Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle
Part 13
_Comment_, c’est-à-dire, _à quel point_ l’erreur s’est répandue. (Voyez COMME.)
COMMERCE, AVOIR COMMERCE CHEZ QUELQU’UN:
.... Cette marquise agréable _chez qui j’avois commerce_.
(_B. Gent._ III. 6.)
COMMETTRE A QUELQU’UN, lui confier:
Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite D’avoir depuis Bologne accompagné ce fils, Qu’à sa discrétion vos soins avoient _commis_.
(_L’Ét._ IV. 3.)
Allons, sans crainte aucune, _A la foi_ d’un amant _commettre_ ma fortune.
(_Éc. des mar._ III. 1.)
«Un voleur se hasarde «D’enlever le dépôt _commis aux soins_ du garde.»
(LA FONT. _La Matrone d’Éphèse._)
--COMMETTRE QUELQU’UN A UN SOIN:
_Je vous commets au soin_ de nettoyer partout.
(_L’Av._ III. 1.)
Allons _commettre un autre au soin que l’on me donne_.
(_Fem. sav._ I. 5.)
Le substantif _commis_ n’est autre chose que le participe passé de ce verbe, et se construit de même avec le datif: un commis aux aides, commis à la douane.
--COMMETTRE (SE) DE.... se confier relativement à:
Agnès, dit Horace,
N’a plus voulu songer à retourner chez soi, Et _de tout son destin s’est commise_ à ma foi.
(_Éc. des fem._ V. 2.)
_De_ est ici le _de_ latin.
COMPAGNONS, pour _confrères_:
LE NOTAIRE.
Moi! si j’allois, madame, accorder vos demandes, Je me ferois siffler de tous mes _compagnons_.
(_Fem. sav._ V. 3.)
COMPAS; RÉGLÉ PAR COMPAS:
Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tête, Que tout ne soit pas bien _réglé par ses compas_.
(_Dép. am._ IV. 2.)
COMPASSER, verbe actif, mesurer au compas, c’est-à-dire, examiner à la rigueur:
Et quant à moi je trouve, ayant tout _compassé_, Qu’il vaut mieux être encor cocu que trépassé.
(_Sgan._ 11.)
COMPATIR AVEC, être compatible avec:
L’engagement ne _compatit point avec mon humeur_.
(_D. Juan._ III. 6.)
COMPÉTITER:
GROS-RENÉ.
On voit une tempête, en forme de bourrasque, Qui veut _compétiter_ par de certains... propos...
(_Dép. am._ IV. 2.)
Furetière et Trévoux ne donnent que _compétiteur_. Il y a grande apparence que _compétiter_ est forgé par Gros-René d’après ce substantif. On dit, en termes de droit, _compéter_, mais dans une autre acception que _compétiter_.
COMPLAISANT A....:
.... Vos désirs _lui_ seront complaisants Jusques à lui laisser et mouches et rubans?
(_Éc. des mar._ I. 2.)
Mais, au moins, sois _complaisante aux civilités_ qu’on te rend.
(_Pr. d’Él._ II. 4.)
COMPLEXION; ÊTRE DE COMPLEXION AMOUREUSE...:
Ah, ah! _vous êtes donc de complexion amoureuse_?
(_Pourc._ II. 4.)
COMPLIMENT; ÊTRE SANS COMPLIMENT, sans façon:
Non, m’a-t-il répondu, _je suis sans compliment_, Et j’y vais pour causer avec toi seulement.
(_Fâcheux._ I. 1.)
--Devoir à quelqu’un un compliment de quelque chose, c’est-à-dire, la politesse de lui en donner avis:
On _vous en devoit_ bien au moins _un compliment_.
(_Fem. sav._ IV. 1.)
COMPOSER (SE) PAR ÉTUDE:
Là, tâchez de _vous composer par étude_; un peu de hardiesse, et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.
(_Scapin._ I. 4.)
CONCERT DE MUSIQUE:
Il faut qu’une personne comme vous... ait un _concert de musique_ chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis.
(_B. gent._ II. 1.)
M. Auger blâme cette expression, comme redondante. Il est vrai qu’aujourd’hui l’on a restreint le mot _concert_ à signifier _concert de musique_, mais ce n’est pas l’acception essentielle du mot; la preuve en est qu’on dit également bien un concert de louanges, un concert d’intrigues. _Concerter_ ne s’applique pas exclusivement à la musique, et _déconcerter_ ne s’y applique pas du tout.
Tout le XVIIe siècle a dit _concert de musique_.
CONCERTÉ, en parlant d’un seul, par exemple, du ciel:
Une aventure, par _le ciel concertée_, me fit voir la charmante Élise.
(_L’Av._ V. 5.)
_Concertée_ veut dire simplement ici _préparée_.
CONCLURE DE, suivi d’un infinitif:
Et nous _conclûmes_ tous _d’attacher_ nos efforts Sur un cerf que chacun nous disoit cerf dix cors.
(_Fâcheux._ II. 7.)
(Voyez DE remplaçant _à_ entre deux verbes.)
CONCURRENCE; BONHEUR QUI EST EN CONCURRENCE:
Grâce à Dieu, _mon bonheur n’est plus en concurrence_.
(_Éc. des fem._ V. 38.)
En effet, l’amour d’Horace n’a plus à craindre de concurrent, puisque Agnès s’est enfuie du logis d’Arnolphe, pour se mettre sous sa protection.
CONDAMNER D’UN CRIME, c’est-à-dire, pour un crime, à cause d’un crime; latinisme, _damnare de..._:
Ne me _condamnez point d’_un deuil hors de saison.
(_Sgan._ 10.)
Je veux que vous puissiez un peu l’examiner, Et voir si _de mon choix_ l’on peut me _condamner_.
(_Éc. des fem._ I. 1.)
L’erreur trop longtemps dure, Et c’est trop _condamner ma bouche d’imposture_.
(_Tart._ II. 3)
C’est trop me pousser là-dessus, Et d’_infidélité_ me voir trop _condamnée_.
(_Amph._ II. 2.)
Loin de te _condamner d’un si perfide trait_, Tu m’en fais éclater la joie en ton visage.
(_Ibid._ II. 3.)
Pascal a dit de même _blâmer de_:
«_Ne blâmez donc pas de fausseté_ ceux qui ont pris un choix, car vous n’en savez rien.»
(_Pensées._ p. 262.)
(Voyez DE dans tous les sens du latin _de_.)
CONDITIONNELS: deux conditionnels, le second commandé par le premier:
Pour moi, _j’aurois_ toutes les hontes du monde, s’il falloit qu’on vînt à me demander _si j’aurois_ vu quelque chose de nouveau que je n’aurois pas vu.
(_Préc. rid._ 10.)
Nous dirions aujourd’hui, _si j’ai vu_; mais on suivait alors pour les conditionnels une certaine loi de symétrie qui s’appliquait aussi aux futurs. (Voyez FUTURS.)
S’il falloit qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je _dirois_ hautement que _tu en aurois menti_.
(_D. Juan._ I. 1.)
Je leur disois que si quelqu’un leur venoit dire du mal de vous, elles se gardassent bien de le croire, et _ne manquassent_ pas de lui dire qu’_il en auroit_ menti.
(_Ibid._ II. 7.)
_Je croirois_ que la conquête d’un tel cœur ne _seroit_ pas une victoire à dédaigner.
(_Pr. d’Él._ IV. 3.)
Si je n’étois sûre que ma mère étoit honnête femme, _je dirois_ que _ce seroit_ quelque petit frère qu’elle m’_auroit_ donné depuis le trépas de mon père.
(_Mal. im._ III. 8.)
L’usage actuel mettrait: Je _dirais_ que _c’est_ quelque petit frère qu’elle _m’a_ donné, etc.
La Fortune dit à l’enfant qu’elle trouve endormi sur le rebord d’un puits:
«Sus, badin, levez-vous. Si vous tombiez dedans, «De douleur, vos parents, comme vous imprudents, «Croyant en leur esprit que de tout je dispose, «_Diroient_, en me blâmant, que j’en _serois_ la cause.»
(REGNIER. sat. XIV.)
Cette symétrie, empruntée du latin, était, dans l’ancienne langue, une règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, son mari, dans la scène de la folie feinte:
«Par ceste pecheresse lasse, «Si j’_eusse_ aide, je vous _liasse_[46].»
[46] _Si_ gouvernait le subjonctif devant l’imparfait, comme en latin.
Si adjutorium _haberem_, te _ligarem_.
Et Patelin, moqué par Aignelet:
«Par saint Jaques, se je _trouvasse_ «Un bon sergent, te _feisse_ prendre.»
(_Pathelin._)
Pascal ne manque jamais à cette loi:
«Si vous ne m’aviez dit que c’est le père le Moine qui est l’auteur de cette peinture, _j’aurois dit_ que _c’eût été_ quelque impie qui l’_auroit_ faite, à dessein de tourner les saints en ridicule.»
(9e _Provinciale_.)
«S’il s’en trouvoit qui _crussent_ que j’_aurois_ blessé la charité que je vous dois en décriant votre morale...»
(11e _Prov._)
--CONDITIONNEL construit avec un indicatif:
Si _je me dispense_ ici de m’étendre sur les belles et glorieuses vérités qu’on pourroit dire d’elle, c’est par la juste appréhension que ces grandes idées _ne fissent éclater_ encore davantage la bassesse de mon offrande.
(_Ép. dédic. de l’École des maris._)
Racine a dit de même, dans _Andromaque_:
«On _craint_ qu’il _n’essuyât_ les larmes de sa mère.»
Sur quoi d’Olivet élève une chicane grammaticale aussi pédante qu’elle est injuste. Rien n’est plus logique, ni plus irréprochable que cette alliance de temps, puisqu’il existe entre les deux l’ellipse bien claire d’une condition:--on craint (_si l’on me laissait mon fils_) qu’il _n’essuyât_ un jour, _etc._.....--Je me dispense de cet éloge, de peur que (_si je l’essayais_) le contraste des idées _ne fît_ ressortir la bassesse de mon offrande.
De peur qu’elle _revînt_, fermons à clef la porte.
(_Éc. des mar._ III. 2.)
De peur que (_si je laissais la porte ouverte_) elle ne _revînt_.
(Voyez SUBJONCTIF.)
CONDUITE, direction:
Et nous verrons ensuite Si je dois de vos feux reprendre la _conduite_.
(_L’Ét._ III. 5.)
--CONDUITE, celui qui conduit, comme _sentinelle_, _garde_, celui qui fait sentinelle, celui qui garde:
A vous mettre en lieu sûr je m’offre pour _conduite_.
(_Tart._ V. 6.)
CONFIRMER QUELQU’UN A (un infinitif), le fortifier dans la résolution de...:
L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre ............................................... _Me confirme_ encor mieux _à ne pas différer_ Les noces, où j’ai dit qu’il vous faut préparer.
(_Éc. des fem._ III. 1.)
CONFORME, absolument, et en sous-entendant le complément:
Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère, Et ce choix plus _conforme_ étoit mieux votre affaire.
(_Mis._ I. 1.)
Philinte veut dire que le caractère d’Éliante se rapproche du caractère d’Alceste, et qu’ainsi Alceste, choisissant Éliante au lieu de Célimène, eût fait un choix plus conforme à ses goûts et à ses principes.
Cette absence du complément paraît rendre l’expression trop vague, et laisser la pensée incertaine.
CONGÉ, permission:
Et si dans quelque chose ils vous ont outragé, Je puis vous assurer que c’est sans mon _congé_.
(_L’Ét._ I. 3.)
Nous n’oserons plus trouver rien de bon sans _le congé_ de messieurs les experts.
(_Crit. de l’Éc. des fem._ 7.)
Et je pense, seigneur, entendre ce langage. Mais sans votre _congé_, de peur de trop risquer, Je n’ose m’enhardir jusques à l’expliquer.
(_Princ. d’Él._ I. 1.)
Je lui donne à présent _congé_ d’être Sosie.
(_Amph._ III. 10.)
CONGRATULANT, adjectif verbal, comme _chatouillant_:
Ne vous embarquez nullement Dans ces _douceurs congratulantes_.
(_Amph._ III. 11.)
CONSCIENCE; C’EST UNE CONSCIENCE, c’est-à-dire, un cas de conscience:
_C’est une conscience_ Que de vous laisser faire une telle alliance.
(_Tart._ II. 2.)
_C’est une conscience_ de voir une pauvre jeune femme mariée de la façon.
(_G. D._ III. 12.)
CONSEILLER; (SE) CONSEILLER A QUELQU’UN, prendre le conseil de quelqu’un:
_Je me suis_ même encore aujourd’hui _conseillé au ciel_ pour cela.
(_D. Juan._ V. 3.)
Mais si _je me conseillois à vous_ pour ce choix?--Si _vous vous conseilliez à moi_, je serois fort embarrassé.
(_Am. magn._ II. 4.)
«Il est droit que _je me conseille_!»
(RUTEBEUF. _Le Testam. de l’asne._)
«Comment Panurge _se conseille à_ Her Trippa.--Comment Panurge _se conseille à_ Pantagruel.»
(RABELAIS.)
Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commencement de la langue, voyez au mot ARRÊTER.
CONSENTIR, verb. act., CONSENTIR QUELQUE CHOSE:
Mais je mourrai plutôt que de _consentir rien_.
(_D. Garcie._ I. 5.)
--CONSENTIR QUE, accorder que:
Mais je veux _consentir qu’_elle soit pour une autre.
(_Mis._ IV. 3.)
_Consentir à ce que_ rendrait une pensée différente. Alceste ne consent pas _à ce que_ la lettre de Célimène soit pour un autre; il consent, c’est-à-dire, il accorde par hypothèse qu’elle soit pour un autre que lui.
Si _consentir que_ eût été une expression fautive ou seulement insolite, il était facile à Molière de mettre:
Mais je veux _accorder_ qu’elle soit pour un autre.
Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, _consentir que_ pour _à ce que_:
«Elle (la société de Jésus) _consent qu’_ils gardent leur opinion, pourvu que la sienne soit libre.»
(PASCAL. 1re _Prov._)
«Homere a esté contrainct de _consentir que_ Venus feust blecée au combat de Troie.»
(MONTAIGNE. III. 7.)
_Je consens qu’_une femme ait des clartés de tout.
(_Fem. sav._ I. 3.)
CONSÉQUENCE; CHOSE DE CONSÉQUENCE:
Je sais bien qu’un bienfait de cette _conséquence_ Ne sauroit demander trop de reconnoissance.
(_Don Garcie._ V. 5.)
Que ne me dites-vous que des affaires _de la dernière conséquence_ vous ont obligé à partir sans m’en donner avis?
(_D. Juan._ I. 3.)
En vérité, monsieur, ce procès _m’est d’une conséquence_ tout à fait grande.
(_L’Av._ II. 7.)
«Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paroître la vivacité de son esprit.........; elles _sont de trop peu de conséquence_ pour en informer la postérité.»
(LA FONTAINE. _Vie d’Ésope._)
«J’ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne étoit........ _d’une extrême conséquence_ pour la religion.»
(PASCAL. 1re _Prov._)
--CONSÉQUENCE (FAIRE OU NE FAIRE POINT DE):
Un homme mort n’est qu’un homme mort, et _ne fait point de conséquence_.
(_Am. méd._ II. 3.)
Ne produit pas de suites.
--HOMME DE CONSÉQUENCE:
Prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec _un homme de ma conséquence_.
(_Méd. m. lui._ III. 11.)
CONSIDÉRABLE, digne d’être considéré, en parlant des personnes et des choses:
Comme je sais que vous êtes une personne _considérable_, je voudrois vous prier.....
(_Sicilien._ 8.)
Je vous tiens préférable A tout ce que j’y vois de plus _considérable_.
(_Mis._ I. 2.)
Ah! mon père, le bien n’est pas _considérable_ lorsqu’il est question d’épouser une honnête personne.
(_L’Av._ I. 5.)
Le bien n’est pas à considérer.
La noblesse, de soi, est bonne; c’est une chose _considérable_ assurément.
(_Georges D._ I. 1.)
--CONSIDÉRABLE A QUELQU’UN:
Mais si jamais mon bien _te fut considérable_, Répare mon malheur, et me sois secourable.
(_L’Ét._ II. 7.)
Monsieur, votre vertu _m’est_ tout à fait _considérable_.
(_Méd. m. l._ III. 11.)
«Ces raisons ont..... rendu leur condition (des hommes) si _considérable à l’Eglise_, qu’elle a toujours puni l’homicide qui les détruit....»
(PASCAL. 1re _Prov._)
CONSIDÉRATION; A LA CONSIDÉRATION DE, c’est-à-dire, en considération de:
Je vous donne ma parole, don Pèdre, qu’_à votre considération_, je vais la traiter du mieux qu’il me sera possible.
(_Sicilien._ 19.)
CONSOLATIF:
Je suis homme _consolatif_, homme à m’intéresser aux affaires des jeunes gens.
(_Scapin._ I. 2.)
Pascal a dit _consolatif à....._ et _consolatif pour...._:
«Discours bien _consolatif à_ ceux qui ont assez de liberté d’esprit..., etc.»--«Un beau mot de saint Augustin est bien _consolatif pour_ de certaines personnes.»
(_Pensées._ p. 51, 310 et 359.)
CONSOLATIF paraît formé de _consoler_, aussi légitimement que _récréatif_ de _récréer_, _portatif_ de _porter_, etc.
CONSOMMER, consumer:
Et, quoi que l’on reproche au feu qui vous _consomme_.
(_Dép. am._ III. 9.)
--SE CONSOMMER DANS QUELQUE CHOSE:
La vertu fait ses soins, et son cœur _s’y consomme_ Jusques à s’offenser des seuls regards d’un homme.
(_Éc. des m._ II. 4.)
On dit encore, au participe, _il est consommé dans son art_; on disait autrefois _se consommer dans_ un art, dans une science, dans la pratique de la vertu, etc., etc.
Puisqu’_en raisonnements_ votre esprit _se consomme_.
(_Éc. des fem._ V. 4.)
_Dans l’amour du prochain_ sa vertu _se consomme_.
(_Tart._ V. 5.)
C’est-à-dire _éclate au plus haut degré_.
Qui se donne à la cour se dérobe à son art; Un esprit partagé rarement _s’y consomme_, Et les emplois de feu demandent tout un homme.
(_La Gloire du Val de Grâce._)
La confusion entre _consommer_ et _consumer_ a été signalée par Vaugelas comme une faute, à la vérité commune chez de bons écrivains, mais enfin comme une faute.
Ménage, sans en donner une bonne raison, n’a pas voulu se rendre à la décision de Vaugelas; mais l’Académie l’a adoptée, et le sens des racines commanderait en effet la distinction, si _consommer_ venait de _summa_, et _consumer_ de _sumere_. Je n’en crois rien: _consumere_ est la seule racine des deux formes. L’usage de prononcer le _um_ latin par _on_ (voyez MATRIMONION) a conduit tout d’abord à traduire _consumere_ par _consommer_.
«Ceste qualité estouffe et _consomme_ les aultres qualités vrayes et essentielles.»
(MONTAIGNE. III. 7.)
Alors la forme _consumer_ n’existait pas; _consommer_ était seul; car il faut toujours se rappeler que notre langue a été soumise à deux systèmes de formation très-différents. _Consommer_ est le mot de première époque, et _consumer_ le mot de seconde époque. L’archaïsme luttait encore du temps de Molière.
CONSTAMMENT, avec constance:
Instruire ainsi les gens A porter _constamment_ de pareils accidents.
(_Fem. sav._ V. 1.)
CONSTITUER A, c’est-à-dire, préposer à....:
Je vous _constitue_ pendant le souper _au gouvernement des bouteilles_.
(_L’Av._ III. 1.)
_CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES:_
Du meilleur de mon cœur _je donnerois_ sur l’heure Les vingt plus beaux louis de ce qui me demeure, _Et pouvoir_ à plaisir sur ce mufle asséner Le plus grand coup de poing qui se puisse donner!
(_Tart._ V. 4.)
La passion légitime qui trouble Orgon excuse le dérangement grammatical de sa phrase. On le comprend d’ailleurs très-bien. C’est comme s’il disait: _Je voudrois donner... et pouvoir_, etc...
C’est bien la moindre chose que _je vous doive_, après _m’avoir sauvé la vie_.
(_D. Juan._ III. 4.)
Après que vous m’avez sauvé la vie;--mais l’autre façon est incomparablement plus rapide.
.... _Qui_ pourra montrer une marque certaine D’avoir meilleure part au cœur de Célimène, _L’autre ici fera place_ au vainqueur prétendu, Et le délivrera d’un rival assidu.
(_Mis._ III. 1.)
C’est-à-dire: Si l’un de nous peut montrer..., l’autre lui fera place.
Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte, Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte; _Et, rejetant mes vœux_ dès le premier abord, Mon cœur n’auroit eu droit de s’en plaindre qu’au sort.
(_Mis._ IV. 3.)
J’oserais blâmer cette construction, à cause de l’ambiguïté. _Rejetant mes vœux_ se rapporte à _votre bouche_; la construction grammaticale semble le rapporter à _mon cœur_, qui est le sujet de ce second membre de phrase.
C’est prendre peu de part à mes cuisants soucis, Que de _rire, et me voir_ en l’état où je suis.
(_Dép. am._ IV. 1.)
Dans l’ordre naturel, l’action de voir a précédé celle de rire. Virgile a dit pareillement:
_Moriamur, in arma ruamus._
Si l’on commençait par mourir, il ne serait plus temps ensuite de se jeter au milieu des ennemis. Les grammairiens, habiles à couvrir de beaux noms les fautes échappées aux grands poëtes, ont trouvé pour celle-là le terme imposant d’hystérologie, c’est-à-dire renversement de l’ordre, qui met devant ce qui devait être derrière. La faute de Virgile, en bonne foi, n’est pas justifiable; celle de Molière le serait peut-être davantage, en ce qu’on peut dire que l’action de rire et celle de voir sont simultanées.
(Voyez PARTICIPE PRÉSENT.)
CONSULTER, absolument et sans régime, comme _délibérer_:
Le jour s’en va paroître, et je vais _consulter_ Comment dans ce malheur je dois me comporter.
(_Éc. des fem._ V. 1.)
Ah! faut-il _consulter_ dans un affront si rude!
(_Amph._ III. 3.)
Laissez-moi _consulter_ un peu si je le puis faire en conscience.
(_Pourc._ II. 4.)
--CONSULTER, verb. act.: _consulter quelque chose_: une maladie, un procès, c’est-à-dire, délibérer là-dessus:
Si Lélie a pour lui l’amour et sa puissance, Andrès pour son partage a la reconnoissance, Qui ne souffrira point que mes pensers secrets _Consultent_ jamais _rien_ contre ses intérêts.
(_L’Ét._ V. 12.)
Il me semble Que l’on doit commencer par _consulter_ ensemble _Les choses_ qu’on peut faire en cet événement.
(_Tart._ V. 1.)
J’ai ici un ancien de mes amis, avec qui je serai bien aise de _consulter sa maladie_.
(_Pourc._ I. 9.)
Voici un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais _consulter la manière_ dont nous vous traiterons.
(_Ibid._ I. 11.)
Je vous prie de me mener chez quelque avocat, pour _consulter mon affaire_.
(_Ibid._ II. sc. 12.)
CONTE; DONNER D’UN CONTE PAR LE NEZ. Voy. NEZ.
CONTENTÉ DE (ÊTRE), être payé, récompensé de:
Vous serez pleinement _contentés de vos soins_.
(_Éc. des mar._ III. 5.)
CONTENTEMENT, construit avec le verbe _être_:
Elle dit que _ce n’est pas contentement_ pour elle que d’avoir cinquante-six ans.
(_L’Av._ II. 7.)
«Mais vivre sans plaider, _est-ce contentement_?»
(_Les Plaid._ I. 7.)
_Ce n’est pas contentement_ pour l’injure que j’ai reçue.
(_Méd. m. l._ I. 4.)
Ce n’est pas satisfaction pour l’injure que j’ai reçue.
CONTESTE:
La maison à présent, comme savez de reste, Au bon monsieur Tartufe appartient sans _conteste_.
(_Tart._ V. 4.)
_Conteste_ est le substantif de _contester_, dont la forme primitive est _contrester_ (_contra stare_). Les Italiens disent _contrastar_, et nous avons formé, à une époque relativement récente, _contraste_, qui est au fond le même mot que _conteste_. On a oublié la loi qui changeait l’_a_ des Latins en _e_ français:
«Li marescaus de nostre ost esgarda devant un casal, et pierchut la gent Barile qui venoient huant et glatissant, et menant li grand tempieste, que bien cuidoient _contrester_ à nos fourriers.»
(VILLEHARDHOIN, p. 178, éd. de Mr Paris.)
Nicot écrit _contr’ester_, et cite pour exemple cette phrase:--«Onc n’avoit trouvé homme qui luy peust _contr’ester_ en champ de bataille Guy de Warwich.»
M. B. Lafaye fait cette distinction chimérique:--«Le _conteste_ est une simple difficulté; la _contestation_ en est la manifestation.» (Synon., p. 391). L’un est le mot ancien, et l’autre le moderne: le sens est identique.
CONTRADICTOIRE A:
Ho, ho! qui des deux croire? Ce discours _au premier_ est fort _contradictoire_.
(_L’Ét._ I. 4)
CONTRAIRE PARTI:
... Il se venge hautement en prenant le _contraire parti_.
(_Crit. de L’Éc. des fem._ 6.)
Corneille avait dit, dans _Cinna_:
«Et l’inclination n’a jamais démenti Le sang qui t’avoit fait du _contraire parti_.»
(V. 1.)
La prose de Molière nous montre que la locution était ainsi faite, et non _parti contraire_.
«Et chacun s’est rangé du _contraire parti_.»
(REGNIER. sat. 17.)
CONTRARIÉTÉS, taquineries par représailles:
Laissons ces _contrariétés_, Et demeurons ce que nous sommes.
(_Amph._ Prol.)
Il faut noter dans ce mot un exemple de la substitution des liquides _l_ et _r_. Les racines sont _contra_ et _alium_; la forme primitive du verbe était _contralier_.--Dans Partonopeus:
«Ce sont clergastes qui en mesdient (des femmes), «Qui lor meschines _contralient_. «Ils sont vilains, et eles foles.
(V. 5489.)
«Grant pechie fait qui _contralie_ «Dame qui est d’amors marrie.
(V. 6660.)
«Ahi mon! com ies desdaignouse! «Ahi! com ies _contraliouse_!
(V. 5423.)
Nous disons _armoire_ (d’_armarium_, racine, _arma_), et nous avons raison; nos aïeux écrivaient _almarie_, _almoire_, qu’ils prononçaient par _au_, _aumarie_, _aumoire_. (Voyez les _Rois_, _passim_.) C’était l’inverse de la faute que nous commettons en disant _contrarier_, pour _contralier_.
CONTREFAISEUR DE GENS:
Point de quartier à ce _contrefaiseur de gens_.
(_Impromptu._ 3.)
CONTREFAIT, simulé; UN ZÈLE CONTREFAIT:
.... Attraper les hommes avec _un zèle contrefait_ et une charité sophistiquée.
(1er _Placet au Roi_.)
CONVULSIONS DE CIVILITÉS:
Et, tandis que tous deux étoient précipités Dans les _convulsions de leurs civilités_....
(_Fâcheux._ I. 1.)
COQUIN ASSURÉ, effronté coquin:
Que me vient donc conter cet _assuré coquin_?
(_Dép. am._ III. 8.)