Mon curé chez les pauvres

Part 16

Chapter 162,995 wordsPublic domain

Mais il n’eut pas le temps de recommencer deux fois comme le voulait l’étiquette. Déjà, le Saint-Père allait vers lui, l’aidait à se relever en disant avec un sourire indulgent:

--Mon fils, soyez le bienvenu...

Pellegrin insista:

--Et la mule? Ah! y a pas, il faut que je baise la mule... C’est la consigne!

Le pape, amusé, répondit en le conduisant à un fauteuil:

--Inutile... Votre présence ici me suffit, mon fils. Puisque vous venez, c’est donc que vous n’avez pas rompu avec nous, que vous êtes toujours un bon prêtre, soumis à la loi divine.

--La loi divine?... Justement, Saint-Père, c’est la question. Tout est là... Si j’ai gaffé, c’est parce que j’ai cru que Dieu exigeait de moi plus que je n’en faisais. Je me suis dit: «Mon vieux Pellegrin, tu n’en mets pas assez... Tu as le dos au feu et le ventre à table, tu fais ton petit boulot en douce et Dieu, qui s’est donné tant de mal puisqu’il est mort à la peine, exige que tu te grouilles un peu, que...» Oh! Saint-Père, voilà que j’oublie la promesse faite au cardinal... Je devais vous envoyer tout ça en termes choisis et, au lieu de les choisir, je les prends comme ils me viennent. L’habitude du populo, quoi! Son Éminence a raison. C’est indécent! Et Votre Sainteté va me prendre pour un malappris, moi qui ai tant besoin d’être écouté par vous avec bonté...

Le pape secoua doucement la tête et dit:

--Je n’attache aux formes aucune importance... La forme n’est rien, c’est l’esprit qui est tout. Je vous comprends ou je vous devine, ce qui est peut-être mieux.

--Ce qu’on a dû vous faire des ragots sur moi!

--On m’a dit, en effet, bien de choses, monsieur l’abbé Pellegrin. Mais peu importe. Ici, devant moi, rien ne compte que votre sincérité, votre foi, ce qui est vraiment vous-même... Mais il y a des faits et il faut, tout d’abord, les rappeler: vous avez quitté sans autorisation votre cure pour vous rendre à Paris où, pendant plusieurs mois, vous avez été, consciemment ou non, un agent de désordre... Vous avez prononcé des paroles de haine contre la Société, vous avez prêché la révolte. Et ce qui, à mes yeux, est plus grave, vous avez troublé les esprits. Des chrétiens, des fidèles ont cru en vous, car votre influence sur le peuple est grande, paraît-il, et ils vous ont suivi sur le chemin de l’erreur... Voilà les fautes qui vous sont reprochées. Les niez-vous?

Le curé de Sableuse répondit d’une voix tremblante:

--Il y a de l’injustice dans le monde et je suis ministre du Christ qui a combattu les mauvais riches et les pharisiens... C’est l’Évangile à la main que je suis allé à Paris et que j’ai parlé aux pauvres, aux sacrifiés, aux parias. Je me disais: «Jésus n’a jamais été qu’un pauvre bougre et voilà qu’on en a fait une espèce de parvenu. On l’a brouillé avec ses copains, les malheureux, les clochards, les purotins, quoi! Pas possible que le peuple reste en froid avec Celui qui l’a tant aimé. C’est un malentendu... Faut tâcher d’arranger ça! J’ai plaqué mon presbytère où j’étais cependant très bien, surtout au temps de Valérie, je me suis fait ouvrier, mais en restant prêtre malgré tout, et j’ai dit aux foules qui m’écoutaient: «Cette société où règne l’iniquité n’est pas chrétienne; par conséquent, la combattre, ce n’est pas combattre Dieu, le Dieu des plébéiens. L’Église et la Société, ça fait deux: Faudrait voir à ne pas mélanger les torchons et les serviettes!» Voilà ce que je me suis dit, Saint-Père, et voilà ce que j’ai fait... Après--oh! après--ça n’a pas collé comme je croyais. J’ai été entraîné, j’en ai perdu le nord, j’ai moins parlé du paradis d’en haut que du paradis d’en bas. L’Évangile, des fois, je l’ai gardé dans le fond de ma poche, avec mon mouchoir par dessus. Un beau jour, mes yeux se sont ouverts... J’ai compris qu’il était temps d’arrêter les frais. Et, ne sachant plus, trompé, bafoué, le cœur meurtri et le cafard dans le ciboulot, je me suis senti seul, terriblement seul... Personne pour me comprendre, pour me plaindre, pour me repêcher! Alors je suis venu, j’ai frappé à votre porte qui, encore qu’elle soit en bronze, s’est ouverte... Et me voici, Saint-Père, me voici, saignant et douloureux, mais moins coupable cependant que vaincu. Je n’étais sans doute pas assez costaud pour la mission que je voulais remplir, mais je crois encore qu’il y avait quelque chose à faire... Le monde n’a jamais attendu avec tant d’impatience le retour du Dieu juste qui, une fois de plus, chassera les marchands du temple, de tous les temples...

Le pape, qui avait écouté d’un air ému cette sorte de confession, dit avec douceur:

--Vous avez eu la fièvre... Et je vois que vous n’êtes pas encore complètement guéri.

--La fièvre? Mais je n’ai jamais eu besoin de me faire porter malade!

--C’est une fièvre morale... Elle agite certains esprits et souvent même les plus religieux. Au fond, je préfère encore cette exaltation à la foi qui se contente de peu, qui va son petit train sur une route bien unie, bien plate. Dieu n’aime pas les tièdes... Mais il faut prendre garde à cette fièvre: elle peut devenir dangereuse et faire des ravages. Les exemples sont nombreux. Vous-même...

Le Saint-Père avait posé sa main fine, qu’ornait le lourd anneau du Pêcheur, sur la bonne grosse patte du curé paysan et, à voix presque basse, il prononça:

--Croyez-vous que je ne souffre pas, moi aussi, en voyant les maux dont sont accablés tant de malheureux dans cette société de plus en plus cruelle? Encore n’avez-vous été révolté que par la dureté de cœur des mauvais riches... Hélas! de l’endroit où je suis placé, j’aperçois de plus grandes iniquités: vous vous apitoyez sur le sort du pauvre Lazare, mais, moi, j’entends la plainte des peuples. Vers le pauvre vieillard que je suis, monte une clameur douloureuse: des guerres se préparent, des révolutions s’organisent, les puissances d’argent, d’orgueil et de haine dominent le monde... Et il semble que l’Esprit du mal l’emporte. J’ai pensé, tout comme vous, à sortir de cette chambre où parfois j’étouffe, car c’est une prison, à aller, non pas seulement dans les faubourgs de Paris, mais dans les assemblées parlementaires, dans les conférences diplomatiques, dans les états-majors révolutionnaires, dans les palais royaux, dans les endroits mystérieux où se rencontrent et se concertent les grands financiers, ces monarques, ces tyrans nouveaux, et là, tout seul, avec l’Évangile, prendre la défense des victimes...

--Ah! Saint-Père, c’est ça qui aurait été épatant. Vous auriez été le vrai pape chrétien!

--Chrétien? Non...

--Cependant, le Christ...

--Le Christ n’a pas combattu les forces matérielles. Il a dit: «Mon royaume n’est pas de ce monde.» Il a dit aussi: «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.» Vous êtes prêtre, vous êtes curé, vous avez commenté ces paroles dans la chaire de vérité...

--Oui, Saint-Père, mais si César est injuste?

--Il est César et dans l’ordre terrestre, nous devons respecter son autorité qui, même si elle n’est pas ce que nous souhaitons, émane de Dieu. Savons-nous d’ailleurs si nous ne devons pas être persécutés pour notre bien?

--Alors, cette société mauvaise...

--Acceptons-la comme une épreuve. Ne nous révoltons pas... Et restons chacun là où nous avons été placés, vous, curé dans votre village, moi pape de l’univers catholique, à Rome. Ah! je le sais bien, c’est dur, et il en coûte parfois de n’être pas héros et martyr. Mais ce sont là des destinées exceptionnelles et nous ne pouvons les choisir; ce serait trop beau et, peut-être, trop commode. Le devoir humblement accepté n’est d’ailleurs pas moins beau et il est souvent plus difficile... Gardez-vous contre les dangers de l’imagination et craignez l’orgueil.

--L’orgueil? Cela m’a déjà été dit... Pauvre type que je suis, aurais-je donc été orgueilleux?

--Oui, puisque vous vous êtes cru appelé à remplir une mission qui vous élevait au milieu de ceux qui n’ont pas la prétention d’être marqués par un signe divin. Le champ fertile est couvert d’épis modestes mais lourds de grains, tandis que l’ivraie monte et balance sa tête orgueilleuse dans le vent. Soyez un bon épi,--comme les autres!

L’abbé Pellegrin baissa le front et dit:

--Qu’est-ce que je prends!

Puis:

--Alors, Saint-Père, il faut donc laisser flotter les rubans? Il n’y a rien à faire? Et pourtant, en voyant ce qui se passe, j’ai le cœur gros... Il y a tant de malheureux!

Le pape s’était dressé et, lentement, répondit:

--Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

--Tant de pauvres bougres ne sont pas capables de se défendre contre leurs persécuteurs!

--Heureux les débonnaires, car ils hériteront de la terre.

--Y en a-t-il des victimes de cette société qui broie les faibles, les timides, les poires, quoi!

--Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés.

--On cherche les bons, les généreux, ceux qui n’ont pas un cœur en ciment armé et il n’y en a pas des tas...

--Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

--Partout des hypocrites, des dégoûtants, des sales types!

--Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.

--Des guerres, des révolutions, voilà le programme. Les puissants, les durs nous font marcher les uns contre les autres et, quand on croit que c’est fini, ça recommence.

--Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

--Les victimes sont innombrables. Qui s’en occupe, qui les protège?

--Heureux ceux qui sont persécutés pour la Justice, car le royaume des cieux est à eux.

Le curé s’était incliné et il se taisait... Mais, soudain, il s’exclama, douloureusement:

--Bien sûr, ça répond à tout... Mais on ne veut plus d’une religion qui garantit aux uns ce qu’ils possèdent et qui n’apporte rien à ceux qui doivent se mettre la ceinture. Les pauvres disent: «Cette religion-là, c’est un truc pour nous faire prendre patience, c’est un bobard!»

Le pape répondit:

--La foi est une consolation, un appui, une espérance...

--Ça ne leur suffit pas.

--Que veulent-ils de plus? Et dites-moi, mon fils, qu’est-ce qu’on a trouvé de mieux?

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L’abbé Pellegrin passa quelques mois à Rome dans une communauté religieuse française où chacun paraissait ignorer son histoire et où s’étaient réfugiés, dans le silence, d’autres inquiets, d’autres fiévreux.

«C’est comme qui dirait un dépôt d’éclopés, songeait-il. On n’y est pas mal, l’ordinaire est bon... Je préférerais cependant un peu moins de macaroni et un peu plus de pinard. Mais que la volonté de Dieu soit faite!»

Des lettres du docteur Profilex lui apprirent que Jeanne Réveil--et ce nom n’éveillait plus en lui que des souvenirs apaisés--avait été acquittée par le jury parisien après des débats tintamarresques. Les révolutionnaires de la rue de Belleville s’étaient décidés à fermer boutique et à s’éparpiller. M. Cousinet avait obtenu le divorce rêvé: las du Haut-Commissariat de l’Éducation physique et désireux de quitter Paris pour quelque temps, il venait de se faire nommer délégué adjoint à la Conférence de la paix où il se distinguait par sa compétence dans les questions économiques. Quant à Mme Cousinet, redevenue Lisette de Lizac, elle avait fait une rentrée sensationnelle au Casino dans une revue intitulée: _Après nous le grand soir!_ Le bon docteur s’était même cru obligé d’ajouter: «Notre ancienne châtelaine a été acclamée, disent les journaux, dans la scène des _Poils superflus_; elle a joué aussi un sketch patriotique intitulé l’_Étoile des Braves_ où le public pouvait admirer l’exacte reconstitution d’une remise de croix dans la cour d’honneur des Invalides, les invalides étant, pour la circonstance, remplacés par les _Cocktails girls_.

Le bon curé lut ces détails d’un regard distrait, leva les yeux au ciel et dit d’une voix douce:

--Qu’est-ce que ça peut bien nous foutre?

Puis, ayant allumé sa pipe, il reprit son bréviaire...

XIII

MON CURÉ CHEZ LES SAUVAGES

Le vieux valet de chambre eut un geste horrifié en reconnaissant l’abbé Pellegrin. Celui-ci n’en garda pas moins son sourire cordial en demandant:

--Monseigneur peut-il me recevoir?

--Vous... vous voulez voir Sa Grandeur? Mais...

--Ne vous en faites pas. On sait que je dois rappliquer, on m’attend.

Le domestique secoua la tête, soupira, puis disparut derrière une tapisserie. De longues minutes s’écoulèrent... Le revenant songeait: «C’est dur... Mais j’ai promis. Et puis, c’est le régime qui continue... Le cardinal m’a dit que je devais m’humilier. Exercices d’assouplissement, quoi! Gymnastique suédoise pour l’âme... Ça ne peut lui faire que du bien.»

Le valet de chambre revint et, onctueux et déférent, prononça:

--Si monsieur l’abbé veut bien me suivre... Monsieur l’abbé sera reçu d’abord par Monsieur le vicaire général.

--Ça colle.

Le nouveau vicaire général du diocèse était l’ancien abbé Lanthier, nommé chanoine par surcroît.

Il reçut le visiteur avec une sorte d’inquiétude. Mais Pellegrin lui tendant sa large main, s’exclama:

--Toutes mes félicitations, mon cher... Bel avancement! Vous voyez, je vous l’avais bien dit, que vous arriveriez... Brillant officier d’état-major! Et ce n’est qu’un commencement... Vous serez le plus jeune évêque de France!

Un peu gêné, le vicaire général répondit avec une fausse modestie:

--Je m’efforce d’être utile... Et ma meilleure récompense, c’est la satisfaction du devoir accompli.

L’abbé Pellegrin, rembruni:

--Ce n’est rien de remplir son devoir. Le plus pénible, c’est de le chercher...

Puis, respectueusement et le front baissé:

--Monsieur le vicaire général, pardonnez-moi, je viens ici en pénitent et...

Le chanoine l’interrompit avec une sorte de hautaine condescendance:

--Vous nous revenez comme un enfant prodigue et nous vous prouverons, comme toujours, que nous sommes animés en ce qui vous concerne des plus bienveillantes intentions. Nous avons reçu du Vatican une lettre du cardinal Volpini, secrétaire d’État, nous recommandant de vous accueillir avec bonté... Cette recommandation était peut-être inutile.

Mais il ajouta aussitôt:

--Le pape s’intéresse personnellement à vous, paraît-il... Vous avez obtenu une longue audience particulière, n’est-ce pas?

--Oui, le Saint-Père m’a reçu d’une façon épatante... Je n’en reviens pas et je ne suis, je crois, pas le seul.

Le vicaire général avait fait la grimace mais, reprenant son expression protocolaire:

--Vous allez voir Sa Grandeur qui vous recevra, elle aussi, d’une façon épatante, comme vous dites...

Un instant après, l’abbé Pellegrin était introduit dans le cabinet de Mgr Sibuë. Celui-ci l’attendait avec un visage impassible.

--Monseigneur, dit le prêtre qui, après avoir pâli, rougissait et dont le front, brusquement, s’était couvert de sueur, Monseigneur, j’ai reçu l’ordre de venir me jeter à vos pieds et de vous confesser mes fautes en sollicitant votre pardon...

Et joignant les mains, il s’agenouilla, sans pouvoir réprimer le tremblement qui le secouait.

--Je vous écoute, dit froidement l’évêque.

--J’avoue qu’il y a eu chez moi de l’orgueil... Vous l’aviez repéré et cependant je n’y croyais pas... J’avais oublié que le vrai devoir est l’humble devoir quotidien, que le bon soldat doit servir au poste où il a été placé. Moi aussi, j’ai voulu goûter au fruit de l’arbre de la science, c’est-à-dire de l’arbre de l’orgueil. Et peut-être Ève y a-t-elle été, une fois de plus, pour quelque chose, bien qu’elle n’ait séduit en moi que l’esprit... Et me trompant moi-même, j’ai été trompé par les autres. J’ai erré au hasard, ne retrouvant plus mon chemin. Le siècle est trop compliqué pour bibi. J’ai trinqué, j’ai souffert... Ah! cependant, je croyais bien que je la tenais, la vérité! Je m’adressais aux pauvres, aux dépossédés, aux victimes et je leur apportais, me semblait-il, l’amour d’un Dieu qu’ils ne connaissent plus. Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé? Je me suis monté le bourrichon et j’y ai été aidé; je me suis pris pour un as, alors que je n’ai jamais été que brancardier... Brancardier! C’est ça, mon vrai truc de prêtre... On ramasse les blessés dans les barbelés de l’existence, on les porte au poste de secours, on les sauve, quoi, car les pauvres types ne peuvent pas se sauver tout seuls. Mais j’ai voulu faire le malin... L’orgueil, pas d’erreur, l’orgueil! Monseigneur, je suis un grand coupable!

Mgr Sibuë lui tendit les mains, l’obligea à se relever et d’une voix adoucie:

--Calmez-vous... Maintenant, je lis mieux dans votre âme. L’orgueil que je vous ai reproché est peut-être semblable à celui qui, en d’autres temps, a fait faire de grandes choses, car il s’y mêle l’esprit de sacrifice et l’enthousiasme. Mais ce sont des vertus périlleuses...

Il hésita, puis:

--La prudence est la grande loi de l’Église.

L’abbé Pellegrin regimba encore, instinctivement:

--La prudence? Mais les saints...

L’évêque ajusta ses lunettes d’acier sur son nez mince et plus sèchement, avec un léger haussement d’épaules:

--Les saints sont là-haut, très haut, et nous, nous vivons sur la terre, parmi les hommes...

Le prêtre paysan se tut. Il réfléchissait, les sourcils froncés, des rides sur son front têtu.

--Je comprends, fit-il enfin avec un profond soupir.

Et, brusquement:

--Je demande à reprendre du service.

--L’interdiction qui vous a frappé, et je n’ai pris cette mesure qu’avec un profond chagrin, sera levée... Mais je ne puis vous réintégrer dans le clergé du diocèse... Si bonnes que soient vos nouvelles résolutions, vous seriez encore, dans notre tranquille bercail, un élément de trouble. Le temps, l’éloignement...

--Ça tombe à pic, monseigneur. Je veux m’éloigner pour toujours... Que Votre Grandeur me pistonne pour faciliter mon engagement dans l’infanterie coloniale.

--Dans l’infanterie coloniale? répéta l’évêque, stupéfait.

--Oui, dans le corps des missionnaires...

L’évêque respira.

--Je puis, en effet, vous aider à entrer dans un des ordres qui se chargent de répandre les vérités de l’Évangile parmi les infidèles...

Et l’abbé Pellegrin, joyeusement, s’écria:

--C’est ça... Je n’ai pas réussi à évangéliser les chrétiens: j’aurais peut-être plus de succès chez les sauvages!

FIN

TABLE

Pages. I.--Bon dieu de bois 7 II.--Mon curé dans le prétoire 37 III.--Jeanne Réveil 73 IV.--Dans la nuit 97 V.--Saint Pellegrin chez les gentils 115 VI.--Une sortie de l’abbé Pellegrin 143 VII.--La croix de madame Cousinet 177 VIII.--L’aumônier de la sociale 197 IX.--Les deux écoles 225 X.--La justicière 249 XI.--La dernière aux Corinthiens 267 XII.--Mon curé au Vatican 289 XIII.--Mon curé chez les sauvages 309

E. GREVIN--IMPRIMERIE DE LAGNY