Part 36
Dans la seconde section, au delà de Tin Taggaret on peut s’appuyer sur la position d’In Ziza, qui a été déterminée par M. Villatte en latitude et en longitude. Moi-même en 1903 j’avais obtenu au théodolite une latitude d’In Ziza[274] tout à fait concordante avec les observations ultérieures de M. Villatte.
La correction à apporter à l’itinéraire est très forte, beaucoup plus que dans d’autres tronçons ; ce n’est pas surprenant si on considère la nature du terrain au nord de Tikeidi et au sud de Tin Senasset. Il s’étend là de grandes superficies tout à fait arides, qu’on est forcé de traverser à marche forcée de jour et de nuit.
En répartissant l’erreur ainsi obtenue, on obtient pour les points successifs de l’itinéraire les résultats indiqués au tableau de la page suivante.
Ces itinéraires ont été reportés sur deux cartes jointes au deuxième et au septième chapitre.
La première n’est pas à proprement parler une carte, puisqu’elle n’est pas construite suivant un système de projection déterminé. C’est un simple tableau graphique de positions. Pour la seconde carte on a adopté la projection de l’itinéraire Villatte (_La Géographie_, 15 octobre 1905.)
En cas de discordance entre l’itinéraire graphique et les listes de coordonnées, ce sont ces dernières qui doivent faire foi.
Ces trois itinéraires ont été levés en 1905.
Dans le voyage de 1903, muni d’un théodolite qui appartenait à M. le baron Pichon, j’avais fait un certain nombre d’observations de latitudes dont le voyage ultérieur de M. Villatte a rendu inutile la publication détaillée ; mes résultats concordaient avec ceux de M. Villatte d’une façon satisfaisante ; j’ai fait connaître dans _La Géographie_ du 15 juillet 1904 (p. 99) la latitude vraie d’In Ziza, qui est de 23° 31′. Le chiffre de M. Villatte publié le 15 octobre 1905 dans _La Géographie_ (p. 229) est exactement le même.
+------------------+---------+--------+---------+--------------------+ | |LATITUDE |LATITUDE|LONGITUDE| LONGITUDE | | | D′APRÈS |CORRIGÉE| D′APRÈS | CORRIGÉE | | | CARNET | | CARNET | | | +---------+--------+---------+--------------------+ |Hacian Taïbin |26°34′,5 |26°33′,9|1°54′,8 |1°54′,1 | | | | | | | |Dj. Aberraz | | | | | |(extrémité Sud) |26°34′,8 |26°34′,3|1°49′,3 |1°48′,6 | | | | | | | |Bord occidental | | | | | |du Horst silurien |26°28′,7 |26°27′,8|1°37′,1 |1°35′,4 | | | | | | | |Sebkha Mekhergan | | | | | |(coucher 18-19 | | | | | |mai) |26°21′,2 |26°19′,8|1°21′,9 |1°19′,3 | | | | | | | |O. Arris (sortie | | | | | |de la Sebkha) |25°48′,9 |25°45′,2|1°10′,1 |1° 6′,7 | | | | | | | |Tikeidi |25°34′,1 |25°29′,4|1° 2′,5 |0°58′,7 | | | | | | | |Haci bou Khanefis |25°14′,8 |25° 8′,0|1° 5′,0 |1° 1′,3 | | | | | | | |Tête de l′oued | | | | | |Ifisten |25° 2′,2 |24°56′,2|1°12′,3 |1° 9′,1 | | | | | | | |Oued Tazelouaï | | | | | |(un point dans | | | | | |l′). |24°55′,2"|24°49′,2|1°12′,4 |1° 9′,2 | | | | | | | |Ouallen |24°44′,6 |24°38′,6|1° 5′,2 |1° 1′,3 | | | | | | | |Sommet du plateau |24°52′,3 |24°46′,3|1° 1′,8 |0°57′,9 | | | | | | | |Taguellit |24°54′,9 |24°48′,9|0°55′,2 |0°50′,9 | | | | | | | |Iglitten |25° 0′,2 |24°53′,3|0°53′,4 |0°49′,0 | | | | | | | |Éperon d′Insemmen |25° 0′,2 |24°54′,0|0°44′,4 |0°39′,5 | | | | | | | | | | | | | |Meghdoua |25° 3′,1 |24°57′,0|0°31′,9 |0°26′,4 | | | | | | | |Tezzai |24°52′,8 |24°46′,0|0°25′,2 |0°19′,2 | | | | | | | | | | | | | |Tadounasset |25° 0′,2 |24°54′,2|0°25′,9 |0°21′,9 { | | | | | | { Villate.| |Tin Tagar |24°53′,9 |24°48′,6|0°13′,7 |0° 6′,4 O { | | | | | | | | | | | | | |Taloak |24°49′,2 |24°43′,2|0° 6′,8 O|0° 0′,3 E | | | | | | | |Dunes d′Aït el Kha|24°41′,7 |24°35′,7|0° 4′,5 E|0°11′,4 | | | | | | | |Foum Lacbet |24°41′,6 |24°35′,6|0°18′,3 |0°24′,9 | | | | | | | |Ouan Tohra |24°34′,6 |24°28′,6|0°21′,9 |0°28′,4 | | | | | | | |Tin Senasset |24°19′,7 |24°13′,7|0°24′,9 |0°31′,4 | | | | | | | |In Ziza |23°40′,2 |23°31′,0|0° 5′,3 |0°11′,6 | +------------------+---------+--------+---------+--------------------+
A la suite de mon voyage de 1902 j’ai publié, dans les _Annales de Géographie_, tome XII, 1903, une liste de longitudes qui, à ce moment, apportait aux cartes existantes une correction intéressante.
+------------+----------+-------------+-----------+ | | | CARTE à | CARTE à | | |LONGITUDES| 1 : 800000. |1 : 500000.| | LIEUX | OUEST | Service | DU | | | |géographique.|COMMANDANT | | | | | LAQUIÈRE | +------------+----------+-------------+-----------+ | | ° ′ ″ | ° ′ ″ | ° ′ ″ | | | | | | |Haci el Mir | 3 58 06 | 4 06 15 | 4 01 15 | | | | | | |Tar’it | 4 13 57 | 4 30 00 | 4 22 15 | | | | | | |Igli | 4 31 06 | 4 49 45 | 4 34 45 | | | | | | |Beni Abbès | 4 31 00 | 4 44 30 | 4 25 00 | | | | | | |Ksabi | 3 16 56 | » | 3 16 00 | | | | | | |Timimoun | 2 05 54 | 2 27 15 | 2 06 00 | +------------+----------+-------------+-----------+
La carte Prudhomme, qui fait autorité, a adopté des positions voisines des miennes. Si j’insiste sur ces résultats, qui n’ont plus d’intérêt aujourd’hui, c’est d’abord par piété pour la mémoire de M. Trépied, directeur de l’observatoire d’Alger, à qui seul je suis redevable d’avoir pu faire une besogne astronomique où il y avait une part de travail utile.
C’est aussi pour apporter ma contribution à la solution d’un petit problème souvent agité. Un voyageur qui n’est pas astronome n’a-t-il pas un meilleur emploi à faire de son argent que d’acheter des instruments coûteux, et de son temps que de s’astreindre à la discipline méticuleuse des observations ? Je ne pense pas que la question puisse recevoir une solution absolue, mais au Sahara du moins et sous la direction de feu Trépied, un non-professionnel rapportait des observations utilisables. Elles eussent été beaucoup plus nombreuses, si j’avais eu un meilleur outillage.
[Note 273 : Ch. Trépied, _Remarques sur la carte dressée par M. Villatte à la suite de son exploration de 1904 dans le Sahara central_ (_La Géographie_, XII, 1905, p. 231-238).]
[Note 274 : Publiée dans _La Géographie_, 15 juillet 1904, p. 99.]
APPENDICE II
=INSCRIPTIONS=
On ne s’est pas efforcé systématiquement de relever au passage les inscriptions Tifinar’ ; il serait même plus exact de dire qu’on a systématiquement évité de le faire. En présence de ces innombrables graffitti indéchiffrables, on est découragé par le sentiment de son impuissance.
Je retrouve pourtant dans mes notes quelques inscriptions soigneusement recopiées soit par moi-même, soit plus souvent par d’autres, et qu’il est préférable de réunir ici.
A Barrebi j’ai relevé, à côté des gravures, quelques inscriptions. Il en est d’arabes, tout à fait banales, comme celle dont voici la traduction « ... Dieu et le salut soit sur notre seigneur Mahomet, — Arbi ben Sleïman. » Les tifinar’ si on pouvait les lire ne seraient probablement pas beaucoup plus intéressants.
[Incription : Inscription _a_.]
[Incription : Inscription _b_.]
[Incription : Inscription _c_.]
[Incription : Inscription _d_.]
[Incription : Inscription _e_.]
[Incription : Inscription _f_.]
La dernière inscription (_f_) a été copiée par M. le lieutenant Pinta.
J’ai relevé soigneusement des inscriptions Berbères qui se trouvent au ksar d’Ouled Mahmoud, et que les indigènes prétendaient hébraïques[275].
Il y en a quelques-unes au vieux ksar abandonné, à 1500 mètres de l’actuel ; par exemple :
[Incription]
Ces inscriptions Berbères sont accompagnées d’une inscription arabe que j’ai lue ainsi : « ab (?) fils de Zenati, az (?) fille de Zenati ».
Les inscriptions les plus nombreuses et les plus soignées sont au ksar actuel sur une gara centrale qui domine les maisons. Le ksar a vingt-cinq ans à peine, et les inscriptions n’ont rien de commun avec les habitants actuels qui les croient juives, et qui ont bâti dessus. Ces inscriptions, que j’ai calquées, sont très soignées, à trait profond, je les crois particulièrement anciennes.
[Incription : Inscription II (ksar actuel).]
Inscription II_bis_ faisant suite à la précédente sur le même rocher et un peu au-dessous
[Incription]
[Incription : Inscription III (sur un rocher voisin)]
[Incription : Inscription IV (également sur un rocher voisin).]
Sur le rocher où sont gravées ces deux dernières inscriptions on a bâti une maisonnette en pisé.
On m’avait signalé encore comme hébraïques des inscriptions situées à Abani, auprès de Tesfaout (Touat) : je me suis assuré qu’elles sont berbères comme on pourra s’en rendre compte sur les belles photographies dues à M. Auger interprète militaire. (Voir pl. XVIII, phot. 35 et 36.)
Enfin M. le lieutenant-colonel Laperrine qui s’est beaucoup occupé des caractères Tifinar’ et qui les connaît bien, a recopié sur mon carnet une inscription trouvée sur une dalle calcaire dans l’oued Aglagal (sud du Tadmaït).
[Incription]
=Inscription juive du Touat.=
Elle provient du ksar de R’ormali dans l’oasis de Bouda.
La pierre sur laquelle est gravée l’inscription est encastrée à la base d’un pilier en pisé, qui a manifestement servi jadis de support à la bascule d’un puits comblé. Les indigènes ne connaissent ni le sens, ni la langue de l’inscription, ni sa date, ni son origine. De mémoire d’homme elle a toujours été au ksar de R’ormali.
La seule face visible de la pierre est un parallélogramme irrégulier d’environ 0 m. 30 sur 0 m. 25. La pierre est du grès rouge. L’inscription est d’un travail remarquable, au moins pour le pays ; sans doute la surface de la pierre n’a même pas été aplanie, les contours des lettres sont souvent éclatés ; mais leur dessin est très net, leur gravure en creux très profonde. C’est un travail peu soigné à coup sûr, mais on dirait l’œuvre d’un professionnel, non d’un sauvage qui s’amuse. Les habitants actuels du Touat seraient tout à fait incapables de produire quelque chose de comparable.
On trouvera dans les _C. R. Ac. Inscr._, année 1903, p. 236, le texte de cette inscription. En voici la traduction telle que la donne M. Philippe Berger.
Ligne 1 : ceci est le tombeau de [Monispa ?], fille d’Amram : Qu’elle repose en Eden !
— 2 : de [Zathaloq !] et elle est morte dans les douleurs (de l’enfantement).
— 3 : le samedi, vingtième d’Ab, qui nous apporte la paix.
— 4 : en l’année 5089.
M. Philippe Berger fait suivre cette traduction de quelques observations suivantes.
« Ligne 1. Le nom de la défunte = Monispa, est douteux. Au contraire le nom de son père Amram est un nom très connu, et qui est parfaitement en situation ici.
« Ligne 2. Cette ligne débute par un groupe de lettres très obscur. La lettre initiale semblerait indiquer qu’il s’agit d’un nom géographique = à (ou de) Zithaloq ».... A la fin de la ligne on lit : « dans les douleurs », ou peut-être « dans sa jeunesse ».
« Ligne 4. L’année 5089 correspond à l’année 1329 de notre ère. »
[Note 275 : Cf. _Comptes rendus Acad. Inscript._, 1905, p. 83 et suiv.]
APPENDICE III
=TRADUCTION D’UN MANUSCRIT ARABE CONCERNANT LA MINE DE CUIVRE DE TAMEGROUN=
Je dois la communication de ce manuscrit à M. le capitaine Martin, chef d’annexe de Beni Abbès ; il est à la bibliothèque de Guerzim.
Voici comment M. Stackler, interprète militaire, le décrit :
Ce manuscrit, qui semble avoir un siècle et demi d’existence, contient beaucoup de mots qui sont à peu près ou tout à fait illisibles ; il y a même un morceau qui, à force d’avoir été plié et déplié a fini par se déchirer entièrement et a disparu.
Voici la traduction que M. Stackler a bien voulu en faire.
_Louange à Dieu seul !_
_Que le salut soit sur son envoyé et sur son serviteur._
=Renseignements sur un endroit appelé tel et tel.= — « Lorsqu’on arrive à cet endroit, on demande où se trouve la colline qui a tel nom, puis on la monte jusqu’à son sommet, on s’y assied avant le lever du soleil, et on regardé du côté du sud. Cela doit se passer pendant les saisons d’été et d’automne.
« En se levant le soleil donne sur trois trous rangés l’un à côté de l’autre ; il faut aborder celui du milieu, on y trouve une caverne étroite, qu’il faut suivre jusqu’à ce qu’on arrive à deux trous situés l’un à droite, l’autre à gauche.
« Celui de droite renferme de la terre verdâtre comme du sulfate de cuivre ; c’est du minerai d’or, qui ne perd que le quart de son poids. Celui de gauche contient de la terre jaune et rouge : c’est aussi du minerai d’or qui diminue du tiers de son poids. Le trou de droite renferme également un coffre contenant moitié perles et moitié argent. Le deuxième trou, celui de gauche, contient de la terre qui semble enduite d’huile ; c’est du minerai d’or qui ne diminue que très peu ; une livre de minerai donne à peu près une livre d’or. Ce dernier minerai n’a pas besoin d’être soumis à l’action du feu, on le passe simplement dans de l’eau vinaigrée. A l’ouest de la colline en question se trouvent trois redjems, et les ateliers de ceux qui extraient le métal. Il faut aborder le redjem du milieu, qui est le plus grand. En enlevant ses pierres on trouvera un morceau de tronc de palmier bouchant l’entrée d’une caverne. Il faut l’enlever et descendre jusqu’au fond de ce gouffre où l’on rencontre une porte. En ouvrant cette porte, on trouve un puits surmonté d’un pont en tronc de palmier mis en mouvement par l’influence d’un « djin ».
« Il faut égorger sur ce pont un hibou, le battre avec une tige de fenouil, et après avoir coloré cette tige du sang de l’oiseau, écrire la formule suivante : _Si nous avons dicté ce Coran...._ etc..., puis toujours sur le pont en question, on lit la sourate du tonnerre.
« Le pont reste immobile ; en le traversant, on trouve une maison composée de quatre chambres garnies d’or, d’argent, d’armes et de chevaux. Il faut se garder de parler. On prend alors ce qu’on veut.
« Si l’on est plusieurs, il faut entrer séparément.
« Le jour favorable pour cela est le samedi.
« Au sein du gouffre se trouvent encore deux « redjems » entre lesquels existe un trou. On y entre, et l’on trouve au fond, une terre ressemblant à des écailles de poisson. En faisant fondre une livre de cette terre on obtient une livre d’émeraudes.
« A droite de ce trou se trouve un autre trou contenant une mine de pierres de cristal et Dieu est le plus instruit.
« Le minerai d’argent est lourd et blanc, lorsqu’on en jette une partie dans un feu ardent, il fond mais il ne se sépare pas de ses impuretés. Voici cependant la manière dont on le rend pur : On le réduit en poussière, on le lave avec de l’eau et du sel, on le fait sécher et on le soumet à l’action du feu, sur du charbon, on le saupoudre enfin d’un peu (d’ahlidj ?) et le minerai se sépare de ses impuretés, coule et se réunit seul.
« _Autre espèce de minerai._ — Il est noir, tacheté de blanc, il tire sur le bleu. Lorsqu’on en soumet une partie à l’action du feu, la substance précieuse ne se sépare pas de ses impuretés, il faut pour l’épurer, le réduire en une poussière qu’on jette sur un brasier et qu’on arrose avec du goudron tiré du laurier-rose. Alors l’argent se sépare de ses impuretés coule au milieu des charbons et se réunit tout seul.
« _Espèce de minerai d’argent._ — C’est une pierre bleue, lourde, tirant sur le vert, couverte de points blancs et facile à pulvériser. Pour séparer la matière précieuse de ses impuretés, on réduit ce minerai en poussière, on le met ensuite sur un feu formé de charbons ardents, et alors, ô chercheur, lorsqu’on aperçoit une étincelle rouge qui s’en échappe, mêlée à de la fumée noire, il faut le mélanger avec du sesquicarbonate de soude et du sublimé corrosif. Le minerai se sépare alors de ses impuretés et coule en bas.
« _Espèce de minerai d’or._ — C’est une pierre de couleur verte, tirant sur le jaune ; elle est très lourde et renferme du soufre. Lorsqu’on la met sur le feu, elle fond et le soufre brûle. Pour la séparer de ses impuretés et pour pouvoir l’utiliser, il faut la laver avec de l’eau et du sel. L’or se détache alors de ses impuretés.
« _Espèce de minerai d’or._ — Il renferme des racines semblables à des racines de palmier, il est formé d’une terre rouge, comme la terre dont on fait les marmites. Lorsqu’on en met sur la langue, on la trouve amère.
« On trouve également des pierres semblables à des œufs de poule dans le milieu desquels est le minerai. On le prend, on l’enduit de vinaigre et d’huile, on le fait chauffer à la vapeur, comme on fait pour le couscous, on l’étend pour le faire refroidir puis on prend un creuset ayant un bec comme un tuyau, on place un autre creuset sous le premier, de manière que le métal une fois fondu tombe dedans, on le couvre enfin de fiente de pigeon sauvage et on souffle dessus jusqu’à ce qu’il fonde. On termine en frappant trois fois dessus, avec des ossements d’un être humain mort depuis longtemps. Le minerai se purifie alors, et l’on aperçoit l’or sur la surface de l’argent. Dieu le très haut est le plus instruit de tout cela. »
Je crains bien que ce document ne soit tout à fait dépourvu d’intérêt. Ce doit être un démarquage de quelque formulaire marocain de sorcellerie métallurgique. Il faut pourtant noter deux choses.
1o Sid el Bedri ben el Meki, marabout de Guerzim, propriétaire de ce manuscrit, qui a de la littérature, le sens des affaires, la figure et la réputation d’un homme très supérieur à la moyenne des indigènes attribue à son manuscrit la plus grande importance pratique.
2o Il y a réellement à Tamegroun un bel affleurement de cuivre, et l’on y voit des traces incontestables d’anciens travaux.
APPENDICE IV
=ORTHOGRAPHE DE QUELQUES NOMS TOUAREGS=
En matière de noms géographiques je n’ai pas essayé d’adapter systématiquement l’orthographe française à l’orthographe arabe ou berbère, j’ai même en certains cas préféré les formes usuelles aux formes correctes (Mouidir à Immidir, etc.).
En cours de route pourtant j’ai écrit certains noms touaregs, sous la dictée des indigènes et en tifinar’. En voici la liste par ordre alphabétique. J’admets d’ailleurs volontiers que d’autres indigènes eussent écrit les mêmes noms différemment.
Achegrad [Tifinagh : ⴸⴳⵔⴺ]
_Açeref_ [Tifinagh : ⵙⵔⴼ]
Agatan [Tifinagh : ⴳⵜⵏ]
Azelmati [Tifinagh : ⵌⵍⵎⵜ]
Chemââ [Tifinagh : ⴸⵎⴰ]
_Eguérér_ [Tifinagh : ⴳⵔⵔ]
_Ichahenchaguerouthnin_ [Tifinagh : ⵛⵂⵏⵛⴳⵔⵜⵏⵏ]
Ifisten [Tifinagh : ⴼⵢⴸⵏ]
Igamergan [Tifinagh : ⴳⵎⵔⵗⵏ]
Iguelitten [Tifinagh : ⴳⵍⵜⵏ]
Inaláren [Tifinagh : ⴰⵏⵍⵗⵏ]
Insemmen [Tifinagh : ⵏⵙⵎⵏ]
Kokodi [Tifinagh : ⴾⴾⴸⵢ]
Meghdoua [Tifinagh : ⵎⵗⵤⵓ]
El Meraguen [Tifinagh : ⵍⵎⵈⴸⵏ]
Ouallen [Tifinagh : ⵓⵍⵏ]
Taguellit [Tifinagh : ⵜⴳⵍⵜ]
Tamamat [Tifinagh : ⵜⵎⵎⵜ]
Tazelouaït [Tifinagh : ⵜⴶⵍⵓⵢⵜ]
Tchinka [Tifinagh : ⵏⵜⵛⵏⴾⵌ]
Tikadouin [Tifinagh : ⵜⵈⵤⵓⵏ]
Timreden [Tifinagh : ⵜⵎⵈⵤⵏ]
Tingaran [Tifinagh : ⵜⴳⵔⵏ]
Tikeidi [Tifinagh : ⵜⵈⵤⵏ]
Tsigenganat [Tifinagh : ⵜⵙⴳⵏⵜ]
_N. B._ — Les noms en italiques se rapportent à l’Adr’ar des Ifor’ass, les autres à l’Ahnet.
APPENDICE V
=INSCRIPTIONS ARABES=
Sur une meule dormante, utilisée comme stèle funéraire dans un cimetière de l’oued Tilemsi, et que j’ai déposée au laboratoire d’anthropologie du Muséum, M. Ben Cheneb, professeur à l’École des Lettres d’Alger, a déchiffré une inscription arabe, qu’il a traduite ainsi que suit :
Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux, toute âme est mortelle (Cor. III, 182). C’est le tombeau du saint, du vertueux, du jurisconsulte, du savant, du cheikh, Omar et Amin, surnommé El Amin ben Mançour ben Ahmâlâl ? ben Wankor ben Mançour. Que Dieu me pardonne et leur pardonne, à tous musulmans et musulmanes, croyants [et croyantes, ceux qui] parmi eux sont en vie [et ceux qui sont morts].
Notons que M. Benhazera, dans la grotte de Timissao, a copié une inscription arabe en caractères fort anciens, koufiques, mais qui n’a pas encore fait l’objet d’une publication détaillée.
APPENDICE VI
=ÉTUDE MINÉRALOGIQUE DU MATÉRIEL NÉOLITHIQUE=
Les haches, pilons, meules, etc., de la région Saharienne centrale et Soudanaise, ont été soumis à M. Lacroix, professeur de minéralogie au Muséum. Les roches qui les constituent ont paru trop banales pour mériter une étude approfondie au microscope et sur plaques minces.
En voici la liste :
=Grès.= — Une meule en grès ; — (cimetière de l’oued Tilemsi) ;
Une meule en grès à ciment ferrugineux ; — (cimetière de l’oued Tilemsi) ;
Un fragment de mortier, avec inscription funéraire en arabe, en grès ; — (cimetière de l’oued Tilemsi) ;
Une hache en grès à ciment ferrugineux ; — (Koulikoro).