Notes d'un voyage en Corse

Part 8

Chapter 83,599 wordsPublic domain

6 sur la côte méridionale.

30 sur la côte orientale.[77]

POÉSIES

POPULAIRES CORSES.

Je joins ici quelques poésies populaires corses. Lorsqu’un homme est mort, particulièrement lorsqu’il a été assassiné, on place son corps sur une table; et les femmes de sa famille, à leur défaut des amies, ou des femmes étrangères connues pour leur talent poétique, improvisent des complaintes en vers dans le dialecte du pays. Quelquefois c’est la fille, la femme même du mort qui chante ou déclame devant son cadavre. Cet usage existe aussi chez les Grecs, où cette sorte de lamentation funèbre se nomme Μοιριολόγι. En Corse, ou l’appelle _Voceru_, _Buceru_, _Buceratu_, sur la côte orientale;--au-delà des monts, _Ballata_. Le mot _voceru_, vient du latin _vociferare_, dont les Corses ont retranché deux syllabes.

Le thème ordinaire de ces chants est la vengeance; et il n’est pas rare qu’une célèbre _buceratrice_ fasse prendre les armes à tout un village par la verve sauvage de ses improvisations.

Si le mort a succombé à une maladie, le voceru n’est qu’un tissu de lieux communs sur ses vertus, etc. En général, c’est sa femme qui parle et qui lui dit: Que te manquait-il? N’avais-tu pas une maison? un cheval? etc., etc.--Pourquoi nous as-tu quittés?

Un homme mourut dernièrement de la fièvre à Bocognano; ses amis vinrent l’embrasser suivant l’usage de cette localité, et l’un d’eux lui dit: _O che tu fossi morto delle mala morte, t’avremmo vendicato!_ O que n’es-tu mort de la male mort (c’est-à-dire, assassiné), nous t’aurions vengé!--On le voit, la Corse est encore loin de ressembler au continent.

SERENATA

D’UN PASTORE DI ZICAVO.

Andare minni vuo da Succillenza E d’una lattra ti vodru accusari, Lu primu jurnu ch’ idru teni udienza, Unu mimuriali ci vuo dari. Si la justizia nun mi fa clemenza A dru ministru mi vodru appillari, Parchì tu buli vivi di puttenza. Essere amatta e non bulir amari.

Ma s’ t’ hai pinzeri di bulimmi amani Quistu è lu modu chi t’ hai da tineri: Bistemia, quannu mi senti parlani,

SÉRÉNADE[78]

D’UN BERGER DE ZICAVO.

Je veux aller par-devant son excellence,--pour t’accuser de vol:--le premier jour qu’il tiendra l’audience,--je lui remettrai un placet;--si la justice ne m’est clémente,--j’en appellerai au ministre,--car c’est trop superbe à toi--d’être aimée, et de ne pas vouloir aimer.

* * * * *

Mais si tu as l’idée de me vouloir aimer,--voici la façon dont tu dois t’y prendre:--maudis-moi quand tu m’entends parler;--signe-toi, quand tu me vois

E fatti cruci, quannu tu mi vedi. Allor la jenti nun pinzerà mali Vidennu che mi fai tal dispiacchieri, E pò, la sera manna mi à chiamani Par qualchi to fidattu missachieri.

Gioja de’ cori ej’ sempre t’ ho chiamattu, E per amari a tia, so-ju sordu e muttu; Pattu più chi nun patti unu dannatu, Sto in didru infernu e ti dumannu ajuttu. O ingratta donna, è parchi m’ hai burlattu? E quistu pettu parchì l’ hai faruttu? E medru essere amanti, e nun amattu, Ch’ esseri amanti amattu, e poi traduttu.

Gioja, tu m’ ha’ ridottu a singhiu tali: Vo-ju à la missa, e nun so duve sia. Nun ascoltu parodra di u missali, E nun so-ju piu dì dr’ Ave Maria; Quann’ eju la dicu, nudra nun mi vali, Parchì eju so-ju a tia troppu riali. In ogni locu sempre ti burria.

Quann’ eju ti vedu in qualche loccu stari Ti pregu, anima mia, nun ti partiri;

venir;--alors les gens ne penseront point à mal,--voyant que tu me fais ces déplaisirs;--et puis, le soir, envoie-moi chercher--par quelque messager fidèle.

* * * * *

Joie des cœurs je t’ai toujours nommée;--par trop t’aimer, je suis sourd et muet;--je souffre plus que ne souffre un damné;--je suis en enfer, et je te demande assistance.--O femme ingrate, et pourquoi te moques-tu de moi?--Pourquoi ce cœur, l’as-tu féru de la sorte?--Mieux vaut être amant sans être aimé--qu’amant aimé, puis trahi ensuite.

* * * * *

Ma joie, vois où tu m’as réduit:--je vais à la messe et je ne sais où je suis;--je n’écoute pas la parole du missel--et je ne sais plus dire l’_Ave Maria_--quand je veux le dire, cela ne me sert de rien--parce que je te suis trop fidèle.--Dans tout lieu je voudrais te voir.

* * * * *

Quand je te vois dans quelque lieu--je te prie, mon âme, de ne point t’en partir:--laisse-moi dans tes yeux

Lasciami, in tuoi questi occhi saziari, Ch’ altru nun bramu sol ch’ à tia vidiri. La to mammaccia mi fa adirari; Peghiu chi mortu mi burria vidiri, Edra dici che sempre m’adruntani, E chi nun ti fichiuli, e nun ti miri.

So-ju stattu à confissami, o divia mia: Sa’ chi m’ ha dittu lu me cunfissoru? Dici ch’ affattu eju mi scordi di tia, Chi se ci penzu mi conzummu e moru. S’ eju la facissi gran pena aviria, A nun pinzari a vo’, riccou tisoru Ma quistu è veru, e nun dicu bugia: Se t’ amu eju peccu, e se nun t’amu eju moru.

Disidara u malattu risanari, L’imprighionattu di prighioni usciri; Disidara u von tempu u marinari, Par puteri u viaghiu suu siguiri, Dinari, oru, ed arghientu accumulari, Par puteri l’intentu conseguiri. Eju bramu solu di putè bacchiari La to buccucchia, e pò doppu muriri.

me rassasier;--je ne demande autre chose que de te voir.--Ta maudite mère me fait enrager:--pis que mort elle voudrait me voir;--elle dit toujours que je m’éloigne,--que je ne te fasse pas la cour, que je ne te regarde pas.

* * * * *

Je suis allé à confesse, ô ma divinité,--sais-tu ce que m’a dit mon confesseur?--Il dit qu’il faut que je t’oublie,--que si je pense à toi, je me consume et je meurs.--Si je le faisais, grande serait ma peine--de ne plus penser à toi, mon riche trésor!--Tiens, voici la vérité, ce n’est point une menterie que je te conte:--si je t’aime, je pèche, et si je ne t’aime pas, je meurs.

* * * * *

Le malade voudrait guérir,--le prisonnier de prison sortir,--le marinier demande le beau temps--pour pouvoir continuer son voyage.--Écus, or, argent (voilà ce qu’il voudrait), accumuler--pour en venir à ses fins;--moi, je demande seulement de pouvoir baiser--ta petite bouche, et puis de mourir après.

L’ucedru innamurattu spessu gira, Volandu pè li boschi e la campagna; E chivi canta et quinci intornu mira, Par ritruà l’amatta so cumpagna. Quannu po’ nun dra truva, idru s’adira E cun dulenti canti idru si lagna: Ed eju quannu ti cercu, e nun ti trovu E mille pene, e mille afanni eju provu.

Eju t’ amu tantu, e mi ne do-ju lu vantu Chi nissum nun t’ ama quantu e mia. Ti portu scritta in quistu pettu tantu, Chi mai nun m’esci da dra fantasia. S’ tu vuoi sapiri quantu sia stu tantu, E quantu il pettu, e dru cor’ dedra alma mia. S’intrassi in Paradisu santu, santu, E nun truvacci a tia, mi n’ esciria.

L’oiseau enamouré tourne sans cesse--voltigeant par les bois et la campagne:--ici, il chante, là il regarde autour de lui,--cherchant à retrouver sa compagne chérie.--S’il ne la trouve, il se dépite--et tristement chante sa peine;--et moi, quand je te cherche, et que je ne te trouve pas,--mille peines, mille tourments, voilà ce que j’éprouve.

* * * * *

Je t’aime tant!..... Oui, je m’en vante,--personne ne t’aime autant que moi;--Je te porte écrite dans mon cœur, tant--que tu ne me sors pas de l’imagination.--Si tu veux savoir le combien je t’aime--et du fond de mon cœur et du fond de mon âme:--si j’entrais dans le paradis saint, saint,--et si je ne t’y trouvais pas, j’en sortirais.

VOCERU DI NIOLO.

Eju filava a mio’ rocca Quandu hu intesu un gran rummore; Era un colpu di fucile Chi m’intrunò ’ndru cuore; Parse ch’ unu mi dicissi: --Cori, u to fratellu more!

Corsu ’ndra cammara suprana E spalancai-ju la porta. --«Ho livato ’ndru cuore!» Disse, ed eju cascai-ju, morta. Se allora nun morsu anche eju Una cosa mi cunforta:

Bogliu vestè li calzoni, Bogliu cumprà la tarzzetta, Pè mostrà a to camiscia,

LAMENTATION FUNÈBRE DU NIOLO.

Je filais mon fuseau Quand j’entendis un grand bruit; C’était un coup de fusil Qui me tonna dans le cœur; Il me sembla que quelqu’un me dit: --«Cours, ou ton frère meurt!»

Je courus dans la chambre, en haut, Et je poussai précipitamment la porte. --«Je suis frappé au cœur!» Il dit, et je tombai (_comme_) morte. De n’être pas morte alors, moi aussi, C’est pour moi quelque consolation: (_Je puis me venger._)

Je veux mettre des chausses (_d’homme_), Je veux acheter un pistolet, Pour montrer ta chemise (_sanglante_).

Tandu, nimmu nun aspetta A tagliasi la so varba Dopu fatta la vindetta.

A fane a to vindetta Qual’ voli chi ci sia? Mammata vicinu à mori? U a to surella Maria? Si Lariu nun era mortu Senza strage nun finia.

D’una razza cusì grande Nun lasci che una surella Senza cugini cornali Povera, orfana, zitella..... Ma per far a to vindetta, Sta siguru, vasta anche ella.

Aussi bien, personne n’attend Pour se faire couper la barbe Que la vengeance soit accomplie[79].

Pour te venger Qui veux-tu que ce soit? Notre vieille mère, près de mourir? Ou ta sœur Marie? Si Lario[80] n’était pas mort, Sans carnage l’affaire ne finissait pas.

D’une race si grande Tu ne laisses qu’une sœur, Sans cousins-germains, Pauvre, orpheline, sans mari... Mais pour te venger, Sois tranquille, elle suffit.

BUCERATU

DI BEATRICE DI PIEDICROCE, ALLA MORTE D’EMMANUELLI DELLE PIAZZOLE, GIUDICE DI PACE DEL CANTONE D’OREZZA. 1813.

Quandu ne intesì la nuova Era alla nostra funtana; Dissi: qual notizia corre Oggi in Orezza sottana? --Mi dissero: Alle Piazzole Si macella carne humana.

Passandu sotto San-Pietru Eju nun vedea piu lume, Il mandile ch’ avea in manu Parea bagnatu nel fiume. È per terra il mio columbu E per l’aria son le piume.

--Ne siamo state à pusà, Signor giudice, à San-Pietru

LAMENTATION

DE BÉATRICE DE PIEDICROCE, SUR LA MORT D’EMMANUEL DE PIAZZOLE, JUGE DE PAIX DU CANTON D’OREZZA, ASSASSINÉ EN 1813.

Quand j’en appris la nouvelle, J’étais à notre fontaine; Je dis:--Quelle nouvelle y a-t-il, Aujourd’hui, dans le bas d’Orezza? --Elles me dirent: Aux Piazzole, Il y a boucherie de chair humaine.

Passant au-dessous de San-Pietro Je ne voyais plus la lumière. Le mouchoir que j’avais à la main On l’eût dit trempé dans la rivière. Par terre est mon tourtereau, Ses plumes flottent au vent.

--Nous nous sommes reposées, Monsieur le juge, à San-Pietro, Nunne vulete muntà? V’aspetta il signor Piovano; Ch’è gia prontu il desinà.

Oggi, si, lu vostru sangue Si lu inghiotti lu terrenu. Ma si eju mi c’era truvata Mi lu vuglia pone in senu Poi, spargelu pè le Piazzole, Che fosse tantu velenu.

Maladi vogliu lu ditu! Maladi vogliu la man! Quello chi ha tumbatu à boi Statu è un Turco o un Luteran? E di paese vicinu? O di paese luntanu?

Duve è la so cara figlia, Ch’ella si compri un mandile E tinge lu nel lu so sangue, O sangue cusi gentile!

Ne voulez-vous pas monter? Monsieur le curé vous attend; Le dîner est prêt.

Aujourd’hui, oui, votre sang La terre le boit. Mais, si je m’étais trouvée là, Je l’aurais (_recueilli et_) mis dans mon sein Pour le répandre ensuite dans les Piazzole, (_Tant_) Qu’il devînt un poison (_pour vos meurtriers_)![81].

Maudit le doigt! Maudite la main (_du meurtrier_)! Celui qui vous a tué, Était-ce un Turc, un luthérien? Était-il d’un pays voisin? Ou d’un pays éloigné?

Où est sa chère fille? Qu’elle s’achète un mouchoir Et le teigne dans son sang, Ce sang si noble, E poi cingelusi al collu. Quand’ ella ha boglia di ride.

Ora, si, miei cari figli, Che son fatte le faccende, Eju vedu che uscite fuori E ciascun l’armi prende Mortu è il giudice di pace Oggi piu non si defende. Et qu’elle se le mette au cou Lorsqu’elle a envie de rire.

Or, sus, mes chers enfants, Plus d’affaires. Je vous vois sortir, Et chacun prend les armes. Il est mort le juge de paix, Il ne se défend plus.[82]

BALLATA

FATTA SULL’ CORPO MORTO DA MARIA R*** DI LEVIE.

O caro della surella, Fratello pegno amà’! Lu mio cervo pilibrundo Lu mio falco senza ale! Possibile che Ella sia! No la credo manco avale. Vi vedo con li miei occhj Vi tocco colle mie mani! O caro della surella, Baccio le vostre funtani.

Lu mio marmaro piantato, Lu vapore mezzo mare,

IMPROVISATION

DE MARIE R***, A L’OCCASION DE LA MORT DE SON MARI, ASSASSINÉ AVEC SON COUSIN, SUR LE CHEMIN DE TALLANO A LEVIE (1858).

Amour de ta sœur[83],--frère, objet aimé,--mon cerf au poil brun,--mon faucon sans aîles!--Se peut-il qu’Elle soit[84] ici?--je ne le crois pas encore maintenant.--Je vous vois de mes yeux;--je vous touche de mes mains,--époux chéri,--je baise vos fontaines (_sanglantes_).

O mon rocher de marbre,--ma vapeur sur la mer,--mon héros fait au pinceau,--enfant des villes,--tant

Lu mio fatto allo pinello Venuto dalle cittane. Tandu vidi che à Maria No le potea durane!

Lu mio scorto pè fugi, Lu mio bravo pè parane! Se lu, si fosse trovato Colle suoi arme alle mane Non si lascea far torto Non le faciane male.

O dolce piu di lu miele! O manso piu di lu pane! Paria che Dio l’avessi fatto... Maria, colle mio’ mane.

Quanto vi fecene honore Quando alzaste a Levie! Sortini tutti li signori; Poi vi diene le viva. La mattina di lo vescò Paragone non avia.

de bonheur, Marie le voyait bien,--ne pouvait durer.

Habile pour fuir[85];--brave pour combattre de pied ferme,--s’il s’était trouvé,--avec ses armes à la main,--il ne se laissait pas insulter,--on ne lui faisait point de mal.

Plus doux que le miel,--meilleur que le pain,--on eût dit que Dieu l’avait fait..... que Marie même l’avait fait de ses mains.

Que d’honneurs on vous fit--quand vous montâtes à Levie;--tous les messieurs sortirent--et vous donnèrent les _vivat_!--Le jour de l’entrée de l’évêque--ne pourrait se comparer à ce jour-là.

Se ella l’avessi saputa La vostra surella Maria!.... Perche tutto lu mio sanguino In vita a voi lu volia. Ed uomini quante mosche Manda cui eju volia E poi mette mi alla testa La vostra surella Maria.

Arrivata alla vostra porta M’avete trattata male; Non siete sortito fuori A voler me scavalcare. Ci son’ intrata a trece stese Fratello ne vostre sale. E poi c’ eju ho trovato a voi Spanzato como ’un majale.

O lu mio Zucchero canto Lu mio miele della arena! Mi sento fuggé lu sangue, Fratello, per ogni vena.

Quanto che lu mio babà

Si elle l’avait su--votre sœur Marie!...--toute ma lignée--vous voulait en vie;--des hommes aussi nombreux que des mouches--je les aurais amenés ici--et je me serais mise à leur tête,--moi, votre sœur Marie.

Arrivée à votre porte--vous m’avez traitée mal;--vous n’êtes point sorti dehors--pour m’aider à descendre de cheval;--je suis entrée les cheveux épars--mon frère, dans votre salle--et là je vous ai trouvé--décousu comme un sanglier.

O mon sucre,--mon miel des sables,--je le sens, voilà que mon sang se retire,--mon frère, de toutes mes veines.

Que de projets, mon papa--avait conçus--il était

Avea voluto fane. Era culato nella pieve Teso avea lu cannochiale; E poi mi avea scelta voi, ’O pegno particolare.

O Alto quanto lu sole! O largo quanto lu mare! Bastava che voi fosse stato Men’ che voi di meditani.

Le ricchezze in questo luogo Fossene state amare; Con vosco, la sua surella, Mene fosse andata à zappane. Perche non avesse pianto Fratello, ai questo male. Se la fosse per la robba, Per impegni, o per danari, O Caro della surella, Non vi lasciava mandà; Che insu v’era lu fiume E ciù’ v’era lu mare.

monté au village--avait braqué sa lunette[86] (_pour vous voir venir_),--et vous m’aviez choisi--comme un objet de prédilection.

Vous étiez haut comme le soleil,--vaste comme la mer;--il eût suffi que vous fussiez--la moitié moins grand que vous n’êtes.

Les richesses en votre endroit--me furent amères:--avec vous, votre sœur--aurait pioché la terre;--elle n’aurait pas versé tant de larmes;--frère, pour un tel malheur.--Ni les biens--ni les relations, ni l’argent--époux chéri--ne vous ont pas séduit;--là, (_chez moi_) c’était un fleuve (_de biens_),--ici (_chez vous_) c’était une mer.

O Mamma siete la mia. Mi era informata di tutto. Era lu arbore forte Caricato d’ogni frutto; E per me, la sventurata Non c’è che ruine e lutto.

Eju nun c’agio fatto letto, No meno impastato pane; Eju ci son’ ’ntrata jer’sera; Mene vo’ anda’ stamane. Come me la sventurata Nata nun ne’ sia mai! Sta mattina mi so’ messa Tutta _bijoux_ e di fiora. Ma mi l’agio da leva. Fratello s’appressa l’hora. M’ agio da mettè a dosso Eju la tinta vitriola, Fin tanto che la vita dura Vestita da capo à coda.

Mère[87], vous devenez la mienne.--Je m’étais informée de tout. (?)--Il était l’arbre fort--chargé de tous fruits,--et pour moi, malheureuse,--il n’y a que ruines et deuil.

Moi qui n’avais point fait (encore) le lit--ni pétri le pain,--moi qui suis entrée hier,--je m’en vais ce matin.--Malheureuse que je suis,--pourquoi suis-je née!--Ce matin je me suis parée;--j’étais toute fleurs et bijoux:--voilà qu’il faut que je les ôte.--Frère, l’heure est venue,--il faut que je revête--les noires couleurs;--tant que ma vie durera[88],--j’en serai vêtue des pieds à la tête.

Eju da mercordi dàmane Erane aspettativa, Sempre guardando la strada Se eju vi vedia venire, Non pensando che voi fossi, En bocca degli assessini.

Ah! chi mi l’avessi dettu La mattina dei natali, Quando che à Levie Voi volesti alzani; E poi d’una occhiata sola Voi ci voleste cascani. Se non vi fossi piaciuta Quanto daria stammane!

De tutti li miei fratella Ci n’agio uno ne’ cumpagnia, Antonio alla campagna, Pierruccio alla Bastia. Quanto da cui a colà Che, ahi me! piove ruine.

Mercredi dès le matin--j’attendais impatiente--les yeux fixés sur la route--espérant vous voir venir:--las! je ne pensais pas que vous étiez--dans les piéges des assassins.

--Ah! qui me l’eût dit--cette matinée de Noël--quand à Levie--vous voulûtes monter--et qu’en un clin d’œil[89]--vous tombâtes!--Pour ne vous avoir pas plu--combien je donnerais aujourd’hui!

De tous mes frères--pas un n’est auprès de moi:--Antonio erre en proscrit;--Pierruccio est à Bastia.--D’ici, de là--hélas! le malheur pleut sur moi.

Bestemmià voglio il rè, Maladì lu tribunale. Perche il disarmamento. Nun l’aviate da fà. Lo tempo degli assessini A punto e questo d’avale. Se l’avia le suoi arme, Giacomo non avia mala. Temuto piu che lu fuoco, Stimato piu che lu mare. Ahi me! nun mi n’importa Fate pur’ come vi pare.

A contar le so’ bravezze Nun vorrei ser una donna; Ci sarei voluto ser poeta Andato a gli collegi a Romma; In mano trattar la piumma In testa portar la comma. Se l’avessi da scrivini, Se l’avessi da stampani, D’argento vorrei la piumma E d’oro lu caramare.

Je veux blasphémer contre le roi,--maudire le tribunal:--ce désarmement,--vous n’eussiez pas dû le prescrire[90];--le temps des assassins--c’est le temps d’aujourd’hui:--s’il avait eu ses armes,--Giacomo vivrait encore,--plus redouté que le feu,--plus honoré que la mer.--Hélas! rien ne m’importe plus;--faites de moi ce que vous voudrez.

Pour conter ses vaillantises--je ne voudrais pas être une femme;--j’aurais voulu être poète,--avoir étudié à Rome,--manier la plume,--porter en tête une perruque (_comme un docte abbé_):--Si j’avais à les écrire,--si j’avais à les imprimer,--je voudrais une plume d’argent,--un encrier d’or;--pour encre je voudrais toute l’eau de la mer;--pour papier je voudrais--la plaine de Mariana.

Per inchiostro ci vorria, Tutta l’acqua di lu mare, Pè papele ci vorria La piana di Mariana.

Cio che s’è fatto in Tallano Non l’ha fatto mai nessuno. Perche l’avete ammazati Senza aver’ fatto male alcuno? L’avete pigliati innocenti Come Dio omnipotenti.

Ce qui s’est fait à Tallano--personne ne l’a jamais fait:--pourquoi les avez-vous tués--eux qui n’avaient point fait de mal?--vous les avez pris innocents--comme Dieu le tout-puissant.

TABLE.

MONUMENTS ANTÉRIEURS AUX ROMAINS.

STAZZONE ET STANTARE.

Pages.

Stazzona de Taravo. 14

Stantare du Rizzanese. 23

Stantare de la Bocca de la Pila. 24

Stazzona de la vallée de Cauria. 25

Urnes funéraires. 47

Statue d’Apricciano. 53

MONUMENTS ROMAINS.

Bains romains. 69

Ruines d’Aleria (incertaines). 70

Carrière de l’île de Cavallo. 83

Tombeaux de Cervarico et de Bonifacio. 88

MONUMENTS DU MOYEN-AGE.

Des églises de la Corse en général. 91

ÉGLISES ROMANES DU XIᵉ-XIIᵉ SIÈCLE.

La Canonica. 96

San-Perteo. 108

Églises de Saint-Jean-Baptiste et de San-Quilico.--Carbini. 112

Église de Saint-Jean. 117

Ancienne cathédrale de Nebbio. 121

Saint-Michel. 125

Saint-Nicolas près de Murato. 132

Saint-Césaire. 136

Monastère de Saint-Martin. 137

ÉGLISES DU XIVᵉ ET DU XVᵉ SIÈCLE.

Sainte-Marie de Bonifacio. 138

Église des Dominicains. 142

Chapelle de Sainte-Catherine. 148

Chapelle de Santa-Cristina. 154

Églises modernes. 161

TOURS, CHATEAUX, FORTIFICATIONS, etc. 164

PONTS. 175

BAS-RELIEFS, SCULPTURES, etc. 177

Notes. 193

FIN.

NOTES:

[1] Salluste, Fragments, lib. II, 157.

[2] Hérodote, Clio, 165-7.

[3] Κύρνον κατεχομένην ὑπὸ Τυρρηνῶν. Diod., lib. XI, 88.

[4] Cons. ad Helv. 7. Sextus Avienus place le séjour des Ligures dans le S.-O. de l’Espagne (l’Estramadure ou les Algarves). M. Amédée Thierry suppose qu’ils ont quitté ce pays à la suite d’une invasion des Celtes, qui aurait eu lieu vers le XVIᵉ siècle, avant J.-C. Mais Sénèque ne fait venir les Ligures en Corse qu’après les Étrusques, précédés eux-mêmes par les Grecs; or les Phocéens ne s’établirent en Corse que vers l’an 550. Il s’ensuit que les Ligures de la Corse durent arriver de la Gaule ou de la côte N.-O. de l’Italie.

[5] Lib. X, cap. 17.

[6] Polybe, lib. III, 5.