Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle
Part 21
Est-ce donc que par là vous voulez essayer A réparer l’accueil dont je vous ai _fait plainte_?
(_Ibid._ II. 2.)
La plus rare vertu Qui puisse _faire éclat_ sous un sort abattu.
(_L’Ét._ III. 4.)
--FAIRE EN..., agir en:
Il sait faire obéir les plus grands de l’État, Et je trouve qu’_il fait en digne potentat_.
(_Fâcheux._ I. 10.)
J’avois mangé de l’ail, et _fis en homme sage_ De détourner un peu mon haleine de toi.
(_Amph._ II. 3.)
--EN FAIRE A QUELQU’UN POUR....:
J’en suis pour mon honneur; mais à toi, qui me l’ôtes, _Je t’en ferai_ du moins _pour_ un bras ou deux côtes.
(_Sgan._ 6.)
Je t’en donnerai pour un bras ou deux côtes.--C’est-à-dire, il t’en coûtera un bras ou deux côtes.
Cette expression est empruntée au langage technique du commerce, où l’on dit: _Faites_-moi de cette marchandise pour telle somme.--On n’en _fait_ pas pour ce prix.
«Le marchand _fit_ son chantre mille écus, et son grammairien trois mille.»
(LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
--FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire relativement à quelque chose, _de aliqua re_:
Mais, _je ne t’en fais pas le fin_, Nous avions bu de je ne sais quel vin Qui m’a fait oublier tout ce que j’ai pu faire.
(_Amph._ II. 3.)
--IL FAIT, impersonnel, construit avec l’adjectif _sûr_, comme avec l’adjectif _bon_, _beau_, _clair_, etc.:
_Il ne fait pas bien sûr_, à vous le trancher net, D’épouser une fille en dépit qu’elle en ait.
(_Fem. sav._ V. 1.)
--FAIRE FAUX BOND A L’HONNEUR:
Mais il faut qu’_à l’honneur_ elle _fasse faux bond_...
(_Éc. des fem._ III. 2.)
--FAIRE FORCE A (un substantif), forcer, contraindre:
Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois, _Faire force à l’amour_ qui m’impose des lois.
(_L’Ét._ IV. 5.)
--FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif). Voyez GALANTERIE.
--FAIRE LA COMÉDIE:
Ne voulez-vous point, un de ces jours, venir voir avec elle _le ballet et la comédie_ que l’on _fait_ chez le roi?
(_B. gent._ III. 5.)
--FAIRE LES HONNEURS DE QUELQUE CHOSE:
_Faisons bien les honneurs_ au moins _de notre esprit_.
(_Fem. sav._ III. 4.)
--FAIRE MÉTIER ET MARCHANDISE DE:
Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise, _Font de dévotion métier et marchandise_.
(_Tart._ I. 6.)
--SE FAIRE LES DOUCEURS D’UNE INNOCENTE VIE:
Et, de cette union de tendresse suivie, _Se faire les douceurs d’une innocente vie_.
(_Fem. sav._ I. 1.)
--FAIRE PARAITRE (SE), se montrer:
La douceur de sa voix a voulu _se faire paroître_ dans un air tout charmant qu’elle a daigné chanter.
(_Pr. d’Él._ III. 2.)
--FAIRE POUR QUELQU’UN, agir pour lui, le protéger:
Dieu _fera pour les siens_.
(_Dép. am._ III. 7.)
_C’est ce qui fait pour vous_; et sur ces conséquences Votre amour doit fonder de grandes espérances.
(_Éc. des mar._ I. 6.)
(Voyez FAIRE CONTRE QUELQU’UN.)
--FAIRE SCRUPULE, causer du scrupule:
Ce nom (de gentilhomme) _ne fait aucun scrupule_ à prendre.
(_B. gent._ III. 12.)
--FAIRE SEMBLANT QUE....:
Profitons de la leçon si nous pouvons, sans _faire semblant qu’on_ parle à nous.
(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
--FAIRE SON POUVOIR, faire son possible:
_Faites votre pouvoir_, et nous ferons le nôtre.
(_Dép. am._ I. 2.)
C’était l’expression du temps:
«J’ai fait mon pouvoir, sire, et n’ai rien obtenu.»
(CORNEILLE, _Le Cid_. I. 6.)
--FAIRE UNE BOURLE (_bourle_, de l’italien _burla_, moquerie):
.... Une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans une _bourle_ que je veux _faire_ à notre ridicule.
(_B. gent._ III. 14.)
(Voyez BOURLE.)
--FAIRE UNE VENGEANCE DE QUELQU’UN; en tirer vengeance:
Et je prétends _faire de lui une vengeance exemplaire_.
(_Scapin._ III. 7.)
FAIT A (un infinitif), habitué à....:
Car les femmes y sont _faites à coqueter_.
(_Éc. des fem._ I. 6.)
FAIT, substantif; C’EST UN ÉTRANGE FAIT QUE....:
_C’est un étrange fait que_, avec tant de lumières, Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières.
(_Ibid._ IV. 8.)
--LE FAIT DE QUELQU’UN; tout ce qui le concerne, sa conduite, sa fortune, etc....:
Tout son _fait_, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie.
(_Tart._ I. 1.)
Je crains fort pour mon _fait_ quelque chose approchant.
(_Amph._ II. 3.)
Bienheureux qui a _tout son fait_ bien placé!
(_L’Av._ I. 4.)
Dans La Fontaine:
«Le malheureux, n’osant presque répondre, «Court au magot, et dit: C’est _tout mon fait_.»
(_Le Paysan qui a offensé son seigneur._)
--DIRE SON FAIT A QUELQU’UN:
Il me donna un soufflet, mais _je lui dis bien son fait_!
(_Pourc._ I. 6.)
FALLANT, participe présent de _falloir_:
Mais _lui fallant_ un pic, je sortis hors d’effroi.
(_Fâcheux._ II. 2.)
Comme il lui fallait un pique. Le participe abrège singulièrement, et mériterait pour cela seul d’être en usage.
FALLOT, plaisant, grotesque; TRAIT FALLOT:
Sans ce trait _fallot_, Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.
(_L’Ét._ II. 14.)
«........ Hé quoi, plaisant _fallot_, «Vous parlerez toujours, et je ne dirai mot?»
(TH. CORNEILLE, _Jodelet prince_.)
«Là, par quelque chanson _fallote_, «Nous célébrerons la vertu «Qu’on tire de ce bois tortu.»
(ST.-AMAND.)
«_Falot_ se prend aussi pour un muguet, compagnon de village:--_Un gentil falot_.»
(NICOT.)
Au sens propre, le substantif _falot_ est très-ancien dans notre langue, où il est venu de la basse latinité. Dans les actes de Minutius Félix (_ap. Baron. ad ann. 303_), on trouve déjà _cereofalum_, un falot de cire; et dans une charte de l’évêché d’Amiens, en 1240, _falæ_ signifie les torches employées aux enterrements.
_Falæ_ était traduit _failles_ en français:
«Et des murs toutes les entrailles «Portent brandons et mettent _failles_.»
(_R. d’Athis et Prophil._)
«_Failles_ emportent et brandons; «Tot en resplent (_resplendit_) la regions.»
(_R. de la Guerre de Troie._)
De _faille_ ou _fale_, le diminutif _falot_.
_Falot_ se trouve dans Albert Mussato, de Padoue, qui écrivait, au commencement du XIVe siècle, la chronique des gestes d’Henri VI: «Soudain ils voient briller, au sommet de la Gorgone, une sorte de signal par le feu, qu’ils appellent _falot_: _quod ipsi falo nuncupabant_.»--Sur quoi Nicolas Villani fait une note pour expliquer ce que c’est qu’un _falot_, et il dérive ce mot du grec φαλὸς, dérivé lui-même du verbe φάλω, _briller_.
Il est à remarquer que ceux dont il est question, et que désigne le mot _ipsi_, ce sont les Padouans. _Falot_, ou plutôt _falo_, était donc, vers 1300, un terme italien. On le retrouve en effet dans la chronique de Modène: «Et ex hoc facti fuerunt magni _falo_ mutinæ.»
(Ap. MURATORI, t. 15.)
_Fallodia_, _fallogia_, dans les chroniques italiennes du moyen âge, sont des illuminations.
J’ai insisté sur l’origine de ce mot, parce qu’il a causé beaucoup de tortures aux érudits; on peut voir dans Trévoux les peines qu’ils se sont données pour tirer falot du saxon _bal_, ou du chaldéen _lappid_, changé en _peled_, qui se serait à son tour transformé en _falot_.
Le passage du sens propre au sens métaphorique ne peut arrêter personne. Il est tout naturel de comparer un homme gai, facétieux, folâtre, à une flamme qui joue sous le vent. Les Latins disaient, par une figure pareille, _igniculi ingenii_ (_Quintilien_).
(Voyez Du Cange aux mots _Falo_, _Phalæ_, _Fallodia_.)
FAMEUX, au sens de _considérable_, _important_:
Et me donner le temps qui sera nécessaire Pour tâcher de finir cette _fameuse affaire_.
(_L’Ét._ IV. 9.)
Oui, je suis don Alphonse; et mon sort conservé Est un _fameux effet_ de l’amitié sincère Qui fut entre son prince et le roi notre père.
(_D. Garcie._ V. 5.)
Et ce _fameux secret_ vient d’être dévoilé.
(_Ibid._ V. 6.)
Cet emploi de _fameux_, qui paraît avoir été du style noble du temps de Molière, est aujourd’hui une des formes triviales du langage du peuple.
Quoi! faut-il que pour moi vous renonciez, seigneur, A cette royale constance Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur, Une _fameuse expérience_?
(_Psyché._ II. 1.)
_Royale constance_, _fameuse expérience_, laissent trop voir la précipitation de l’écrivain.
FANFAN, terme de tendresse et de mignardise:
Oui, ma pauvre _fanfan_, pouponne de mon âme.
(_Éc. des mar._ II. 14.)
C’est la dernière syllabe du mot _enfant_, redoublée, à l’imitation des enfants eux-mêmes.
FANFARONNERIE:
C’est pure _fanfaronnerie_ De vouloir profiter de la poltronnerie De ceux qu’attaque notre bras.
(_Amph._ I. 2.)
La _fanfaronnade_ est l’expression de la _fanfaronnerie_.
FATRAS au pluriel:
Et se charger l’esprit d’un ténébreux butin De _tous les vieux fatras_ qui traînent dans les livres.
(_Fem. sav._ IV. 3.)
FAUT, de _faillir_:
.......... Le cœur me _faut_.
(_Éc. des fem._ II. 2.)
De même de _défaillir_, _défaut_:
«Que si la frayeur nous saisit de sorte que le sang se glace si fort que tout le corps tombe en défaillance, l’âme _défaut_ en même temps.»
(BOSSUET. _Connaissance de Dieu._ p. 115.)
Dans l’édition in-12, imprimée en 1846 chez MM. Didot, l’éditeur a mis: «l’âme _semble s’affaiblir_.» De pareilles corrections sont de véritables sacriléges. Comment n’a-t-on pas vu l’intention de ce rapprochement entre les mots _défaillance_ et _défaillir_? comment, à cette expression énergique _l’âme défaut_, a-t-on osé substituer cette misérable et lâche expression, _semble s’affaiblir_? comment enfin se trouve-t-il des mains qui osent toucher à Bossuet, et mutiler sa pensée?
FAUTE, absence, manque; IL VIENT FAUTE DE:
_S’il vient faute de vous_, mon fils, je ne veux plus rester au monde.
(_Mal. im._ I. 9.)
FAUX, dans le sens de _méchant_, _félon_, _déloyal_:
Mais le _faux animal_, sans en prendre d’alarmes, Est venu droit à moi, qui ne lui disois rien.
(_Pr. d’Él._ I. 2.)
FAUX BOND. Voyez FAIRE FAUX BOND.
FAUX MONNOYEURS EN DÉVOTION:
..... Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, toutes les friponneries couvertes de ces _faux monnoyeurs en dévotion_....
(1er _Placet au Roi_.)
FAVEUR, ressource, protection:
Afin que pour nier, en cas de quelque enquête, J’eusse d’un faux-fuyant _la faveur_ toute prête.
(_Tart._ V. 1.)
On dit encore tous les jours _à la faveur de_: il a nié, _à la faveur_ d’un faux-fuyant.
FAVEURS ÉTROITES. Voyez ÉTROIT.
FEINDRE A (un infinitif), hésiter à.....:
_Tu feignois à sortir_ de ton déguisement.
(_L’Ét._ V. 8.)
Vous ne devez point _feindre à me le faire voir_.
(_Mis._ V. 2.)
_Nous feignions à vous aborder_, de peur de vous interrompre.
(_L’Av._ I. 5.)
--FEINDRE DE (un infinitif), même sens:
Ainsi, monsieur, _je ne feindrai point de vous dire_ que l’offense que nous cherchons à venger..... etc.
(_D. Juan._ III. 4.)
Je ne feindrai pas de dire, de faire, c’est-à-dire, je dirai, je ferai réellement, sincèrement.
_Nous ne feignons point de mettre_ tout en usage.
(_Pourc._ I. 3.)
_Je ne feindrai point de vous dire_ que le hasard nous a fait connoître il y a six jours.
(_Mal. im._ I. 5.)
--FEINDRE, suivi d’un infinitif sans préposition, hésiter, comme _feindre à_, et _feindre de_:
_Feindre s’ouvrir à moi_, dont vous avez connu Dans tous vos intérêts l’esprit si retenu!
(_Dép. am._ II. 1.)
La reine de Navarre construit pareillement _feindre_ avec un infinitif, sans préposition intermédiaire:
«Le seigneur de Bonnivet, pour luy arracher son secret, _feignit luy dire_ le sien.»
(_Heptam._, nouvelle 14.)
La vieille langue employait _se faindre_, pour exprimer s’épargner à quelque chose, ne faire que le semblant de.....
«Ne _se_ doit pas _faindre_ de luy aider.....» «De luy aider ne _se_ va pas _faignant_.»
(_Ogier._ V. 9632 et 9638.)
Nicot dit: «SE FAINDRE, _parcere labori_, _remittere_, _summittere_. Sans se faindre, sedulo.—SE FAINDRE, _prævaricari_. Tu te fains à jouer; _non bona fide ludis_.»
Montaigne emploie _se feindre_ absolument, pour _feindre_, comme _se jouer_, pour _jouer_; _se mourir_, pour _mourir_:
«Pour revenir à sa clemence (de César), nous en avons plusieurs naïfs exemples au temps de sa domination, lorsque, toutes choses estant reduictes en sa main, il n’avoit plus à _se feindre_.»
(MONT. II. 33.)
FEMME DE BIEN, recevant comme un adjectif la marque du comparatif:
Croyez-moi, celles qui font tant de façons n’en sont pas estimées _plus femmes de bien_.
(_Crit. de l’Éc. des fem._ 3.)
FERME, adverbialement:
Vous me parlez bien _ferme!_ et cette suffisance...
(_Mis._ I. 2.)
Allons, _ferme!_ poussez, mes bons amis de cour!
(_Ibid._ II. 5.)
(Voyez PREMIER QUE, FRANC, NET.)
FERMER, métaphoriquement; FERMER LES MOYENS DE:
C’est que vous voyez bien que _tous les moyens_ vous en sont _fermés_.
(_G. D._ III. 8.)
Vous en sont interdits. (Voyez OUVRIR.)
FÉRU, blessé, de _férir_, archaïsme, dans le sens restreint de _rendre amoureux_:
Peut-être en avez-vous déjà _féru_ quelqu’une?
(_Éc. des fem._ I. 6.)
FESTINER QUELQU’UN, lui offrir un festin:
C’est ainsi que vous _festinez les dames_ en mon absence!
(_B. gent._ IV. 2.)
FEU, invariable:
Je tiens de _feu ma femme_, et je me sens comme elle Pour les désirs d’autrui beaucoup d’humanité.
(_Mélicerte._ I. 4.)
Et l’on dit qu’autrefois _feu Bélise_, sa mère...
(_Ibid._ II. 7.)
Furetière qualifie ce terme _substantif_, et il lui donne, comme à un adjectif, un féminin: le _feu_ roi, la _feue_ reine. Il nous apprend même que les notaires de province usent du pluriel _furent_, en parlant de deux personnes conjointes et décédées, ce qui, ajoute-t-il, marque que ce mot vient de _fuit_ et de _fuerunt_. C’est une raison pour maintenir _feu_ invariable. Dans le temps que la notation _eu_ sonnait _u_, l’on prononçait _fu_ mon père, _fu_ ma mère (_fut_ mon père, _fut_ ma mère); l’ignorance des origines a laissé s’introduire, à la suite d’une mauvaise orthographe, une mauvaise prononciation qui a prévalu; en sorte qu’aujourd’hui cette espèce de prétérit-adverbe est transformé en un véritable adjectif.
Nicot dérive _feu_ de _defunctus_, et le qualifie adjectif; puis il ajoute: «Aussi le pourrait-on extraire de cette tierce personne _fuit_..... comme _feut_ signifiant en ce sens _a esté_ ou _fut_, c’est-à-dire, a vescu et n’est plus.»
C’est la bonne étymologie.
FEU QUI SE RÉSOUT EN ARDEUR DE COURROUX:
Tout son _feu se résout en ardeur de courroux_.
(_Dép. am._ V. 8.)
FIEFFÉ, FOU FIEFFÉ:
Peste du fou _fieffé_!
(_Méd. m. lui._ I. 1.)
_Fieffé_ est celui à qui l’on a donné un fief, ce qui suppose un homme en son genre excellant par-dessus ses confrères. Cette locution se rapporte aux mœurs du moyen âge. Aujourd’hui qu’il n’y a plus de fiefs, mais des brevets d’invention, on dirait, par une expression tout à fait correspondante: un fou breveté.
FIER, adjectif; ÊTRE FIER A QUELQU’UN:
Oh! qu’elles _nous_ sont bien _fières_ par notre faute!
(_Dép. am._ IV. 2.)
FIÈVRE QUARTAINE (VOTRE)......., sorte de serment elliptique:
... Si vous y manquez, _votre fièvre quartaine_!....
(_L’Ét._ IV. 8.)
Si vous y manquez, vous consentez à être pris de la fièvre quartaine; jurez sur votre fièvre quartaine.
C’est aussi une espèce d’exclamation imprécatoire: Que la fièvre quartaine te serre! ta fièvre quartaine!
Dans l’explication entre le prêtre et le pelletier, joués par Pathelin:
LE PREBSTRE.
«Je ne le congnois nullement. «Il m’a dit que presentement «Vous confesse, et que payerez «Tres-bien, et si me baillerez «Argent, pour dire une douzaine «De messes.
LE PELLETIER.
_Sa fiebvre quartaine!_»
(_Le nouv. Pathelin._)
LE PREBSTRE.
«Vuyde dehors, fol insensé, «Car il est temps que tu t’en partes.
LE PELLETIER:
«Et je feray, _tes fiebvres quartes_!»
(_Ibid._)
FIGURE, dans le sens restreint de _forme_. Molière a dit, en ce sens, _la figure du visage_:
Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure _Des visages humains_ offusque _la figure_.
(_Éc. des mar._ I. 1.)
Offusque la forme des visages humains.
--TENIR LA FIGURE DE:
Je vous laisse à penser si, dans la nuit obscure, J’ai _d’un vrai trépassé_ su _tenir la figure_.
(_Éc. des fem._ V. 2.)
Cette acception de _figure_ se rapporte à celle de FIGURER. (Voyez ce mot.)
FIGURER, se rapportant à tout l’extérieur, à la _configuration_, en quelque sorte:
Voici monsieur Dubois plaisamment _figuré_.
(_Mis._ IV. 2.)
.... Une vieille tante qui.... _nous figure_ tous les hommes comme des diables qu’il faut fuir.
(_B. gent._ III. 10.)
FILER DOUX:
Tu n’es pas où tu crois; en vain tu _files doux_.
(_Amph._ II. 3.)
_Doux_ est adverbial, comme _franc_, _ferme_, _net_, _clair_, _soudain_, etc., dans des locutions analogues.
FILET, diminutif de _fil_:
Il semble, à vous entendre, que monsieur Purgon tienne dans ses mains _le filet de vos jours_, et que, d’autorité suprême, il vous l’allonge ou le raccourcisse comme il lui plaît.
(_Mal. im._ III. 7.)
Trévoux indique encore _filet_ comme diminutif de _fil_, _tenue filum_; et Regnier décrivant le costume de son pédant:
«Les Alpes en jurant lui grimpoient au collet, «Et la Savoy, plus bas, ne pend qu’à un _filet_.»
(_Sat._ X.)
FILLE A SECRET, capable de garder un secret:
Ascagne, je suis _fille à secret_, Dieu merci.
(_Dép. am._ II. 1.)
FILLOLE, filleule, archaïsme:
Il n’a pas aperçu Jeannette ma _fillole_, Laquelle m’a tout dit, parole pour parole.
(_L’Ét._ IV. 7.)
Nicot dit: «filleul ou fillol.»
Vaugelas déclare que _fillol_ pour _filleul_, c’est très-mal parler. Pourquoi, puisque la racine est _filiolus_? L’usage, dira-t-on? A la bonne heure, si l’on pose en principe que l’usage ne saurait avoir tort.
FIN. Voyez FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE (p. 176).
--FIN FOND:
Et nous fûmes coucher sur le pays exprès, C’est-à-dire, mon cher, en _fin fond_ de forêts.
(_Fâcheux._ II. 7.)
_Fin_, dans l’ancienne langue, se joignait comme affixe à un substantif ou à un adjectif, pour lui donner la forme superlative.
«De lermes sont lor vis moilliez, «Sourdant de _fin cueur_ amoureus.»
(_R. de Coucy._ v. 6176.)
«La dame estoit si _fine bele_, «Que n’avoit dame ne pucele «Ens el païs qui l’ataindist.»
(_Ibid._ v. 150.)
On dit, en certains pays vignobles, que du vin est _fin clair_. Il nous reste encore, dans l’usage commun, _fin fond_, et _fine fleur_.
«Près de Rouen, pays de sapience, «Gens pesant l’air, _fine fleur_ de Normands.»
(LA FONT. _Le Remède._)
«Nous mourons de _fine famine_,»
dit Guillemette à Pathelin. Et plus loin:
«Vous en estes _un fin droict maistre_.» (de tromperie.)
FLAIREUR DE CUISINE:
Impudent _flaireur de cuisine_!
(_Amph._ III. 7.)
FLÉCHIR AU TEMPS:
Il faut _fléchir au temps_ sans obstination.
(_Mis._ I. 1.)
Molière eût mis aussi bien _céder au temps_; mais _fléchir au temps_ fait une image bien plus vive et poétique.
FOIN! exclamation:
Ce mot n’a que la forme de commun avec _foin_, _fœnum_.
On rencontre fréquemment, dans Plaute et dans Térence, l’exclamation _phu!_ (en grec φεῦ), exprimant tantôt le dégoût, tantôt l’admiration: _peste_, _oh oh_, _diantre!_ Ce _phu_ est devenu en français _foin_, par le changement de l’_u_ en _oi_, comme _pungere_, _ungere_, _poindre_, _oindre_. Il s’emploie sans complément ou avec un complément:
_Foin!_ que n’ai-je avec moi pris mon porte respect!
(_L’Ét._ III. 9.)
«_Foin du loup et de sa race!_»
(LA FONTAINE. _Le Chevreau, la Chèvre et le Loup._)
Foin ou fi sur le loup--_phu de lupo_.
«Adieu donc. _Fi du plaisir_ «Que la crainte peut corrompre!»
(LA FONT. _Fables._ I. 9.)
FOND D’AME, substantif; UN FOND D’AME:
Et n’est-ce pas sans doute un crime punissable, De gâter méchamment ce _fond d’âme_ admirable?
(_Éc. des fem._ III. 4.)
FONDANTE EN LARMES:
Une jeune fille toute _fondante en larmes_, la plus belle et la plus touchante qu’on puisse jamais voir.
(_Scapin._ I. 2.)
M. Auger veut qu’ici _fondant_ soit un participe présent, et non un adjectif verbal, attendu le complément indirect _en larmes_. La raison ne paraît pas convaincante. On dit bien: cette jeune fille est _charmante de grâces_. Le complément ne fait donc rien à l’affaire; mais le féminin _toute_, qui précède _fondante_, y fait beaucoup, et détermine au second mot le caractère d’adjectif. Cette femme est _toute riante de santé_, ou bien _toute fondante en larmes_; il est clair qu’il s’agit d’un état, d’une manière d’être, et non pas d’une action.
(Voyez PARTICIPE PRÉSENT _variable_.)
FONDER SUR QUELQUE CHOSE, absolument:
Tant de méchants placets, monsieur, sont présentés, Qu’ils étouffent les bons; et l’espoir où _je fonde_ Est qu’on donne le mien quand le prince est sans monde.
(_Fâcheux._ III. 2.)
L’espoir où je _me_ fonde. (Voyez ARRÊTER.)
FORCE, adverbe; FORCE GENS:
Voir cajoler sa femme, et n’en témoigner rien, Se pratique aujourd’hui par _force gens_ de bien.
(_Sgan._ 17.)
Nicot: «Force, _id est copia_: il luy est allé _force gens_ au devant.--Lieux où il y a _force arbres_.»
Cette locution est trop commune pour qu’il en faille rapporter des exemples. Je me contenterai d’observer que le mot _force_ doit être porté sur la liste des substantifs que l’usage a transformés en adverbes dans certains cas donnés, comme _pas_, _point_, _trop_ (qui est une ancienne forme de _troupe_), _rien_, _mot_ ou _motus_.
FORCER, vaincre en luttant; FORCER UN MALHEUR:
Il m’échappe! ô _malheur qui ne se peut forcer_!
(_L’Ét._ II. 14.)
L’emploi de _forcer_ est ici le même que dans cette locution: _forcer un lièvre_.
FORFANTERIE D’UN ART, vanité d’un art qui se vante:
Sans découvrir encore au peuple,...... _la forfanterie de notre art_.
(_Am. méd._ III. 2.)
Les Italiens disent _un furfante_; mais, au rebours de ce qu’affirme Nicot, ce n’est pas d’eux que nous avons emprunté _forfant_ ni _forfanterie_, car les racines de ces mots sont exclusivement françaises. _Forfanterie_ est pour _forvanterie_. _For_, en composition, signifie tantôt _hors_, comme dans _forligner_, _forclore_, _forbannir_, _forban_, etc., tantôt _mal_, parce que le mal résulte de l’excès qui franchit les limites. Ainsi _forfaire_, _forsenné_, _forconseiller_, _forjuger_, _formarier_ et _formariage_ (mariage contre la loi et la coutume), _formener_ (malmener), etc. _Se forfanter_, c’est se vanter au delà de la vérité, se vanter à faux; et c’est de nous que les Italiens l’ont emprunté.
FORGER UN AMUSEMENT:
Votre feinte douceur _forge un amusement_, Pour divertir l’effet de mon ressentiment.
(_D. Garcie._ IV. 8.)
(Voyez DIVERTIR et AMUSER.)
FORLIGNER DE:
Jour de Dieu! je l’étranglerois de mes propres mains, s’il falloit qu’elle _forlignât de l’honnêteté de sa mère_!
(_G. D._ II. 14.)
_Fors-ligner_, c’est sortir hors de la ligne droite, _se dévier_, comme on parlait jadis.
(Voyez FORFANTERIE.)
FORMER DES SENTIMENTS, comme _former des vœux_:
Et _je ne forme point_ d’assez beaux _sentiments_ Pour.....
(_Dép. am._ I. 3.)
FORT EN GUEULE:
MADAME PERNELLE:
..... Vous êtes, m’amie, une fille suivante Un peu trop _forte en gueule_, et très-impertinente.
(_Tart._ I. 1.)
--FORTE PASSION, passion dominante:
Ta _forte passion_ est d’être brave et leste.
(_Éc. des fem._ V. 4.)
FORTUNE, au sens du latin _fortuna_, la destinée, dans ce vers d’Horace:
_Fortunam_ Priami cantabo, et nobile bellum.
..... Elle est de vous (cette lettre), suffit: même _fortune_.
(_Dépit. am._ II. 3.)
Le capitaine de ce vaisseau, touché de _ma fortune_, prit amitié pour moi.
(_L’Av._ V. 5.)
Voyons quelle _fortune_ en ce jour peut m’attendre.
(_Amph._ III. 4.)
Comme on trouve écrit dans le ciel jusqu’aux plus petites particularités de la _fortune_ du moindre des hommes.
(_Am. magn._ III. 1.)