Part 4
IMAGINER. On emploie souvent _imaginer_ pour _s'imaginer_. Le premier signifie inventer, ou se former dans l'esprit l'idée de quelque chose: le second se persuader quelque chose sans fondement: il IMAGINE _avoir raison_; dites, _il_ S'IMAGINE _avoir raison_.
_Immaginer_ sans pronom personnel ne peut jamais être suivi immédiatement d'un _que_, ni d'un _infinitif_. On dit bien, _on ne peut rien_ IMAGINER _de plus intéressant_;--_j'_IMAGINE UNE _chose_, UN _moyen de_.. Mais on ne doit pas dire, j'_imagine_ QUE _cela est_:--_il imagine_ ÊTRE _un grand homme_: il faut dire: _je_ M'_imagine_ QUE _cela est_;--_il_ s'_imagine_ ÊTRE _un grand homme_.
IMPARDONNABLE ne se dit que des _choses_, et non des _personnes_: _faute_ IMPARDONNABLE. En parlant des _personnes_, on dit, _inexcusable_: _homme inexcusable_.
La même observation s'applique au mot _pardonnable_.
IMPATIENTER. (s') L'usage refuse au verbe _s'impatienter_ un infinitif pour régime. Ainsi ne dites pas, _ils s'impatientèrent d'attendre_.
IMPERATIF. La seconde personne singulière de l'impératif, excepté pour les quatre verbes irréguliers, _aller_, _avoir_, _être_ et _savoir_, est toujours semblable à la première du présent de l'indicatif. Ainsi l'on dira, _travaille_, _cueille_, et non pas, _travailles_, _cueilles_, à moins pourtant que la seconde personne de l'impératif terminée par un _e_ muet, ne soit suivie d'un _y_, ou du pronom _en_: elle prend alors une _s_, pour la douceur de la prononciation;_travailles-y_,--_donnes-en_.
L'impératif _va_, suivi d'_y_ et d'_en_, prend aussi une _s_ euphonique: _vas-y_,--_vas en chercher_.
IMPOSITION. Le mot anglais _imposition_ signifie quelquefois _abus de pouvoir_, _fraude_, etc. Le mot français _imposition_ ne comporte pas cette acception.
INCLUS. _Ci-inclus_, _ci joint_, sont invariables quand ils précèdent un nom, dont le sens est vague: _vous trouverez_ CI-INCLUS,--CI-JOINT _copie de ma lettre_. Mais quand l'énonciation est précise, comme LA _copie_, l'accord a lieu; _vous trouverez_ CI-INCLUSE,--CI-JOINTE _la copie de ma lettre_.
INSULTER _quelqu'un_, c'est l'injurier. _Insulter_ À _quelqu'un_, c'est manquer aux égards que réclament sa faiblesse, son malheur: _insulter_ AUX _malheureux_.
INTERJECTIONS. Duvivier dit
«que beaucoup de personnes écrivent indistinctement AH! et HA!--Ô! OH! et HO!--EH! et HÉ!»
et il ajoute,
«que cette diversité d'orthographe vient de la difficulté de représenter nettement, par l'écriture, le mouvement de l'organe dans l'espèce de cri inarticulé que nous arrache une émotion vive.»
Ce qui suit est puisé dans le Dictionnaire de l'_Académie_.
«Ô avec l'accent circonflexe est une interjection qui sert à marquer diverses passions... _ô siècle!_ _ô temps!_ _ô le plaisant homme!_ _ô si je pouvais!_
«O, sans accent circonflexe, désigne l'apostrophe, _o mon fils!_ _o mon Dieu!_
«OH. Interjection qui marque la surprise ou l'affirmation. _Oh, oh, je n'y prenais pas garde_:--_Oh pour cela, non._
«HO. Interjection qui sert tantôt pour appeler, tantôt pour témoigner de l'étonnement ou de l'indignation. _Ho! venez un peu ici. Ho! que me dites-vous là?_
«Quand il est interjection d'étonnement, ou d'indignation, il s'écrit quelquefois OH!
«AH. Interjection qui sert à marquer la joie, la douleur, l'admiration... _Ah! que vous me faites plaisir! Ah! que vous me faites mal!_
«Ce n'est souvent qu'une interjection explétive, qui ne sert qu'à rendre une locution plus animée. _Ah! Madame, gardez-vous de le croire._
«HA. Interjection de surprise, d'étonnement. _Ha! vous voilà! Ha! ha!_ Il se confond souvent avec l'interjection AH!
«EH. Interjection d'admiration, de surprise. _Eh! qui airait pu croire que..._
«HÉ. Interjection qui sert principalement à appeler. _Hé! viens ça._
«Souvent cette interjection se confond avec EH, soit pour avertir de prendre garde à quelque chose, comme, _Hé! qu'allez-vous faire?_ soit pour témoigner de la commisération, _Hé! mon Dieu..._ soit pour marquer de la douleur, _Hé! qu'ai-je fait?_»
JAMAIS. Après _jamais_ l'on sous-entend souvent l'article devant les substantifs communs, et alors on met ces substantifs au singulier: _jamais mortel n'a joui d'un bonheur parfait_, et non pas, _jamais mortels n'ont joui_, etc.
JE. Quand _je_, mis après un verbe, produit un son désagréable, ce qui a lieu le plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une syllabe au présent de l'indicatif, il faut prendre un autre tour: ainsi au lieu de _dors-je?_ _ris-je?_ _choisis-je?_ _mangé-je?_ dites, _est-ce que je dors?_ _est-ce que je ris?_ etc.
JETER. Ce verbe et tous ceux qui sont terminés en _eter_ à l'infinitif, comme _fureter_, _feuilleter_, _souffleter_, _projeter_, etc. ne doublent la consonne _t_ que devant un _e_ muet. _Je jette, tu jettes, il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent, je jetais, tu jetais, il jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient, je jetai, tu jetas, il jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, tu jetteras, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront, je jetterais, etc., jette, jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, qu'il jette, que nous jetions, que vous jetiez, qu'ils jettent, que je jetasse, etc., jetant, jeté, jetée._
JOINDRE signifiant _ajouter_ demande _à_: _joignez cette maison_ À _la vôtre_: dans le sens d'_unir_, d'_allier_, il prend indifféremment _à_ ou _avec_: _joindre la prudence_ À ou AVEC _la bravoure_.
JOUIR se prend toujours en bonne part: ainsi ne dites pas, JOUIR _d'une mauvaise santé_:--JOUIR _d'une mauvaise réputation_: dites, AVOIR _une mauvaise santé_:--_une mauvaise réputation_.
JUSQUE. Au lieu de _jusque_, on peut employer _jusques_ devant une voyelle: JUSQU'_à nous_, ou JUSQUES _à nous_: c'est l'oreille qui en décide.
L'_e_ de _jusque_ s'élide seulement devant _à_, _au_, _aux_, _ici_: _jusqu'à Paris_,--_jusqu'au Pérou_,--_jusqu'ici_.
L'usage permet de dire également, _jusqu'à aujourd'hui_, et _jusqu'aujourd'hui_.
L finale ne se prononce pas dans _baril_, _chenil_, _coutil_, _fournil_, _fusil_, _gril_, _nombril_, _outil_, _persil_, _soûl_, _sourcil_, _gentil_ (idolâtre). Mais elle sonne dans tous les autres mots.
Cependant il faut remarquer que cette lettre, dans le mot _gentil_ pour signifier _joli_, ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors elle se mouille comme au feminin: _un gentil enfant_: prononcez _un gentille enfant_: mais au pluriel l'_l_ reste muette, et on dit _genti-zan-fan_.
L finale précédée d'un _i_ prend le son mouillé, dans _avril_, _babil_, _cil_, _mil_ (petit grain), _péril_, _bail_, _travail_, _fénil_, etc.
Il faut en excepter _fil_, _Nil_, _mil_, (adjectif numéral) ainsi que les adjectifs en _il_, et de plus les mots énumérés ci-dessus, où l'_l_ ne se prononce pas.
LÀ. L'adverbe _là_ doit être accompagné d'un trait d'union, lorsqu'il est joint à des mots, dont le sens ne permet pas de le séparer: _cet homme_-LÀ,--_celui_-LÀ,--_allez_-LÀ,--_quel livre est-ce_-LÀ? Mais on dira sans trait d'union: _c'est_ LÀ _mon opinion_,--_que dites-vous_ LÀ?--_sont-ce_ LÀ _vos livres_? parce que dans ces phrases l'adverbe _là_ n'est pas indispensable: on peut le supprimer, et dire: _c'est mon opinion_,--_que dites-vous?_--_sont-ce vos livres?_
LE. Le pronom _le_ peut représenter un _substantif_, ou un _adjectif_. Quand il représente un substantif, ou un adjectif pris substantivement, il s'accorde en genre et en nombre avec ce substantif, ou avec cet adjectif pris subtantivement: _êtes-vous Madame de Ste. Croix?_--_je_ LA _suis_: _êtes-vous la malade?_--_je_ LA _suis_: _êtes-vous les ministres du roi?_ _nous_ LES _sommes_: _êtes-vous les mariés?_ _nous_ LES _sommes_.
Lorsque le pronom _le_ représente un adjectif, ou un substantif pris adjectivement, il est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer ni genre ni nombre: _Madame, êtes-vous malade?_--_je_ LE _suis_; _Messieurs êtes-vous mariés?_--_nous_ LE _sommes_.--_Madame êtes-vous mère?_ _je_ LE _suis_.
Le pronom _le_ peut aussi tenir la place d'une proposition ou d'un verbe. Dans ce cas il est invariable parce qu'une proposition, ou un verbe, n'a ni genre ni nombre. _Si le public a eu quelque indulgence pour moi_, _je_ LE _dois à votre protection_;--_il faut obliger quand on_ LE _peut_.
Après _aussi_, _autant_, _moins_, _mieux_, _plus_, l'on fait suivre la conjonction _que_ du pronom _le_: _il est aussi habile que je_ LE _croyais_:--_elle est moins douce qu'elle ne_ LE _semblait_;--_ils sont plus savans qu'on ne_ LE _disait_. On pécherait contre la grammaire de dire,.. _que je croyais_,.. _qu'elle ne semblait_,.. _qu'on ne disait_.
L'oreille exige qu'on dise, _donnez_ LE _moi_,--_montrez_ LA _moi_,--_prêtez_ LA _nous_, et non pas, _donnez moi_ LE,--_montrez moi_ LA,--_prêtez nous_ LA.
LE DIT, LA DITE, SUSDIT, SUSDITE, sont des termes de _Palais_, dont l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit aux personnes qui se piquent d'écrire et de parler avec grâce.
LE MIEN. Les pronoms possessifs, _le mien_, _le tien_, _le nôtre_, _le vôtre_, doivent toujours se rapporter à un substantif énoncé précédemment. Ainsi, _j'ai reçu la_ VÔTRE _en date du_....est une phrase dans laquelle _la vôtre_ ne se rapporte à rien: dites, _j'ai reçu votre lettre en date du_....
LEQUEL. Au lieu de _qui_, _que_, l'on doit employer _lequel_, pour éviter une équivoque. Ainsi l'on ne dira pas, _c'est un effet de la Providence divine_ QUI _excite l'admiration_.--_c'est un effet de la Providence divine_ QUE _nous admirons_: car on ne sait si _qui_ et _que_ se rapportent à _effet_ ou à _Providence_. Il faut dire, _c'est un effet de la Providence divine_ LEQUEL _excite notre admiration_..LEQUEL _nous admirons_. Hors le cas d'équivoque on doit préférer _qui_, _que_, à _lequel_, expression prosaïque et inélégante.
LETTRES MAJUSCULES. Il faut commencer par une _majuscule_ ou _grande lettre_ chaque alinéa, chaque phrase, chaque vers, tous les noms d'homme, de vaisseau, de fausse divinité, tels que _Pierre_, _Jean_, _le Formidable_ (vaisseau) _Jupiter_: tous ceux de lieu, tels que l'_Europe_, _Londres_, _Québec_; tous ceux de peuples, tels que les _Européens_, les _Romains_, les _Canadiens_: tous ceux de sectes, tels que les _Épicuriens_, les _Protestans_: tous ceux de rivières, de montagnes, de vents; le _St. Laurent_, les _Alpes_, le _Nord-Est_: tous ceux de jour et de mois, tels que _Vendredi_, _Août_; tous ceux de tribunaux, de compagnies, de corps, de dignités, quand ces noms sont employés avec application individuelle, tels que l'_Église_ du Canada, le _Parlement_ d'_Angleterre_, l'_Académie_, l'_Apôtre S. Paul_: enfin tous ceux de science, d'art, de métier, s'ils sont pris dans un sens individuel, qui distingue la science, l'art, le métier de toute autre science, de tout notre art, de tout autre métier. _La Grammaire est une science indispensable_:--_la Musique est un art charmant_.
Les adjectifs _saint_, _grand_, et semblables, lorsqu'ils entrent dans la composition d'un nom propre, aussi bien que les titres, _Monseigneur_, _Monsieur_, _Madame_, etc., doivent prendre une _initiale majuscule_: c'est l'usage.
Quelquefois on personnifie les êtres moraux, et alors ils suivent la règle des noms d'homme. _Envie_ par ex. prend une lettre majuscule dans ce vers de la Henriade: _Ci-gît la sombre Envie à l'oeil timide et louche._ Le même mot s'écrit sans grande lettre dès qu'il cesse d'être personnifié. _L'envie s'attache aux grands talens._
Lorsque les noms de peuples et de sectes n'embrassent pas la totalité, la majuscule cesse d'avoir lieu, _un français_, _des anglais_, _un calviniste_.
_Remarque._--Ces règles sur l'emploi des lettres majuscules sont à peu près les plus généralement suivies. Néanmoins il faut dire qu'il existe à cet égard bien des contradictions entre les auteurs.
LEUR joint au verbe ne prend jamais la lettre _s_: _donnez leur à manger_;--_je leur ai dit_: joint à un nom il prend une s au pluriel.
LIRE. On doit dire, _lire_ DANS _un journal_,--DANS _un régistre_; et non pas, _lire_ SUR _un journal_,--SUR _un régistre_.
LIS. L'_s_ de ce mot se prononce toujours, excepté dans _fleur de lis_.
LOUIS. Plusieurs personnes confondent _louïs_, pièce de monnaie, avec _livre_, monnaie de compte. C'est une erreur grave, parce que le _louïs_ est une ancienne monnaie d'or de France, dont la valeur, fixée par nos lois, est d'un peu plus de quatre piastres et demie d'Espagne; tandis que notre livre du cours d'Halifax vaut seulement quatre piastres.
Le mot _dollar_, monnaie des États-Unis, est reçu, de même que le mot _pound_ pour la livre sterling. Ce dernier cependant sonne mal à l'oreille.
L'UN et L'AUTRE, employé comme sujet, veut le verbe au pluriel: _l'un et l'autre_ VIENDRONT. Le substantif placé après _l'un et l'autre_ se met au singulier; _l'un et l'autre_ CHEVAL. Quand _l'un_ est précédé d'une préposition, cette préposition doit être; répétée devant _l'autre_; _je parle_ POUR _l'un et_ POUR _l'autre_.
_Ni l'un ni l'autre_, veut également le verbe au pluriel, excepté quand un des sujets précédés de _ni_ peut seul faire l'action marquée par le verbe; _ni l'un ni l'autre n'_OBTIENDRA _le prix_:--_ni Monsieur A_, _ni Monsieur B ne_ SERA _nommé président_.
_L'un et l'autre, les uns et les autres_ marquent simplement la pluralité. _L'un l'autre_, _les uns les autres_ expriment la réciprocité: _Racine et Boileau étaient poëtes l'un_ ET _l'autre_; _ils s'estimaient l'un l'autre_.
MAJESTÉ veut au féminin l'adjectif et le participe qui suit: _Votre Majesté est_ VICTORIEUSE. Lorsqu'il est suivi d'un substantif pris adjectivement, les avis sont partagés; les uns disent; _Votre Majesté est_ MAÎTRESSE _de ses états_, les autres, _Votre Majesté est_ MAÎTRE _de ses états_. Cette dernière construction est généralement plus usitée.
MALGRÉ QUE employé dans le sens de _quoique_, a vieilli, et n'est plus français. Ainsi ne dites pas, _il sort_ MALGRÉ QU'_on_ _le lui défende_: dites, QUOIQU'_on le lui défende_.
MANOEUVRE et MANOUVRIER. Ces mots différent dans leur signification. _Manoeuvre_ est un ouvrier subalterne, qui sert ceux qui font l'ouvrage. _Manouvrier_, ouvrier qui travaille de ses mains et à la journée.
MANQUER prend _à_ et _de_ devant l'infinitif: _à_, quand il signifie ne pas faire ce qu'on doit: _on mésestime celui qui manque_ À _remplir ses devoirs_: et _de_ lorsqu'il signifie _omettre_, _oublier_, _faillir_: _ne manquez pas_ DE _venir_,--_il a manqué_ DE _tomber_.
MASSACRANT. Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire. On doit donc éviter de dire, _cet homme est aujourd'hui d'une humeur_ MASSACRANTE, etc.
MATINAL est celui qui s'est levé matin, sans en avoir l'habitude; _matineux_ celui qui a l'habitude de se lever matin: _vous êtes bien_ MATINAL _aujourd'hui_:--_je ne suis pas_ MATINEUX.
MEILLEUR. Le comparatif _meilleur_ suivi de _que_ veut _ne_ devant le verbe suivant: _ces fruits sont meilleurs que je_ NE _le croyais_: à moins que le premier verbe ne soit négatif, ou employé interrogativement: _ces fruits ne sont pas meilleurs que je le croyais_.
MÊLER _avec_, c'est brouiller ensemble plusieurs choses; _mêler l'eau_ AVEC _le vin_,--_mêler de l'or_ AVEC _de l'argent_. _Mêler à_, c'est joindre, unir: _mêler la douceur_ À _la sévérité_:--_mêler l'agréable_ À _l'utile_.
MÊME est adjectif ou adverbe.
_Même_ est adjectif,
1º. quand il précède le substantif: _vous retombez dans les_ MÊMES _allarmes_.
2º. quand il est placé après un pronom, ou un seul substantif: _les Dieux_ EUX-MÊMES _devinrent furieux_,--_ces murs_ MÊMES _peuvent avoir des yeux_.
_Même_ est adverbe,
1º. quand il est placé après deux ou plusieurs substantifs: _les animaux, les plantes_ MÊME, _étaient au nombre des Divinités_.
2º. quand il qualifie un verbe; _exempts de maux réels les hommes s'en forment_ MÊME _de chimériques_.
MI. Particule indéclinable, abréviation de _demi_, signifie la moitié, le milieu: _la_ MI-_août_,--_la_ MI-_carême_.
_À mi_ est une locution adverbiale qui signifie, à la moitié de; _à mi-côte_,--_à mi-jambes_.
MIEUX. La syntaxe de l'adverbe _mieux_ donne lieu à plusieurs observations.
1º. suivi de deux infinitifs, _mieux_ veut _de_ avant le second infinitif; _il vaut mieux se taire que_ DE _parler mal_.
2º. _mieux_ veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction que; _il écrit mieux que je_ NE _le croyais_; à moins que le verbe devant _mieux_ ne soit négatif: _il n'écrit pas mieux que je le croyais._
3º. _Le mieux_, _la mieux_, _les mieux_ veulent le verbe suivant au subjonctif: _le livre le mieux écrit que nous_ AYONS LU.
MIL s'écrit de trois manières.
1º. _mil_, dans les supputations d'années: _l'an mil huit cent quarante et un_.
2º. _mille_ pour exprimer dix cents: _nos troupes firent cinq_ MILLE prisonniers.
Dans ces deux cas il rejette la marque du pluriel.
3º. _mille_ avec une _s_ au pluriel, pour représenter une mesure de chemin: alors il est substantif commun.
MOINDRE veut _ne_ devant le verbe qui suit la conjonction _que_: _cette somme est moindre que vous_ NE _le dites_: à moins que le verbe placé devant _moindre_, ne soit négatif, ou interrogatif; _cette somme n'est pas moindre que vous le dites._
_Le moindre_, _la moindre_, _les moindres_ veulent le verbe suivant au subjonctif: _la moindre faute que vous puissiez commettre._
Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif _moindre_ doit s'appliquer à l'adverbe _moins_.
MOINS. _À moins que de_, et, _à moins de_ se disent également devant l'infinitif.
MON. Les adjectifs possessifs _mon_, _ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, _son_, _sa_, _ses_, _notre_, _nos_, _votre_, _vos_, _leur_, _leurs_ se répètent,
1º. devant chaque substantif: _mon père et_ MA _mère_:--_mes frères et_ MES _soeurs_; et non pas, _mes pères et mère_;--_mes frères et soeurs_.
2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le même substantif: _mon grand et_ MON _petit appartement_;--_nos vieux et_ NOS _jeunes soldats_.
Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif; _mon grand et bel appartement_:--_nos vieux et braves soldats_: attendu que le même appartement est _grand_ et _beau_, et que les mêmes soldats sont _vieux_ et _braves_, les deux adjectifs modifiant le même substantif.
MOUCHER n'est jamais neutre: ainsi il ne faut pas dire, _je mouche beaucoup_, mais _je_ ME _mouche beaucoup_.
MOUDRE. _Je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils moulent, je moulais, je moulus, je moudrai, je moudrais, mous, moulons, moulez, que je moule, que tu moules, que je moulusse, moulant, moulu, moulue._
MOUVOIR. _Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent, je mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, meus, mouvons, mouvez, que je meuve, que tu meuves, qu'il meuve, que nous mouvions, que vous mouviez, qu'ils meuvent, que je musse, mouvant, mû, mûe._
Conjuguez de même _émouvoir_, _s'émouvoir_.
MUR et MURAILLE. On dit,--_les_ MURS _d'un jardin_,--_les_ MURAILLES _d'une ville_. Le propre du _mur_ est de séparer, de partager, de fermer: l'idée particulière de la _muraille_ est celle de défendre, de fortifier.
N. Quand un mot est terminé par un son nasal, c.-à-d., par _an_, _in_, _on_, l'on ne fait la liaison de l'_n_ finale avec la voyelle qui commence le mot suivant, que quand le sens n'admet aucune pause entre ces deux mots, comme dans, _mon ami_,--_certain auteur_,--_on ignore_. Mais on prononce sans lier la consonne _n_ à la voyelle qui suit, _mon cousin est venu_,--_vin bon à boire_,--_je demande pardon à Dieu_, parce que l'on peut faire une légère pause après les mots, _cousin_, _bon_, _pardon_.
NE. La négation _ne_ précédée d'un _que_ et suivie d'un _verbe_ offre quelques difficultés.
Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés par _plus_, _moins_, _meilleur_, _mieux_, ou autres termes équivalens, si le premier membre de la comparaison est _négatif_, le second qui vient après _que_ doit être affirmatif, et la négation _ne_ ne peut y paraître: _il n'est pas plus sage qu'il était_;--_il ne pense pas autrement qu'il parle_;--_il n'écrit pas mieux qu'il parle_.
Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre de la comparaison est affirmatif, le second doit prendre _ne_: _il est plus sage qu'il_ NE _l'était_,--_il pense autrement qu'il_ NE _parle_,--_il écrit mieux qu'il_ NE _parle_.
Les locutions conjonctives _à moins que_, _de peur que_, _de crainte que_, et le verbe _empécher_, veulent toujours après eux la négation _ne_; _à moins que vous_ NE _lui parliez_,--_de peur que l'on_ NE _vous trompe_,--_les fautes d'Homère n'ont pas empêché qu'il_ NE _fût sublime_.
_Nier_, _douter_, _désespérer_, _disconvenir_ sont suivis de NE seulement quand ils sont accompagnés d'une négation: _je ne doute pas que cela_ NE _soit_, etc.
Mais on dirait sans la négation, _je nie_,--_je doute que cela soit_, parce que les verbes _nier_, _douter_ sont employés ici affirmativement.
Les locutions conjonctives _avant que_, _sans que_, et le verbe _défendre_, ne sont jamais suivis de _ne_: _avant qu'il fasse froid_,--_je défends qu'on lui fasse mal_.
Quand deux phrases négatives sont jointes par _ni_, ou quand _ni_ est répété, l'emploi de la négation _ne_ est nécessaire: _il ne les craignait ni_ NE _les aimait_,--_ni Pierre ni Paul_ NE _viendront_.
NÉGATION. La négation se compose de _ne_, _ne pas_, _ne point_,--_je n'ose_,--_je n'ose pas_,--_je n'ose point_; _ne_ est la plus faible des négations; _ne point_ est la plus forte; et _ne pas_ tient le milieu.
_Pas_ ne peut jamais être employé avec _rien_. Ne dites pas avec Racine; _On ne veut_ PAS RIEN _faire ici qui vous déplaise_.
NÉOLOGIE. L'emploi de nouveaux termes dans une langue est une conséquence qui découle de la nature même des langues, qui ne peuvent rester stationnaires. Horace l'a dit il y a près de deux mille ans.
Mais avons-nous au Canada mission ou titre pour la création de nouveaux mots? Oui, sans nul doute. Mais en même temps il est clair qu'il n'existe chez nous aucun tribunal qui puisse connaître de nos produits de ce genre: il est évident que l'Océan Atlantique nous sépare des seuls juges compétens de la langue française, auxquels il appartient de prononcer en dernier ressort.
Tous les lexicographes conviennent de la nécessité d'incorporer à la langue les termes de relation qui expriment les choses et les objets qui n'existent que dans les pays lointains, nouvellement découverts, ou avec lesquels l'on a eu peu de communications. D'où il résulte pour le Canada le droit de créer des termes pour les objets et les choses qui lui appartiennent exclusivement.
D'un autre côté, notre position sous le gouvernement britannique a nécessité l'adoption de quelques constructions, de quelques termes même anglais.
Il résulte de cette double circonstance, qu'un sage emploi de _nouveaux termes_ et de mots anglais, là où la langue française n'en fournit pas d'équivalens, est permis, commandé même.
Mais que l'élève ne perde pas de vue que, hors les cas extrêmes, l'emploi de mots et de constructions anglaises est un véritable fléau pour la langue. Déjà cet abus a envahi la portion instruite de notre société, et y fait des progrès allarmans; et pour comble de malheur l'on porte quelquefois cette licence dans des écrits, que d'ailleurs le génie ne désavouerait pas.
Quant à l'emploi de mots purement anglais, là où il y a des termes en français qui leur correspondent, c'est une manie insupportable, c'est le comble du ridicule; et cependant combien de personnes, même d'éducation, qui tombent dans ce défaut! Telle Dame ne peut manger de soupe qu'au BARLEY! Tel Monsieur vous prie _de lui passer un_ TUMBLER _pour boire du_ BRANDY _et de l'eau_! Celui-ci vous demande, sans perdre son sérieux, si _ces_ PATATES (pommes de terre) _sont cuites au_ STEAM: celui-là si _vous avez_ PAYÉ _une visite à Monsieur un tel_, etc.
Qui ne voit la barbarie de ces expressions; l'impertinence de ce langage?