Lettres sur l'histoire de France
Part 31
(Ejusdem _Panegyric. Aviti imp._, apud _Script. rer. gallic. et francic._, t. I, p. 808.)
Selon toute probabilité, il en fut de même des premières assemblées tenues par les rois des Franks au nord de la Loire. S’il s’agissait d’objets difficiles à débattre, les chefs et les hommes d’un certain âge étaient convoqués à part; mais les affaires de guerre se discutaient en présence de toute l’armée. Quand Chlodowig Ier eut résolu d’envahir le territoire des Goths, il assembla sous les murs de Paris tous les Franks en état de porter les armes, pour leur soumettre son projet. Le discours du roi barbare, prononcé en langue germanique, fut bref et significatif: «Je supporte avec peine que ces ariens occupent une partie des Gaules; allons avec l’aide de Dieu, et les ayant vaincus, réduisons leurs terres en notre pouvoir[573].» L’assemblée manifesta son adhésion par des acclamations bruyantes, et l’on se mit en marche vers l’Aquitaine.
[573] Greg. Turon., apud ibid., t. II, cap. XXXVII, p. 181.
Les assemblées tenues par les successeurs de Clovis eurent à peu près le même caractère. C’était toujours le conseil de la race conquérante et de la population militaire. Les habitants des villes et tout ce qui conservait la civilisation et les mœurs romaines formaient un peuple à part. Ce peuple, dont les Barbares ne s’occupaient guère, pourvu qu’il demeurât en repos, avait, à côté de leur gouvernement, des institutions qui lui étaient propres, des corps municipaux ou curies, des magistratures électives et des assemblées de notables, ancien privilége des cités romaines, que l’anéantissement de l’autorité impériale avait même accru dans certains lieux[574]. C’était dans le maintien de leur régime municipal que les fils des vaincus cherchaient quelque garantie contre l’oppression et la violence des temps. Car si les chefs germains ne mettaient aucun prix à ce que la constitution politique des villes gauloises prît une autre forme, ils n’épargnaient point les habitants, soit dans la levée des tributs, soit dans les guerres où ils se disputaient les uns aux autres la possession du territoire. Aucun habitant des villes n’avait de relation directe avec le gouvernement central, si ce n’est l’évêque, qui se rendait quelquefois à la cour des rois franks, afin d’intercéder pour ses concitoyens, remplissant, dans ce cas, d’une manière bénévole l’office du magistrat que les Romains appelaient _défenseur_[575]. Ses doléances sur l’énormité des taxes et la rigueur des officiers du fisc étaient souvent écoutées; et alors l’évêque s’en retournait avec une _préception_ royale que les habitants de la cité recevaient avec joie, mais dont les collecteurs d’impôts et les commandants militaires tenaient ordinairement peu de compte.
[574] Par exemple, dans la partie méridionale des Gaules. On en trouve la preuve dans le _Breviarium Aniani_, espèce de code compilé par l’ordre des rois goths. (Voyez l’_Hist. du Droit romain_, par M. de Savigny, t. II.)
[575] La mission primitive de ce magistrat était de défendre le peuple des villes contre l’oppression et les injustices des officiers impériaux et de leurs employés.
Les évêques demeurèrent dans cet état de solliciteurs officieux auprès des rois jusqu’au temps où un grand nombre d’hommes d’origine barbare ayant été promus à l’épiscopat, l’ordre entier fut admis à siéger, d’une manière constante et régulière, dans les assemblées politiques: c’est ce qui arriva sous la seconde race. Mais alors les évêques perdirent leur premier rôle de défenseurs des villes, et figurèrent seulement comme représentants de l’ordre ecclésiastique à côté des chefs et des seigneurs représentants de la population militaire. Les habitants des cités ne comprenant point la langue parlée à la cour des rois et dans les _champs de mai_, où l’on discutait soit en langue tudesque les affaires militaires, soit en latin littéral les affaires ecclésiastiques, n’avaient aucune connexion directe ou indirecte avec ces assemblées, et ne souffraient ni ne se plaignaient de n’en pas avoir.
Ainsi, sous les deux premières races, qui marquent, à proprement parler, la durée de la période franke, la partie laïque des assemblées, que nos historiens appellent nationales, ne fut guère composée que d’hommes franks d’origine, et dont l’idiome teutonique était la langue maternelle. Jusqu’à la fin du neuvième siècle, les documents originaux ne présentent que deux occasions où les rois, dans leurs allocutions publiques, aient employé une autre langue. C’est d’abord en 842, à l’assemblée de Strasbourg[576], où Charles le Chauve et Louis le Germanique se jurèrent amitié et alliance contre Lother; puis en 860, dans une conférence qui eut lieu à Coblentz pour le maintien de la paix entre les trois frères. Dans ces deux assemblées, Louis le Germanique et Charles le Chauve prirent la parole en langue romane. Mais cette langue romane, comme je l’ai déjà remarqué, n’était point celle dont s’est formé le français actuel: c’était le dialecte méridional. Le texte même des serments s’accorde pour le prouver, avec les motifs qui donnèrent lieu à l’assemblée de Coblentz. En effet, il s’agissait de prononcer une amnistie définitive pour les seigneurs de Provence qui, peu de temps auparavant, s’étaient révoltés contre Charles le Chauve: «Le seigneur Karl prononça ces articles en langue romane, et puis les récapitula en langue tudesque. Ensuite le seigneur Lodewig dit, en langue romane, au seigneur Karl son frère:--Or, s’il vous plaît, je veux avoir votre parole touchant les hommes qui ont passé sous ma foi.--Et le seigneur Karl, élevant la voix, dit en la même langue:--Les hommes qui ont agi contre moi, ainsi que vous le savez, et ont passé à mon frère, je leur pardonne tout ce qu’ils ont méfait contre moi, pour Dieu, pour son amour et pour sa grâce...--Et le seigneur Lother dit, en langue tudesque, qu’il consentait aux susdits articles, et promit de les observer[577].» Il n’y avait alors que la partie méridionale de la France actuelle où l’idiome des indigènes eût entièrement prévalu sur celui des anciens conquérants. Cela n’arriva, pour les provinces du Nord, qu’après la déposition de Charles le Gros et la formation d’un nouveau royaume de France, borné par la Meuse et la Loire. C’est de cette révolution, qui, après un siècle de flux et de reflux, se termina par l’avénement de la troisième race, que date l’existence du français, c’est-à-dire du dialecte roman de la Gaule septentrionale, non comme langage rustique ou bourgeois, mais comme langue de la cour et des assemblées délibérantes.
[576] Nithardi _Hist._, lib. III, apud _Script. rer. gallic. et francic._, t. VII, p. 26.--Voyez plus haut, Lettre XI.
[577] Nithardi _Hist._, lib. III, apud _Script. rer. gallic. et francic._, t. VII, p. 27.
Sous la troisième race, qui est véritablement la première dynastie française, il n’y a plus qu’un seul langage pour les rois, les nobles et les serfs, et à l’ancienne division des races succède celle des rangs, des classes et des états. Par un reste de la distinction primitive entre les familles d’origine barbare et la masse des habitants indigènes, on conserva le nom de _franc_ comme une sorte de titre honorifique pour les hommes qui unissaient la richesse à la liberté entière de leur personne et de leurs biens. On les appelait aussi _bers_ ou _barons_, mot qui dans l’idiome tudesque signifiait simplement un homme[578]. Le conseil des barons de France fut assemblé par tous les rois de la troisième race d’une manière constante, mais sans régularité quant aux époques de la convocation et au nombre des personnes convoquées. Ce conseil prit dans la langue d’alors le nom de _cour_ ou de _parlement_. Il n’y eut entre ceux qui y siégeaient d’autres distinctions que celles de leurs différents titres féodaux, jusqu’au règne de Louis le Jeune, qui, pour donner à sa cour quelque chose de l’éclat que les romanciers du temps prêtaient à celle de Charlemagne, fit prendre à ses douze plus grands vassaux le nom de pairs de France. Dès lors on s’habitua à regarder ceux qui portaient ce titre comme les conseillers naturels et, en quelque sorte, les lieutenants des rois. Quoique placés dans une classe supérieure, les pairs n’en continuèrent pas moins à siéger en parlement avec le reste des barons et tous les évêques de France. Toujours composé de militaires et d’ecclésiastiques, le grand conseil des rois conserva son ancienne forme jusqu’à la fin du treizième siècle, où des gens de loi y entrèrent en grand nombre, en même temps que les évêques en sortirent, à l’exception de ceux qui étaient pairs de France par le droit de leur siége métropolitain. De là date la révolution qui transforma par degrés le parlement en une simple cour de justice, ayant le privilége d’enregistrer les édits et les ordonnances. De là vint enfin que, dans les circonstances difficiles, le concours du parlement ne suffit plus, et que les rois, pour s’entourer d’une autorité plus imposante, imaginèrent de convoquer à leur cour des représentants des trois principales classes de la nation, la noblesse, le clergé et les membres des communes, qui plus tard furent appelés tiers état.
[578] Le mot teutonique de _bar_ n’avait originairement d’autre signification que celle du mot latin _vir_. On trouve dans les lois des Franks: «Tam baronem quam fœminam,» et dans celle des Lombards: «Si quis homicidium perpetraverit in barone libero vel servo... Si quelqu’un a commis un homicide sur un baron, soit libre, soit serf...» (_Lex salica_, lib. I, tit. IX.)
Au commencement du quatorzième siècle, lorsque les députés de la bourgeoisie furent pour la première fois convoqués aux États généraux du royaume, ce ne fut point, comme on l’a écrit, une restauration d’anciens droits politiques, éteints depuis l’avénement de la troisième race. Ce n’était point non plus pour la classe bourgeoise le signe d’une émancipation récente; car il y avait plus de deux siècles que cette classe nombreuse avait reconquis sa liberté et qu’elle en jouissait pleinement. Elle avait le droit de tenir des assemblées publiques, d’élire ses magistrats, d’être jugée par ses pairs. C’était un axiome du temps, que, dans les villes d’échevinage, c’est-à-dire de commune, il n’y avait point de tailles à lever[579]; et voilà pourquoi les rois qui voulaient imposer des tailles aux villes furent obligés de traiter avec des mandataires spéciaux de ces petites sociétés libres.
[579] ... Præsertim quum scabinatus censu careat... (Remontrances des habitants de Reims à Philippe de Valois; Marlot, _Hist. metropol. Remensis_, t. II, p. 619. Le tome Ier a été publié en 1666, et le tome II en 1679.)
La convocation des députés du tiers état ne fut donc point une faveur politique, mais la simple reconnaissance du vieux privilége communal, reconnaissance qui malheureusement coïncide avec les premières violations de ce privilége et le projet de ravir aux communes leur organisation indépendante, de les _mettre en la main du roi_, comme s’expriment les actes du temps. Au sortir d’une longue période de monarchie absolue, sans liberté municipale, lorsque l’on commença en France à désirer des garanties contre une autorité sans limites, les yeux se reportèrent avec intérêt, dans le passé, sur ces États généraux qui semblaient répondre au nouveau besoin qu’on éprouvait. Par un entraînement involontaire, les écrivains prêtèrent à cette époque de notre histoire des couleurs trop brillantes, à côté desquelles pâlit l’époque des communes, véritable époque des libertés bourgeoises, mais dont l’austère et rude indépendance avait perdu son ancien attrait. La vérité sur ce point a été mieux connue et mieux respectée par les historiens du seizième et du dix-septième siècle, à qui leur temps ne faisait point illusion sur ce qui s’était passé sous le règne de Philippe le Bel. Voici de quelle manière Étienne Pasquier, dans ses _Recherches_, parle des États généraux:
«Le premier qui mit cette innovation en avant fut Philippe le Bel. Il avait innové certain tribut qui était pour la première fois le centième, pour la seconde le cinquantième de tout notre bien. Cet impôt fut cause que les manants et habitants de Paris, Rouen, Orléans, se révoltèrent et mirent à mort tous ceux qui furent députés pour la levée de ces deniers. Et lui encore, à son retour d’une expédition contre les Flamands, voulut imposer une autre charge de six deniers pour livre de chaque denrée vendue; toutefois on ne lui voulut obéir. Au moyen de quoi, par l’avis d’Enguerrand de Marigny, grand superintendant de ses finances, pour obvier à ces émeutes, il pourpensa d’obtenir cela de son peuple avec plus de douceur. Voulant faire un autre nouvel impôt, il fit ériger un grand échafaud dedans la ville de Paris; et là, par l’organe d’Enguerrand, après avoir haut loué la ville, l’appelant Chambre royale, en laquelle les rois anciennement prenaient leur première nourriture, il remontra aux syndics des trois états les urgentes affaires qui tenaient le roi assiégé pour subvenir aux guerres de Flandre, les exhortant de le vouloir secourir en cette nécessité publique où il allait du fait de tous. Auquel lieu on lui présenta corps et biens, levant, par le moyen des offres libérales qui lui furent faites, une imposition fort griève par tout le royaume. L’heureux succès de ce premier coup d’essai se tourna depuis en coutume, non tant sous Louis le Hutin, Philippe le Long et Charles le Bel, que sous la lignée des Valois.»
Mézeray, qui, du point de vue de son siècle, juge les choses avec un grand sens et une indépendance remarquable, n’est guère plus qu’Étienne Pasquier enthousiaste de ces assemblées d’États. On trouve dans son histoire les phrases suivantes, au règne de Henri II: «Il ne manquait plus que de l’argent au roi: il assembla pour cela les États à Paris, le 6 janvier de l’année 1558. Depuis le roi Jean, ils n’ont guère servi qu’à augmenter les subsides...»
Si les quatorzième et quinzième siècles n’ont rien ajouté aux franchises dont jouissaient les habitants des villes; si, au contraire, durant ces siècles d’agrandissement pour l’autorité royale, les communes ont perdu leur existence républicaine, et sont tombées, pour la plupart, sous le gouvernement des prévôts, le mouvement qui poussait la masse de la nation vers l’anéantissement de toute servitude ne s’arrêta pas pour cela. Une classe nombreuse, demeurée jusqu’alors en arrière, celle des serfs de la glèbe ou _hommes de corps_, entra en action au moment même où parut s’affaiblir l’énergie de la classe bourgeoise. Cette révolution, dont il est plus aisé d’apercevoir les résultats que de suivre la marche et les progrès, n’a point encore eu d’historien. Ce serait un beau travail que de la décrire et d’en retrouver les véritables traits sous le récit vague et incomplet des narrateurs du temps. On rétablirait ainsi, dans l’histoire de la société, en France, le point intermédiaire entre la révolution communale du douzième siècle et la révolution nationale du dix-huitième.
La société civilisée, vivant de travail et de liberté, à laquelle se rallie aujourd’hui tout ami du bien et des hommes, eut pour berceau dans notre pays les municipalités romaines. Retranchée dans ces asiles, comme dans des lieux fortifiés, elle résista au choc de la conquête et à l’invasion de la barbarie. Elle fut la force vivante qui mina par degrés le pouvoir des conquérants et fit disparaître du sol gaulois la domination germanique. D’abord éparse sur un vaste territoire, environnée de gens de guerre turbulents et de laboureurs esclaves, elle ouvrit dans son sein un refuge au noble qui souhaitait de jouir en paix de ses biens et au serf qui ne voulait plus avoir de maître. Alors le nom de bourgeois n’était pas seulement un signe de liberté, mais un titre d’honneur; car il exprimait à la fois les idées de franchises personnelles et de participation active à la souveraineté municipale[580]. Lorsque ce vieux titre eut perdu ses priviléges et son prestige, l’esclavage, par une sorte de compensation, fut aboli pour les campagnes; et ainsi se trouva formée cette immense réunion d’hommes civilement libres, mais sans droits politiques, qui en 1789 entreprit, pour la France entière, ce qu’avaient exécuté, dans de simples villes, ses ancêtres du moyen âge. Nous qui la voyons encore, cette société des temps modernes, en lutte avec les débris du passé, débris de conquête, de seigneurie féodale et de royauté absolue, soyons sans inquiétude sur elle; son histoire nous répond de l’avenir: elle a vaincu l’une après l’autre toutes les puissances dont on évoque en vain les ombres.
[580] On trouve fréquemment dans les actes du moyen âge les mots _miles burgensis_, chevalier bourgeois, mots qui, dans la langue actuelle, semblent s’exclure l’un l’autre.
APPENDICE
I
Noms des rois des deux races frankes, rectifiés d’après l’ancienne orthographe et le son de la langue tudesque.
RACE DE MEROWIG OU MEROVINGS
Années de l’avénement.
428. Hlodio ou Chlodio. 448. Merowig. 458. Hilderik Ier. 481. Hlodowig ou Chlodowig Ier. 511. Theoderik Ier, roi à Metz. Hlodomir ou Chlodomir, roi à Orléans. Hildebert Ier, roi à Paris. Hlother ou Chlother Ier, roi à Soissons. 534. Theodebert Ier, roi à Metz. 548. Theodebald, _ibid._ 562. Haribert, roi à Paris. Gonthramm, roi à Orléans. Hilperic Ier, roi à Soissons. Sighebert Ier, roi en Austrasie ou _Oster-rike_. 575. Hildebert II, _ibid._ 584. Hlother ou Chlother II, roi en Neustrie ou _Neoster-rike_. 596. Theoderik II, roi en _Burgondie_ ou Bourgogne. Theodebert II, roi en Austrie. 628. Dagobert Ier. 632. Sighebert II, roi en Austrie. 638. Hlodowig ou Chlodowig II, roi en Austrie. 656. Hlother ou Chlother III, _ibid._ 670. Hilderik II. 673. Dagobert II, roi en Austrie. Theoderik III, roi en Neustrie. 691. Hlodowig ou Chlodowig III. 695. Hildebert II. 711. Dagobert III. 715. Hilperik II. 720. Theoderik IV. 742. Hilderik III.
MAJEURS OU MAIRES DE LA MAISON ROYALE
Landrik, en Neustrie. Berthoald, en Bourgogne. Protadius, Romain ou Gaulois, _ibid._ Clodius, de même origine, _ibid._ Warnaher, _ibid._ Ega, en Neustrie. Pepin, en Austrie. Grimoald, _ibid._ Erkinoald, en Neustrie. Ebroïn, _ibid._ Wert, _ibid._ Pepin de Heristall, en Austrie. Theodebald, en Neustrie. Raghenfred, _ibid._ Karl, surnommé Martel.
ROIS FRANCS DE LA RACE DE KARL OU KARLINGS
752. Pepin. 768. Karloman Ier. Karl Ier. 800. Karl, surnommé le Grand, empereur. 814. Hlodowig IV, ou Lodewig Ier, empereur[581]. 840. Hlother IV ou Lother Ier, empereur et roi en Italie. 840. Karl, surnommé le Chauve, roi en Gaule. Lodewig, roi en Germanie. 877. Lodewig II, surnommé le Bègue. 879. Lodewig III. Karloman II. 884. Karl, surnommé le Gros, empereur et roi en Gaule.
[581] En appliquant à ce nom le changement d’orthographe qui a eu lieu sous la seconde race, on peut conserver la série des rois du nom de Louis telle que l’usage l’a établie.
ROIS DE FRANCE[582]
[582] Voyez, au sujet de cette distinction, les Lettres XI et XII.
888. Ode ou Eudes, roi par élection. 898. Karl III, surnommé le Simple. 922. Rodbert ou Robert, roi par élection. 923. Radulph ou Raoul, _ibid._ 936. Lodewig IV, surnommé d’Outre-mer. 954. Lother II. 986. Lodewig V. 987. Hug ou Hugues Capet, roi par élection. Karl, fils de Lodewig IV, prétendant, mort en prison. Karl et Lodewig, ses fils, bannis du royaume.
II
Explication des noms franks d’après les racines de l’ancien idiome tudesque[583].
[583] Je me suis conformé, pour cette explication, à l’opinion du savant Grimm, dans son excellente Grammaire de toutes les langues germaniques. (_Deutsche Grammatik_. Goettingen, 1822.)
Hlodio, Hlod, signifie célèbre: les deux dernières lettres marquent une terminaison diminutive. Mero-wig, éminent guerrier. Hilde-rik, fort ou brave au combat. Hlodo-wig, célèbre guerrier. Theode-rik, brave ou puissant parmi le peuple. Hlodo-mir, chef célèbre. (_Mir_ ou _mer_, éminent, illustre, se prenait quelquefois substantivement.) Hilde-bert, brillant dans le combat. Hlot-her, célèbre et éminent. (Dialecte haut allemand.) Theode-bert, brillant parmi le peuple. Theode-bald, hardi entre tout le peuple. Hari-bert, brillant dans l’armée. Gont-hramn, fort au combat. (Dialecte haut allemand.) Hilpe-rik, brave ou puissant à secourir. Sighe-bert, brillant par la victoire. Dago-bert, brillant comme le jour. Land-rik, puissant dans le pays. Berto-ald, brillamment ferme ou fidèle. Warna-her, éminent pour la protection. Ega, subtil. Pepin, ce nom est le diminutif familier d’un autre qu’on ne saurait désigner que d’une manière arbitraire. Grimo-ald, ferme dans la férocité. Ce dernier mot est pris dans un sens analogue à celui du latin _ferocia_. Erkino-ald, ferme dans la sincérité. Ebroïn, par adoucissement pour Ebro-win, vainqueur en rapidité. Wert, digne. Theodo-ald, ferme ou fidèle entre tout le peuple. Raghen-fred, puissant protecteur. Karl, robuste. Karlo-man, homme robuste. Ode, riche ou heureux. Rod-bert, brillant par la parole. Rad-ulf, prompt au secours. Hug, intelligent.
FIN.
TABLE
DES LETTRES SUR L’HISTOIRE DE FRANCE
Pages Préface 1 Avertissement pour la seconde édition 7