Part 8
TRAIRE. _Je trais_, _tu trais_, _il trait_, _nous trayons_, _vous trayez_, _ils traient_, _je trayais_, _tu trayais_, _il trayait_, _nous trayions_, _vous trayiez_, _ils trayaient_; point de passé défini, _je trairai_, _je trairais_, _trais_, _trayons_, _trayez_, _que je traie_, _que tu traies_, _qu'il traie_, _que nous trayions_, _qu'ils traient_, point d'imparfait du subj. _trayant_, _trait_, _traite_.
TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre deux ou plusieurs mots. On l'emploie,
1º. entre le verbe et les pronoms, _je_, _moi_, _nous_, _tu_, _vous_, _il_, _ils_, _elle_, _elles_, _le_, _la_, _les_, _lui_, _leur_, _y_, _en_, _ce_, _on_, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils sont le sujet, ou le régime: _irai-je?_--_viens-tu?_--_donnait-on?_ --_laisse-moi_;--_allez-y_; --_portes-en_; etc. S'il y a deux noms, on emploie deux traits d'union: _laisse-le-moi_,--_donne-les-leur_.
2º. avant ou après _ci_ et _là_, accompagnant un substantif, un pronom, une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière inséparable: _celui-ci_,--_celui-là_,--_là-dessus_,--_là-haut_, etc.
3º. pour lier _très_ au mot qui suit: _très-sagement_,--_très-riche_.
4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le dernier terme passe _un_, et ne dépasse pas dix: _dix-huit_; --_trente-cinq_;--_deux cent dix-neuf_, mais on dirait sans trait d'union: _vingt et un_:--_cinquante et un_: le dernier terme étant _un_: et _cent quinze_;--_deux cent vingt_; le dernier terme dépassant _dix_. Cependant _quatre-vingts_ prend toujours le trait d'union: _quatre-vingts chevaux_:--_quatre-vingt dix hommes_.
5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un, _Marc-Aurèle_,--_chef-lieu_;--_s'entre-choquer_, _Jean-Jacques_, _Jean-Baptiste_.
6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les _dit-il_, _reprit-il_, _répondit-il_.
7º. pour marquer une suspension dans le discours.
8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et l'autre au commencement de la ligne suivante.
TRAITER. On dit indifféremment, _traiter une matière_,--_une question_: ou, _traiter_ D'_une matière_,--D'_une question_: à moins qu'on ne spécifie la matière, la question: alors il faut _de_:--_dans son ouvrage, il traite_ DES _plantes_, DES _métaux_.
TRAVERSER _le pont_, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa longueur, n'est pas correct: il faut dire, _passer le pont_.
TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles _e_, _i_, _u_, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède: _naïf_, _Saül_, _ciguë_. L'emploi du tréma est une faute quand on peut le remplacer par un accent: ainsi au lieu de _poësie_, _Cloë_, écrivez, _poésie_, _Cloé_.
TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre _très_ devant les participes. Dans ces cas l'on emploie _beaucoup_, _fort_, etc., et au lieu de dire _cet homme est_ TRÈS-_aimé_; _cette place est_ TRÈS-_menacée par l'ennemi_, l'on dit, _cet homme est_ FORT _aimé_,--_cette place est_ FORT _menacée_, etc.
On peut cependant se servir de _très_ avec certains participes employés comme adjectifs verbaux: _il est_ TRÈS-_occupé_,--_il est_ TRÈS-_humilié_.
_Très_ ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites pas, _il n'est pas_ TRÈS-_sage_;--_il n'est pas_ TRÈS-_occupé_: dites, _il n'est pas_ FORT _sage_,--_il n'est pas_ FORT _occupé_. L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est parti_ TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT _froid_:--_il ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une très_-GRANDE _faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de très_-GRAND _matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND _froid_:--_il ne fait pas un bien_ GRAND _froid_.
TROIS-RIVIÈRES, (en latin _Trifluvium_) nom composé, est substantif masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier, parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de pluralité.
_Trois-Rivières_ étant un nom propre, ne peut, d'après la règle générale, être accompagné de l'article _les_. Il est vrai que cette règle souffre quelques exceptions, comme, _Le Hâvre_, _Le Puy_, _La Rochelle_. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a toujours écrit _Trois-Rivières_ avec l'article: mais les écrivains récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin _Trifluvium_.
Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, _Je vais_ À _Trois-Rivières_:--_il demeure_ À _Trois-Rivières_:--_Trois-Rivières_ EST BÂTI _sur le fleuve St. Laurent_, et non pas, _je vais_ AUX _Trois-Rivières_:--_il demeure_ AUX _Trois-Rivières_:--LES _Trois-Rivières_ SONT BÂTIES _sur le fleuve St. Laurent_.
_Trois-Pistoles_, _Trois-Saumons_, noms de paroisses, suivent la même règle.
UN. Lévisac pense que le mot _un_ devant une voyelle, doit être prononcé comme _une_, et que l'on doit dire _une-imbécile_,--_une hérétique_. D'autres grammairiens veulent que l'on prononce _un-nimbécile_, --_un-nhérétique_.
UN DE. Au lieu de _un de_, il faut employer _l'un de_, quand _un_ est précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis: _Ducis l'un_ DES _quarante de l'Académie_.
Mais on dira avec _un de_,--_Henri IV est_ UN DES _meilleurs princes, qui aient régné sur la France_,--UN DES _quarante de l'Académie est de mon avis_; parce que dans la première phrase, _un_ précédé par le substantif _Henri_, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second, _un_ suivi par le nombre _quarante_, n'est pas précédé par un substantif ou un pronom.
UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: _c'est l'unique service que vous_ PUISSIEZ _me rendre_.
VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: _vacations_ au pluriel, de la cessation des séances des gens de justice.
VAINCRE. _Je vaincs_, _tu vaincs_, _il vainc_, _nous vainquons_, _vous vainquez_, _ils vainquent_, _je vainquais_, _je vainquis_, _je vaincrai_, _je vaincrais_, _vaincs_, _vainquons_, _vainquez_, _que je vainque_, _que je vainquisse_, _vaincant_, _vaincu_, _vaincue_.
Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que _vaincs_, seconde personne du singulier de l'impératif.
VALOIR. _Je vaux_, _nous valons_, _ils valent_, _je valais_, _je valus_, _je vaudrai_, _je vaudrais_: pas d'impératif, _que je vaille_, _que nous valions_, _que je valusse_, _valant_, _valu_, _value_.
Le participe _valu_ s'accorde seulement lorsque le verbe _valoir_ signifie _procurer_, _rapporter_, et que le régime direct précède le participe: _que d'éloges ne lui a pas_ VALUS _sa conduite noble et généreuse_! c.-à-d. _procurés_; le participe, comme l'on voit, s'accorde ici avec le régime direct _que_, qui est devant.
VENIMEUX se dit des animaux: _le scorpion est un animal_ VENIMEUX: _vénéneux_ des végétaux; _la ciguë est une plante vénéneuse_.
VÊPRES, MATINES. Dites, _aller_ À _vêpres_,--À _matines_: _réciter vêpres_,--_matines_: et non pas, _aller_ AUX _vêpres_,--AUX _matine_: _réciter_ LES _vêpres_,--LES _matines_: attendu que _vêpres_ et _matines_ étant pris _indéterminément_ dans ces phrases, on doit supprimer l'article.
Mais si ces noms étaient pris _déterminément_, comme dans ces locutions, _aller_ AUX _vêpres de la paroisse de St. Roch_;--_réciter_ LES _matines de Noël_, l'on ne pourrait omettre l'article.
VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient d'indiquer. Pour _actif_ ils disent _transitif_: pour _neutre_, --_intransitifs_: pour _impersonnel_,--_unipersonnel_: et enfin _réfléchi_ est remplacé par le terme _pronominal_ ou _réciproque_.
Les mêmes grammairiens disent _complément_ pour _régime_.
VÊTIR. _Je vêts, tu vêts, il vêt_ (ce singulier est peu usité) _nous vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons, vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue_.
VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit. En ce sens on dit que l'on ne mange point de _viande_ en carême.
_Viande_ se dit quelquefois de la chair des poissons: _le saumon n'est pas une_ VIANDE _de malade_.
On appelle viandes de carême, _la morue_, _le hareng_, _le saumon_, etc. V. CHAIR.
VIEIL. Au lieu de _vieux_, on se sert de _vieil_ devant un substantif qui commence par une voyelle, ou une _h_ non aspirée: cependant on est toujours libre d'employer le mot _vieux_.
VILLES. En général les noms de _ville_ sont masculins, excepté quand ils dérivent d'un féminin latin. Lorsque le genre est incertain, l'on doit faire précéder le nom du mot _ville_.
Quand on personnifie une ville, l'on en met ordinairement le nom au féminin: _malheureuse Tyr, dans quelles mains es-tu tombée_.
VINGT ET UN. On dit _vingt et un_, _trente et un_, etc. Mais la conjonction est omise dans _vingt-deux_, _vingt-trois_, etc., _trente-deux_, _trente-trois_, etc. Il s'en suit que les locutions _trente un soldats_,--_l'an mil huit cent quarante un_, sont vicieuses.
L'usage veut que l'on dise, _soixante et dix_, _soixante et onze_, etc.
VIS-À-VIS ne doit pas s'employer dans le sens de _envers_, _à l'égard de_. Ne dites donc pas, _sa conduite_ VIS-À-VIS _de ses bienfaiteurs est fort répréhensible_: dites, ENVERS _ses bienfaiteurs_, etc., ou, À L'ÉGARD _de ses bienfaiteurs_, etc.
Après _vis-à-vis_, on met _de_, excepté dans le style familier; _vis-à-vis la rue_;--_vis-à-vis mes croisées_.
VIVRE régit _de_ et non pas _du_: _je vis_ DE _bonne viande_,--DE _bonne soupe_,--_vivre_ DE _légumes_.
VOLUME. TOME. _Volume_ est un livre relié ou broché. Tome est un volume qui fait partie d'un ouvrage; Le _volume_ peut contenir plusieurs _tomes_: et le _tome_ peut faire plusieurs volumes.
Quelquefois _tome_ signifie simplement _volume_.
VOUS. Lorsqu'on parle à des supérieurs, ou à des dames, les convenances du langage exigent que l'on se serve _quelquefois_ de la troisième personne au lieu de la seconde. Ainsi au lieu de, _Monsieur, voulez-vous me permettre?_ dites, _Monsieur voudrait-il me permettre._--_Madame, pourriez-vous me faire la grâce?_ dites, _Madame pourrait-elle me faire la grâce?_
Y, adverbe de lieu avec l'impératif. Le pronom _moi_ se met toujours après l'_y_. _Envoyez-y_ MOI,--_menez-y_ MOI,--_attendez-y_-MOI,--_tu vas au musée_, _menes-y_ MOI,--_tu vas en voiture_, _donnes-y_ MOI _une place_.
Les pronoms _nous_ et _les_ se mettent au contraire avant l'_y_. _Envoyez_-NOUS-_y_--_attendez_-NOUS-_y_,--_tu vas au musée_, _mène_-LES-_y_,--_tu vas en voiture_, _donne_-NOUS-_y_ _une place_.
_M'y_ ne peut être placé après le verbe. Ne dites pas; _Vous allez à Québec_, _menez_-M'_y_: dites,..._menez-y_-MOI. Mais il se place très-bien devant: _Je vais à Trois-Rivières_, _voulez-vous_ M'_y_ _accompagner_?
Z, prend le son propre d'_s_, même avant une consonne, dans _Metz_, _Rodez_, _Suez_, _Alvarez_, _Cortez_, _Sènez_, _Usez_; mais il ne sonne pas dans _Sèez_. Les deux z dans le mot _Abruzze_ se prononcent comme deux _s_, _Abrusse_.
ZÉPHYR, ZÉPHYRE. Le premier se dit d'un vent doux et agréable: le second du même vent considéré comme divinité de la fable.
FIN
RECUEIL
DE
LOCUTIONS VICIEUSES.
À. C'est une faute grossière que de dire, _la fille_ À _Madame une telle_,--_le cheval_ À _Mons. un tel_. Dites, _la fille_ DE _Madame une telle_,--_le cheval_ DE _Mons. un tel_. _Venez_ À _bonne heure_, est aussi une expression vicieuse: dites, _venez_ DE _bonne heure_.
ABAT _de neige_, _abat de pluie_ sont des barbarismes, de même que, _chute de neige_,--_chute de pluie_.
ABIMER. _J'ai abîmé mon chapeau_,--_ma robe_; dites, _j'ai gâté mon chapeau_,--_ma robe_.
ADONNER (s') est un des mots de la langue dont on fait le plus fréquent abus, et par fois le plus ridicule emploi. Ainsi l'on dit, _il s'est_ ADONNÉ _à entrer chez moi, au moment où le feu a éclaté_; pour, _il est entré par hasard chez moi au moment_ etc.:--_il s'est_ ADONNÉ _que votre frère et moi nous sommes arrivés le même jour à Trois-Rivières_; pour, _votre frère et moi nous sommes arrivés par hasard le même jour à Trois-Rivières_;--_ce Monsieur s'est_ ADONNÉ _à Kingston à l'ouverture du Parlement_, pour, _ce Monsieur s'est trouvé par hasard à Kingston, à l'ouverture_ etc.
Mais on dit, en parlant de chemin, _passez chez moi quand votre chemin s'_ADONNERA: et en termes de marine, que _le vent_ ADONNE, pour signifier qu'il est favorable.
AMBRE, pour désigner l'allure d'un cheval, est une faute: dites _amble_,--_aller l'amble_.
AMONT, terme de batellier, qui signifie, en remontant la rivière: _pays d'_AMONT,--_ce bateau arrive d'_AMONT.
On voit par là combien sont répréhensibles les expressions, AMONT _le coteau_,--AMONT _le Cap aux Diamans_, etc.
_Amont_ est opposé à _aval_. On dit, _vent d'_AVAL,--_navire venant en_ AVAL,--_bateau amarré en_ AVAL _du pont_,--_en_ AMONT _du pont_,--_en_ AMONT _et en_ AVAL _de la ville de Québec_.
ANIMAUX. Souvent on désigne par ce mot les bestiaux et autres quadrupèdes domestiques: et l'on dit, _mener les_ ANIMAUX _au paturage_,--_soigner les_ ANIMAUX,--_ces_ ANIMAUX _sont fort gras_, etc. Ce langage est incorrect, parce que le terme animal est générique, et comprend par conséquent tous les êtres animés et sensibles de la nature.
_Bestiaux_ ou BÉTAIL ne se dit guère que pour désigner les _boeufs_, les _vaches_, les _moutons_, les _chèvres_. Quant aux _chevaux_, aux _ânes_, aux _cochons_, aux _chiens_ etc., il faut les spécialiser par leurs noms.
On dit _animaux domestiques_ par opposition aux _animaux sauvages_.
ANVALER pour signifier _avaler_, n'est pas français.
APRÈS. _La clef est_ APRÈS _la serrure_: dites, À _la serrure_.
APPROPRIER. C'est une faute grossière de dire, APPROPRIER _une chambre_, _un meuble_, pour signifier, NETTOYER _une chambre_, _un meuble_.
À RAISON DE signifie _à proportion_; et ne peut être par conséquent employé pour _à cause de_, qui a une toute autre acceptation. Au lieu donc de, _il a abandonné cette entreprise_ À RAISON _des obstacles qu'il y a rencontres_, _il faut_...À CAUSE DES _obstacles_...
ARGENT n'a point de pluriel: c'est donc une faute de dire, _envoyer des_ ARGENS _à quelqu'un_;--_placer des_ ARGENS _à intérêt_: dites, _envoyer de l'argent_, ou mieux _des fonds à quelqu'un_,--_placer de l'argent_, ou _des fonds à intérêt_.
_De la_ BONNE _argent_,--_de l'argent_ BLANCHE, sont des solécismes révoltans.
ATTELER _un cheval sur une voiture_,--_mettre les chevaux sur le carosse_, sont des locutions qui blessant le sens commun: dites, _atteler un cheval_ À _une voiture_,--_atteler les chevaux_ AU _carosse_.
ATTENDRE. Le peuple dit _attendre_ pour _entendre_: de là les expressions choquantes, _j'ai_ ATTENDU _la messe_,--_cet homme n'_ATTEND _pas raison_, etc.
AVEC. _Venez_ AVECQUE _moi_: mauvaise prononciation: dites, _venez_ AVÉ _moi_. Le _c_ dans ce mot ne sonne que devant une voyelle.
BALANCE, BALANCINE pour signifier _balançoire_, ne sont pas français.
_Une_ planche appuyée par le milieu, et sur les extrémités de laquelle des enfans placés en contre-poids, s'élèvent et s'abaissent alternativement, s'appelle également _bascule_ et _balançoire_.
_Escarpolette_ est une balançoire, dont le siège est suspendue par des cordes ou par des brins de bois.
Si la machine sur laquelle on se balance est construite de manière que le mouvement soit circulaire et horisontal, elle se nomme aussi _balançoire_.
_Brandilloire_ est synonyme de _balançoire_.
BALANCER _quelqu'un_, c'est imprimer un mouvement à la balançoire, où est la personne, sans y être placé soi-même.
_Se balancer_, c'est aller soi-même sur la balançoire; ainsi quand deux ou plusieurs personnes veulent aller se balancer, elles doivent dire, _allons_ NOUS _balancer_, et non pas, _allons balancer_.
BAND. On a francisé à tort ce mot anglais, et l'on dit, _la_ BANDE _de musique de tel régiment_: dites, _le_ CORPS _de musique_... ou simplement, _la musique de tel régiment_.
BARBOT. C'est ainsi que le peuple appelle l'_escarbot_, insecte de la famille des coléoptères.
BARRER _une porte_, c'est la fermer avec une barre. Si la porte est munie d'une serrure seulement, il serait ridicule de dire, BARREZ _la porte_.
BATTURES, BORDAGES, employés pour signifier les glaces qui s'accumulent pendant l'hiver sur le bord des rivières, sont des barbarismes. On ne doit donc pas dire, _les_ BORDAGES _tiennent encore_,--_les_ BATTURES _sont parties_.
_Embarquement_ et _débarquement_ sont encore des termes impropres, lorsqu'on leur fait signifier l'endroit où, en hiver, l'on passe de la rive sur la glace d'une rivière, et _vice versâ_.
BELLE, EN BELLE. Ces mots sont employés par le peuple pour signifier _facilité_, _occasion favorable_, et il en résulte des locutions tout-à-fait ridicules; comme, _vous avez_ EN BELLE, pour, _vous avez la_ FACILITÉ:--_si vous trouvez votre_ BELLE, pour, _si vous trouvez une_ OCCASION FAVORABLE, etc.
BERDAS, BERDASSERIE, de même que, _berdasser_, _berdasseur_, _berdasseuse_, sont des mots bas et révoltans.
BEURRÉE est une tranche de pain recouverte de beurre. L'expression BEURRÉE _de confitures_ choque le bon sens: dites, TARTINE _de confitures_.
On dit aussi, _tartine de beurre_,--_de miel_, etc.
BOITE pour signifier le son, l'avoine, les légumes, etc., qu'on délaie avec de l'eau ou du lait pour les bestiaux, n'est pas français.
BOMBARDE. Le peuple nomme ainsi, mais improprement, le petit instrument en métal, dont on tire du son, en le plaçant entre les dents, et en en frappant la languette avec le doigt. Cet instrument s'appelle _trompe_, et plus ordinairement _guimbarde_.
BOTTE. _Tomber en botte_, en parlant d'un tonneau, d'une cuve, etc., dont les douves et les cercles se séparent, est un solécisme.
Les tonneliers, suivant Trévoux, disent, _tomber en javelle_.
Le peuple dit aussi, mais improprement, _cet homme tombe en botte_, pour désigner le dépérissement rapide de sa santé, ou de sa fortune.
BOUCANE, terme impropre qu'on emploie comme synonyme de _fumée_.
BOUCANER signifie sécher des comestibles à la fumée, et aller à la chasse des boeufs sauvages: ne dites pas, _la cheminée_ BOUCANE,--_le poële_ BOUCANE: dites, _la cheminée fume_, etc.
BOUILLIR. Le vulgaire dit abusivement _bouillir_ pour _fermenter_, comme dans cette phrase, _la bierre n'a pas encore_ BOUILLI, pour, _n'a pas encore_ FERMENTÉ.
BOUQUET. Le peuple confond les termes, _bouquet_ et _fleur_: il dit, _semer des_ BOUQUETS; et à l'aspect des fleurs d'un parterre, _voilà de beaux_ BOUQUETS.
_Bouquet_ n'est pas une fleur: il est un assemblage de fleurs liées ensemble.
BOUT. _Un_ BOUT _de temps_,--_un long_ BOUT _de temps_,--_un petit_ BOUT _de temps_, sont des locutions basses et vulgaires.
BRASSE CORPS. _Prendre à brasse corps_: populaire: dites _à-bras-le-corps_.
BRETON. Ce nom appartenait jadis aux habitans de la Grande Bretagne: ils ont cessé de le porter depuis l'invasion de l'Angleterre par les Saxons: et par conséquent il ne peut plus être employé comme synonyme d'_anglais_.
Les seuls habitants de la Bretagne, ci-devant province de la France, portent aujourd'hui le nom de _Bretons_.
BRIN est une faute dans les expressions suivantes, _un petit_ BRIN _de pain_,--_un petit_ BRIN _de lait_,--_il n'a mangé qu'un petit_ BRIN,--_il tombe quelques_ BRINS _de pluie_, etc.
On dit cependant, _un_ BRIN _d'estime_,--_un_ BRIN _d'amitié_,--_un petit_ BRIN _d'espérance_.
BROYER, Au lieu de _broyer_, pour signifier briser le lin, le chanvre; et de _broie_, l'instrument pour broyer, nos paysans disent abusivement, _brayer_, _braye_.
BUT. Ne dites pas, _j'ai rempli mon_ BUT, mais, _j'ai atteint mon_ BUT.
BUTIN est tout ce qu'on enlève à l'ennemi. Dans le langage du peuple ce mot signifie, _meubles_, _marchandises_, _comestibles_, toutes sortes d'effets en un mot: et de là une multitude innombrable de locutions ignobles, dont voici quelques échantillons. Un huitrier dit, _j'ai vendu tout mon_ BUTIN: un acheteur qui n'a pas achevé de faire ses amplettes, _j'ai encore du_ BUTIN _à acheter_: celui-ci, à l'aspect de beaux meubles s'écrie, _voilà de beau_ BUTIN: celui-là, à la vue d'un voleur qui enlève ses volailles, _au voleur!_ _qui emporte mon_ BUTIN: cet autre, en parlant d'un tailleur qui a gâté son habit, _il a gâté mon_ BUTIN. Quel pitoyable langage!
CADRE. On emploie abusivement ce mot pour signifier _image_, _estampe_, etc.: et l'on dit, _voilà un beau_ CADRE:--_quel est le prix de ce_ CADRE? pour, _voilà une belle_ ESTAMPE:--_quel est le prix de cette_ IMAGE?
_Cadre_ n'est que la bordure de bois, de bronze, etc., dans laquelle on enchâsse un tableau, une estampe, etc.
CAILLE pour signifier tacheté de blanc et de noir, en parlant des bestiaux, etc., n'est pas français.
CAJEU, CAGE. En parlant de pièces de bois liées ensemble, que l'on transporte à flot sur une rivière, gardez-vous de dire, CAJEU, CAGE. _Cajeu_ n'est pas français, non plus que _cage_ dans le sens qu'on lui prête ici. Dites, _train_, _radeau_, _train de bois_, etc.
_Drame_ employé dans le sens de _radeau_ est également un barbarisme.
CALER, terme de marine, est employé improprement par le peuple pour signifier enfoncer dans la boue,--dans l'eau,--couler à fond.
_Caler un fossé_, pour, _creuser un fossé_ est aussi une locution vicieuse.
CANOT. Outre le canot fait d'écorce, ou d'un tronc d'arbre, une autre petite embarcation, destinée pour l'ordinaire, au service des vaisseaux, se nomme _canot_. Désigner ce canot par le mot _chaloupe_, est une faute grave. _Chaloupe_, que les Anglais nomment _long-boat_, est une embarcation plus grande que le canot, et porte quelquefois le nom de _grand canot_.
CASSOT pour signifier un petit vaisseau d'_écorce_, ou de _bois_, n'est pas français.
CASTALOGNE est une couverture de lit de laine très-fine, et c'est une faute d'employer ce mot pour désigner les petits tapis d'un travail grossier, dont on couvre un plancher, et c'est une autre faute de prononcer _ca-ta-logne_.
C'EST-IL employé pour _est-ce_? est un solécisme. Évitez donc les expressions populaires, C'EST-IL _moi qui ai fait cela_?--C'EST-IL _lui qui a parlé_?--C'EST-IL _bon, cela_?
CHAMPLURE pour signifier _robinet_, est un barbarisme. Dites, _chantepleure_.
Dans quelques départemens de la France on appelle _chantepleure_ le robinet d'un tonneau de vin ou de cidre.
CHANDELLE. Ne dites pas, TUEZ _la chandelle_,--TUEZ _le feu_: dites, ÉTEIGNEZ _la chandelle_,--ÉTEIGNEZ _le feu_.
_Enterrer le feu_ est aussi une faute; dites, _couvrir le feu_.
CHANGER. C'est une faute grossière que de dire, CHANGEZ-VOUS,--_allez_ VOUS CHANGER: dites, _changez votre linge_,--_allez changer vos habits_.
CHARGE. _La charge d'un vaisseau_ n'est pas français. Dites, _le chargement_ ou _la cargaison d'un vaisseau_.
CHIFFON _de pain_, pour signifier un gros morceau de pain, est une expression vicieuse; il faut dire _guignon_, _ou bribe de pain_.
CIRE, ou CIRAGE, est la composition luisante que l'on étend sur les chaussures en cuir. L'emploi du mot anglais _black-ball_ est insupportable; également on doit repousser le terme _noir à souliers_.
_Frottez mes souliers_,--_mes bottes_: expressions ridicules; on doit dire, _cirez mes souliers_,--_mes bottes_, quand on veut les faire enduire de cire; et, _décrottez mes souliers_,--_mes bottes_, lorsqu'on en veut faire ôter la boue.