Missions au Sahara, tome 1

Part 7

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Il s’ensuit en effet que, au Sahara, d’immenses espaces juxtaposés, ici région des grands ergs, là région des hammadas, doivent constituer, au point de vue météorologique, des entités aussi distinctes et aussi opposées que, à la surface du globe, les mers et les continents. La distribution des grands amas de sable doit avoir une influence considérable sur la distribution des pressions barométriques, et on la retrouverait apparemment dans le dessin des isobares. On peut imaginer par exemple que, en été, une zone cyclonique de basses pressions s’établit sur l’erg, et inversement en hiver une zone anticyclonique de hautes pressions. C’est là assurément une hypothèse extrêmement hasardeuse dans l’état actuel de nos connaissances, mais elle cadre assez bien avec le petit nombre des faits connus. On sait que les équinoxes au Sahara sont violemment orageux, comme si d’été à hiver les conditions météorologiques générales s’inversaient brusquement. D’autre part, dans le Sahara algérien, ce sont assurément les vents d’est qui dominent ; dans le Sahara marocain, au contraire, d’après Lenz, ce sont les vents d’ouest. Il est donc possible que, de par l’existence même des ergs et la distribution des pressions barométriques qui en est le corollaire, les vents aient une tendance à tourbillonner autour de la région des dunes ; ce qui nous aiderait à comprendre qu’un certain état d’équilibre ait été atteint.

En tout cas, une étude détaillée de l’action du vent sur les ergs devrait être nécessairement appuyée sur des connaissances météorologiques précises et étendues, qui nous font encore tout à fait défaut. Il faut donc renoncer à insister davantage sur la part et le rôle du vent dans l’amoncellement des grandes dunes[38]. Il va sans dire que cette part et ce rôle sont énormes, et on n’a pas naturellement la prétention de contester que l’erg ne soit une formation éolienne.

Pourtant les effets de l’action éolienne ont été exagérés ; on lui entrevoit d’incontestables limites. En règle générale, les grandes masses de dunes sont en place, là où l’érosion fluviale en avait accumulé les matériaux. Vis-à-vis d’elles le vent ne semble avoir qu’une puissance insignifiante de déplacement. Il en a trié les éléments, et surtout il les a vannés, emportant au loin en poussière impalpable les éléments argileux qui ne peuvent faire tout à fait défaut dans un dépôt sédimentaire, et ne laissant subsister que les grains de quartz pur ; surtout il a créé le modelé, entassant ce qui était étalé. On n’a pas la prétention d’établir là une loi qui s’applique à toutes les dunes et à tous les déserts du globe ; mais il semble bien que les choses se passent ainsi dans la partie du Sahara qui nous occupe. Nous sommes ici dans un désert tout jeune, au début d’une évolution péjorative, qui a commencé à la fin du Quaternaire, et dont l’homme a été le témoin.

Les dunes sont, en somme, le résultat d’un antagonisme direct, on dirait presque d’une lutte tragique entre le vent et les oueds, sur le champ clos restreint des dépôts alluvionnaires ; les dunes sont la maladie, et, pour ainsi dire, l’éléphantiasis dont meurent les oueds. La circulation superficielle est enrayée la première par l’obstacle mécanique des bourrelets de sable[39]. Puis toute la partie aval, ne recevant plus son contingent annuel de crues, tend à se dessécher, les alluvions se trouvent livrées sans défense par la sécheresse et la pulvérulence à l’action du vent, qui les éparpille, entassant ici une dune nouvelle, raclant ailleurs le sol jusqu’au roc, détruisant enfin la continuité du tapis alluvionnaire, c’est-à-dire le réservoir de la circulation souterraine. On saisit ainsi bien nettement le mécanisme de desséchement progressif à travers les siècles, sans qu’il soit nécessaire de faire entrer en ligne de compte la moindre aggravation du climat désertique.

Pour survivre en tant qu’habitat humain à la première apparition de ce climat de mort, la partie du Sahara qui nous occupe était bien outillée. Les puissantes ramifications de l’O. Messaoud étaient un monumental système d’irrigation naturelle susceptible de conduire les pluies de l’Atlas jusqu’au cœur du désert, jusqu’à Taoudéni. Et apparemment elles n’y ont failli qu’à la longue et progressivement, à mesure qu’elles s’engorgeaient. Si l’on en doute, qu’on songe à ce fait incontestable : des crues alimentées par les pluies de l’Atlas entre Figuig et Aïn Chaïr, en suivant le chenal de l’O. Saoura, parvenaient il y a cinquante ans à Haci Boura, il y a dix ans à Tesfaout. Mais l’O. Saoura est le seul, entre tant de fleuves puissants, qui soit resté à peu près libre de sable. Qu’on imagine le centre d’attraction et de vie qu’a dû être l’O. Messaoud, lorsqu’il colligeait toutes les pluies de l’Atlas entre Laghouat et l’O. Draa ! Un souvenir de cette époque meilleure s’est conservé dans la mémoire des indigènes, et, semble-t-il, dans le nom même de l’O. Messaoud, le « bienheureux ». Que le lit de l’O. Messaoud ait constitué jadis une route accessible jusqu’à Taoudéni aux bourriquots chargés de dattes, voilà qui n’est plus si invraisemblable, et cette légende pourrait bien être un souvenir.

Lors de la conquête de l’Algérie, cette puissante barrière de grands ergs, entrevue au sud de l’Atlas, passait pour infranchissable ; elle ne l’est pas à coup sûr à la circulation des caravanes, mais c’est pourtant bien une barrière, qui coupe au cœur du Sahara sa part d’humidité et de vie. Or, elle s’est édifiée lentement et grain à grain, elle n’a pas atteint du premier coup son étanchéité actuelle. Encore aujourd’hui elle a son point faible, la brèche de la Saoura. Qui sait à quelle époque peut-être récente d’autres brèches bienfaisantes se sont obstruées définitivement ?

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XI.

III. — =Taoudéni.=

Sur l’O. Messaoud et ses dunes, dans les pages qui précèdent, on a coordonné des observations recueillies sur le terrain. Dans les lignes qui suivent, on essaiera de systématiser un tout petit nombre de faits, de renseignements indigènes et de probabilités, qu’il serait plus sage d’appeler des conjectures, sur un immense pays inexploré. C’est une entreprise qui a son côté dangereux, on ne se le dissimule pas. Mais, d’autre part, il paraît impossible de ne pas formuler sommairement quelques hypothèses très simples, qui se présentent naturellement à l’esprit, et qui cadrent avec tous les faits connus.

Au nord-ouest de Tombouctou s’étend le Djouf, qu’on nous représente comme une immense cuvette, couverte de dunes.

En relation avec ce Djouf paraissent être de nombreuses mines de sel, Taoudéni, Trarza, les salines beaucoup plus occidentales de Tichitt qui alimentent le commerce d’Oualata et de Nioro. Elles sont encore peu connues : Caillié a vu Trarza, le lieutenant-colonel Laperrine et le capitaine Cauvin ont vu Taoudéni. Les produits de l’extraction sont, en revanche, très répandus au Soudan, de longues dalles minces d’un facies uniforme, quelle qu’en soit la provenance.

Quel est l’âge de ce sel ? Par analogie avec l’Algérie, qui est il est vrai, bien lointaine, on pourrait par exemple le supposer, _a priori_, triasique. Mais il faut avouer qu’il est beaucoup plus naturel d’y voir un dépôt récent[40].

Le lieutenant Cortier, compagnon du capitaine Cauvin, a décrit avec une netteté minutieuse la succession des couches dans les trous d’exploration à Taoudéni[41]. Elles sont parfaitement horizontales.

Au sommet, une couche d’argile, pétrie de gypse en fer de lance, mélangée de cristaux de sel, rouge et passant au vert en profondeur. Cette couche argileuse, de 5 à 6 mètres de puissance, repose sur une première couche de sel compact, épaisse de 0 m. 25 à 0 m. 30. Ces deux premières couches sont bien visibles, au-dessous des déblais, sur la photographie ci-jointe, due à l’obligeance du capitaine Cauvin. (Voir pl. XI.)

Au-dessous, on rencontre deux autres couches de sel interstratifiées de faibles épaisseurs d’argile, quelques centimètres. Et plus bas encore on pourrait exploiter d’autres couches de sel, mais « dès que la troisième est enlevée, l’eau jaillit de toutes parts ».

Les gros commerçants maures, qui ont ce qu’on pourrait appeler l’entreprise de l’exploitation, Mohammed Béchir, par exemple, que j’ai pu interroger à Tombouctou, insistent beaucoup sur ces infiltrations d’eau, qui mettent au travail un gros obstacle, inattendu au Sahara. Ils ajoutent que dans les excavations inondées et abandonnées la couche de sel exploitée se régénère elle-même dans la saumure et redevient à la longue exploitable. Enfin les indigènes ont affirmé au lieutenant Cortier avoir trouvé « dans l’argile mêlée de sel des ossements et des empreintes d’hippopotames et de caïmans ». La description du lieutenant Cortier, illustrée par la seconde photographie ci-jointe du capitaine Cauvin, permet d’imaginer aisément la morphologie du pays. Les salines tapissent le fond d’une cuvette entourée de tous côtés par des falaises et des garas ; une photographie représente la gara qui surplombe Taoudéni. (Voir pl. XI.) Dans cette cuvette un grand oued, au lit humide, l’O. Telet, débouche dans « des gorges sauvages ».

La petite cuvette de Taoudéni est inscrite dans une autre beaucoup plus grande, qui est la partie orientale du Djouf. Le long de l’itinéraire Cauvin, la limite méridionale du Djouf, à cent kilomètres au sud de Taoudéni, est marquée par la falaise de Lernachich, haute de 80 mètres et longue de 140 kilomètres. Tout ce qui a été vu du Djouf est sculpté de falaises et de garas.

Comme Lenz l’avait déjà signalé, le Djouf oriental est moins élevé que Tombouctou d’une centaine de mètres, mais la cuvette de Taoudéni est le point le plus déprimé, en contre-bas d’une soixantaine de mètres.

En somme, ce que le Djouf oriental, tel qu’on nous le décrit, a de plus caractéristique, c’est son modelé. Toutes ces falaises sont de composition identique, une alternance de grès et d’argiles en couches horizontales. Il serait dangereux de rechercher l’âge de la formation ; peut-être doit-on dire pourtant qu’un échantillon de grès envoyé au Muséum contient des sphéroïdes, au vu desquels on n’hésiterait pas à le proclamer albien s’il avait été trouvé au Touat (grès à sphéroïdes du Touat et du Gourara).

Quel que soit l’âge de cette formation, ce qui est évident en tout cas, c’est qu’elle a été sculptée par une érosion énergique et jeune.

D’autre part, les salines sont exactement là ou on pouvait attendre un chott, au point le plus déprimé, dans une cuvette où débouche un oued ; elles sont encore humides ; les bancs de sel alternent avec des couches d’argiles gypseuses et salées ; tout cela cadre bien avec l’hypothèse d’une cuvette qui aurait joué, pour un grand oued venu de l’est ou du nord-est, le même rôle que le Melr’ir et le Djerid tunisien pour l’Igargar.

Sur cette cuvette nous avons par ailleurs des renseignements, et nous serons conduits à formuler des hypothèses qu’on doit se borner ici à indiquer sommairement[42]. On sait qu’une mer crétacée et tertiaire a couvert le Soudan jusqu’au Tchad et jusqu’à Bilma. Un dernier reste de cette Méditerranée africaine a subsisté dans l’ouest jusque dans la première période de l’âge quaternaire (?) ; elle a laissé des fossiles pléistocènes marins (marginelles et colombelles) sur le pourtour méridional du Djouf, de Tombouctou à la Maurétanie. Il semble donc que l’oued Messaoud a dû s’y jeter, comme d’ailleurs à coup sûr le Niger.

D’autre part, le coude du Niger, d’un dessin si particulier, et qui ramène les embouchures du grand fleuve sous le parallèle de ses sources, semble résulter d’une capture récente. Autrefois, et peut-être jusqu’à une époque récente, historique, le Niger coulait au nord et se déversait dans le Djouf, par le lac Faguibine, la vallée bien marquée de Ouallata, et les salines de Tichitt (?). Sur cet ancien Niger on retrouve au Soudan des souvenirs un peu légendaires, comme au Touat sur l’ancien oued Messaoud. Le vieux lit d’ailleurs n’est pas encore complètement mort, il achève de s’assécher sous nos yeux avec le lac Faguibine.

Ainsi donc cette cuvette basse du Djouf, ancienne mer pléistocène, aurait été le réceptacle commun de toutes les eaux descendues de l’Atlas au nord et du Fouta-Djallon au sud. Le Niger et l’oued Messaoud y auraient voisiné, établissant ainsi une ligne de verdure et de vie à travers tout le Sahara, et précisément dans la région aujourd’hui la plus désolée. A cette hypothèse la zoologie apporte une confirmation. M. Germain (appendice X) signale au Touat et au Hoggar une coquille _Planorbis salinorum_, qui n’avait été trouvée jusqu’ici que dans les ruisseaux de l’Angola. Au sud comme au nord le désert semble repousser les fleuves et les force à rétrograder vers leurs sources ; il a conquis ainsi récemment de grandes régions qui devaient leur vie aux pluies lointaines, acheminées par les fleuves, comme l’Égypte aux pluies d’Abyssinie canalisées par le Nil. Depuis que l’humanité a des annales, c’est-à-dire depuis 2000 ou 3000 ans, on n’a jamais constaté avec certitude un changement de climat, en particulier sur les bords de la Méditerrannée, si proches et si dépendants du Sahara.

Quand nous nous trouvons en présence de témoignages qui semblent indiquer un progrès récent et considérable du désert, il est donc difficile d’invoquer une péjoration du climat ; mais il est certainement permis de supposer un processus mécanique, et non pas climatique de desséchement.

Que le Sahara ait pu voir s’accomplir, à une date peu reculée, de pareils bouleversements du régime hydrographique, il est naturel qu’on éprouve quelque répugnance à l’admettre, et il est facile de concevoir en effet que, sommairement exposés, ils semblent fâcheusement romanesques. C’est, je crois, qu’on n’a jamais mis en lumière la véritable origine et le rôle des dunes. Qu’en Chine, l’embouchure du Hoang-ho se soit déplacée de 500 kilomètres, on n’en est pas surpris parce que l’instabilité des alluvions deltaïques est un phénomène classique pour les morphologistes. Ils ne se rendent pas compte que les sables désertiques, dont la mobilité dangereuse n’a pas besoin d’être démontrée, ont avec le régime hydrographique des rapports exactement aussi étroits que les alluvions, puisque ce sont précisément des alluvions desséchées. Dans un pays en voie de desséchement désertique, les fleuves ont dans les sables de leurs lits et de leurs cuvettes les germes d’une maladie progressivement et rapidement mortelle. Du moins a-t-on essayé de le démontrer.

Ajoutons enfin que cette maladie est particulièrement grave dans un pays comme le Sahara, où les oueds, même quaternaires, semblent bien avoir abouti pour la plupart à des cuvettes fermées. Ainsi que le fait observer avec raison M. Chudeau, « lorsqu’un fleuve arrive à la mer, les sédiments qu’il y dépose ont un volume relatif trop faible pour agir rapidement sur le niveau de base. Il n’en est plus de même dans un bassin fermé ; le niveau de base se surélève constamment ; la pente des fleuves devenue de plus en plus faible ne leur permet plus de lutter contre l’ensablement d’une manière efficace ; en même temps les marécages qui, en pays plat, sont si fréquents dans les parties basses des vallées, remontent constamment vers l’amont, donnant naissance aux maaders », aux sebkhas, et aux regs.

[Note 12 : Lieutenant Niéger, _Levé d’itinéraire_ (_Bulletin du Comité de l’Afr. fr._, Supplément de février 1905, p. 53).]

[Note 13 : Voir la carte (hors texte) et l’appendice I, p. 339.]

[Note 14 : Le sergent Fremigacci avait vu H. Boura et H. Rezegallah, et fait dit-on à ses supérieurs sur l’O. Messaoud des rapports oraux qui n’ont pas réussi à forcer l’attention. (Cf. Mussel dans _Bulletin du Comité de l’Afr. fr._, août 1907, p. 311.)]

[Note 15 : S’écrit aussi Djaghit, ou Djagteh.]

[Note 16 : Voir les cartes (hors texte) et l’appendice I, p. 339.]

[Note 17 : S’écrit aussi Tikkiden (Niéger) ? Voir l’orthographe tifinar’ dans l’appendice IV, p. 350.]

[Note 18 : On trouvera en appendice l’orthographe exacte en tifinar de Azelmati. C’est sans doute une racine berbère. Les Arabes en donnent une étymologie qui est imaginaire mais caractéristique az-zell-mat : qui s’égare périt ; dans cette immense étendue sans points de repère le voyageur qui perd la direction est condamné à mort.]

[Note 19 : Nos carnets météorologiques, contenant les cotes barométriques, sont à l’étude au bureau météorologique central. Les conclusions seront publiées dans le second volume.]

[Note 20 : M. le capitaine Mussel a dressé une carte de l’erg, dont je dois la communication à l’obligeance de l’auteur et à celle de M. de Flotte-Roquevaire. Je suis heureux de voir que M. Mussel à la suite d’une longue campagne dans les dunes, se range au point de vue qu’on a essayé de défendre dans ce chapitre. C’est une confirmation précieuse de sa justesse (voir _Bulletin du Comité de l’Afr. fr._, août 1907).]

[Note 21 : Capitaine Flye Sainte-Marie. _Dans l’ouest de la Saoura. Une reconnaissance vers Tindouf_ (_Renseignements col. et documents Comité Afr. fr..._, XV, 1905), p. 534.]

[Note 22 : Voir la carte du Maroc par de Flotte de Roquevaire, 1 : 1000000 (Paris, 1904).]

[Note 23 : Niéger, art. cité, p. 482.]

[Note 24 : Communication orale de M. Niéger.]

[Note 25 : _Canis Zerda_ L.]

[Note 26 : Supplément au _Bulletin du Comité de l’Afrique française_ d’avril 1907, p. 77 et 90.]

[Note 27 : Supplément au _Bulletin du Comité de l’Afrique française_ de juin 1907.]

[Note 28 : _Id._, p. 143.]

[Note 29 : Le pluriel de foggara est fgagir, mais on évitera de l’employer.]

[Note 30 : E. Reclus dans H. Schirmer, _Le Sahara_ (Paris, 1893), p. 159.]

[Note 31 : A. de Lapparent, _Traité de Géologie_ (5e édition, Paris, 1906), p. 149.]

[Note 32 : _Bull. Comité Afr. fr._, supplément de décembre, 1905, p. 534.]

[Note 33 : A. de Lapparent, ouvr. cité, p. 150.]

[Note 34 : Inutile de mentionner, autrement que pour mémoire, l’hypothèse manifestement erronée du capitaine Courbis (voir H. Schirmer, _Le Sahara_, p. 158, note 5).]

[Note 35 : Elisée Reclus, _Nouvelle Géographie universelle_, XI (Paris, 1886), p. 792.]

[Note 36 : A. de Lapparent, ouvr. cité, p. 151 (d’après J. Walther).]

[Note 37 : A. de Lapparent, ouvr. cité, p. 150.]

[Note 38 : Dans cet ordre d’idées, je renonce à tout développement au sujet des dunes parlantes, ou plutôt ronflantes, souvent étudiées (Girard, _Évolution comparée des sables_, 1903). Je mentionne seulement que la dune ronfle au poste de Tar’it, avec le bruit d’une batteuse à blé et aussi, je crois, au poste de Beni Abbès. Il serait intéressant de savoir si l’état de l’atmosphère et la direction du vent ont une influence sur le phénomène. Nous avons entendu la dune crier sous nos pas, avec une voix toute différente, dans un entonnoir de sable à pentes raides, au nord d’In Ziza.]

[Note 39 : Voir déjà là-dessus : G. Rolland, _Hydrologie du Sahara algérien_ (Documents relatifs à la mission dirigée au sud de l’Algérie par M. A. Choisy, tome III, 1895), p. 31.]

[Note 40 : M. G.-B.-M. Flamand, d’après les notes et les échantillons de M. Niéger, conclut à un âge quaternaire probable.]

[Note 41 : Lieutenant Cortier, _De Tombouctou à Taoudéni_ (La Géographie, XIV, 15 décembre 1906, p. 329).]

[Note 42 : On en donnera le détail dans le second volume consacré au Soudan ; voir d’ailleurs : _Annales de Géographie_, 15 mars 1907, p. 129.]

CHAPITRE III

=ETHNOGRAPHIE SAHARIENNE=

Dans les pages qui suivent on a essayé d’exposer les résultats ethnographiques du voyage.

Les documents étudiés se classent en trois catégories — monuments rupestres (surtout des tombeaux) — gravures rupestres — armes et outils néolithiques.

I. — Les Tombeaux (Redjems).

Dans toute la zone parcourue — Sud-Oranais et Sahara — il n’y a pas de monuments mégalithiques de la catégorie dolmens. A tout le moins il n’en a jamais été signalé. Notons pourtant que Duveyrier a dessiné auprès de R’adamès un « cist » analogue à ceux qui ont été décrits à Djelfa en compagnie de dolmens[43]. Mais R’adamès appartient encore au Sahara littoral.

On a signalé d’autre part quelques pierres debout. Foureau en a photographié une[44], qui surmonte une tombe, et à propos de laquelle il note : « Je n’ai jamais rencontré au Sahara de sépulture comportant un tel monolithe. » Pour rare qu’il soit le fait n’est pas isolé ; Chudeau signale à Tit deux monolithes de ce genre, l’un associé à une tombe (fig. 3C), et l’autre isolé mais dans une sorte de champ funéraire (fig. 2B) ; M. Benhazera en a vu une dizaine groupés près de la gara de Tilketine, aux sources de l’oued In Dalladj, dans la koudia du Hoggar[45]. M. Benhazera a noté sur deux d’entres elles des inscriptions tifinar’. Il mentionne leurs dimensions moyennes, « une hauteur de 2 m. 60 et une largeur de 25 centimètres environ _sur chacune de ses quatre faces unies et lisses_ » ; ce dernier trait laisserait croire qu’on est en présence d’un fragment de colonnade basaltique ; Motylinski signale au Hoggar l’usage ornementatif de semblables fragments[46]. Chudeau a observé de même la médiocre épaisseur des monolithes à Tit, une quinzaine de centimètres de diamètre ; et la pierre debout figurée par Foureau est évidemment de même type. Ces colonnettes minces, qui portent parfois des inscriptions, et qui sont fréquemment associées à des tombeaux, font songer à des stèles funéraires barbares. Dans l’état de nos connaissances le rapprochement ne saurait être une explication. Du moins peut-on affirmer, je crois, que ces pierres debout, d’ailleurs très rares, ne sont pas des menhirs, au sens usuel du mot. Elles n’ont pas de rapport avec les énigmatiques Esnamen de R’adamès dessinés par Duveyrier.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XII.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XIII.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XIV.

Menhirs, comme dolmens, sont donc inconnus au Sahara, où pourtant les matériaux pour les édifier abondent, gneiss, quartzites, grès, qui se débitent facilement en grandes dalles. C’est une lacune significative. Car les dolmens abondent au contraire dans toute la zone méditerranéenne, de Tanger à l’Enfida tunisienne[47].

En revanche, sur tout l’immense parcours, d’Aïn Sefra jusqu’au Niger, on rencontre, pour ainsi dire à chaque pas, des sépultures qui rentrent toutes dans la même catégorie, celle des redjems.