Notes d'un voyage en Corse

Part 7

Chapter 73,608 wordsPublic domain

La plupart de ces tours sont de forme ronde, légèrement conique, et rarement elles ont plus de 8 à 10 mètres de haut. Telles sont les tours de Sagone, et celle dite del Cavagliere, à l’embouchure de la rivière de Campo dell’Oro, à une lieue d’Ajaccio. On pourrait en citer des centaines d’autres toutes situées sur le bord de la mer[70].

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Quelques tours beaucoup plus anciennes, mais auxquelles, dans leur état de ruine actuel et dans l’absence de caractères précis, on ne saurait assigner de date exacte, occupent le sommet de quelques montagnes dans l’intérieur. Ce sont des donjons dépendant d’anciens châteaux forts. De ce genre, est la fameuse tour de Sénèque, située sur un pic très-élevé de la montagne delle Ventiggiole, commune de Luri, dans le Cap Corse. Elle s’élève au point culminant d’une espèce de cône de rochers escarpé à pic de trois côtés, et d’accès fort difficile par le seul qui soit praticable. Rien dans sa construction n’appartient à l’époque romaine; c’est une tour ronde, dont l’amortissement est détruit, plantée au milieu d’une enceinte de forme irrégulière, si ruinée aujourd’hui qu’on a peine à en suivre le tracé primitif. Les murs du vieux château, dont cette tour était le donjon, surplombaient le rocher en quelques endroits. On remarque entre autres un petit réduit voûté, revêtu à l’intérieur d’un enduit très-dur et d’un rouge vif. C’était, je pense, un des magasins du château; suspendu au-dessus d’une masse de rochers qui semblent prêts à s’écrouler, il domine parfaitement le sentier par où l’on parvient à la forteresse. L’appareil de tous les murs est grossier, mais solide, composé d’assises peu régulières, mais cependant disposées avec plus de soin que celles de beaucoup de bâtiments plus modernes.

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La tour où une tradition populaire veut que Sénèque ait habité pendant son exil, était, comme presque tous les donjons du moyen-âge, isolée et indépendante du reste des fortifications. Elle n’a point de porte, mais seulement une petite fenêtre élevée de 3 ou 4 mètres, par où l’on montait avec une échelle. A l’intérieur on ne voit nulle trace de voûtes, mais, le couronnement étant détruit, il est possible que la plate-forme supérieure ait été voûtée.

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La commune de Luri n’est pas la seule qui se glorifie d’avoir reçu Sénèque. Sur le territoire voisin de Pietra Corbara, on montre une autre tour, de tout point semblable à la première, et qu’on nomme également Torre di Seneca, ou même Seneca tout court.

Au sommet de la montagne de Frasso, sur le chemin d’Ajaccio à Sollacaro, j’ai examiné les restes d’une ancienne tour carrée, située à la pointe d’une espèce de cap qui s’avance dans une vallée profonde. C’est, m’a-t-on dit, un débris de l’ancien château des comtes de Frasso. Pendant longtemps les évêques d’Ajaccio ont porté ce titre. Je ne cite cette ruine qu’en raison de son parement extraordinaire dans le pays pour sa régularité. Les pierres de grand appareil sont taillées avec une rare précision, et toutes les assises ont la même hauteur.

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Pendant un séjour que je fis à Sollacaro, je visitai les ruines du château d’Istria dont les seigneurs ont joué un grand rôle dans l’histoire de la Corse. Il se compose de deux enceintes irrégulières, qui suivent les contours les plus bizarres du rocher très-escarpé dont il occupe la cime. Un donjon s’élève au point culminant. Ce n’est plus maintenant qu’une masse de décombres, et ces décombres mêmes ne datent, je crois, que du XVIᵉ siècle, époque à laquelle Vincentello d’Istria rebâtit la forteresse de ses aïeux. Cependant il est probable que le plan primitif aura été conservé, ou du moins qu’on aura bâti dans le système ancien, c’est-à-dire en liant les unes aux autres, par de la maçonnerie, les roches les plus abruptes qui couronnent la montagne. Un caveau voûté, enduit d’une couche épaisse de ciment, m’a paru destiné autrefois à servir de citerne. On n’y entre aujourd’hui que par une brèche pratiquée à la base du mur. L’un des descendants de Vincentello, qui porte le même nom, le fils de M. Colonna d’Istria, maire de Sollacaro, avait bien voulu me servir de guide dans cette rude ascension. Il me fit remarquer la seule inscription qu’on ait trouvée dans ces ruines. Elle est tracée sur une pierre dont il ne reste qu’un fragment, et qu’à sa forme on juge avoir servi de linteau de porte. On lit:

HOC OPVS FABricavit MAGnificus Dominvs VINCENTEllus.....

Je n’entreprendrai pas de décrire d’autres ruines encore plus confuses et qui marquent à peine l’emplacement des anciens châteaux. Un seul mérite d’être cité, c’est celui de Montecchj, commune de Cagnocoli, pour son donjon couronné de machicoulis encore assez bien conservé.

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En général, les seigneurs corses bâtissaient leurs châteaux sur des éminences escarpées, au faîte des rochers les plus âpres et de l’accès le plus difficile. Les murs sont épais, d’appareil incertain, d’ordinaire fondés sur le roc même. Rarement ils sont flanqués de tours, car les angles saillants des remparts, qui toujours suivent les contours des hauteurs, suffisaient parfaitement à flanquer les courtines. Ni le château d’Istria, ni celui della Rocca, ni la tour de Sénèque, ni enfin aucun de ceux que j’ai visités, n’a conservé les traces du sentier qui y conduisait autrefois. On se demande si jamais ces forteresses ont été accessibles aux chevaux. Je crois le contraire pour la tour de Sénèque. Il fallait que les seigneurs châtelains eussent toujours des provisions considérables, car une poignée d’hommes aurait pu les affamer en gardant l’étroit sentier qui conduisait à ces nids d’aigles.

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Sartène, Bonifacio, Porto Vecchio, ont conservé quelques restes de leurs anciennes fortifications. Un vieux pan de muraille de cette dernière ville, qui porte encore, dit-on, les traces des boulets de Sampiero, a paru offrir à quelques personnes les caractères d’une construction romaine: je ne le pense pas; mais, à coup sûr, ce fragment de l’ancienne enceinte est de beaucoup antérieur au reste des fortifications élevées par les Génois. Impossible d’assigner une date aux courtines et aux tours de Sartène; bâties à grand appareil, mais aujourd’hui dépourvues de leur couronnement; elles n’offrent aucun indice qui les caractérise. Même incertitude pour quelques parties de l’ancienne enceinte de Bonifacio[71].

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Je ne dois pas oublier une espèce de fortification que j’appellerais volontiers _domestique_, et qui n’est destinée qu’à défendre une famille contre les attaques de ses voisins. Ce sont des machicoulis, disposés en avant d’une fenêtre, au-dessus de la porte d’entrée, laquelle est d’ordinaire assez élevée, et précédée d’un escalier étroit et raide. On voit à Sollacaro deux constructions de cette espèce, qui ont appartenu aux seigneurs d’Istria. A Fozzano, à Olmeto, dans beaucoup de villes et de villages de la Corse _au-delà des monts_, on en trouve de semblables. Sur le plateau de Frasso, non loin de la tour dont j’ai parlé tout à l’heure, existe une petite maison, bâtie de la sorte, et fort bien conservée. On n’entrait que par la fenêtre, et au moyen d’une échelle; en outre, la maison elle-même est perchée sur une roche si escarpée qu’il fallait, je pense, une autre échelle pour arriver seulement au pied du mur. Ce n’est qu’en m’aidant d’un arbre qui avait poussé dans une fente du rocher que j’ai pu me guinder jusqu’à cette hauteur.

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Je ne parlerais pas du système très-simple des _fortifications domestiques_ actuelles, si le nom qu’on leur donne n’annonçait une origine très-ancienne. Elles consistent en épais madriers, dont on garnit la partie inférieure des fenêtres, en ménageant des trous assez larges seulement pour passer un canon de fusil. On nomme ces meurtrières des _archere_, ce qui indique que leur invention ou leur usage est antérieur aux armes à feu. A l’honneur des mœurs modernes, je dirai que je n’ai guère vu d’_archere_ que dans le village d’Arbellara; mais on m’assure qu’on y en tire un très-grand parti.

PONTS.

La plupart des ponts anciens sont attribués aux Génois; ainsi que presque tous ceux du moyen-âge, ils sont fort étroits et élevés vers leur centre, en sorte que leurs arches sont de hauteur inégale, et que la ligne du parapet décrit un angle obtus. D’ordinaire, ce parapet bâti en encorbellement, repose sur une ligne de consoles réunies par une arcature continue. On a peine à comprendre une disposition qui se rencontre souvent: au lieu de traverser perpendiculairement les cours d’eau, ces ponts les coupent obliquement, et leurs abords sont eux-mêmes obliques par rapport à l’axe des arches. Leur plan figurerait un Z. Tel est le pont de Bevinco, qu’on trouve pour aller de Bastia à la plaine de Mariana; celui de Calzuolo sur le Taravo, route d’Ajaccio à Sartène, les ponts de Corte sur la Restonica et le Tavignano, et une infinité d’autres.

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Le seul motif qui puisse avoir dicté cette disposition bizarre serait d’empêcher de passer le pont d’emblée et par surprise, en lançant son cheval au galop; ce qui ferait supposer que dans un temps on exigeait un péage. Mais nulle part je n’ai trouvé de souvenirs de pareille coutume. Les ponts de Corte sont intéressants pour la défense de la ville, et l’on conçoit qu’on ait cherché à en rendre les abords difficiles; mais le pont de Bevinco, par exemple, et celui de Calzuolo, éloignés l’un et l’autre de tout village, n’ont jamais été des points militaires, et l’on n’aperçoit aux environs aucune trace de fortifications. J’ajouterai que, pendant plusieurs mois de l’année, les rivières qu’ils traversent sont facilement guéables, et dans l’hypothèse d’une invasion, même à l’époque où les torrents sont grossis par les pluies, on peut toujours les passer en les remontant à une petite distance.

En vérité, on ne peut voir là qu’une disposition étrangère, importée aveuglément dans une localité où elle n’a pas d’objet.

BAS-RELIEFS, SCULPTURES, ETC.

J’ai plusieurs fois signalé la mauvaise exécution des bas-reliefs des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, placés en général sur les portails ou dans les tympans des arcatures appliquées[72]. On n’aperçoit presque aucun progrès dans les deux siècles suivants. A la vérité, je ne connais de cette époque que des pierres tumulaires encastrées dans le pavement de plusieurs églises, comme par exemple le tombeau d’un évêque Spinola dans l’église de Saint-Pierre, à Bonifacio, celui de Madona Sirena, femme de Rinuccio della Rocca, dans le couvent de Saint-François à Tallano: ce dernier porte la date de 1498. Il est impossible d’imaginer rien de plus mauvais. Ce couvent néanmoins passait pour un des plus riches, et son église pour une des mieux décorées de la Corse. Elle fut bâtie par Rinuccio, seigneur puissant d’au-delà des monts, d’abord partisan des Génois, puis leur ennemi acharné. Par suite de la révolution, on a transporté du couvent dans la paroisse de Santa-Lucia de Tallano le petit nombre d’objets d’art qu’il avait reçus de son fondateur, entre autres un charmant petit bas-relief, représentant la Vierge et l’Enfant Jésus en marbre blanc. C’est le seul morceau de la Renaissance vraiment remarquable que j’aie rencontré dans toute la Corse. Dans la sacristie de la même église, et derrière le maître-autel, on voit quelques tableaux qui proviennent d’un retable du monastère de Saint-François; ce sont des figures de saints ou des compositions ascétiques comme le Couronnement de la Vierge, toutes de petite proportion et d’un fini précieux, qui rappelle un peu les ouvrages du Belin. Plusieurs têtes se distinguent par la noblesse et la naïveté de l’expression. Je ne doute point que ces tableaux et quelques autres, qui sont restés dans le couvent, n’aient été peints en Italie. Ils ne portent point de nom d’auteur, et m’ont semblé fort antérieurs à la construction du couvent qui ne date que de l’année 1492.

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Dans plusieurs églises de Bastia et d’Ajaccio, on voit quelques tableaux de l’école génoise, mais aucun ne m’a paru digne d’être cité, et la plupart ne sont, je pense, que de médiocres copies.

Je n’ai vu dans les cabinets de quelques amateurs de Bastia et d’Ajaccio que très-peu de meubles anciens, et tous de fabrique étrangère. Les armes du moyen-âge sont également très-rares, et je n’en connais point qui remontent au-delà du XVIIᵉ siècle. Philippini, parlant de la passion de ses compatriotes pour les armes à feu, disait que des gens qui n’avaient qu’un champ le vendaient pour se procurer une belle arquebuse; qu’il n’y avait pas un Corse qui n’en possédât une ou plusieurs, en très-bon état. Que sont devenues toutes ces armes? Pendant longtemps, un fusil a été pour un Corse, et est encore pour beaucoup de personnes un objet non de luxe, mais de nécessité. Je crois donc qu’à mesure que les armes à feu se sont perfectionnées, les arquebuses se sont échangées pour des mousquets, les mousquets pour des fusils. Aujourd’hui, les fusils à pierre disparaissent de l’île, et il n’est pas rare de voir entre les mains d’un paysan en guenilles un excellent fusil à deux coups, avec des batteries à percussion.

Je viens, Monsieur le Ministre, de vous faire connaître les résultats de ma tournée en Corse, résultats presque négatifs, car je n’ai guère eu qu’à constater la rareté et le peu d’importance des monuments de ce pays. Je suis loin de les avoir examinés tous, mais je doute qu’on en puisse trouver d’étrangers aux types que j’essayais tout à l’heure de caractériser. S’il m’appartenait d’indiquer à vos correspondants et aux antiquaires qui parcourront la Corse après moi un sujet de recherches, je leur conseillerais de les diriger particulièrement sur ces monuments appartenant à une époque et à une civilisation mystérieuses, et dont je n’ai pu vous signaler qu’un bien petit nombre. Décrire, par exemple, les Stazzone et les Stantare encore peu connues; étudier la circonscription de ces monuments étranges; explorer les lieux où l’on peut supposer leur existence; recueillir des renseignements précis sur ces urnes singulières qui renferment des cadavres, et sur les objets qui les accompagnent; enfin, rassembler tous les documents, tous les faits, qui peuvent conduire à la connaissance des origines de la Corse: voilà des travaux qui, je pense, pourraient rendre un véritable service à l’archéologie et à l’histoire.

NOTES.

La plupart des notes ci-jointes m’ont été communiquées avec le plus généreux empressement par M. Gregori, conseiller à la cour royale de Lyon, à qui l’on doit l’excellente édition de Filippini et de Petrus Cyrneus, publiée en 1832, aux frais de M. le comte Pozzo di Borgo. A chaque volume, M. Gregori a joint, sous le titre d’Appendice, des dissertations du plus haut intérêt sur la géographie, le gouvernement, les magistratures du pays, enfin, quantité d’actes et de diplômes inédits qui jettent une lumière nouvelle sur des événements jusqu’alors peu connus. Cet ouvrage a été distribué gratis aux chefs-lieux de canton de la Corse. M. Gregori s’occupe en ce moment d’une histoire générale de l’île, qui, j’espère, ne tardera pas à être publiée.

NOTE A.

LE CHRISTIANISME EN CORSE.

Le christianisme a dû être introduit en Corse pendant le IVᵉ siècle et peut-être avant. Le martyre de Sainte-Julie, dont la légende a été publiée par les Bollandistes, doit avoir eu lieu entre les années 470 et 477.

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En 484, un évêque de Corse fut relégué dans l’intérieur de l’Afrique, par Hunneric, roi des Vandales.

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Du temps de saint Grégoire, au commencement du VIIᵉ siècle, la Corse n’avait pas encore renoncé tout à fait au paganisme. Ce pontife écrivait à Pierre, évêque d’Aleria, en 598, la lettre suivante:

«Susceptis epistolis fraternitatis vestræ, magnas omnipotenti Deo gratias retulimus: quia de congregatione multarum animarum nos dignatus es relevare. Et ideo fraternitas vestra sollicite studeat opus quod cepit, auxiliante Domino, ad perfectionem deducere. Et sive eos _qui aliquando_ fideles _fuerunt_, sed ad cultum idolorum negligentia aut necessitate faciente reversi sunt, festinet cum invicta pœnitentia aliquantorum dierum ad finem reducere, ut reatum suum plangere debeant, et tanto firmius teneant hoc ad quod Deo adjuvante revertuntur, quanto illud perfecte defleverint unde discedunt; _sive eos qui necdum baptisati sunt_ admonendo, rogando, de venturo judicio terrendo, rationem quoque reddendo, quia _ligna et lapides_ colere non debent, festinet fraternitas tua omnipotenti Domino congregare; et in adventu ejus cum districtus dies judicii venerit, in numero sanctorum possit tua sanctitas inveniri. Quod enim opus utilius et sublimius acturus es, quam ut de animarum vivificatione et collectione cogites, et tuo domino, qui tibi locum prædicandi dedit immortale lucrum reportes. Transmisimus autem fraternitati tuæ quinquaginta solidos, ad vestimenta eorum, qui baptizandi sunt, comparanda; presbytero quoque ecclesiæ quæ _in Negeugno_ monte sita est, possessionem quam tua fraternitas petiit, dari fecimus, ita ut quantum præstat, tantum de solidis quos accipere consueverat, minus accipiat.

Vestra autem fraternitas petiit ut sibi episcopum in ecclesia quæ non longe ab eodem monte est, facere debeat: quod omnino libenter accepi: quia quantum vicina fuerit tantum prodesse animabus illic consistentibus amplius potuerit.»

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Ad Petrum Episcopum (Aleriensem).

Sancti Gregorii papæ Registri Epistolarum Lº 8º., epist. I.

_Note de M. Gregori._

NOTE B.

Le peu de superstitions populaires qui sont venues à ma connaissance m’ont paru conservées plutôt par respect pour leur antiquité que parce qu’on y attache encore quelque croyance.

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La plus ordinaire est l’idée antique qu’on peut jeter un sort, soit par le regard soit par des éloges. Cela s’appelle _innochiare_, _annochiare_. Tout le monde n’a pas le pouvoir de nuire par les yeux; il faut avoir le mauvais œil, et celui qui l’a fait souvent du mal sans le vouloir. L’_annochiatura_, par les éloges, atteint surtout les enfants. Plus d’une mère lorsqu’on loue la beauté de son fils vous dira: _Nun me l’annochiate_, ne me le fascinez pas. Et il n’est pas rare d’entendre des Corses dire d’un air de tendresse à un enfant: _che tu sia maladetto--scomunicato_, etc., sois maudit, excommunié, parce que le charme opère en sens contraire. On fait ainsi un souhait heureux, sans compromettre celui à qui il s’adresse.

J’ai ouï parler de quelques bandits (ce mot doit toujours se prendre dans le sens de proscrit) qui portaient sur eux des scapulaires, afin de se rendre invulnérables. Il y a un mot pour exprimer cette sorte de charme, c’est _ingermare_. On y croyait beaucoup en France au XVIᵉ siècle, et l’on se rendait _dur_, c’est-à-dire invulnérable, au moyen de certains amulettes.

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Voici enfin une dernière superstition dont j’ai été témoin. Une femme enfonça, en ma présence, un tison éteint dans un tas de maïs placé sur l’aire. J’en demandai la raison, et elle me dit, après s’être un peu fait prier, et d’un air tout honteux, que cela empêchait les _streghe_, les sorcières, d’enlever le grain.--Il y a deux ans que je vis à Jargeau, près d’Orléans, un feu de la Saint-Jean, solennellement béni par un prêtre en étole. Les femmes et les hommes se précipitèrent sur les brandons et les emportèrent, afin, me dit-on, d’empêcher le tonnerre de tomber sur leurs maisons. En 1839, j’ai vu à Chambord un tison semblable cloué au-dessus d’une porte du château.

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J’ajouterai qu’on brûle ou qu’on assassine en France deux sorciers, bon an mal an, et qu’en Corse, on leur laisse pratiquer leur magie à leurs risques et périls dans l’autre monde seulement.

NOTE C.

ALERIA.

Nomine autem adhuc illustris est, et situ et ambitu patens; ceterum nihil residui habet, præter excubiarum arcem, equitumque cohortem atque residentiam Locum tenentis, eo translatam anno 1639, pro faciliori administratione justitiæ populis plebaniarum, vel etiam pro introductione in eam incolarum, sed adhuc parva, seu minima; prout etiam operata fuit bulla Innocentii IV, anno 1252, pro concessione indulgentiæ, tenoris sequentis:[73]

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Cette bulle, datée de Pérouse, est rapportée par Ughelli (Italia sacra. 2).

_Episcopo Aleriensi insul. Cor._

Exposuit nobis tua fraternitas, quod ex eo, quod castrum Aleriæ, quod est juxta mare in quo sedes tua episcopalis consistit, raris incolitur habitatoribus, illud frequenter piratæ per mare euntes obsident, teque ac homines dicti castri spoliantes bonis vestris, ac non nulli magnates, et homines tuæ diocœsis illud idem, Dei timore postposito facientes, graves tibi et tuis inferunt injurias.--Quare nobis humiliter supplicarunt ut vicini multi de Tuscia et aliis partibus ad habitandum ipsum castrum venire desiderent, teque ac jura tua, et ecclesiasticam libertatem ab hujus modi persecutoribus defendere, dum modo aliquas suorum peccatorum indulgentias per sedem apostolicam consequantur, super hoc providere salubriter curaremus. De tua igitur circumspectione plenam in Domino fiduciam habentes concedendi jure nostro venientibus illuc, et tibi assistentibus in promissis, illam suorum peccaminum veniam de quibus vere contriti fuerint et confessi, quam secundum Deum ipsorum animarum saluti expedire videris, auctoritate tibi præsertim concedimus facultatem.

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Datum Perusii 10 kal mart. anno 10. 1252.

NOTE D.

MARIANA.

En 1119, l’archevêque de Pise, Pierre, se vint en Corse avec un nombreux cortége. Voici en quels termes il est rendu compte de cette expédition.

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Post discessum venerabilis papæ Gelasii, Petrus Pisanorum archiepiscopus, cum Petro cardinali ecclesiæ Romanæ legato, et cum ecclesiæ Pisanæ canonicis, atque cum Ildebrando judice et Pisanorum tunc consule, aliisque Pisanis civibus, in Corsicam ivit, ibique honorifice receptus, in conspectu cleri et populi Corsicani Marianensem electum pontificem, et illius _ecclesiam consecravit_, aliorumque Corsicæ Pontificum obedientiam et fidelitatem recepit.--Anno Incarnationis 1119.--[74]

Ne pourrait-on pas avancer que c’est à cette époque que la Canonica de Mariana a dû être restaurée?

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En 1550, elle était à peu près dans l’état où elle est aujourd’hui.

_(Note communiquée par M. Gregori.)

NOTE E.

SAINTE-CATHERINE DE SISCO.

L’église de Sainte-Catherine de Sisco a été fondée près des ruines d’une ancienne abbaye, dont l’antiquité remonte à l’année 400 de notre ère. Vitalis[75] dit avoir lu dans une ancienne donation faite par le marquis de Massa, seigneur de Corse, aux moines de _Monte Cristo_, le nom de cette église ou abbaye indiquée sous la dénomination de _Sancta Maria Magdalena fluminis Sauri_. Cette même église passa ensuite aux moines des Camaldules en vertu d’une bulle de Clément VI, vers l’année 1342. Semidei, en parlant de la tour dont on voit les ruines sur la pointe de _Sagro_, dit que ce cap portait anciennement le nom de _Sauro_.[76]

NOTE F.

TOURS.

Le littoral de la Corse était défendu par des _tours_ dont la construction ne remonte pas au-delà du XIVᵉ siècle. Ces constructions ont eu lieu aux dépens des habitants, qui se sont imposés extraordinairement pour garantir leur littoral des incursions des pirates barbaresques. Le nombre de ces tours était de 85 au commencement du XVIIIᵉ siècle. Canari en a fait la répartition de la manière suivante:

15 sur la côte nord de l’île.

34 sur la côte occidentale.