Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, adapté au jeune âge et suivi d'un recueil de locutions vicieuses

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Notes de transcription: Pour une plus grande cohérence de l'ouvrage, les majuscules ont été accentuées. De plus les errata incorporés entre l'avertissement et la première page ainsi qu'entre les pages 128 et 129 ont été corrigés dans le texte et repportés à la fin de l'ouvrage. Les primo (1º), secundo (2º) etc. qui figuraient sous la forme 1o, 2o... ont été transformés par souci de lisibilité en 1º, 2º... Le nom de l'auteur a été ajouté dans la première page de présentation.

Dans cette version texte les expressions qui étaient en italiques ont été entourées de tirets bas.

MANUEL DES DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES DE LA LANGUE FRANÇAISE, ADAPTÉ AU JEUNE ÂGE,

ET SUIVI D'UN

RECUEIL DE LOCUTIONS VICIEUSES.

PAR THOMAS MAGUIRE

QUÉBEC: IMPRIMÉ ET PUBLIÉ PAR FRÉCHETTE & Cie, Nº. 13, RUE LAMONTAGNE, BASSE-VILLE.

1841.

_AVERTISSEMENT._

Le besoin d'un _Manuel Lexique_ des difficultés de la langue française, se fait vivement sentir dans nos écoles de grammaire; et l'on a à regretter que le commerce ne nous fournisse pas les ouvrages de ce genre, qui se multiplient, depuis quelques années, sur l'ancien continent. C'est pour remedier en partie à ce défaut, que le présent travail, _né de circonstances purement fortuites_, a été préparé pour la presse: et en l'offrant au jeune âge, l'Auteur n'a garde de se présenter sous d'autre titre, que celui d'_humble compilateur_; titre qui doit lui demeurer entier, malgré quelques articles de sa création, devenus indispensables pour signaler des erreurs de langage particulières au Canada.

Les grammaires mises à contribution, pour la confection de ce petit livre, sont celles de Duvivier, de Chambaud, de Lequien, de Lhomond, de Letellier, de Galland, de Noël et Chapsal, etc. Les sources pures et abondantes des Dictionnaires de l'Académie, de Trévoux, de Boiste, de Rolland, de Gatel, de Noël et Chapsal, etc., ont été exploitées dans le même but: et il est essentiel d'ajouter, que les articles puisés dans ces riches trésors de la langue française sont reproduits textuellement, autant que les circonstances et le cadre étroit de l'ouvrage l'ont permis.

Ayant exposé les difficultés les plus communes de la langue, il était naturel de fournir un tableau des expressions incorrectes et dénaturées, qui en altèrent la beauté et les règles: voilà ce qui a donné lieu au _Recueil de Locutions Vicieuses_, placé à la suite du _Manuel_.

L'Auteur ne s'est point fait illusion sur la difficulté de sa tâche: il n'ignore pas qu'il ouvre un champ large à la critique. Heureux! si son livre attire l'attention de quelque Aristarque consciencieux, qui daigne en signaler les erreurs, au profit de la portion chérie de la société à laquelle il est destiné!

Du reste, si l'Auteur a aplani au jeune âge quelques-unes des aspérités dont la langue est hérissée, son but est atteint, son voeu accompli.

Québec, Octobre, 1841.

MANUEL

DES

DIFFICULTÉS LES PLUS COMMUNES

DE LA

LANGUE FRANÇAISE.

ABSOUDRE. _J'absous_, _tu absous_, _il absout_, _nous absolvons_, _vous absolvez_, _ils absolvent_. _J'absolvais_; point de prétérit défini. _J'ai absous_, _j'absoudrai_, _j'absoudrais_, _absous_, _absolvons_, _absolvez_, _que j'absolve;_ point d'imparfait du subj. _Absolvant_, _absous_, _absoute_.

_Dissoudre_ se conjugue de même.

ACADÉMICIEN est un membre d'une compagnie de savans: _académiste_, celui qui étudie les armes, l'équitation dans une académie.

ACCENT CIRCONFLEXE. On l'emploie pour les voyelles longues, et on le met,--1º. sur _a_ long, _lâche_, _tâche_, _château_.--2º. sur l'avant dernier _e_ des mots en eme: _même_, _blême_; excepté cependant les adjectifs numéraux ordinaux, comme _deuxième_, _troisième_, etc.--3º. sur l'_i_ des verbes en _aitre_ et _oitre_, comme _paraître, accroître_; dans tous les temps où _i_ est suivi de _t_; _il naît_, _il paraîtra_, _nous accroîtrons_.--4º. sur l'_o_ qui précède les finales _le_, _me_, _ne_: _pôle_, _rôle_, _dôme_, _zône_.--5º. sur _le nôtre_, _le vôtre_, mais non sur _notre_, _votre_.--6º. on l'emploie encore à la première et seconde personne plurielle du prétérit défini: _nous aimâmes_, _vous aimâtes_, _nous reçûmes_, _vous reçûtes_.--7º. à la troisième personne singulière de l'imparfait du subjonctif: _qu'il fût_, _qu'il eût_, _qu'il aimât_.--8º. on le pose aussi sur les adjectifs _sûr_, (pour signifier certain) _mûr_, etc., parce qu'on écrivait autrefois _seur_, _meur_, et enfin sur _dû_, participe du verbe devoir, pour le distinguer de l'article _du_. Toutefois ce participe ne prend l'accent circonflexe, ni au pluriel masculin, ni au féminin, tant singulier que pluriel, parce qu'alors il ne peut être confondu avec l'article _du_. Enfin on le met sur _tû_, participe du verbe _taire_, pour le distinguer du pronom _tu_, et sur _crû_, participe de _croître_, pour le distinguer de _cru_, participe de croire.

ACCORD du verbe avec ses sujets. Quand plusieurs substantifs ou pronoms composent les sujets, le verbe s'accorde avec le dernier substantif ou pronom;

1º. lorsque les mots formant les sujets sont synonymes: _son courage_, _son intrépidité_ ÉTONNE _les plus braves_. Il est essentiel que les substantifs synonymes ne soient jamais unis par la conjonction _et_.

2º. lorsque les mots formant les sujets renferment une expression qui réunit en elle tous les mots qui précèdent, comme _chacun_, _tout_, _rien_, _personne_. _Paroles et regards_, TOUT EST _charmes en vous_:--_le temps, les biens, la vie_, RIEN _ne nous_ appartient .

3º. lorsque l'esprit s'arrête sur le dernier substantif, parce qu'il est d'un tel intérêt, qu'il fait oublier les autres:--_ce sacrifice, votre intérêt, votre honneur_, DIEU _vous le_ COMMANDE:--_mon repos, mon_ BONHEUR SEMBLAIT _être affermi_.

Lorsqu'un verbe a deux sujets de la troisième personne unis par la conjonction _ou_, on peut faire accorder le verbe avec les deux sujets, ou avec le dernier, et dire également bien--_Pierre_ ou _Paul le_ FERA, ou, _le_ FERONT. Cependant l'accord avec le dernier sujet parait préférable.

Cette règle s'applique à _l'un l'autre_, lorsqu'ils sont unis par la conjonction _ou_:--_l'un ou l'autre vous_ ÉCRIRA, ou _vous_ ÉCRIRONT.

Cependant si les mots unis par _ou_ sont de différentes personnes, l'usage demande que le verbe se mette au pluriel, et qu'il s'accorde avec la personne qui a la priorité:--_c'est toi ou moi qui_ AVONS _fait cela_,--_c'est toi ou lui qui_ AVEZ _dit cela_:--_lui ou moi nous_ SERONS _peut-être assez heureux_, _etc._

Dans les phrases où deux substantifs, ou bien deux pronoms sont liés par une des conjonctions, _de même que_, _aussi bien que_, _comme_, _non plus que_, _plutôt que_, _avec_, _ainsi que_, et autres semblables, c'est avec le premier substantif que l'accord a lieu: _la vertu_, _de même que le savoir_, _A son prix_. _C'est sa fille_, _plutôt que son fils_, _qu'il_ A DÉSHÉRITÉE.

Après _l'un et l'autre_ faut-il mettre le verbe au singulier, ou au pluriel?

L'Académie, Vaugelas, Marmontel, &c., sont d'avis que l'on peut se servir indifféremment du singulier ou du pluriel: mais presque tous les grammairiens, suivant Duvivier, se sont prononcés pour le pluriel.

Si _l'un et l'autre_ était placé après le verbe, le pluriel serait de rigueur. _Ils_ VOULAIENT _l'un et l'autre se promener_.

Si les sujets sont exprimés par _ni l'un ni l'autre_, ou sont liés par _ni_ répété, le verbe doit-il être mis au singulier ou au pluriel?

Duvivier répond qu'on est libre de se décider en faveur du singulier ou du pluriel, puisque l'Académie et les meilleurs auteurs ont fait usage indifféremment du singulier et du pluriel.

Il ajoute cependant qu'il se range à l'opinion de Wailly et de Marmontel qui veulent que quand les deux sujets concourent à l'action, l'on donne au verbe la forme plurielle, parce qu'il y a pluralité dans l'idée, et que l'on dise, _ni l'un ni l'autre n'_ONT FAIT _leur devoir_:--_Ni la douceur ni la force ne_ PEUVENT _rien_.

Mais si l'un des deux sujets seulement fait, ou reçoit l'action, parce qu'alors il y a unité dans la pensée, les mêmes grammairiens veulent que l'on mette le verbe au singulier, et que l'on dise, _ni l'un ni l'autre n'_EST _mon père_:--_Ce ne sera ni Mr. le Duc, ni Mr. le Comte qui_ SERA NOMMÉ _ambassadeur d'Espagne_.

Lorsque le verbe qui suit _ni_ répété, est au pluriel, on doit le faire accorder avec la personne qui a la priorité. _Ni vous ni moi ne_ SOMMES _coupables_.--_Ni vous ni lui n'_AVEZ FAIT _cela_.

Doit-on après _un_, _une_ joint à _de_, _des_ se servir du singulier ou du pluriel, et dire, _c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais_ FAIT: ou, _c'est une des plus belles actions qu'il ait jamais_ FAITES?

La phrase dont il s'agit est elliptique: c'est comme s'il y avait, _c'est une action des plus belles actions qu'il ait jamais faites_. Pour résoudre la difficulté, il faut examiner si le pronom relatif _que_ a pour antécédent le substantif en ellipse, ou le substantif pluriel placé après la préposition _des_. Dans le premier cas on emploie le singulier, et dans le second le pluriel. Or dans la phrase citée ci-dessus, il est évident que le relatif _que_ se rapporte au substantif placé après la préposition; car il s'agit _d'actions faites_, et non pas _d'une action faite_. Le participe doit donc être mis au pluriel.

D'après ces principes il faudra dire au singulier, _c'est un de nos meilleurs grammairiens qui_ A FAIT _cette faute_: et au pluriel; _votre ami est un des hommes qui_ PÉRIRENT _dans la sédition_.

ACCORD d'un adjectif qui suit plusieurs substantifs.

Quand un adjectif suit plusieurs substantifs régimes, soit régimes d'un verbe, soit régimes d'une proposition, et que cet adjectif ne se prononce pas au masculin comme au féminin, au singulier comme au pluriel, il ne s'accorde qu'avec le dernier des substantifs: mais il est sous-entendu après les précédens. _Ce soupçon..excita des plaintes, et un mécontentement_ GÉNÉRAL.--_C'est donc en vain qu'on met la véritable gloire dans l'honneur et la probité_ MONDAINE.

Mais un adjectif, placé après des substantifs régimes, se met au pluriel, si cet accord ne change pas la prononciation de l'adjectif.--_Il sacrifie son repos et sa liberté pour la liberté et la félicité_ PUBLIQUES.

ACQUÉRIR. _J'acquiers_, _tu acquiers_, _il acquiert_, _nous acquérons_, _vous acquérez_, _ils acquièrent_, _j'acquérais_, _j'acquis_, _j'acquerrai_, _j'acquerrais_, _acquiers_, _acquérons_, _acquérez_, _que j'acquière_, _que nous acquérions_, _que j'acquisse_, _acquérant_, _acquis_, _acquise_.

Conjuguez de même _conquérir_, _reconquérir_, _requérir_, _s'enquérir_.

ADJECTIFS ABSOLUS, (les) _Parfait_, _universel_, _immortel_, _mortel_, _éternel_, _essentiel_, _divin_, _suprême_, _extrême_, _excellent_, ne peuvent être précédés de mots qui expriment le plus ou le moins, par cela même qu'ils sont _absolus_, et rejettent toute comparaison. On ne peut dire, _plus_ ou _moins éternel,--mortel_, &c.

ADJECTIF NUMÉRAL. Quelquefois l'adjectif de nombre cardinal remplace celui de nombre ordinal. _Il est_ SIX _heures_;--_l'an_ MIL HUIT CENT:--_le_ CINQ _Mars_,--GUILLAUME QUATRE.

AIDER quelqu'un, c'est l'assister de sa bourse, de ses conseils:--_aider à quelqu'un_, c'est partager sa fatigue, sa peine:--_aider à quelque chose_, c'est y contribuer.

AÏEUL est le père du père ou de la mère. Au pluriel on dit _aïeuls_, quand on veut désigner préscisément le grand-père paternel et le grand-père maternel. Hors delà on dit _aïeux_, pour signifier tous ceux de qui l'on descend, et qui ont devancé nos _aïeuls_.

AIGLE, _oiseau_, est masculin. AIGLE, _drapeau_, est féminin. _Les Aigles Romaines_. AIGLE, _constellation_, est féminin.

AIGUILLON. Il y a quelques mots, comme, _aiguillon_, _aiguille_, _aiguiser_, _arguer_, _inextinguible_, et les noms propres _d'Aiguillon, le Guide, de Guise_, dans lesquels l'_u_ se fait entendre, et que l'on prononce, _é-gu-i-glion_,--_é-gu-i-lle_,--_é-gu-i-zé_,--_ar-gu-é_, --_inextin-gu-i-ble_,--_d'É-gu-i-glion_,--_le Gu-i-de_,--_de Gu-i-se_.

AIR. On dit, _cette femme_ a l'air BON, et non pas BONNE, parce que _bon_ se rapporte à l'_air_. Mais on dit, _cette pomme a l'air_ CUITE, et non pas CUIT, parce que l'adjectif ne peut être dit ici du substantif _air_.

ALLER. On ne dit plus _je vas_, mais, _je vais_. L'impératif _va_ prend une _s_ euphonique quand il est suivi du pronom relatif _y_: _vas y_. Mais si après l'_y_ il suit un _verbe_, l'Académie veut que l'on supprime l'_s_. _Va y mettre ordre._

AMOUR au singulier est masculin: au pluriel féminin, excepté quand il désigne les petits génies de la mythologie. _Ces_ PETITS _amours sont bien_ GROUPÉS.

À NEUF, DE NEUF. _Refaire un bâtiment_ À NEUF:--_remettre un tableau_ À NEUF, c'est les restaurer, les réparer.

_Se faire habiller_ DE NEUF, c'est se faire faire des habits neufs.

ANCÊTRES. _Nos ancêtres: nos aïeux: nos pères._ Le siècle de nos _pères_ a touché au nôtre: nos _aïeux_ les ont devancés: nos ancêtres sont les plus reculés de nous.

ANIMAUX. Leurs parties principales.

On dit le _pied_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un cerf, d'un mouton, d'une vache, et des autres animaux chez lesquels cette partie est de _corne_.

On dit la _patte_ d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un loup, d'un ours, d'un rat, et des autres animaux chez lesquels cette partie n'est pas de _corne_.

On dit les _ongles_ d'un lion, les _griffes_ d'un chat, d'un tigre, les _serres_ d'un aigle, d'un épervier.

On dit la _bouche_ d'un cheval, d'un boeuf, d'un âne, et en général en parlant des bêtes de somme.

On se sert du mot _gueule_ en parlant des poissons, des reptiles, et de la plupart des quadrupèdes. On dit la _gueule_ d'une carpe d'une truite, d'un brochet, d'un serpent, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un loup, d'un chat, &c.

On fait usage du mot _bec_ pour les volatiles.

Quand on parle de cette partie qui comprend la _gueule_ et le _nez_, on dit le _groin_ d'un cochon, le _muffle_ d'un cerf, d'un boeuf, d'un lion, d'un léopard, d'un tigre: le _museau_ d'un chien, d'un renard, &c.

On donne le nom de _défenses_ ou _broches_ de sanglier aux deux grosses dents crochues et effilées qui sortent de sa gueule.

On appelle _bois de cerf_ ou _tête de cerf_, le grand bois que cet animal porte sur le devant de sa tête, et qui tombe tous les ans au printemps.

Enfin on dit la _hure_ d'un sanglier, d'un ours, d'un saumon, d'un brochet, pour la tête, lorsqu'elle est coupée.

ANIMAUX, leurs cris. L'abeille bourdonne, l'âne brait, le boeuf mugit ou beugle, la brebis bêle, le renard nasille, le cerf bramme, le chat miaule, le cheval hennit, (prononcez hanit) le chien aboie ou jappe, le cochon grogne, le corbeau croasse, la grenouille coasse, le lion rugit, le loup hurle, le serpent siffle, l'aigle et la grue glapissent ou trompettent, les petits chiens et les renards glapissent, les pigeons roucoulent, la perdrix cacabe, le moineau chuchète ou pépie, le paon braille ou criaille, le dindon glougloute, le poulet piaule, la poule glousse, le grillon grésillonne, l'oie siffle, le rossignol gringotte, &c.

APPELER. _J'appelle, tu appelles, il appelle, nous appelons, vous appelez, ils appellent, j'appelais, j'appelai, j'appellerai, j'appellerais, appelle, appelons, appelez, que j'appelle, que nous appelions, que j'appelasse, appelant, appelé, appelée_.

Ce verbe comme tous ceux qui sont terminés par _eler_, doublent la lettre _l_, quand après cette lettre on entend un _e_ muet; c.-à-d. lorsque la lettre _l_ est suivie de _e_, _es_, _ent_. _J'appelle_,--_tu chancelles_,--_ils étincellent._

Cette règle est applicable aussi aux verbes dont l'infinitif est en _eter_. V. JETER.

APPLAUDIR. Comme on fait usage de ce verbe tantôt à l'actif, tantôt au neutre, il est indifférent de dire, _applaudir_ AUX _acteurs_, ou _applaudir_ LES _acteurs_: _on_ LUI _a applaudi_, ou, _on_ L'_a applaudi_.

Le participe passé de _s'applaudir_ s'accorde toujours. _Ils se sont_ APPLAUDIS _de leur conduite_.

ARC-EN-CIEL. Au pluriel on écrit, _arcs-en-ciel_; mais on prononce, comme au singulier, _ar-kan-ciel_.

ARTICLE. On répète l'article et les adjectifs déterminatifs, _mon_, _ma_, _mes_, _ton_, _ta_, _tes_, _ce_, _cette_, _un_, etc.

1º. devant chaque substantif, _les officiers et_ LES _soldats_;--_son frère et_ SA _mère_.

2º. devant deux adjectifs unis par _et_, lorsqu'ils ne qualifient pas le même substantif: _les anciens et_ LES _nouveaux soldats_,--_vos grands et_ VOS _petits appartemens_. Mais on dirait, _les anciens et braves soldats_;--_vos grands et beaux appartemens_, attendu que les mêmes soldats sont _anciens et braves_, et les mêmes appartemens _grands et beaux_.

Il n'est pas toujours aisé de connaître d'une manière précise les cas où l'on doit faire usage de l'article, et ceux où l'on ne doit pas s'en servir. Voici un principe général qui sera d'un grand secours pour les distinguer.

On doit employer l'article avant tous les noms communs pris _déterminément_, mais non avant ceux qu'on prend _indéterminément_.

Un nom est pris _déterminément_ lorsqu'il est employé pour désigner tout un genre, toute une espèce, ou enfin un individu. LA _jeunesse est imprévoyante_. Le mot _jeunesse_ est genre parce qu'il désigne la totalité des jeunes gens. LES _hommes à prétention sont insupportables_. Le mot _hommes_ est espèce, parce qu'il est restreint à un certain nombre d'individus. LE _roi est sage_. Le mot _roi_, dans cette phrase, désigne un individu.

Un nom est pris _indéterminément_ lorsqu'on s'en sert uniquement pour réveiller l'idée qu'on y attache: qu'on ne détermine rien sur l'étendue dont elle est susceptible; en un mot qu'on ne l'emploie pas pour désigner ni un genre, ni une espèce, ni un individu. _Les chemins sont bordés_ DE _lauriers_, DE _grenadiers_, DE _jasmins_. Les mots _lauriers_, _grenadiers_, _jasmins_ étant indéterminés, ne prennent pas l'article.

REMARQUES.

Les noms de provinces et de royaumes peuvent être pris _déterminément_ et _indéterminément_. On dit: _je viens d'Angleterre, de France_, sans l'article; parce qu'il suffit de regarder l'Angleterre ou la France comme terme d'où l'on part, et qu'il est inutile de penser à l'étendue de ces royaumes. Mais parce que les mots _limites_, _bornes_ font penser à cette étendue, on dit; _les limites de l'Angleterre, les bornes de la France_.

L'usage permet que l'on dise indifféremment, _les peuples de l'Asie_ ou _les peuples d'Asie_,--_les villes de l'Angleterre_ ou _les villes d'Angleterre_.

Mais on dit avec l'article: _les peuples de l'Asie ont toujours été faciles à subjuguer_; parce que l'on considère ces peuples par rapport à l'étendue du pays qu'ils habitent.

On dit plus communément: _il vient de l'Asie, de l'Europe, de l'Afrique_. C'est une exception à la règle donnée plus haut.

Il y a des noms de royaumes et de pays qui veulent absolument l'article; et l'on dit toujours: _les empereurs de la Chine--du Pérou--du Japon:--les habitants du Canada_.

Les locutions suivantes sont donc vicieuses: _je vais_ EN _Canada_,..EN _Pérou_:--_il demeure_ EN _Canada_,..EN _Japon_. Il faut dire: _je vais_ AU _Canada_,..AU _Pérou_;--_il demeure_ AU _Canada_,..AU _Japon_.

Les noms _Mercure_, _Jupiter_, _Vénus_, _Mars_, _Saturne_, _Herschel_ ne prennent pas l'article.

ASPECT, PERSPECTIVE, VUE. _Aspect_ désigne des points de vue particuliers. _Les vues de la Suisse offrent les aspects les plus agréables._ _Perspective_ est _l'aspect_ des objets vus de loin. L'idée de _vue_ est plus étendue que celle d'_aspect_.

ASSAILLIR. _J'assaille, tu assailles, il assaille, nous assaillons, j'assaillais, j'assaillis, j'assaillirai, j'assaillirais, assaille, assaillons, assaillez, que j'assaille, que j'assaillisse, assaillant, assailli, assaillie_.

_Tressaillir_ se conjugue de même.

ASSEOIR. _J'assieds, tu assieds, il assied, nous asseyons, vous asseyez, ils asseient, j'asseyais, nous asseyions, vous asseyiez, ils asseyaient, j'assis, j'assiérai ou j'asseierai, j'assiérais ou j'asseierais, assieds, asseyons, asseyez, que j'asseie, que nous asseyions, que vous asseyiez, qu'ils asseient, que j'assisse, asseyant, assis, assise_..

_Rasseoir_ se conjugue de même.

ASSURER veut un régime direct de personne quand il signifie _témoigner_: _assurez_ LE _de mon estime_: et un régime indirect lorsqu'il veut dire _donner pour sûr_: _assurez_ LUI _que nous sommes réconciliés_.

ATOCA. (_Oxycoccum_). Suivant Sarrasin, cité par Charlevoix, _atoca_ est un mot indien, qui désigne la baie de la canneberge. Cette baie, que les anglais appellent _cranberry_, ne porte point de nom en français.

À TRAVERS veut un régime direct; _à travers_ LES _champs_: _au travers_ est toujours suivi de la proposition _de_: _au travers_ DU _corps_.

AUCUN se met toujours au singulier: _aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire_: excepté quand il accompagne un substantif qui n'a pas de singulier, comme _pleurs_, _ancêtres_: ou qui, au pluriel, est pris dans un autre sens qu'au singulier, comme _troupes_, _gages_. _On n'a fait_ AUCUNES _fénérailles_,--AUCUNES _troupes ne sont mieux disciplinées_.

AUSSI, AUTANT, sont deux adverbes de comparaison qui doivent être suivis de la conjonction _que_, et non de _comme_, autre adverbe de comparaison. Ne dites pas: _il est aussi grand_ COMME _vous_,--_j'en ai autant_ COMME _vous_,--dites _il est aussi grand_ QUE _vous_,--_j'en ai autant_ QUE _vous_. On dit: _il est grand_ COMME _vous_:--_j'en ai_ COMME _vous_.

AUSSI, SI. Toutes les fois que l'on veut simplement marquer l'extension d'une qualité, il faut prendre _si_: _il n'est pas_ SI _fin_, _qu'on ne le puisse tromper_. Mais quand on veut faire comparaison entre deux adjectifs, ou deux adverbes, il faut se servir d'_aussi_ dans les phrases affirmatives: _il est_ AUSSI _poli qu'il est brave_: mais si la phrase est négative il faut employer _si_: _personne ne vous a servi_ SI _utilement que lui_. Cependant il est bien des personnes qui emploient alors presque indifféremment _si_ ou _aussi_, et disent, _il ne sera pas_ AUSSI _constant qu'il le dit_,--ou,--_il ne sera pas_ SI _constant qu'il le dit_.

AUSSI BIEN QUE. Lorsque deux sujets sont unis par _aussi bien que_, le verbe s'accorde avec le premier sujet: _le roi, aussi bien que ses ministres_, VEUT _la paix_.

AUTOMNE, d'après l'usage le plus commun, est masculin quand l'adjectif précède: UN _bel automne_: et féminin quand l'adjectif suit: UNE _automne froide_.

AUTOUR, ALENTOUR. Suivant les écrivains modernes _autour_ est une proposition, qui a par conséquent un régime, et _alentour_ un adverbe qui n'en a point. Il faut donc dire, _la reine avait toutes ses filles_ AUTOUR _d'elle_; et non pas, ALENTOUR _d'elle_:--_le roi était là, et ses gardes étaient_ ALENTOUR, et non pas, AUTOUR.

AUTRE QUE, TOUT AUTRE QUE, AUTREMENT QUE, marquant la comparaison, veulent _ne_ devant le verbe suivant: _il est tout autre que je_ NE _pensais_:--_il parle autrement qu'il_ N'_agit_: excepté quand le premier verbe est négatif: _il_ NE _parle pas autrement qu'il agit_.