. _Le transvasage du vin blanc se fait chez nous au mois de mars._ Terme suisse, lorrain, etc. Transvaser est français.
TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot «Transi» (transi de froid), que l'on prononce _tran-cy_, comme _Nancy_.
TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphiné et en Languedoc on dit: _Trapet_; à Lyon, _trapot_.
TRAS ou TRÀ, s. m. Terme des campagnards. Solive, poutre, grosse pièce de bois. _Placer un tras; changer un tras; remuer un tras._ Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et lyonnais. Dans le patois de l'Isère: _Trau_; dans le patois lorrain, _trais_; en vieux français, _trabe_. R. lat. _trabs_.
TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et signifie: Solliciter quelqu'un, chercher à le gagner, à le capter, à le retourner. _Travailler un juge. Le sieur N**, proche parent du président de la Cour, l'avait longtemps travaillé._ Expression énergique, inconnue aux dictionnaires, mais usitée en Dauphiné, en Lorraine et sans doute ailleurs.
TRAVAILLER DE. _Il travaille d'horlogerie. Elle travaille de couturière. Notre cousine travaille de lingère. Mr Mathieu travaille de gypier_, etc. Dites: Il travaille en horlogerie; elle travaille en couture; notre cousine travaille en linge, en broderie, etc.
TRAVAILLER SUR. _Travailler sur l'or; travailler sur le diamant_, etc. Dites: Travailler en or, travailler en diamant, etc.
TRAVERS (LE). Se dit des étoffes et signifie: L'envers. _Le_ _travers de ce drap est aussi beau que le droit. Voilà le droit, voilà le travers._ Dites: Voilà l'endroit, voilà l'envers.
TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le vent d'ouest.
TRAVERSER UN PONT. Dites: Passer un pont. _Le cheval s'abattit en traversant le pont de Carouge_ (en passant le pont de Carouge).
TREDAINE ou TRIDAINE, s. f. Tiretaine, drap grossier. _Un habit de tredaine._ Terme vaudois, jurassien, etc.
TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de désordre, tapage, tumulte. _Entendez-vous ce tredon? C'est un tredon à essourdeler._ Terme suisse. Selon CH. NODIER, _trudon_ signifie: Tambour. [_Dictionnaire des onomatopées_, 2e édition, p. 278.]
TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filandreuse, viande de très-mauvaise qualité. Au sens figuré, _treguigne_ est l'équivalent des mots canaille, crapule, objet de rebut, chose de néant. On dit aussi: _Tregougne_.
† TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. _Quand je pense à cet horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie commença par un grand tremble._
TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. _Trembler un arbre_, c'est: Le secouer pour en faire tomber les fruits. _On leur abandonna deux pommiers qu'ils tremblèrent à outrance._
TREMPE, adj. Trempé, extrêmement mouillé. _Elle arriva toute trempe de sueur._ Français populaire.
TREMPE, s. f. Volée de coups, rossée. _Donner une trempe. Recevoir une trempe._
TREMPÉE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante, pluie de durée qui trempe la terre. _Il a fait une bonne trempée._ Terme lorrain, etc.
TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain trempé dans du vin pur. _Faire la trempotte._ Terme jurassien. Dans diverses provinces de France on dit: _Faire la trempette_; ailleurs, _faire la trempinette, faire la trempusse_.
TRENTE-SIX. _Vous en avez trente-six_, veut dire: Vous en avez menti. _Il en a trente-six_, il en a menti.
TRÉPER, v. a. Terme des campagnards. Marcher sur. _Tu me trèpes_ (tu marches sur ma robe). Dans le patois limousin: _Trepa lo terro_, piétiner la terre, etc. En Lorraine, _tripler_ signifie: Fouler aux pieds. En vieux français on disait: _Triper_ et _trepper_. R. lat. _tripudio_.
TRÈS, adv. C'est mal parler que de dire: _J'ai très-faim; j'ai très-soif; j'ai très-sommeil; j'ai eu très-peur; tu as très-raison; elle a très-mal au pied. Ce pauvre Nicolin aurait très-besoin d'un chapeau. Je te prête mon joli parapluie, mais tu en auras très-soin. Vos petites friandises ont fait très-plaisir. Tu as très-tort de désobéir, Ferdinand. C'est très-dommage de chapler ce morceau d'étoffe_, etc. L'adverbe _très_ ne doit pas modifier un substantif. Les phrases suivantes sont donc aussi incorrectes: _Ce jeune homme fait très-l'aimable; il fait très-le gentil et sa sœur fait très-la savante_.
TRESSAUT, s. m. Tressaillement. _À ce coup de canon, je fis un tressaut._ «Je redoublai de sommeil, après avoir été secoué par un énorme tressaut.» [TÖPFFER, _Le Presbytère_, p. 36.] En vieux français, _tressault_ signifie: Action de sauter, action d'enjamber. Tressauter est dans quelques dictionnaires.
TRIAILLE, s. f. Triage. _Faire une triaille. Ce n'est que de la triaille_ (ce n'est que du rebut). Terme méridional.
TRICOTER, v. a. Bâtonner, rosser. Terme vieux français. «Tricot,» gros bâton, est français.
TRIÉGE, s. m. Toile ouvrée. _Triége uni, triége façonné._ Terme suisse, savoisien et franc-comtois.
TRIÉGÉ, GÉE, adj. Ouvré, ouvrée. _Serviette triégée._
TRIFOUILLER, v. a. Farfouiller.
TRIMAILLEMENT, s. m. Mouvement, trémoussement. Dans le français populaire, «Trimer» signifie: Marcher vite et avec fatigue.
TRINCANAGE, s. m. Voyez TRANCANAGE.
TRINCANER, v. n. Voyez TRANCANER.
TRINGUE, s. f. Tringle. _Tringue de rideau. Pourrais-tu m'avanter cette tringue?_ Terme lyonnais et vieux français.
TRINGUETTE, s. f. Pour boire, petite gratification. _La tringuette du cocher._ A Neuchâtel on dit.: _Le tringuelt_; en allemand, _Trinkgeld_.
TRINQUEBALLER, v. a. Augmentatif de «trimballer,» qui signifie: Traîner, mener, porter partout. Terme français populaire. Dans le canton de Vaud on dit: _Tringuemaller_.
TRIÔLE, s. f. Répétition d'un air de musique plaintif et ennuyeux, ritournelle fatigante. _Ne continue pas cette triôle. Dis-donc, quinquerneur, tu nous impatientes avec ta triôle._ Terme suisse. Au figuré, nous appelons _triôle_, une personne ennuyeuse, et qui rabâche toujours les mêmes choses.
TRIÔLER, v. a. Répéter plaintivement la même chose, importuner par des demandes réitérées. _Va-t'en, Alexis, tu me triôles. Que triôles-tu là depuis trois quarts d'heure?_ Dans le canton de Vaud on dit: _Triouler_. R. _triolet_, petite poésie de huit vers dont le premier se répète deux fois.
TRIPOT, s. m. Nous donnons à ce mot un sens qu'il n'a pas en français. Tripotage, manigance, micmac, menée sourde, cancan. _Faire des tripots. Se mêler dans un tripot. N'êtes-vous pas dégoûté de leurs tripots?_ BESCHERELLE, qui seul fait mention de ce mot, pris dans ce sens, le donne comme peu usité. Il est fort connu chez nous.
TRIPOTEUR, EUSE, subst. Tripotier, tripotière, celui ou celle qui se mêle de tripotages. Terme suisse et savoisien.
TRIURES, s. f. pl. Épluchures.
TRIVOUGNER, v. a. Tirailler quelqu'un ou quelque chose; secouer, ébranler en secouant. Dans le patois vaudois on dit: _Trevougni_ ou _tservougni_.
TROC. _De troc ou de broc._ En français: De bric et de broc. [BESCHERELLE.] _Il mène ma vache en champ, et elle se nourrit de troc et de broc._
TROCHER, v. n. Se dit du blé et signifie: Taller, donner trop de tiges. _Les blés ont troché._ Terme vaudois et fribourgeois. Dans le Jura on dit: _Trucher_.
TROIS-QUARTS, s. m. Ancienne petite monnaie genevoise, valant trois centimes ou à peu près. _Les trois-quarts ont cessé d'être frappés l'an 1610._
TROIS-VINGTS. Nom de nombre. Soixante. _Quand j'avais mes trois-vingts_, disait un vieillard de Veirier, _je labourais encore à la pelle, et je conduisais la charrue_. Terme vaudois et vieux français.
TROMPETEUR, s. m. Celui qui s'amuse à sonner de la trompette. _Les petits garçons parfois sont d'ennuyeux trompeteurs._
TRONCHE DE NOËL, s. f. Bûche de Noël, souche de Noël. _Faire caquer la tronche_, signifie: Frapper sur la bûche pour en faire tomber les dragées ou autres friandises que les parents y ont introduites dans le but d'amuser leurs enfants. Le mot de _tronche_ est connu en Suisse, en Franche-Comté et sans doute ailleurs. R. lat. _truncus_.
TRONC DE CHOU, s. m. Trognon de chou, trou de chou, tige du chou dont on a ôté les feuilles. Dans le Jura on dit: _Trôt de chou_.
TROP À BONNE HEURE. Dites: De trop bonne heure, et non pas: _Trop de bonne heure_.
TROTTÉE, s. f. Trotte, course, traite, espace d'un lieu à un autre. _Nous fîmes sans nous arrêter une trottée de sept lieues._
TROU, s. m. Trouée, ouverture dans l'épaisseur d'une haie. Terme gascon.
TROUILLÉ, LÉE, adj. Se dit principalement des fruits, et signifie: Patrouillé, gâté, mal manié, écrasé, mouillé, qui a perdu toute sa fraîcheur. _Des raisins trouillés._ En Normandie et dans le Berry, _trouiller_, v. a., signifie: Salir. En vieux français, ce verbe signifiait: Chiffonner en pressant. Dans le patois limousin, _troulia_, chiffonner. Notre mot patois _trolli_ (_ll_ mouillés), veut dire: Pressurer.
TROUILLON, s. m. Femme sale et mal vêtue. En patois on dit: _Trouye_, et dans le français populaire, _trouille_.
TROUPE, s. f. Grande quantité, ribambelle. _Une troupe de sottises, une troupe d'injures. Tu nous débites là une troupe de bêtises._ Français populaire. C'est aussi une faute de dire: _Une troupe de monde_; il faut dire: Une troupe de gens.
TROUPELÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle, potée. _Une troupelée de badauds. Une troupelée d'enfants._ Dans le patois limousin, _troupel_, et en vieux français, _troupelet_, signifient: Troupeau, petit troupeau.
TROUSSEPET, s. m. Petit enfant chétif, mais intelligent, agréable et gentil. Dans le français populaire, _trousse-pette_ se dit par mépris en parlant d'une petite fille. En Normandie, _troussepin_ se dit d'un enfant espiègle.
TROUVE, s. f. Trouvaille. _Faire une trouve. Quelle fameuse trouve tu as fait là!_ Terme français populaire.
TRUIASSE ou TRUYASSE, s. f. Femme très-malpropre, femme dégoûtante et repoussante par la saleté et le désordre de ses vêtements. Augmentatif du mot «Truie.»
TRUIE, s. f. Nous disons proverbialement d'une chose qui se détériore considérablement: _Elle s'en va en chair de truie. Si la pluie continue de la sorte, toute notre récolte s'en ira en chair de truie._ Allusion à la viande des truies portières, laquelle fait beaucoup de déchet.
TRUIERIE, s. f. Vilenie, saleté, ordure, obscénité. _Dire des_ _truieries. Balayez-nous ces truieries. Pousser à cet excès la lésine, c'est une truierie._ Terme vaudois.
TRUQUER, v. n. Cosser. Se dit des bêtes à cornes et surtout des béliers qui heurtent de la tête les uns contre les autres.
TUBÔTU, s. m. et adv. _Acheter du bois, acheter du foin au tubôtu. Faisons de ces diverses marchandises un tubôtu._ Terme fribourgeois, etc. Voyez AUTU-BÔTU.
TUFELLE, s. f. Terme des campagnards. Pomme de terre. _Planter les tufelles; arracher les tufelles._ En Languedoc on dit: _Tufère_ ou _tufène_, terme formé du mot _trufe_ ou _trufle_, par lequel on désigna d'abord les pommes de terre dans tout le midi de la France.
TUILE COURBE. Dites: Tuile creuse, tuile faîtière, ou tuile en gouttière.
TUILIÈRE, s. f. Tuilerie, lieu où l'on fait la tuile. _La tuilière d'Hermance; la tuilière de Châtelaine; la tuilière Colliard_, près de Carouge. Terme suisse, savoisien et méridional.
TUILON, s. m. Tuileau, morceau de tuile cassée. Terme lorrain.
TUNE, s. f. Ribote, gala, débauche de table. _Faire une tune._ Terme vaudois.
TURBENTINE, s. f. Térébenthine. _Huile de turbentine._ Terme vieux français. En Dauphiné et en Languedoc plusieurs disent: _Tourmentine_.
TURLUBERLU ou TURLUBRELU, s. m. Hurluberlu, étourdi, évaporé, écervelé. _Quel tapageur que votre neveu! quel étourneau! quel turlubrelu!_ Terme vaudois, neuchâtelois, lyonnais, bordelais, etc. Voyez HURLUBRELU.
TUTAYEMENT, s. m. Tutoiement, action de dire _tu_ et _toi_ en s'adressant à quelqu'un. Voyez le mot suivant.
TUTAYER, v. a. User des mots _tu_, _te_ et _toi_ en parlant à quelqu'un. _Beaucoup d'amis et de très-bons amis ne se tutayent pas._ Dans le dix-septième siècle et dans la première moitié du dix-huitième, on écrivait «tutoyer» et on prononçait _tutayer_. [Voyez le dictionnaire de l'Académie française, Ire édit., 1694.] Aujourd'hui on écrit et on prononce «tutoyer,» je tutoie, elle tutoyait.
U
ULCÈRE, s. f. _Une ulcère._ Ce mot est masculin.
UN, UNE, adj. _Un_ est mis abusivement pour «deux» dans l'exemple suivant et dans les exemples analogues: _De ces quatre frères il n'y en a pas un qui se ressemble_. Dites: Il n'y en a pas deux qui se ressemblent.
UN (LE). Le premier. _Quel jour sommes-nous?--Nous sommes le un. Quand partez-vous?--Je pars le un._
UNE, adj. num., suivi du pluriel. _Une heure ont sonné_, est une de nos plus étranges fautes.
UNIFORME, s. m. Nous disons: _Un habit d'uniforme; endosser l'habit d'uniforme_, etc. On doit dire: Un habit uniforme, ou: Un uniforme. Endosser l'uniforme; prendre l'habit uniforme.
UN TANT SOIT PEU, s. m. _Tu as beaucoup de tabac, donne-m'en un tant soit peu._ Dites, en retranchant l'adjectif _un_: Donne-m'en tant soit peu.
USAGE, s. m. Service, user, s. m. _Prenez sans crainte cette étoffe; prenez hardiment ce drap: ils vous feront beaucoup d'usage; ils vous seront d'un bon usage; ils deviendront même plus beaux par l'usage._ Dites, avec le dictionnaire de l'Académie: Ils seront de bon user; ils seront de bon service; ils deviendront plus beaux par l'user.
USE, adj. Usé. _Un pantalon use; une redingotte use._ Terme connu dans le Berry, et sans doute ailleurs. Employé figurément, ce mot signifie: Décrépit. _Le voisin N** est mort à l'âge de trente-huit ans, et il était déjà tout use._ Expression triviale.
USE, s. f. Terme de charron. Esse, cheville en forme de S.
USER, v. n. Nous disons proverbialement: _Qui refuse n'use_. On doit dire: Qui refuse muse; ce qui signifie: Que celui qui refuse une offre a tort, et perd souvent une occasion qu'il ne retrouvera plus.
UTENSILE, s. m. Ustensile. _La pauvre Gothon a vendu jusqu'à son dernier utensile._ Terme méridional et vieux français. R. lat. _utensile_.
UVES, s. f. pl. Voyez ŒUVES, p. 66.
V
VACHE, s. f. Nous disons proverbialement et injurieusement, en parlant d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie grave: _Il mourrait plutôt la vache d'un pauvre homme_. En Languedoc on dit: _Il mourrait plutôt l'âne d'un pauvre homme_. Dans le français populaire: _Il mourrait plutôt un chien de berger_. [Voyez le _Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 198.]
VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans les haies pendant les mois d'avril et de mai.
VACHE, s. f. Se dit figurément d'une personne qui est à la fois très-corpulente, très-molle et très-apathique. Terme bas et grossier.
VACHE, s. f. Noyau d'abricot taché de blanc. Terme d'écolier.
VACHERIN, s. m. Sorte de fromage à la crême, lequel se fabrique surtout dans le Chablais. «Les _vacherins_ que vous m'envoyez, seront distribués en votre nom.» [J.-J. ROUSSEAU, _Lettre écrite de Motiers-Travers à Mr D'Ivernois_.]
VACILLER, v. n. (_ll_ mouillés.) On doit prononcer _va-cil-ler_.
VACILLEMENT, s. m., n'est pas français; on dit: Vacillation, et l'on prononce _va-cil-la-tion_.
VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ouvriers, et signifie: Actif, diligent, ardent à l'ouvrage, laborieux. _Notre Suzette est une fille sage et vaillante._ Terme méridional, vieux français, etc.
VADER, v. n. S'esquiver, s'évader, partir à la sourdine.
VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille, à tout hasard, quelle que soit la valeur de la chose. _Acceptez sa promesse, vaille qui vaille. Contentez-vous d'une signature, vaille qui vaille._ Dites: Vaille que vaille.
VALÉRIENNE, s. f. Valériane, plante médicinale.
VALET, s. m. Terme d'amitié qu'on donne quelquefois aux petits garçons. _Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon valet, viens, que je t'embrasse._
VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement ainsi conçus: _Écus, 60.--Valeur, 3 fr. 50 c._ Dites: Appoint.
VALSER, v. n. S'esquiver, s'évader, se sauver, prendre la poudre d'escampette. Français populaire.
VANGERON, s. m. Petit poisson particulier à notre lac et à celui de Neuchâtel. Mr JURINE lui donne le nom de «Rosse.» A Neuchâtel on l'appelle: _Vingeron_. Mr GREL, dans son _Vocabulaire_, l'appelle: «Gardon.»
VANNER, v. n. Décamper, s'esquiver, filer, s'échapper. Terme français populaire.
VANTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. _Faire le vantadour._ Terme neuchâtelois.
VANTAU, s. m. Contrevent extérieur. _Ouvrir les vantaux; fermer les vantaux; arrêter, fixer les vantaux._ Terme vaudois, neuchâtelois, dauphinois et vieux français. Ce mot, recueilli par GATTEL (grammairien dauphinois), et copié par BOISTE, a été repoussé par Mr BESCHERELLE, dont le dictionnaire est cependant un lieu de refuge, ouvert à tous les genres de barbarismes. En français, «Vantail,» dont le pluriel est «Vantaux,» signifie: Battant d'une porte, battant d'une fenêtre.
VARIEMENT DE CŒUR, s. m. Défaillance. Voyez le mot suivant.
VARIER, v. n. Avoir des vertiges, défaillir. _Le cœur lui varie. Le cœur me variait_, c'est-à-dire: J'avais des vertiges. Expression principalement familière aux campagnards.
VARIER, v. n. Corruption de _avarier_. _Parmi les arbres ou arbrisseaux plantés en hiver, il y en a qui varient à la sève du printemps_, c'est-à-dire: Qui se détériorent ou périssent.
VASE, s. m. Tonneau, fuste.
VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une église, d'une galerie, d'une bibliothèque, et autres grandes pièces d'un bâtiment considérées en dedans. _Notre temple de Saint-Pierre est un beau vase. La voix de ce prédicateur remplit aisément les plus grands vases._ Dans ces deux exemples, et dans les analogues, dites: Vaisseau. «L'église de Notre-Dame de Cambray est un très-beau vaisseau.» [PELLISSON.]
VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas: _Elle a fait le veau_. Dans le Berry on dit: _Elle a fait veau_. Il faut dire: Elle a vêlé. «Faire le veau» se dit d'une personne qui s'étend nonchalamment.
VEILLER, v. n. Terme consacré pour dire: Passer la veillée, passer la soirée ou l'après-soupée chez un voisin, chez un ami, chez un parent. _Femme, où veilles-tu ce soir_ (où vas-tu à la veillée ce soir)?--_Je veille chez ma belle-sœur. Demain on veillera tous chez le grand-papa._ Terme languedocien.
VEILLER (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer. _Claudine, veille-toi ce rôdeur, veille-te-le bien._
VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinairement fortes et saillantes par le travail manuel, on dit proverbialement: _Qui voit ses veines, voit ses peines_. Ce dicton s'étend encore aux personnes dont la main est amaigrie par l'âge ou par la maladie.
VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, où l'on vend le vin en détail, mais où l'on ne donne pas à manger. _Établir un vendage. Nous ferons une halte au premier vendage._ Terme vaudois et neuchâtelois. En vieux français, _vendage_ signifie: Vente, débit.
VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne.
VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers le temps de la vendange.
VENDÔME (FAIRE). Vendre ses hardes, ses effets. _Il a été obligé de faire vendôme de tout son butin._ [G. G.]
VENDRE, v. a. Ce terme des écoliers, dans leurs divers amusements sur la neige et la glace, signifie: Atteindre, culbuter, faire pirouetter. _Gare! gare! tu es vendu. Ne me vends pas, Antoine; s'il te plaît, ne me vends pas!_
VENDRE VIN, v. a. Débiter du vin. Terme suisse, berrichon, etc.
VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez VANGERON.
† VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes. _Un enfant venimeux_, dans le langage très-populaire, est un enfant dont le sang est vicié.
VENIR, v. n. Devenir. _Depuis ces bonnes pluies, la campagne est venue bien verte. Je crois, ma chère, que je viens sourde._ Terme français populaire.
VENIR (SE), v. réfl. _Cet enfant a une excellente nourrice: il se vient bien_ (il vient bien), c'est-à-dire: Il prospère, il grossit, il prend un air de santé. _Notre Émélie, qui était toute moindrolette, il y a deux mois, se vient très-joliment aujourd'hui._
† VENIR (S'EN), v. pron. Ce verbe est français. On dit: Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au parfait indéfini: _Elle s'est en venue_; ni: _Je me suis en venu; elle s'en est en venue; tâchez voir que Jean-Pierre s'en en vienne_. On dit: Elle s'en est venue; tâchez que Jean-Pierre s'en vienne, etc.
VENIULE, s. f. Venelle, passage étroit, sentier. _Il s'est échappé par la veniule; il a pris une mauvaise veniule; il a manqué la veniule._ Au sens figuré: _Être dans la veniule, enfiler la veniule_, signifie: Être dans la bonne voie; trouver le moyen de réussir.
VENT, s. m. Les vents qui règnent dans le bassin de Genève et sur le lac Léman sont au nombre de huit, savoir: 1º Le MÔLAN ou la MÔLANNE (vent d'est), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de la montagne du _Môle_: vent paisible et qui n'est presque jamais orageux. 2º Le BORNAND (vent du sud-est), ainsi nommé parce qu'il vient du côté des montagnes du _Grand_ et du _Petit-Bornand_, en traversant les _Bornes_ et le mont Salève. Il souffle ordinairement par rafales et excite de grands orages. 3º Le CREUSEILLAND (vent du sud), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de _Creuseille_ et du mont de _Sion_. C'est le vent proprement dit. Il souffle le plus souvent par bouffées, et occasionne quelquefois de grands orages. Quand il amène la pluie, elle dure assez longtemps. 4º Le MICHAILLAND (vent du sud-ouest), ainsi nommé parce qu'il vient du côté de la _Michaille_, petit pays situé sur la rive droite de la Valserine, à l'ouest du fort de l'Écluse. Quand il souffle en été, c'est une espèce de sirocco; et s'il règne durant quelques jours aux approches des moissons, il fait _venter_ les blés, qui dépérissent et ne produisent que des grains avortés ou retraits. 5º Le BOURGUIGNON (vent d'ouest), ainsi appelé parce qu'il vient de la _Bourgogne_, du côté de Chézery et de Lélex. Il traverse le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages du pays de Gex situés au pied de cette montagne. 6º Le JORAN (vent du nord-est), qui vient du côté de la partie du _Jura_ qui avoisine la ville de Gex. Il souffle ordinairement par bouffées et excite souvent de grands orages. 7º La BISE (vent du nord). Elle amène d'ordinaire le beau temps. Si elle est accompagnée de pluie, on la nomme _Vouaret_, dans certaines localités. 8º Le SÉCHARD (vent du nord-est), ainsi nommé à cause de sa qualité _desséchante_. Il nous arrive par le lac et amène presque toujours le beau temps. Quand il règne, le ciel est serein ou peu chargé de nuages. Le peuple du bassin de Genève l'appelle aussi, dans son langage expressif: _La Dame de Lausanne, Notre Dame de Lausanne_. [P. G.]
VENT (LE). C'est ainsi que nous désignons d'un seul mot le Vent du midi. _Le vent s'élève, nous aurons de l'eau. Le vent n'est pas comme les vieilles femmes, il ne court pas pour rien_, c'est-à-dire: Qu'en dernier résultat il amène un changement de temps et la pluie.
VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au vent du midi, quand il souffle sans couvrir le ciel de nuages. Terme neuchâtelois.