Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle

Part 36

Chapter 363,363 wordsPublic domain

(_Préf. de Tartufe_ et 2e _Placet au roi_.)

SES, pluriel, précédant deux substantifs au singulier:

Chacun, à _ses péril et fortune_, peut croire tout ce qu’il lui plaît.

(_Mal. im._ III. 3.)

Cette façon de parler est tout à fait conforme à l’ancienne langue. Aussi je ne crois pas que la vraie locution soit: _à ses risques et périls_, mais _à ses risque et péril_, au singulier.

SEUL, faisant pléonasme avec _ne que_:

Notre sort _ne dépend que_ de sa _seule_ tête.

(_Éc. des fem._ III. 1.)

Mais j’entends que la mienne Vive à ma fantaisie, et non pas à la sienne; Que d’une serge honnête elle ait son vêtement, Et _ne_ porte le noir _qu’_aux bons jours _seulement_.

(_Éc. des mar._ I. 2.)

Ce _n’est qu’_après moi _seul_ que son âme respire.

(_Ibid._ II. 14.)

Et je _n’ai seulement qu’_à vous dire deux mots.

(_Tart._ III. 2.)

_Ce n’est que la seule_ considération que j’ai pour monsieur votre père.

(_Pourc._ III. 9.)

_Ce n’est qu’à l’esprit seul_ que vont tous les transports.

(_Fem. sav._ IV. 2.)

Ce tour, qu’on appellerait aujourd’hui un pléonasme, est très-familier aux écrivains du XVIIe siècle:

«Le roi son mari lui a donné jusqu’à la mort ce bel éloge, qu’il _n’_y avoit _que le seul_ point de la religion où leurs cœurs fussent désunis.»

(BOSSUET. _Or. f. de la r. d’A._)

SI, pris substantivement; UN SI, une condition:

Ces protestations ne coûtent pas grand’chose, Alors qu’à leur effet _un pareil si_ s’oppose.

(_Dép. am._ II. 2.)

«Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable; Mais _par tel si_, qu’au lieu qu’on obéit au diable Quand il a fait ce plaisir-là, A tes commandements le diable obéira.»

(LA FONTAINE. _La Chose impossible._)

Cette locution est très-fréquente dans les poëtes du XIIIe siècle: Le comte de Forest, le fanfaron Lisiard, se vante de faire en moins de huit jours la conquête de la belle Euriant, à condition qu’elle ne sera de rien prévenue:

«Et _par si_ qu’on ne li voist dire.»

(GIBERT DE MONTREUIL. _La Violette._ p. 17.)

Par tel _si_ qu’on n’aille le lui dire, la mettre sur ses gardes.

Il est très-important d’observer que nos pères avaient _se_ et _si_; _se_ exprimait seul un sens dubitatif, et venait du latin _si_; au contraire, _si_ n’était jamais dubitatif, aussi venait-il de _sic_. Cette distinction est essentielle pour l’intelligence de certains archaïsmes.

Plus loin, Lisiard propose à Gérard un défi; Gérard l’accepte, mais en dicte les conditions, et les soumet à la demoiselle affligée qu’il s’agit de venger:

«Et _par si_ soit fait li recors, S’il me puet ocire et conquerre, Que vous et toute vostre terre Serez à son comandement; Et se je le conquiers, ensement.»

(_La Violette._ p. 84.)

«Et soit fait notre accord par tel _si_, que s’il me peut tuer et conquérir, vous lui appartiendrez avec toute votre terre; et de même, si c’est moi qui le conquiers.»

--SI (_sic_), toutefois; ET SI, et pourtant, et encore:

J’ai la tête plus grosse que le poing, _et si_ elle n’est pas enflée.

(_B. gent._ III. 5.)

--SI FAUT-IL, encore faut-il:

MORON. _Si faut-il_ tenter toute chose, et éprouver si son âme est entièrement insensible.

(_Pr. d’Él._ III. 5.)

_Si faut-il bien_ pourtant trouver quelque moyen.... pour attraper notre brutal.

(_Sicilien._ 5.)

«On m’a pourvu d’un cœur peu content de soi-même, «Inquiet, et fécond en nouvelles amours: «Il aime à s’engager, mais non pas pour toujours; «_Si faut-il_ une fois brûler d’un feu durable.»

(LA FONT. _Elég._ III.)

--SI... COMME (_sic ut_):

Je vous félicite, vous, d’avoir une femme _si_ belle, _si_ sage, _si_ bien faite, _comme_ elle est.

(_Méd. m. lui._ II. 4.)

_Sic pulchra ut est._

_Comme_, dans l’origine, était le complément naturel de _si_, _aussi_, _tant_.

«Li reis jurad: _Si_ veirement _cume_ Deus vit, David ne murrad.»

(_Rois._ p. 74.)

«Ki, entre tute ta gent, est _si_ fidel _cume_ David vostre gendre est?»

(_Ibid._ p. 87.)

Ou sans séparation, _sicume_ (italien, _siccome_):

«E fud a curt _sicume_ il out ested devant.»

(_Rois._ p. 74.)

_Comme_ se construisait de même avec _tel_:

«Deus te face _tel_ merci _cume_ tu m’as mustred ici.»

(_Ibid._ p. 95.)

«Vous voulez vous guérir de l’infidélité, et vous en demandez les remèdes? Apprenez-les de ceux qui ont été _tels comme vous_.»

(PASCAL. _Pensées._ p. 272.)

_Comme_ suppléait _que_, au grand avantage de l’euphonie:

«Peut-être que tu mens _aussi bien comme_ lui.»

(CORNEILLE. _Le Menteur._ IV. 7.)

«Qu’il fasse _autant_ pour soi _comme_ je fais pour lui.»

(Id. _Polyeucte._ III. 3.)

Sur quoi Voltaire dit: «Ce vers est un solécisme; on dit _autant que_, et non pas _autant comme_.» Mais pourquoi pas? L’usage? Il était du temps de Corneille en faveur d’_autant comme_. La logique? C’est un pur latinisme. Les Latins faisaient donc aussi un solécisme, de dire:

Haud _ita_ vitam agerent _ut_ nunc plerumque _videmus_?

(LUCRÈCE. III.)

Il est fâcheux que Voltaire ait appuyé une réforme sans motif, qui appauvrit la langue, surtout celle des poëtes, et envieillit les écrivains faits pour rester modèles. J’ai dit que l’emploi de _comme_ relatif avait jadis pour soi l’autorité de l’usage; voici en preuve quelques exemples:

Marot demandant une haquenée à François Ier:

«Savez comment Marot l’acceptera? «_D’aussi_ bon cueur _comme_ la sienne il donne «Au fin premier qui la demandera.»

«Ma foi seule, _aussi_ pure et belle «_Comme_ le sujet en est beau.....»

«Il n’est rien de _si_ beau _comme_ Calixte est belle.»

(MALHERBE.)

«Tant qu’a duré la guerre, on m’a vu constamment «_Aussi_ bon citoyen _comme_ parfait amant.»

(CORNEILLE. _Horace._)

Mais tout à coup cette façon de parler a déplu aux grammairiens-jurés de la fin du XVIIe siècle: ils l’ont réprouvée d’un commun accord. Ménage donne pour raison qu’«elle n’est pas naturelle.» (_Obs._ p. 348.) La nature est ici invoquée bien à propos! Mais est-il prouvé que ce mot _que_ soit plus rapproché de la nature que le mot _comme_? Est-il sûr que l’usage consacré par une longue suite de siècles, appuyé sur la logique, sur l’étymologie, et fortifié par l’exemple des meilleurs écrivains, doive céder au caprice de trois ou quatre pédants sans autorité que celle qu’ils s’arrogent avec insolence? Cela n’est pas naturel non plus, et pourtant, hélas! cela se voit tous les jours.

_Comme_, à la place de _que_, est un archaïsme qui a de la grâce et de la naïveté:

«Catin veut espouser Martin; «C’est une très-fine femelle! «Martin ne veut pas de Catin: «Je le trouve _aussi_ fin _comme_ elle.»

(MAROT.)

--SI dubitatif (_si_),... ET QUE...:

_S’il_ ne vous suffit pas de toute l’assurance Que vous peuvent donner mon cœur et ma puissance, _Et que_ de votre esprit les ombrages puissants Forcent mon innocence à convaincre vos sens...

(_D. Garcie._ IV. 8.)

Ce seroit une chose plaisante _si_ les malades guérissoient, _et qu’_on m’en vînt remercier!

(_D. Juan._ III. 1.)

«_Si_ Babylone eût pu croire qu’elle eût été périssable comme toutes les choses humaines, _et que_ une confiance insensée ne l’eût pas jetée dans l’aveuglement.....»

(BOSSUET. _Hist. un._ IIIe p.)

--SI, répondant au latin _an_, _utrum_:

Et je suis _en suspens si_, pour me l’acquérir, Aux extrêmes moyens je ne dois point courir.

(_L’Ét._ III. 2.)

Je suis _dans l’incertitude si_ je dois me battre avec mon homme, ou bien le faire assassiner.

(_Sicilien._ 13.)

--SI C’ÉTAIT QUE:

Et _si c’étoit qu’_à moi la chose pût tenir...

(_Mis._ IV. 1.)

--SI (un adjectif) QUE DE (_adeò... ut..._); tant ou tellement... que de...:

Et j’ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui fut _si considéré_ en son temps _que d’_avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage d’outre-mer.

(_G. D._ I. 5.)

S’il étoit _si hardi que de_ me déclarer son amour, il perdroit pour jamais ma présence et mon estime.

(_Am. magn._ II. 3.)

Ouais! je ne croyois pas que ma fille fût _si habile que de_ chanter ainsi à livre ouvert.

(_Mal. im._ II. 6.)

«Celui-ci le paya d’ingratitude, et fut _si méchant que d’oser_ souiller le lit de son bienfaiteur.»

(LA FONT. _Vie d’Ésope._)

SIÈCLE D’AUJOURD’HUI (AU):

C’est une chose rare _au siècle d’aujourd’hui_.

(_Mis._ IV. 1.)

SINGULIER; SINGULIER A, particulier à:

Cette fermeté d’âme, _à vous si singulière_.

(_Fem. sav._ V. 1.)

«On dit d’une chose qu’elle est _particulière à quelqu’un_, mais non pas qu’elle _lui est singulière_.» (M. AUGER.)

Et pourquoi ne le dirait-on pas? On dit bien _singulier_, sans complément, pour _particulier_. M. Auger n’a rien repris à ces vers:

Et je ne veux aussi, pour grâce _singulière_, Que montrer à vos yeux mon âme tout entière.

(_Tart._ III. 3.)

_Grâce singulière_ est pourtant bien là pour _grâce particulière_. Si on laisse au mot _singulier_ le sens de _singularis_ dans un cas, pourquoi ne pas le lui laisser dans l’autre? Pourquoi le permettre sans complément et le défendre, avec un complément?

En général, on critique beaucoup trop par cette formule: _cela ne se dit pas_. Ce qu’il faut montrer, c’est que cela ne doit pas, ne peut pas se dire, surtout quand cela a été dit par des gens comme Molière, Pascal ou Bossuet.

_SINGULIER_ (verbe au) après un nombre pluriel:

Quatre ou cinq mille écus _est_ un denier considérable.

(_Pourc._ III. 9.)

Et deux ans, dans le sexe, _est_ une grande avance.

(_Mélicerte._ I. 4.)

(Voyez C’EST ou EST en accord avec un pluriel, et CE SONT.)

SI PEU QUE DE (un infinitif):

Vous êtes-vous mis dans la tête qu’un homme de soixante-trois ans.... considère _si peu_ sa fille _que de la marier_ avec un homme qui a ce que vous savez?

(_Pourc._ II. 7.)

(Voyez SI (un adjectif) QUE DE, p. 375.)

SIQUENILLES (_sic_ dans l’édition originale; Ribou, 1669), souquenilles:

Quitterons-nous nos _siquenilles_, monsieur?

(_L’Av._ III. 2.)

SITUÉ; AME BIEN SITUÉE:

Non, non, il n’est point d’âme un peu _bien située_ Qui veuille d’une estime ainsi prostituée.

(_Mis._ I. 1.)

L’expression est insolite; cependant nous disons chaque jour, avec l’autorité de l’usage: Avoir le cœur _bien placé_. C’est la même figure.

SŒURS D’INFORTUNE, comme _frères d’armes_:

Nous nous voyons _sœurs d’infortune_.

(_Psyché._ I. 1.)

SOI, où l’usage moderne emploie _lui_, _elle_, _eux_:

Bien que de vous mon cœur ne prenne point de loi, Et ne doive en ces lieux aucun compte qu’à _soi_...

(_D. Garcie._ II. 5.)

C’est une fille à nous, que, sous un don de foi, Un Valère a séduite et fait entrer chez _soi_.

(_Éc. des mar._ III. 5.)

_Apud se_, et non _apud illum_.

Agnès, dit Horace,

N’a plus voulu songer à retourner chez _soi_, Et de tout son destin s’est commise à ma foi.

(_Éc. des fem._ V. 2.)

Je vous dis que mon fils n’a rien fait de plus sage Qu’en recueillant chez _soi_ ce dévot personnage.

(_Tart._ I. 1.)

Toi, Sosie?--Oui, Sosie; et si quelqu’un s’y joue, Il peut bien prendre garde à _soi_.

(_Amph._ I. 2.)

Ne voyez-vous pas qu’il tire à _soi_ toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de profiter?

(_Mal. im._ III. 14.)

Cet indolent état de confiance extrême, Qui le rend en tout temps si content de _soi-même_.

(_Fem. sav._ I. 3.)

Ce sont choses, _de soi_, qui sont belles et bonnes.

(_Ibid._ IV. 3.)

Le savoir garde _en soi_ son mérite éminent.

(_Ibid._)

Il n’est pour le vrai sage aucun revers funeste; Et, perdant toute chose, à _soi-même_ il se reste.

(_Ibid._ V. 4.)

Tout le XVIIe siècle a ainsi parlé. Les grammairiens se sont perdus en distinctions et en subtilités pour régler quand il fallait _soi_, et quand _lui_. Tout cela est chimérique. Les grands écrivains du temps de Louis XIV se sont guidés bien plus sûrement sur un seul point: partout où le latin mettrait _se_, ils ont mis _soi_,

«Qu’il fasse autant pour _soi_ comme je fais pour lui.»

(CORNEILLE. _Polyeucte._ III. 8.)

_Pro se ipso_, et non _pro illo_.

«Mais il se craint, dit-il, _soi-même_ plus que tous.»

(RACINE. _Androm._ V. 2.)

_Timet se ipsum._

«Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après _soi_.»

(Id. _Phèdre._)

_Post se_, et non _post illum_.

«Mais souvent un auteur, qui se flatte et qui s’aime, «Méconnoît ses défauts et s’ignore _soi-même_.»

(BOILEAU.)

«Il n’ouvre la bouche que pour répondre...... Il crache presque sur _soi_.»

(LA BRUYÈRE.)

«Idoménée, revenant à _soi_, remercia ses amis.»

(FÉNELON.)

«Tant de profanations que les armes traînent après _soi_!»

(MASSILLON.)

«Dieux immortels, dit-elle en _soi-même_, est-ce donc ainsi que sont faits les monstres?»

(LA FONTAINE. _Psyché._ I.)

On voit qu’il n’est pas besoin de tant raffiner, à la suite de Vaugelas, d’Olivet et les modernes.

SOIENT, monosyllabe:

Et votre front, je crois, veut que du mariage Les cornes _soient_ chez vous l’infaillible apanage.

(_Éc. des fem._ I. 1.)

«Qu’ils _soient_ comme la poudre et la paille légère «Que le vent chasse devant lui.»

(RACINE. _Esther._ I. 5.)

SOIS-JE, dans une formule de souhait:

_Sois-je_ du ciel écrasé si je mens!

(_Mis._ I. 2.)

Forme excellente, au lieu de _puissé-je être_.

SOLÉCISMES EN CONDUITE:

Le moindre _solécisme_, en parlant, vous irrite; Mais vous en faites, vous, d’étranges _en conduite_.

(_Fem. sav._ II. 7.)

SOLLICITER DE QUELQUE CHOSE:

J’ai cru faire assez de fuir l’engagement _dont j’étois sollicitée_.

(_Am. magn._ IV. 7.)

Ne me refusez point la grâce _dont je vous sollicite_.

(_L’Av._ II. 7.)

SON, SA, SES, se rapportant à un autre mot que le sujet de la phrase:

Je ne puis vous celer que ma fille Célie Dès longtemps par moi-même est promise à Lélie, Et que, riche en vertus, _son retour_ aujourd’hui M’empêche d’agréer un autre époux que lui.

(_Sgan._ 24.)

_Son retour_, c’est le retour de Lélie; _riche en vertus_ se rapporte aussi à Lélie, quoique la construction de la phrase semble appliquer ces mots au retour. Il n’y a pas moyen d’excuser cette faute, source d’équivoques.

Jusqu’ici don Louis, qui vit à _sa prudence_

(La prudence de don Louis.)

Par le feu roi mourant commettre _son enfance_,

(L’enfance de don Alphonse.)

A caché _ses destins_ aux yeux de tout l’État...

(Les destins d’Alphonse.)

Et bien que le tyran, depuis _sa lâche audace_,

(L’audace du tyran.)

L’ait souvent demandé pour lui rendre _sa place_,

(La place d’Alphonse.)

Jamais _son zèle ardent_ n’a pris de sûreté

(Le zèle d’Alphonse.)

A l’appât dangereux de _sa fausse équité_.

(_D. Garcie._ I. 2.)

(La fausse équité du tyran.)

Il est difficile d’écrire avec plus de négligence.

On dit bien _la surveillance de l’État_, mais non _les yeux de l’État_. L’État est une abstraction, une idée complexe, qui ne saurait être personnifiée jusqu’à prendre des yeux ni des oreilles.

--SON, SA, rapportés à un nom de chose:

LYSIDAS (_parlant de sa pièce_). Tous ceux qui étoient là doivent venir à _sa_ première représentation.

(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)

--SON avec _sentir_. (Voyez SENTIR, p. 370.)

SONGER, actif, pour _imaginer_, _méditer_:

C’est une foible ruse; J’en _songeois une_...--Et quelle?--Elle n’iroit pas bien.

(_L’Ét._ I. 2.)

J’avois _songé une comédie_ où il y auroit eu un poëte, etc...

(_Impromptu._ 1.)

--SONGER DE (un infinitif); songer à:

Et qu’ils s’étoient promis une foi mutuelle, Avant qu’il eût _songé de poursuivre_ Isabelle.

(_Éc. des mar._ III. 6.)

(Voyez p. 99, DE remplaçant A.)

SONT pour font, en style d’arithmétique:

Je crois que deux et deux _sont_ quatre.

(_D. Juan._ III. 1.)

L’édition d’Amsterdam a corrigé, selon sa coutume, et mis _font_.

--SONT-CE:

_Sont-ce_ encore des bergers?--C’est ce qu’il vous plaira.

(_B. gent._ I. 2.)

_Sont-ce_ des vers que vous lui voulez écrire?

(_Ibid._ II. 6.)

_Sont-ce_ des visions que je me mets en tête?

(_Psyché._ I. 1.)

(Voyez CE SONT.)

SORTILÉGE; DONNER UN SORTILÉGE A QUELQU’UN, lui jeter un sort:

C’est _un sortilége qu’il lui a donné_.

(_Pourc._ III. 9.)

SORTIR HORS:

Tenez, voyez ce mot, et _sortez hors_ de doute.

(_Dép. am._ I. 2.)

Mais lui fallant un pic, je _sortis hors_ d’effroi.

(_Fâcheux._ II. 2.)

SOT, terme adouci pour exprimer ce qu’ailleurs Molière appelle crûment un cocu:

Elles font la sottise, et nous sommes les _sots_.

(_Sgan._ 17.)

Elle? Elle n’en fera qu’un _sot_, je vous l’assure.

(_Tart._ II. 2.)

Épouser une sotte est pour n’être point _sot_.

(_Éc. des mar._ I. 1.)

«Il veut à toute force être au nombre des _sots_.»

(LA FONT. _La Coupe enchantée._)

--SOT, passionné au point d’en perdre le sens:

Si bien donc?--Si bien donc qu’elle est _sotte_ de vous.

(_L’Ét._ I. 6.)

--ÊTRE SOT APRÈS QUELQU’UN, en être assotté:

MARINETTE.

Que Marinette _est sotte après son Gros-René_!

(_Dép. am._ IV. 4.)

SOUCIER, verbe actif, comme _affliger_, _chagriner_:

Hé! je crois que cela foiblement _vous soucie_.

(_Dép. am._ IV. 3.)

«Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi «Me fasse peur, ni _me soucie_?»

(LA FONTAINE. _Le Lion et le Moucheron._)

SOUFFRIR, absolument; SOUFFRIR DE QUELQU’UN:

Ciel! faut-il que le rang, dont on veut tout couvrir, _De cent sortes de sots_ nous oblige à _souffrir_!

(_Fâcheux._ I. 6.)

--SOUFFRIR QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN:

De grâce, _souffrez-moi_, par un peu de bonté, _Des bassesses_ à qui vous devez la clarté.

(_Fem. sav._ I. 1.)

«Mais le père Lemoine a apporté une modération à cette permission générale; car _il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles_.»

(PASCAL. 9e _Prov._)

SOUFFRIR A QUELQU’UN DE (un infinitif), lui permettre:

. . . . . . . _Souffrez à mon amour De_ vous revoir, madame, avant la fin du jour.

(_Mis._ IV. 4.)

Si votre cœur me considère Assez pour _me souffrir de disposer de vous_....

(_Psyché._ I. 3.)

_Me_ est ici au datif, et non à l’accusatif.

SOUPÇON; HORS DE SOUPÇON:

On ne reçoit plus rien qui soit _hors de soupçon_.

(_L’Ét._ II. 6.)

Qui soit à l’abri du soupçon, qui ne soit suspect.

--SOUPÇONS DE QUELQU’UN:

Ce n’est pas d’aujourd’hui, Nicole, que j’ai conçu des soupçons _de_ mon mari.

(_B. gent._ III. 7.)

Molière dit _soupçons de quelqu’un_, comme _l’hymen_, _la vengeance_, _la jalousie de quelqu’un_, c’est-à-dire, relativement à quelqu’un.

--SOUPÇON ENTRE DEUX PERSONNES, qui porte sur deux personnes:

Cela ne vous offense point: _il ne tombe entre lui et vous aucun soupçon_ de ressemblance.

(_Scapin._ II. 7.)

SOUPÇONNER, suspecter:

On _soupçonne_ aisément un sort tout plein de gloire; Et l’on veut en jouir avant que de le croire.

(_Tart._ IV. 5.)

SOUS, au lieu de _par_ ou _avec_:

Enfin je l’ai fait fuir, et, _sous ce traitement_, De beaucoup d’actions il a reçu la peine.

(_Amph._ I. 2.)

Ne prétendez pas vous sauver _sous_ cette imposture.

(_L’Av._ V. 5.)

--SOUS COULEUR, sous prétexte:

Anselme, instruit de l’artifice, M’a repris maintenant tout ce qu’il nous prêtoit, _Sous couleur_ de changer de l’or que l’on doutoit.

(_L’Ét._ II. 7.)

(Voyez COULEUR et COLORÉ.)

--SOUS DES LIENS:

La fille qu’autrefois de l’aimable Angélique, _Sous des liens_ secrets, eut le seigneur Enrique.

(_Éc. des fem._ V. 9.)

Ce n’est pas à mon cœur qu’il faut que je défère, Pour entrer _sous de tels liens_.

(_Psyché._ I. 3.)

--SOUS DES SOINS:

Je ris des noirs accès où je vous envisage, Et crois voir en nous deux, _sous mêmes soins nourris_, Ces deux frères que peint l’École des maris.

(_Mis._ I. 1.)

L’idée de protection, enfermée dans le verbe _nourrir_, sauve cette métaphore:

«Parva _sub_ ingenti matris se subjicit _umbra_.»

(VIRG.)

--SOUS L’APPAT DE..., sous le prétexte de:

Ce marchand déguisé, Introduit _sous l’appât_ d’un conte supposé:

(_L’Ét._ IV. 7.)

--SOUS SA MOUSTACHE:

On n’est point bien aise de voir, _sous sa moustache_, cajoler hardiment sa femme ou sa maîtresse.

(_Sicilien._ 14.)

--SOUS TANT DE VRAISEMBLANCE:

Quoi! le premier transport d’un amour qu’on abuse _Sous tant de vraisemblance_ est indigne d’excuse!

(_Dép. am._ IV. 2.)

--SOUS UN DON DE FOI:

C’est une fille à nous, que, _sous un don de foi_, Un Valère a séduite et fait entrer chez soi.

(_Éc. des mar._ III. 5.)

Dans toutes ces locutions, _sur_ serait aussi bien venu que _sous_. Molière, pour l’emploi de l’un et de l’autre, paraît n’avoir suivi que le hasard, et l’usage l’y autorisait. (Voyez au mot SUR, où l’origine de cette confusion est exposée.)

SOUTENIR LE COURROUX, y persévérer:

Pour vouloir _soutenir le courroux_ qu’on me donne, Mon cœur a trop su me trahir.

(_Amph._ II. 6.)

SPIRITUELLE, substantif; UNE SPIRITUELLE:

Moi, j’irois me charger d’_une spirituelle_ Qui ne parleroit rien que cercle et que ruelle?

(_Éc. des fem._ I. 1.)

(Voyez RIDICULE, substantif.)

_SUBJONCTIF_ qui en commande un autre, dans une place où nous mettrions aujourd’hui l’_indicatif_:

_J’aurois_ assez d’adresse pour faire accroire à votre père que ce _seroit_ une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant; qu’elle _seroit_ éperdument amoureuse de lui, et _souhaiteroit_ de se voir sa femme.

(_L’Av._ IV. 11)

Il est clair qu’en effet la forme conditionnelle est la meilleure dans tout ce passage, qui n’expose qu’une hypothèse.

--Construit avec un présent de l’indicatif:

Que vient de te donner cette farouche bête? --Cette lettre, monsieur, qu’avecque cette boète _On prétend_ qu’_ait_ reçue Isabelle de vous.

(_Éc. des mar._ II. 8.)

On dirait en style moderne: on prétend qu’_a_ reçue. Il est manifeste que le conditionnel est plus juste, puisqu’il s’agit encore ici d’une hypothèse.

(Voyez CONDITIONNELS, FUTURS.)

SUCCÉDER, arriver, réussir, _contingere_:

Quelque chose de bon nous pourra _succéder_.

(_Dép. am._ III. 1.)

Ces maximes, un temps, leur peuvent _succéder_.

(_D. Garcie._ II. 1.)

SUCCÈS, issue d’une affaire, dans le sens du latin _exitus_, sans impliquer l’idée de bien ni de mal:

Ce qu’on _voit_ de _succès_ peut bien persuader Qu’ils ne sont pas encor fort près de s’accorder.

(_L’Ét._ V. 12.)

J’en viens d’entendre ici le _succès merveilleux_.

(_Ibid._ V. 15.)

Adieu; nous en saurons le _succès_ dans ce jour.

(_Dép. am._ I. 2.)

Daignez, je vous conjure, Attendre le _succès_ qu’aura cette aventure.

(_Ibid._ III. 7.)

Hé bien! ce beau _succès_ que tu devois produire?

(_Ibid._ III. 9.)

Vous vous tromperez.--Soit. J’en veux voir le _succès_. --Mais...--J’aurai le plaisir de perdre mon procès.

(_Mis._ I. 1.)

SUCRÉE (FAIRE LA), faire la prude, la renchérie:

Elle _fait la sucrée_, et veut passer pour prude.

(_L’Ét._ III. 2.)

--Qui, moi?--Oui; vous _ne faites point tant la sucrée_.

(_G. D._ I. 6.)

SUFFISANCE, en bonne part; HOMME DE SUFFISANCE:

_Homme de suffisance_, homme de capacité.

(_Mar. for._ 6.)

Dans le XVIIe siècle, _suffisant_ et _suffisance_ se prenaient en bonne part, au sens de _qui suffit à quelque chose_. Voici les exemples que donne Furetière: «Le roi a des ministres qui sont d’une grande _suffisance_, d’une grande capacité, d’une grande pénétration.» Et au mot SUFFISANT: «Se dit d’un grand mérite et de la sotte présomption. Le roi cherche des gens qui soient _suffisants_, et capables de remplir les prélatures et les grandes charges.»

--SUFFISANT DE (un infinitif), qui suffit; qui suffit à, capable de:

Bon Dieu! que de discours! Rien n’est-il _suffisant d’en arrêter_ le cours?

(_Dép. am._ II. 7.)

«Je me déchargerai d’un faix que je dédaigne, «_Suffisant de crever_ un mulet de Sardaigne.»

(REGNIER. _Sat._ VI.)

SUFFIT QUE, suivi d’un verbe à l’indicatif: