Lettres écrites d'Égypte et de Nubie en 1828 et 1829

Chapter 18

Chapter 183,733 wordsPublic domain

1° La restauration des portes et d'une portion du plafond de la grande salle, par Ptolémée Evergète II, entre l'an 146 et l'an 118 avant notre ère;

2° Des réparations faites vers l'an 392 avant notre ère aux colonnes d'ordre protodorique qui soutiennent les plafonds des galeries, sous le Pharaon Mendésien Acoris. On a employé pour cela des pierres provenant d'un petit édifice construit par la princesse Neitocris, fille de Psammétichus II;

3° Toutes les sculptures des façades supérieures sud et nord exécutées sous le règne de Rhamsès-Méiamoun, au XVe siècle avant notre ère.

Ces derniers embellissements, les plus anciens et les plus notables de tous, avaient été ordonnés sans doute pour lier, par la décoration, le petit palais de Moeris avec le grand palais de Rhamsès-Méiamoun, qui, avec ses attenances, couvre presque toute la butte de Médinet-Habou.

C'est ici en effet qu'existent les ouvrages les plus remarquables de ce Pharaon, l'un des plus illustres parmi les souverain de l'Égypte, et dont les exploits militaires ont été confondus avec ceux de Sésostris ou Rhamsès le Grand, par les auteurs anciens et par les écrivains modernes.

Un édifice d'une médiocre étendue, mais singulier par ses formes inaccoutumées, le seul qui, parmi tous les monuments de l'Égypte, puisse donner une idée de ce qu'était une habitation particulière à ces anciennes époques, attire d'abord les regards du voyageur. Le plan qu'en ont publié les auteurs de la grande _Description de l'Égypte_ pourra donner une idée exacte de la disposition générale de ces deux massifs de pylônes unis à un grand pavillon par des constructions tournant sur elles-mêmes en équerre; je ne dois m'occuper que des curieux bas-reliefs et des inscriptions sculptées sur toutes les surfaces.

L'entrée principale regarde le Nil; on tourne d'abord deux grands massifs formant une espèce de faux pylône, ensevelis en partie sous des buttes provenant des débris d'habitations modernes. Vers le haut règne une frise anaglyphique composée des éléments combinés de la légende royale du Rhamsès fils aîné et successeur immédiat de Rhamsès-Méiamoun, «Soleil, gardien de vérité, éprouvé par Ammon.» On remarque de plus, sur ces massifs, des tableaux d'adoration de la même époque, et deux _fenêtres_ portant sur leur bandeau le disque ailé de Hat, et sur leurs jambages les légendes royales de Rhamsès-Méiamoun, «Soleil, gardien de vérité et ami d'Ammon.»

La porte qui sépare ces constructions appartient au règne d'un troisième Rhamsès, le second fils de Méiamoun, «le soleil seigneur de vérité, aimé par Ammon.»

Dans l'intérieur de cette petite cour s'élèvent deux massifs de pylônes, ornés, ainsi que les construction qui les unissent au grand pavillon, de frises anaglyphiques portant la légende du fondateur, Rhamsès-Méiamoun, et de bas-reliefs d'un grand intérêt, parce qu'ils ont trait aux conquêtes de ce Pharaon.

La face antérieure du massif de droite est presque entièrement occupée par une figure colossale du conquérant levant sa hache d'armes sur un groupe de prisonniers barbus dont sa main gauche saisit les chevelures; le dieu Amon-Ra, d'une stature tout aussi colossale, présente au vainqueur la harpe divine en disant: «Prends cette arme, mon fils chéri, et frappe les chefs des contrées étrangères!»

Le soubassement de ce vaste tableau est composé des chefs des peuples soumis par Rhamsès-Méiamoun, agenouillés, les bras attachés derrière le dos par les liens qui, terminés par une houppe de papyrus ou une fleur de lotus, indiquent si le personnage est un Asiatique ou un Africain.

Ces chefs captifs, dont les costumes et les physionomies sont très-variés, offrent, avec toute vérité, les traits du visage et les vêtements particuliers à chacune des nations qu'ils représentent; des légendes hiéroglyphiques donnent successivement le nom de chaque peuple. Deux ont entièrement disparu; celles qui subsistent, au nombre de cinq, annoncent:

Le chef du pays de Kouschi, mauvaise race (l'Ethiopie), Le chef du pays de Térosis, en Afrique Le chef du pays de Toroao,

et

Le chef du pays de Robou, en Asie Le Chef du pays de Moschausch,

Un tableau et un soubassement analogues décorent la face antérieure du massif de gauche; mais ici tous les captifs sont des chefs asiatiques; on les a rangés dans l'ordre suivant:

Le chef de la mauvaise race du pays de Schéto ou Chéta;

Le chef de la mauvaise race du pays d'Aumôr;

Le grand du pays de Fekkarb;

Le grand du pays de Schairotana contrée maritime;

Le grand du pays de Scha.....(le reste est détruit);

Le grand du pays de Touirscha, contrée maritime;

Le grand du pays de Pa..... (le reste est détruit).

Sur l'épaisseur du massif de gauche, Rhamsès-Méiamoun casqué, le carquois sur l'épaule, conduit des groupes de prisonniers de guerre aux pieds d'Amon-Ra; le dieu dit au conquérant: «Va! empare-toi des contrées; soumets leurs places fortes et amène leurs chefs en esclavage;»

Le massif correspondant et les corps de logis qui réunissent le pylône au grand pavillon du fond, sont couverts de sculptures qu'il serait trop long de détailler ici. On remarque des _fenêtres_ décorées extérieurement et intérieurement avec beaucoup de goût, et des _balcons_ soutenus par des prisonniers barbares sortant à mi-corps de la muraille.

L'intérieur du grand pavillon, divisé en trois _étages_, fut décoré de bas-reliefs représentant des scènes domestiques de Rhamsès-Méiamoun; je possède des dessins exacts de tous ces intéressants tableaux, parmi lesquels on remarque le Pharaon servi par les dames du palais, prenant son repas, jouant avec ses petits enfants ou occupé avec la reine d'une partie de jeu analogue à celui des _échecs_, etc., etc. L'extérieur de ce pavillon est couvert de légendes du roi ou de bas-reliefs commémoratifs de ses victoires.

C'est en suivant l'axe principal de ces curieuses constructions qu'on arrive enfin devant le premier pylône du grand et magnifique palais de Rhamsès-Méiamoun. L'édifice que nous venons de décrire n'en était qu'une dépendance et une simple annexe.

Ici, tout prend des proportions colossales: les faces extérieures des deux énormes massifs du premier pylône, entièrement couvertes de sculptures, rappellent les exploits du fondateur de l'édifice non-seulement par des tableaux d'un sens vague et général, mais encore par les images et les noms des peuples vaincus, par celles du conquérant et de la divinité protectrice qui lui donne la victoire. On voit sur le massif de gauche le dieu Phtah-Socharis livrant à Rhamsès-Méiamoun treize contrées asiatiques, dont les noms, conservés pour la plupart, ont été sculptés dans des cartels servant comme de boucliers aux peuples enchaînés. Une longue inscription, dont les onze premières lignes sont assez bien conservées, nous apprend que ces conquêtes eurent lieu dans la douzième année du règne de ce Pharaon.

Dans le grand tableau du massif de droite, le dieu Amon-Ra, sous la forme de Phré hiéracocéphale, donne la harpé au belliqueux Rhamsès pour frapper vingt-neuf peuples du Nord ou du Midi; dix-neuf noms de contrées ou de villes subsistent encore; le reste a été détruit pour appuyer contre le pylône des masures modernes. Le roi des dieux adresse à Méiamoun un long discours dont voici les dix premières colonnes: «Amon-Ra a dit: Mon fils, mon germe chéri, maître du monde, soleil gardien de justice, ami d'Ammon, toute force t'appartient sur la terre entière; les nations du Septentrion et du Midi sont abattues sous tes pieds; je te livre les chefs des contrées méridionales; conduis-les en captivité, et leurs enfants à leur suite; dispose de tous les biens existant dans leur pays; laisse respirer ceux d'entre eux qui voudront se soumettre, et punis ceux dont le coeur est contre toi. Je t'ai livré aussi le Nord..... (lacune); la Terre-Rouge (l'Arabie) est sous tes sandales, etc.»

Une grande stèle, mais très-fruste, constate que ces conquêtes eurent lieu la onzième année du roi. C'est à la même année du règne de Rhamsès-Méiamoun que se rapportent les sculptures des massifs du premier pylône du côté de la cour. Il s'agit ici d'une campagne contre les peuples asiatiques nommés Moschausch.

Des masses de débris amoncelés couvrent toute la partie inférieure du pylône et enfouissent en très-grande partie la magnifique colonnade qui décore le côté gauche de la cour, ainsi que la galerie soutenue par des piliers-cariatides formant cette même cour du côté droit. Déblayer cette partie du palais serait une entreprise fort dispendieuse, mais elle aurait pour résultat certain de rendre à l'admiration des voyageurs deux galeries de la plus complète conservation, des colonnes couvertes de bas-reliefs, de riches décorations ayant conservé tout l'éclat de leurs couleurs, et enfin une nombreuse série de grands tableaux historiques. Il a fallu me contenter de copier les inscriptions dédicatoires qui couvrent les deux frises et les architraves des élégantes colonnes, dont les chapiteaux imitent la fleur épanouie du lotus.

Au fond de cette première cour s'élève un second pylône, décoré de figures colossales, sculptées, comme partout ailleurs, de relief dans le creux; celles-ci rappellent les triomphes de Rhamsès-Méiamoun dans la neuvième année de son règne. Le roi, la tête surmonte des insignes du fils aîné d'Ammon, entre dans le temple d'Amon-Ra et de la déesse Mouth, conduisant trois colonnes de prisonniers de guerre, imberbes, et enchaînés dans diverses positions; ces nations, appartenant à une même race, sont nommées Schakalascha, Taônaou et Pourosato. Plusieurs voyageurs, examinant les physionomies et le costume de ces captifs, ont cru reconnaître en eux des peuples hindous. Sur le massif de droite de ce pylône existait une énorme inscription, aujourd'hui détruite aux trois quarts par des fractures et des excavations. J'ai vu, par ce qui en subsiste encore, qu'elle était relative à l'expédition contre les Schakalascha, les Fekkaro, les Pourosato, les Taônaou et les Ouschascha. Il y est aussi question des contrées d'Aumôr et d'Oreksa, ainsi que d'une bataille navale.

Une magnifique porte en granit rose unit les deux massifs du second pylône. Des tableaux d'adoration aux diverses formes d'Amon-Ra et de Phtah en décorent les jambages, au bas desquels on lit deux inscriptions dédicatoires attestant que Rhamsès-Méiamoun a consacré cette grande porte en belle pierre de granit à son père Amon-Ra, et qu'enfin les battants ont été si richement ornés de métaux précieux qu'Ammon lui-même se réjouit en les contemplant.

On se trouve après avoir franchi cette porte, dans la seconde cour du palais, où là grandeur pharaonique se montre dans tout son éclat; la vue seule peut donner une idée du majestueux effet de ce péristyle, soutenu à l'est et à l'ouest par d'énormes colonnades, au nord par des piliers contre lesquels s'appuient des cariatides, derrière lesquels se montre une seconde colonnade. Tout est chargé de sculptures revêtues de couleurs très-brillantes encore: c'est ici qu'il faut envoyer, pour les convertir, les ennemis systématiques de l'architecture peinte.

Les parois des quatre galeries de cette cour conservent toutes leurs décorations; de grands et vastes tableaux sculptés et peints appellent de toute part la curiosité des voyageurs. L'oeil se repose sur le bel azur des plafonds ornés d'étoiles de couleur jaune doré; mais l'importance et la variété des scènes reproduites par le ciseau absorbent bientôt toute l'attention. Quatre tableaux formant le registre inférieur de la galerie de l'est, côté gauche, et une partie de la galerie sud, retracent les principales circonstances d'une guerre de Rhamsès-Méiamoun contre des peuples asiatiques nommés Robou, teint clair, nez aquilin, longue barbe, couverts d'une grande tunique et d'un surtout transversalement rayé bleu et blanc; ce costume est tout à fait analogue à celui des Assyriens et des Mèdes figures, sur les cylindres dits babyloniens ou persépolitains.

_Premier tableau_. Grande bataille: le héros égyptien, debout sur un char lancé au galop, décoche des flèches contre une foule d'ennemis fuyant dans le plus grand désordre. On aperçoit sur le premier plan les chefs égyptiens montés sur des chars, et leurs soldats entremêlés à des alliés, les Fekkaro, massacrant les Robou épouvantés, ou les liant comme prisonniers de guerre. Ce tableau seul contient plus de cent figures en pied, sans compter les chevaux.

_Deuxième tableau._ Les princes et les chefs de l'armée égyptienne conduisent au roi victorieux quatre colonnes de prisonniers; des scribes comptent et enregistrent le nombre des mains droites et des parties génitales coupées aux Robou morts sur le champ de bataille. L'inscription porte textuellement: «Conduite des prisonniers en présence de Sa Majesté; ceux-ci sont au nombre de mille; mains coupées, trois mille; phallus, trois mille.» Le Pharaon, au pied duquel on dépose ces trophées, paisiblement assis sur son char, dont les chevaux sont retenus par des officiers, adresse une allocution à ses guerriers; il les félicite de leur victoire, et prodigue fort naïvement les plus grands éloges à sa propre personne, «Livrez-vous à la joie, leur dit-il, qu'elle s'élève jusqu'au ciel; les étrangers sont renversés par ma force; la terreur de mon nom est venue, leurs coeurs en ont été remplis; je me suis présenté devant eux comme un lion, je les ai poursuivis semblable à un épervier; j'ai anéanti leurs âmes criminelles; j'ai franchi leurs fleuves; j'ai incendié leurs forteresses; je suis pour l'Égypte ce qu'a été le dieu Mandou; j'ai vaincu les Barbares: Amon-Ra mon père a humilié le monde entier sous mes pieds, et je suis roi sur le trône à toujours.»

En dehors de ce curieux tableau existe une longue inscription, malheureusement fort endommagée, et relative à cette campagne, qui date de l'an V du règne de Rhamsès-Méiamoun.

_Troisième tableau._ Le vainqueur, le fouet en main et guidant ses chevaux, retourne ensuite en Égypte; des groupes de prisonniers enchaînés précèdent son char; des officiers étendent au-dessus de la tête du Pharaon de larges ombrelles; le premier plan est occupé par l'armée égyptienne, divisée en pelotons marchant régulièrement en ligne et au pas, selon les règles de la tactique moderne.

Enfin Rhamsès rentre triomphant dans Thèbes (quatrième tableau); il se présente à pied, traînant à sa suite trois colonnes de prisonniers, devant le temple d'Amon-Ra et de la déesse Mouth; le roi harangue les divinités et en reçoit en réponse les assurances les plus flatteuses.

Une immense composition remplit tout le registre supérieur de la galerie nord et de la galerie est, à droite de la porte principale. C'est une cérémonie publique qui n'offre pas moins de deux cents personnages en pied; à cette pompeuse marche assiste tout ce que l'Égypte renfermait de plus grand et de plus illustre; c'est en quelque sorte le triomphe de Rhamsès-Méiamoun, et la panégyrie célébrée par le souverain et son peuple pour remercier la divinité de la constante protection qu'elle avait accordée aux armes égyptiennes. Une ligne de grands hiéroglyphes, sculptés au-dessus du tableau et dans toute sa longueur, annonce que cette panégyrie ([Greek: AeBAI]) en l'honneur d'Amon-Hôrus (l'[Greek: Alpha] et l'[Greek: Omega] de la théologie égyptienne) eut lieu à Thèbes le premier jour du mois de Paschons. Cette légende contient en outre l'analyse minutieuse du vaste tableau qu'elle surmonte; c'est pour ainsi dire le programme entier, de la cérémonie.

L'analyse rapide que j'en donne ici ne sera que la traduction de cette légende, ou celle des nombreuses inscriptions sculptées dans le bas-relief auprès de chaque personnage et au-dessus des groupes principaux.

Rhamsès-Méiamoun sort de son palais porté dans un naos, espèce de chasse richement décorée, soutenue par douze _oeris_ ou chefs militaires, la tête ornée de plumes d'autruche. Le monarque, décoré de toutes les marques de sa royale puissance, est assis sur un trône élégant que des images d'or de la Justice et de la Vérité couvrent de leurs ailes étendues; le sphinx, emblème de la sagesse unie à la force, et le lion, symbole du courage, sont debout près du trône, qu'ils semblent protéger. Des officiers agitent autour du naos les _flabellum_ et les éventails ordinaires; de jeunes enfants de la caste sacerdotale marchent auprès du roi, portant son sceptre, l'étui de son arc et ses autres insignes.

Neuf princes de la famille royale, de hauts fonctionnaires de la caste sacerdotale et des chefs militaires suivent le naos à pied, rangés sur deux lignes; des guerriers portent les socles et les gradins du naos; la marche est fermée par un peloton de soldats. Des groupes tout aussi variés précèdent le Pharaon: un corps de musique, où l'on remarque la flûte, la trompette, le tambour et des choristes, forme la tête du cortège; viennent ensuite les parents et les familiers du roi, parmi lesquels on compte plusieurs pontifes; enfin le _fils aîné_ de Rhamsès, le chef de l'armée après lui, brûle l'encens devant la face de son père.

Le roi arrive au temple d'Hôrus, s'approche de l'autel, répand les libations et brûle l'encens; vingt-deux prêtres portent sur un riche palanquin la statue du dieu qui s'avance au milieu des _flabellum_, des éventails et des rameaux de fleurs. Le roi, à pied, coiffé d'un simple diadème de la région inférieure, précède le dieu et suit immédiatement le taureau blanc, symbole vivant d'Amon-Hôrus ou Amon-Ra, le mari de sa mère. Un prêtre encense l'animal sacré; la reine, épouse de Rhamsès, se montre vers le haut du tableau comme spectatrice de la pompe religieuse; et, tandis que l'un des pontifes lit à haute voix l'invocation prescrite lorsque la lumière du dieu franchit le seuil de son temple, dix-neuf prêtres s'avancent portant les diverses enseignes sacrées, les vases, les tables de proposition et tous les ustensiles du culte; sept autres prêtres ouvrent le cortège religieux, soutenant sur leurs épaules des statuettes; ce sont les images des rois ancêtres et prédécesseurs de Rhamsès-Méiamoun, assistant au triomphe de leur descendant.

Ici a lieu une cérémonie sur la nature de laquelle on s'est étrangement mépris. Deux enseignes sacrées, particulières au dieu Amon-Hôrus, s'élèvent au-dessus de deux autels. Deux prêtres, reconnaissables à leur tête rasée et, mieux encore, à leur titre inscrit à côté d'eux, se retournent pour entendre les ordres du grand pontife président de la panégyrie, lequel tient en main le sceptre nommé _pat_, insigne de ses hautes fonctions; un troisième prêtre donne la liberté à quatre oiseaux qui s'envolent dans les airs.

On a voulu voir ici des _sacrifices humains_, en prenant le sceptre du pontife pour un couteau, les deux prêtres pour deux victimes, et les oiseaux pour l'emblème des âmes qui s'échappaient des corps de deux malheureux égorgés par une barbare superstition; mais une inscription sculptée devant l'hiérogrammate assistant à la cérémonie nous rassure complètement, et prouve toute l'innocence de cette scène en nous faisant bien connaître ses détails et son but.

Voici la traduction de ce texte, dont je figure aussi la disposition même:

«Le président de la panégyrie a dit:

Donnez l'essor aux quatre oies;

Amset | Sis | Soumants | Kebhsniv

Dirigez-vous vers

le Midi | le Nord | l'Occident | l'Orient

dites aux dieux du Midi | dites aux dieux du Nord | dites aux dieux de l'Occident | dites aux dieux de l'Orient

que Hôrus, fils d'Isis et d'Osiris, s'est coiffé du pschent, que le roi Rhamsès s'est coiffé du pschent.»

Il en résulte clairement que les quatre oiseaux représentent les quatre enfants d'Osiris: Amset, Sis, Soumants et Kebhsniv, génies des quatre points cardinaux, vers lesquels on les prie de se diriger pour annoncer aussi au monde entier qu'à l'exemple du dieu Hôrus, le roi Rhamsès-Méiamoun vient de mettre sur sa tête la couronne emblème de la domination sur les régions supérieures et inférieures. Cette couronne se nommait _pschent_; c'est celle que porte ici, en effet, et pour la première fois, le roi debout et devant lequel se passe la fonction sacrée qu'on vient de faire connaître.

La dernière partie du bas-relief représente le roi, coiffé du _pschent_, remerciant le dieu dans son temple. Le monarque, précédé de tout le corps sacerdotal et de la musique sacrée, est accompagné par les officiers de sa maison. On le voit ensuite couper avec une faucille d'or une gerbe de blé, et, coiffé enfin de son casque militaire comme à sa sortie du palais, prendre congé, par une libation, du dieu Amon-Hôrus rentré dans son sanctuaire. La reine est encore témoin de ces deux dernières cérémonies; le prêtre invoque les dieux; un hiérogrammate lit une longue prière; auprès du Pharaon sont encore le taureau blanc et les images des rois ancêtres dressées sur une même base.

C'est en étudiant cette partie du tableau que j'ai pu m'assurer enfin de la place relative qu'occupe Rhamsès-Méiamoun dans la série des dynasties égyptiennes. Les statues des rois ses prédécesseurs sont ici chronologiquement rangées, et comme cet ordre est celui même que leur assignent d'autres monuments de Thèbes, aucun doute ne saurait s'élever sur cette ligne de succession, ces statues, au nombre de neuf, portant devant elles les cartouches prénoms des rois qu'elles représentent. Rhamsès-Méiamoun, comme Rhamsès le Grand (Sésostris), ayant marqué son règne par de grands exploits militaires, ces deux princes ont été confondus par les historiens grecs en un seul et même personnage. Mais les monuments originaux les différencient trop bien l'un de l'autre pour que la même confusion puisse avoir lieu désormais. Je me propose de traiter ailleurs de cette importante distinction avec plus de détails. Revenons à la décoration de la magnifique cour de Médinet-Habou.

On a sculpté dans le registre supérieur de la galerie de l'est, partie gauche, et dans celui de la galerie du sud, une seconde cérémonie publique tout aussi développée que la précédente. Celle-ci est une panégyrie célébrée par le roi en l'honneur de son père, le dieu Sochar-Osiris, le vingt-septième jour du mois de Hathôr. Je possède également des dessins fidèles de cette solennité et la copie des nombreuses légendes explicatives qui l'accompagnent.

Il faut passer rapidement sur les scènes de consécration et les honneurs royaux décernés par les dieux à Rhamsès-Méiamoun, et que reproduisent une foule de grands bas-reliefs sculptés dans les registres inférieurs des galeries de l'est, du nord et du sud; je dois encore mieux me dispenser de noter ici le nom des divinités auxquelles le Pharaon présente des offrandes variées dans les cent quarante-quatre bas-reliefs peints qui ornent seulement les seize piliers des galeries est et ouest, non compris tous ceux du même genre sculptés sur le fût des trois grandes colonnades qui soutiennent, soit les galeries nord et sud, soit l'intérieur de la galerie de l'ouest.

Sur la paroi du fond de cette galerie ou portique formé par une double rangée de piliers-cariatides et de colonnes, vingt-quatre grands bas-reliefs retracent les hommages pieux du roi envers les dieux, ou les bienfaits que les grandes divinités de Thèbes prodiguent au Pharaon victorieux. Une série de figures en pied ornent le soubassement de cette galerie et méritent une attention particulière.

Les légendes hiéroglyphiques inscrites à côté de ces personnages revêtus du riche costume des princes égyptiens, dont ils tiennent en main les insignes caractéristiques, constatent qu'on a représenté ici les enfants de Rhamsès-Méiamoun par ordre de primogéniture. On a seulement fait deux groupes distincts des enfants mâles et des princesses. Les princes, dont les noms et les titres ont été sculptés à côté de leurs images, sont au nombre de neuf, savoir:

1° Rhamsès-Amonmai, basilicogrammate commandant des troupes;

2° Rhamsès-Amonchischopsch, basilicogrammate commandant de cavalerie;